Smith & Wesson – Alessandro Baricco

Titre : Smith & Wesson
Auteur : Alessandro Baricco
Littérature italienne
Titre original : Smith & Wesson
Traducteur : Lise Caillat
Editeur : Gallimard
Nombre de pages : 156
Date de parution :  17 mai 2018

Smith & Wesson est une courte pièce de théâtre qui se joue en 1902 près du site des Chutes du Niagara. Là, Wesson, dans une cabane de fortune est allongé sur son lit, en pleine cure de remise en place de ses organes. Alors que son père, en héros, sauvait les suicidaires de la noyade, Wesson se contente de repêcher les corps.

Smith, un météorologue, un escroc recherché dans plusieurs pays d’Europe vient le déranger. Il souhaite utiliser les souvenirs de Wesson afin de prédire le temps par une méthode statistique. 

Tom Smith et Jerry Wesson étaient faits pour se rencontrer. Deux personnages, deux prénoms et deux noms qui se répondent avec humour et fantaisie.

Rachel, une jeune journaliste en recherche de scoop pour lancer sa carrière, vient les surprendre. 

Elle veut faire la une de son journal avec un événement inattendu sur le site des Chutes du Niagara réputé pour ses suicides. Faire le grand saut dans les Chutes du Niagara, le jour du solstice d’été et en sortir vivante. Pour cela, elle a besoin du célèbre inventeur météorologue et de celui qui connaît parfaitement les lieux à force de repêcher les corps.

L’alliance des talents de trois êtres oisifs et désabusés qui se retrouvent dans un coin paumé « où une splendide cascade nous rappelle tous les jours que la misère est une invention humaine et la grandeur le cours naturel du monde. »

Alessandro Baricco a cet art de semer de l’imagination, de la folie et du talent en créant ses personnages. Il maîtrise l’art de la mise en scène et s’amuse sur tous les tableaux. Tom et Jerry, comédie et drame, les duos se répondent pour notre plus grand plaisir.

Quand j’aime un auteur, je suis curieuse de lire les différents genres qu’il propose. Romans, essais, pièces de théâtre. Et il ne faut pas oublier que le remarquable Novecento, pianiste est au départ une pièce de théâtre. Smith & Wesson n’en a pas l’intensité mais quel plaisir de lecture.

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A Juliette – Fabienne Le Clauze

Titre : A Juliette
Auteur : Fabienne Le Clauze
Éditeur : Flammarion
Nombre de pages : 256
Date de parution : 9 mai 2018

Juliette, la plus jeune fille de Fabienne Le Clauze a décidé d’en finir avec la vie le 2 janvier 2016. A quatorze ans, elle s’est jetée sous un train.

Comment peut-on aborder ce récit quand on est une mère de trois filles et que l’on connaît si bien cette réplique «  T’inquiète maman! ».

Ce n’est ni par voyeurisme, ni par masochisme. 

Si je comprends qu’il était important pour cette mère d’écrire ce récit, je crois qu’il est encore plus essentiel pour elle d’être lue et écoutée. Écrire est une thérapie mais c’est aussi le moyen de rester avec sa fille en parlant d’elle, de la faire vivre.

Si son mari préfère noyer son chagrin en refusant de communiquer, en s’occupant ailleurs, Fabienne a besoin de parler de Juliette. Elle trouve une oreille attentive en la personne de Patrick Poivre d’Arvor qui a vécu le même drame avec Solenn. Son soutien est remarquable.

Chaque drame est personnel mais on retrouve ici les douloureuses étapes du deuil. Tout d’abord ne pas y croire, s’effondrer, être en colère, s’isoler, se poser des questions, se culpabiliser, se dire que l’on doit continuer pour soutenir les autres, se plonger dans les souvenirs puis les occupations pour parler d’elle encore et toujours jusqu’à une certaine forme d’acceptation.

Fabienne Le Clauze a suivi de nombreux ateliers d’écriture pour donner le meilleur écrin possible au souvenir de Juliette. 

C’est évidemment un récit qu’on lit avec la boule au ventre, les larmes dans les yeux car il n’y a pas de pire douleur au monde que de perdre un enfant.

J’ai accepté de lire ce témoignage pour que Juliette, Camille ( Camille mon envolée de Sonie Daull) ou Solenn ( Lettre à l’absente de Patrick Poivre d’Arvor) continuent à vivre dans les mémoires. 

