Chacune de ses peurs – Peter Swanson

Titre : Chacune de ses peurs
Auteur : Peter Swanson
Littérature américaine
Titre original : Her every fear
Traducteur : Marie-France de Paloméra
Editeur : Calman Lévy
Nombre de pages : 375
Date de parution : 2017

Kate Priddy a vécu un évènement traumatique avec son dernier petit ami, George Daniels. Lorsque son cousin américain, Corbin Dell lui propose un échange d’appartement, elle quitte Londres pour Boston. Ce sera pour elle l’occasion d’un nouveau départ en suivant un cours de design.
Côté appartement, elle n’y perd pas au change. Corbin a un logement luxueux dans une belle résidence de Boston. Par contre, la tranquillité ne sera pas au rendez-vous. Audrey Marshall, la voisine de Corbin est assassinée le jour même de son arrivée.
Encore fragile, Kate se laisse perturber par des choses étranges mais intrépide, elle ne peut s’empêcher de s’impliquer dans l’enquête.
Pourquoi Corbin dit-il ne pas connaître Audrey alors que Alan Cherney, le voisin d’en face un peu voyeur fut témoin de leur relation?
Malheureusement, l’auteur nous donne très vite toutes les clés de compréhension. Il ne reste qu’à découvrir comment le dénouement va se dérouler. Très peu de suspense avec mobiles dévoilés et personnages assez évidents.
Tout cela dans un style très américain « bas de gamme ». Une lecture facile mais sans intérêt pour moi.

Lu dans le cadre du Jury du Grand Prix des Lectrices Elle 2018, sélection de janvier

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Un personnage de roman – Philippe Besson

Titre : Un personnage de roman
Auteur : Philippe Besson
Editeur : Julliard
Nombre de pages : 216
Date de parution : 7 septembre 2017

«  Cet homme sera président un jour. Et ce n’est pas à cause de ce qu’il dit, non c’est à cause de l’image, de ce qui se dégage de l’image, en cet instant précis. »

De ce jour où le jeune ministre se rend à l’Elysée pour donner sa démission jusqu’à celui où l’homme solennel marche seul sur l’esplanade du Louvre à la rencontre du peuple qui vient de l’élire président de la République, il s’est passé neuf mois.
Neuf mois que nous fait vivre Philippe Besson.
Cette campagne, nous l’avons tous suivie. Agacés par les affaires, les primaires à droite comme à gauche, effrayés par ce choix par défaut qu’il nous faudrait faire.

Quelque soit nos convictions, il faut reconnaître que le titre du livre de Philippe Besson, est fort pertinent et que l’homme est exceptionnel.

«  Décidément, cet homme qui sourit devant moi, parce qu’il est heureux mais dont le regard se voile, parce qu’il est grave, cet homme-là est un personnage de roman. Celui qui incarne l’ambition dans les récits d’aventures et d’action, celui qui cherche à affronter le monde dans le roman réaliste, celui qui, soumis aux élans et aux affres de la passion, s’invente un destin dans le grand mouvement du romantisme. »
Emmanuel M. ( c’est ainsi qu’il le nommera à la durassienne) a cette aura de héros fitzgéraldien. Beau, intelligent, déterminé, passionné, l’homme semble en plus béni des Dieux et profite souvent d’une chance inouïe.

Ce qu’apporte Philippe Besson en observant, en saisissant des paroles à la volée, en veillant à ne pas être manipulé par la séduction d’Emmanuel M. et la proximité amicale de sa femme, c’est le dynamisme de cette force qui va, la sentimentalité enfouie de l’homme qui garde toujours une part de mystère, son humour de « sale gosse », sa spontanéité, l’invincibilité du couple.
En passionnés de littérature, Philippe Besson et Brigitte se connaissent et s’estiment. Elle se confie souvent à l’auteur qui la rassure. Evoquant même une « fêlure existentielle », son rôle ne sera pas facile. «  Je recommande à Brigitte d’être fière de ce qu’elle est. »

Les médias nous abreuvent de tant de détails qu’il reste peu de choses à découvrir sur la campagne présidentielle et Emmanuel Macron. Philippe Besson, en ami du couple et en auteur romanesque n’a aucune peine à soigner ce roman. Même si il s’oblige à une grande lucidité, pointant ici un discours trop long, là un excès de confiance, l’auteur ne peut cacher sa proximité avec le couple. Je retiendrais donc quelques petites phrases, quelques échanges sympathiques de ce récit largement sublimé par le style de l’auteur.

 

Asylum – Denis Brillet

Titre : Asylum
Auteur : Denis Brillet
Editeur : Cogito
Nombre de pages: 291
Date de parution : février 2017

Curieuse de découvrir des parutions moins médiatisées, j’avais lu il y a quelques temps un recueil de nouvelles ( Arc atlantique) de Denis Brillet, un enseignant normand passionné de voyage et de littérature. Le Prix Gustave Flaubert 2013 lui a été attribué pour son recueil de nouvelles Lignes de vie. L’auteur avait envie de s’essayer à un autre genre. Inspiré par un film de Fritz Lang, Denis Brillet propose ici un thriller.

Breyan Mordjick, président d’un pays de l’est imaginaire convie une centaine d’écrivains européens au Salon des Littératures contemporaines de Tredjeck. L’homme autoritaire entend montrer son envie d’ouverture à la communauté européenne. Il a même fait construire spécialement pour l’occasion une immense tour de quarante deux étages.
La manifestation festive tourne vite à la catastrophe. Un orage suivi d’un tremblement de terre créent la panique. Une soixantaine d’invités se retrouvent piégés dans les sous-sols. Mordjick les maintient confinés pour assurer leur protection contre les dangers extérieurs. Mais l’homme autoritaire leur impose des règles de vie très strictes, proches de la prison ou même du camp de concentration, pour le bien de la communauté.

«  Soumission à la fatalité ou capacité d’adaptation? »

Ce qui reste plausible quelques jours devient vite invivable pour ce groupe d’écrivains. Au fil des jours, les caractères se dévoilent. Certains se rebellent, d’autres craquent. Les plus faibles trépassent.
Si mon esprit cartésien se débloque parfois en touchant à la poésie ou l’imaginaire, je suis davantage sceptique sur les scènes de romans noirs. J’ai déjà peiné à imaginer la situation de départ mais certaines réactions ne sont pas vraiment dans ma logique de pensée et plusieurs passages me laissent assez dubitatives.

Toutefois, le plan de destruction établi par les geôliers pour briser l’espoir intime et mettre les détenus dans des conditions de dépendance annihilant toute volonté de rébellion est assez bien exposé. Le huis-clos force les personnages à se révéler et interagir.

« Les écrivains ne se distinguent en rien des autres personnes, songeait-il. Tout aussi agités de pensées névrotiques, de souvenirs douloureux, de conflits entamés et jamais résolus. »

Le style est fluide, la construction est travaillée ( incursion dans le passé de certains écrivains, jalons bien posés pour de futurs rebondissements, un dénouement bien amené même si il me me laisse un peu sur ma faim) et l’auteur utilise assez naturellement le ton spécifique du roman noir (un humour et des dialogues assez primaires qui m’agacent souvent dans ce style de littérature).

Les romans noirs sont rarement pour moi des lectures mémorables et je le constate chaque mois avec ma participation au Grand Prix des Lectrices Elle.
Peu d’auteurs osent la diversité des genres. Je salue l’audace de Denis Brillet et le remercie pour cette lecture mais ma préférence se porte sur ses recueils de nouvelles.

Mes 17 livres préférés de 2017

En ce 17 décembre, je vous propose de découvrir mes 17 romans préférés de cette année 2017.

Dans mon palmarès, je tiens à mettre en avant le dernier roman de Sorj Chalandon, une de mes meilleures lectures de la rentrée littéraire, injustement absent de toutes les sélections de Prix Littéraires.

Vient ensuite Pierre Ducrozet, un auteur qui a su me surprendre. Style, construction, une originalité qui donne un nouveau souffle au roman.

Quand un auteur sort de sa réserve, se confie, il surprend. Philippe Besson signe avec « Arrête avec tes mensonges » son roman le plus intime, le meilleur.