Petite femme – Anna Giurickovic Dato

Titre : Petite femme
Auteur : Anna Giurickovic Dato
Littérature italienne
Traducteur : Lise Caillat
Éditeur : Denoël
Nombre de pages : 180
Date de parution : 31 mai 2018

Petite femme, c’est ce qu’est devenue très tôt Maria, la fille unique de Silvia et d’un diplomate italien en poste à l’ambassade italienne à Rabat. Maria a cinq ans, elle adore son père. Pour lui, elle est une petite fille très spéciale.

« Si un jour il la ligotait et la couchait sur un autel de bûches, elle ne serait pas surprise. Elle se dit qu’il le ferait en la fixant de ses yeux noirs et sévères, à travers ses cils cuivrés. Elle caresserait une boucle de sa crinière orangée qu’elle a toujours envie et peur de toucher. Elle penserait que si son papa le fait, c’est normal. »

Chaque soir, il lui lit des histoires. Puis l’embrasse sur le front et sa main descend sur son flanc jusqu’à passer l’élastique de son petit pyjama en coton.

Silvia, la mère, est plutôt une femme timide. «  J’ai toujours su que je ne ferai rien d’important. » Elle se sent protégée par la force et le pouvoir de son mari. Elle n’avait que dix-huit ans quand elle a épousé Giorgio de neuf ans son aîné.

Si, parfois, elle s’inquiète des réactions agressives de sa fille, elle rejoint vite le calme rassurant de son mari. Pourtant, Maria envoie des signes par ses dessins, son silence, son comportement violent et provocateur à l’école. 

« Elle qui, à travers sa colère, voulait me contraindre à voir. Je ne voyais rien. »

Très vite, nous retrouvons Silvia et Maria en Italie. Maria a treize ans, elle ne va plus à l’école. Ce soir, sa mère veut lui présenter son nouveau compagnon, Antonio. Lors de cette soirée, l’adolescente se comporte comme une sorcière malicieuse, provoquant l’amant de sa mère dans un jeu de séduction auquel Antonio ne peut résister.

Entrecroisant ces deux époques, Anna Giurickovic Dato pousse la mère face à la réalité, face à sa culpabilité. Elle se remémore les comportements de Giorgio, les signes de détresse envoyés par sa fille. Elle déambule à nouveau dans les souks de Rabat jusqu’à ce jour fatal où Giorgi est tombé par la fenêtre en réparant un rideau.

Elle observe aussi d’un regard brouillé par l’alcool le jeu pervers de sa fille autour d’Antonio. Tel un chien habitué aux expériences psychologiques de décharges électriques, Maria s’est habituée au mal. Mais ce comportement n’est-il pas un ultime appel au secours lancé à sa mère?

Avec ce récit sur deux tableaux, l’auteur analyse finement les sentiments de la mère et de la fille. Elle ne s’attarde pas sur le côté malsain de la pédophilie mais construit habilement son histoire pour montrer toute l’ambiguïté et la complexité des attitudes de chacun. 

Un premier roman remarquable qui est en lice pour le prix Strega 2017 remporté précédemment par Paolo Cognetti. 

Tout cela je te le donnerai – Dolores Redondo

Titre : Tout cela je te le donnerai
Auteur : Dolores Redondo
Littérature espagnole
Titre original : Todo esto te daré
Traducteur : Judith Vernant
Editeur : Fleuve Editions
Nombre de pages : 649
Date de parution :   avril 2018

Manuel Ortigosa est en train d’écrire la fin de son roman lorsque la police vient lui annoncer l’accident mortel de son mari, Alvaro Muñiz de Davila dans la province de Lugo. Manuel le pensait en réunion avec un client à Barcelone. Celui en qui il avait une confiance aveugle, celui qui l’avait séduit en le harcelant chaque jour pour recueillir des autographes lors de la parution de son succès littéraire, celui qu’il avait épousé, avait-il une double vie?

Griñan, l’exécuteur testamentaire d’Alvaro apprend à Manuel qu’Alvaro était en fait l’aîné et l’héritier du marquis de Santo Tomé décédé trois ans plus tôt. La famille est un des lignages les plus anciens de Galice.