 

 

 

 

Les écritures poétiques pleines de charme de Carole Zalberg et de Jeanne Benameur peuvent aborder les sujets les plus difficiles.

  

 

Des premiers romans marquants, des univers qui m’ont transportée

  

Des auteurs qui confirment leur talent

     

  

Histoire et passion du livre sous la belle plume de Kaouther Adimi

Toujours l’Histoire si bien racontée, celle d’un poète et celle d’un peuple

  

Et deux plongées si intenses dans d’autres cultures avec la Jamaïque et l’Indonésie

    

Je suis certaine que bien d’autres romans auraient pu figurer dans ce palmarès si les jours comptaient plus de vingt quatre heures !

En sacrifice à Moloch – Åsa Larsson

Titre : En sacrifice à Moloch
Auteur : Åsa Larsson
Littérature suédoise
Titre original : Till offer åt Molok
Traducteur : Caroline Berg
Editeur : Albin Michel
Nombre de pages : 446
Date de parution : septembre  2017

Le roman commence avec une chasse à l’ours, un animal dangereux qui n’hésite pas à tuer chiens et hommes pour se nourrir. Dans les entrailles de celui-ci, on y trouve justement des morceaux d’os, ceux d’un vieil homme disparu depuis peu.
L’auteur enchaîne avec l’assassinat de Sol-Britt, une femme que l’on traite de putain. Elle avait récemment perdu son fils dans un accident et élevait seule Marcus, son petit-fils de sept ans.
L’enquête aurait dû être confiée à Rebecka Martinsson, substitut du procureur ( personnage récurrent chez Åsa Larsson dont je ne connaissais malheureusement pas le passé qui semble cacher bon nombre d’épreuves personnelles) puisque c’est elle et le policier défiguré, Krister Eriksson qui découvrent le corps de Sol-Britt et retrouvent Marcus, caché dans une cabane.
Mais, l’ambitieux et détestable Von Post profite de la faiblesse passagère de Rebecka pour lui souffler l’enquête.
Cette compétition engage le récit vers une enquête officielle semée de fausses pistes et de ratés regrettables et une recherche officieuse plus intuitive de Rebecka.
Celle-ci est curieuse de comprendre la malédiction qui semble peser sur la famille de Marcus.
D’ailleurs, l’auteur nous plonge en parallèle dans l’histoire de Elina Petterson, une jeune femme qui, en avril 1017 quitte Stockholm pour devenir enseignante dans une compagnie minière de Kiruna. Occasion de découvrir les conditions de vie difficiles dans les exploitations minières et de suivre les désillusions d’une jeune femme intelligente mais aveuglée par son amour pour le patron de la compagnie minière.

Åsa Larsson construit lentement mais remarquablement cette histoire qui laisse un suspense entier et de l’action jusqu’aux dernières pages.

De manière assez classique, Rebecka, personnage récurrent, traîne ses problèmes personnels sans rien lâcher de son enquête. Krister Eriksson, dans son rôle de bête défigurée est un personnage attachant, proche de ses chiens et prêt à tout pour aider le jeune Marcus.
Von Post s’impose comme l’idiot ambitieux ajoutant une touche de légèreté à l’enquête.

En sacrifice à Moloch est un roman noir nordique plutôt classique, au style et à l’univers très suédois. On y retrouve l’état d’esprit très ouvert du pays ce qui peut donner à penser que certains passages sont superficiels ou légers. Mais, Åsa Larsson le spécifie dans ses remerciements «  Dans la région de Tornedalen, on ne mâche pas ses mots. » Très natures, les nordiques. Et cela donne une lecture facile et agréable.

J’ai lu ce roman en tant que jurée du Grand Prix des Lectrices Elle 2018.

Les vaisseaux frères – Tahmima Anam

Titre : Les vaisseaux frères
Auteur : Tahmima Anam
Lettres du Bangladesh
Titre original : The bones of Grace
Traducteur : Sophie Bastide-Foltz
Editeur : Actes Sud
Nombre de pages : 384
Date de parution : 11 octobre 2017

Zubaïda, la narratrice de ce roman, fait partie de la jeune génération du Bangladesh. Celle comme l’auteur d’une double culture avec le coeur dans leur pays de naissance et la culture d’un pays d’adoption ( les Etats-Unis pour la narratrice et Londres pour Tahmima Anam).