Manuel ne connaissait rien de la famille de son mari, une famille toxique dont il ne voulait plus entendre parler. Alvaro dirigeait une entreprise prospère dans la publicité. Manuel était un écrivain reconnu. Les deux hommes se suffisaient à leur bonheur. 

Pour oublier son enfance malheureuse, la mort récente de sa soeur, l’écrivain s’immergeait-il trop dans sa tour d’ivoire au point de ne plus connaître son compagnon?

«  Il s’était infantilisé en laissant Alvaro se charger des moindres détails de leur quotidien, lui abandonnant la responsabilité de la vraie vie tandis que lui-même trouvait refuge dans son palais de verre, auprès de cette source inépuisable où coulaient les mots, loin d’un univers routinier maintenu par son mari en un miraculeux équilibre. »

Manuel part en Galice dans le domaine des Santo Tomé, y découvre la famille de son défunt mari. Avec l’aide de Nogueira, un lieutenant de la garde civile à la retraite, un être homophobe à l’obscénité sous-jacente que nous apprendrons pourtant à connaître en découvrant son passé, Manuel déterre les secrets de cette famille prête à tout pour sauvegarder leur renom. 

« Une traversée du désert où chaque découverte apportait son lot d’ignominie, de douleur et les preuves d’une trahison qu’il finissait presque par accepter. »

Manuel sombre dans le doute puis retrouve dans la douceur des lieux le caractère de l’homme qu’il croyait connaître. Il prend de plein fouet la haine de la marquise, le corbeau qui humilie tous ceux qui la croisent. Il affronte la colère et l’homophobie du frère d’Alvaro. Mais il trouve aussi le soutien maternel d’Herminia, la nourrice des fils Santo Tomé, l’amour du jeune Samuel, la gentillesse de Daniel, l’oenologue qui lui fait découvrir la vigne et les projets d’Alvaro, l’amitié indéfectible de Lucas.

Je ne me serais pas intéressée à ce livre en le voyant en librairie. Titre et couverture me laissent entrevoir une romance sans grand intérêt. Certes, à part une évocation des charmes de la Galicie, le récit s’ancre plutôt dans le domaine romanesque. Et pourtant, Dolores Redondo est parvenue à capter mon intérêt du début à la fin. Facilité de narration, simplicité apparente de la construction, l’auteur n’en joue pas moins avec l’ambivalence de ses personnages, la résurgence des faits passés pour accrocher son lecteur. Et cela fonctionne parfaitement. J’ai tourné les pages avec l’envie de savoir, complètement immergée dans l’ambiance créée par cette auteure que je ne connaissais pas.

Juliana les regarde – Evelio Rosero

Titre : Juliana les regarde
Auteur : Evelio Rosero
Littérature colombienne

Titre original : Juliana los mira
Traducteur : François Gaudry
Éditeur : Métailié
Nombre de pages : 144
Date de parution : 12 avril 2018

Que se passe-t-il lorsque l’on élève une enfant de dix ans dans un univers scabreux? C’est un peu le regard que nous propose Evelio Rosero. Le résultat est à la fois sensuel, terrifiant et malsain.

Par ce récit, nous sommes dans la tête de Juliana, une petite fille de dix ans appartenant à la haute société colombienne. Son père est un ministre important, il reçoit chez lui lors d’une garden-party, le président colombien. Dans les yeux de Juliana, le président est «  un animal moche, méchant », «  un gros bigleux à la voix de pierre », aux propos et aux gestes libidineux. Lors de cette réception où les invités aspirent des lignes de poussière blanche versées sur une table rouge, où sa mère s’adonne à ses penchants pour l’alcool, où des femmes se roulent sur le gazon, Juliana rencontre Camila, une fillette de onze ans, revenue depuis peu du Mexique.

Juliana, fille unique solitaire reporte sur Camila son immense  besoin d’amour et de reconnaissance. 

«  je sais pas ce que je suis, Camila, je sais pas ce que je suis, j’allais lui demander qu’elle m’aide à pleurer encore plus pour qu’on puisse s’envoler dans l’eau et glisser de l’autre côté de la porte… »

Camila est bien plus avancée dans la perversité. Vodka, pilules bleues et roses «  pour rêver les yeux ouverts », expériences sexuelles avec un ami mexicain, elle entraîne Juliana dans des jeux pervers. Camila devient « la maîtresse de sa magie et de ma peur ». Elle lui raconte ses rencontres avec son ami mexicain, émois qu’elle confesse régulièrement auprès d’un curé qui semble à la fois choqué et intéressé par ses dires, lui demandant toujours plus de détails.

«  on dirait qu’il va mourir et pourtant lui aussi il veut que je parle. »

S’entremêlent les scènes de sexe que l’enfant surprend entre sa mère et Esteban, le chauffeur. Juliana les regarde sans toujours comprendre ce monde d’adulte. 

Des paroles et des actes qui explosent son univers d’enfant où les cygnes et les canards semblent imaginaires, où l’amour n’est encore que celui qu’on attend de ses parents. L’anniversaire des dix ans de Juliana sonne le glas de l’enfance pour entrer brutalement dans un monde d’adulte vicié et terrifiant.

Écrit en 1986, Juliana les regarde est le premier roman d’Evelio Rosero qui est aujourd’hui un des plus grands auteurs vivants d’Amérique Latine. Si l’univers de ce roman est beaucoup trop malsain pour moi, l’écriture est vive et remarquable. L’auteur s’immisce parfaitement dans la tête d’une enfant en pleine confrontation avec le monde des adultes dont elle perçoit les formes sans en comprendre le sens. 

 

Grand bassin – Elodie Llorca

Titre : Grand bassin
Auteur : Elodie Llorca
Éditeur : Rivages
Nombre de pages : 144
Date de parution : 2 mai 2018

Per est en France depuis trois ans, il travaille comme agent d’entretien à la piscine, le Petit Olympique. A la suite d’un énième licenciement dans le Norrland, son pays, sa mère l’a envoyé en France chez son ami Ivar. C’est lui, maître-nageur qui le loge et lui a trouvé son emploi.

Per est un jeune homme, plutôt rêveur et flegmatique. Mais il fait consciencieusement son travail et prend des cours pour devenir maître-nageur avec Ivar et une formatrice qui l’initie aussi à d’autres plaisirs.

A la mort d’Ivar, Per hérite de son logement, de ses affaires et de son poste. En trouvant dans une boîte en fer un bracelet qui ressemble étrangement à celui que sa mère avait perdu le jour de la disparition de son père, Per s’interroge sur son passé. 

Au téléphone, sa mère ne lui dira rien. Alors Per convoque les souvenirs d’enfance de ce père qui voulait absolument l’appeler avec un nom de caillou.

« Mon enfance est un petit caillou que je porterai toujours au creux  de mon cœur. »

Partant du bracelet de sa mère puis d’un bonnet de bain, le jeune homme collectionne les objets perdus.

«  Dans la vie, on cherche toujours quelque chose…Quand on trouve un truc, au début, on est content, mais après, on se rend compte que ce n’est pas ça, alors on se débrouille pour le perdre. »

Cette tendresse qui lui fait tant défaut depuis la disparition de son père, Per la trouve auprès de Maya, la petite-fille de sa plus fervente élève, Hyacinthe. Une petite fille orpheline qui nage à l’envers. Maya l’aidera-t-elle à remonter le temps pour retrouver la trace du père absent?

Le manque insondable créé par la disparition d’un parent dans l’enfance est ici traité avec un regard insolite. Per est un personnage un peu lunaire. Les situations et personnages sont parfois cocasses, parfois irréelles, oniriques. Les objets et l’eau sont des éléments où le souvenir prend forme. Le père a disparu en mer et c’est lui, lors d’un week-end entre hommes, qui a appris à nager à Per pour la première fois de manière assez radicale. 

«  Depuis ce week-end à la cabane, je m’entraîne à faire ricocher, à fleur de mémoire, ces pierres perdues. De façon aussi rasante que possible, je les lance à la surface des souvenirs et vois le trouble de leurs rebonds s’imprimer sur l’onde. Sans doute me faudrait-il rassembler mes cailloux afin de rentrer chez moi. »

Elodie Llorca compose ici un personnage avec ce flegme et ce côté un peu décalé, typiquement scandinave. Personnellement, cela  m’éloigne un peu de la sensibilité du jeune homme. Ainsi, je suis restée en surface de ce Grand bassin. Un peu d’onirisme, un peu de relations humaines, un peu d’humour, un peu de nostalgie mais jamais suffisamment pour m’accrocher réellement, me saisir, me happer. Par contre, j’ai apprécié la construction et le dénouement est très bien amené.

Une autre ville que la mienne – Dominick Dunne

Titre : Une autre ville que la mienne
Auteur : Dominick Dunne
Littérature américaine
Titre original : Another city, not my own
Traducteur : Alexis Vincent
Éditeur : Séguier
Nombre de pages : 480
Date de parution :   19 avril 2018

Gus Bailey est journaliste d’investigation pour Vanity Fair. Autrefois, il était producteur de cinéma. Il en garde un incroyable réseau de relations. Son échec l’a plongé dans des années noires embourbé dans l’alcool et la drogue. Son divorce puis l’assassinat de sa fille furent un électrochoc. Depuis le procès à Los Angelès de Lefty Flynn, le meurtrier de sa fille, sorti de prison quelques mois après le verdict, Gus s’investit dans les enquêtes d’affaires criminelles pour clamer haut et fort la culpabilité de ceux qui sont blanchis par l’argent.

Le 13 juin 1994, lors de sa revue de presse quotidienne, il est captivé par un gros titre. Nicole Brown Simpson, la femme du célèbre footballeur O.J. Simpson et Ronald Goldman sont retrouvés sauvagement assassinés dans l’appartement du joueur en Californie. 

Cette affaire ressemble étrangement à celle de sa fille, assassinée par un homme violent. Gus Bailey est convaincu de la culpabilité de O.J.Simpson. Mais la communauté noire le soutient. La défense compose astucieusement son jury et manipule le témoignage d’un policier pour faire de ce procès une accusation raciste. 

«  Mais ce procès n’a plus rien à voir avec la justice. Ce n’est plus qu’une mascarade destinée à le faire acquitter, en dépit de ce qu’il a fait, et quel qu’en soit le prix à payer. »

Pendant un an, chaque jour, Gus assiste au procès d’O.J. Simpson et tient sa chronique dans Vanity Fair. Mais surtout, il parcourt tous les dîners mondains d’Hollywood, régalant les célébrités curieuses des derniers potins du procès. 

«  La célébrité est à la base de toute cette histoire. »

L’enquête et le procès, éminemment intéressants, ne prennent pas toute la place de ce récit. Quelques moments de la vie privée de Gus Bailey créent une intimité avec le personnage et donnent du sens à son comportement. Mais c’est bien la vue sur ce microcosme mondain composé de stars et de personnes politiques qui envahit l’espace. Un monde superficiel qui semble vivre en vase clos, faisant la gloire de celui qui est en vue dans l’instant et tournant le dos à celui qui connaît un revers. Dominick Dunne (alias Gus Bailey) le sait, il l’a vécu.

«  Hollywood ne pardonne jamais l’échec. On vous pardonnera, on oubliera même, vos malversations, vos escroqueries, et occasionnellement vos meurtres, mais jamais votre échec. »

Tous ceux qui lui ont tourné le dos lors de sa descente aux enfers accueillent aujourd’hui avec faste l’écrivain devenu célèbre.

Mais Gus Bailey a tant besoin de cette drogue de la reconnaissance qu’il s’affiche partout auprès des plus grands. Elisabeth Taylor, Nancy Reagan, Madonna, Lady Di, impossible de tous les citer même si l’auteur, lui, prend bien soin de tous les noter.

«  C’est la seule manière de vous faire de l’argent. Si vous nommez dans votre livre les personnalités dont j’ai entendu parler, les gens se rueront dans les librairies pour l’acheter. »

C’est pour moi le côté dérangeant du livre, celui dont je me suis lassée à force de longueurs et de répétitions, même si cela reste une très bonne vision et analyse du milieu. Un milieu qui conduit à l’acquittement des riches défendus par des avocats pénalistes dépassant les stars en célébrité.

«  La vérité est devenue ce que vous arrivez à faire croire à un jury. »

Une autre ville que la mienne est un bon roman sur ce qu’est la réalité du monde d’Hollywood au travers du procès d’O.J.Simpson.

 «  C’est un gigantesque feu d’artifice d’amour, de désir, de mensonges, de haine, de gloire, de richesse, de beauté, d’obsessions, de violences conjugales, de harcèlement, d’enfants brisés, de mariage interracial, d’homicides sanglants, et de tout ce que l’argent peut acheter en matière de justice. »