A la veille de repartir pour une expédition au Pakistan à la recherche de fossiles d’une baleine à pattes, cette jeune paléontologue promise à Rachid, son amour bangladais de jeunesse, rencontre Elijah, un jeune américain doctorant d’Harvard.
Pour la jeune femme, adoptée et élevée par une famille aisée du Bangladesh, cette rencontre amoureuse remet en cause son équilibre.
«  chaque fois que je repense à mes parents m’annonçant que j’ai été adoptée, j’éprouve une sensation de mort. Comme si la personne que j’ai été toute ma vie se révélait être un imposteur, un fantôme. »
Doit-elle suivre son avenir tracé, équilibré auprès de Rachid qu’elle connaît et aime depuis l’enfance, par respect envers sa famille d’adoption à laquelle elle doit tout et qui s’est battue pour un pays qu’elle est «  forcée d’aimer » ou succomber à la passion amoureuse pour un étranger?
« Quitter Rachid aurait été comme laisser mon enfance derrière moi. »

Les fouilles au Pakistan et surtout son engagement auprès d’une chercheuse britannique pour un reportage sur la conditions des ouvriers dans un chantier de démantèlement de navires à Chittagong ( port du Bangladesh) vont plonger Zubaïda dans un questionnement intime la confrontant à ses origines et à la misère de ses compatriotes.

Le roman est une longue lettre à Elijah dans laquelle Zubaïda confie ses hésitations, ses renoncements, la quête de ses origines. Tiraillée entre son engagement, son devoir envers ceux auxquels elle doit tout et son amour viscéral pour Elijah, Zubaïda se perd, se trompe. Elle reste une personne incomplète. Seule la quête de ses origines pourra l’aider à trouver son chemin.

Après Une vie de choix ( Editions Lew Deux Terre, 2011) et Un bon musulman, les deux premiers volumes de cette trilogie ( que je n’avais malheureusement pas lus) apparemment plus ancrés dans l’Histoire du Bangladesh, Tahmima Anam construit ici un récit romanesque sur l’identité et l’amour . Le chantier de démantèlement des navires nous montre les conditions particulièrement difficiles des ouvriers exploités sans le moindre souci de leur sécurité, le travail des enfants, l’exil nécessaire des hommes pour subvenir aux besoins de leur famille. Mais l’essentiel reste pour moi trop axé sur cette douleur amoureuse, cet amour rendu impossible par la différence de culture entre une jeune femme liée intimement à son enfance et cet américain libre et patient.

L’avis d’Atasi et de Quatre sans quatre.

Sur les barricades – Léa Tourret et Eärendil Nubigena

Titre : Sur les barricades
Auteur : Léa Tourret
Illustrateur : Eärendil Nubigena
Éditeur : Le Laboratoire existentiel
Nombre de pages : 192
Date de parution : 18 octobre 2017

 

 

 

 

 

Istanbul, Erdem Gunduz, danseur et chorégraphe reste debout immobile sur la place Taksim en signe de protestation bientôt suivi par d’autres ici, ailleurs dans la ville, dans le pays et dans le monde.

« Les corps sont singuliers, certes, mais c’est la mise en commun des singularités et donc le tout qui fait la force d’une barricade. »

A l’heure où avec les véhicules souterrains, aériens, les drones et les réseaux sociaux, il est impossible de bloquer les flux qu’est devenue la barricade, construction urbaine délimitant les espaces entre l’opposition et le pouvoir?

La barricade, oeuvre technique éphémère réalisée avec les objets du lieu et de l’époque, reste un témoin historique des ruptures entre les mondes des insurgés et des forces de l’ordre. On se souvient surtout des barricades du XIXe siècle.

Si la rue reste toujours un « espace de mise en lumière des dysfonctionnements d’une société », c’est avec les manifestations, squats, barrages, blocages des flux que les insurgés luttent ensemble affichant souvent la même sociabilité que sur les barricades d’antan.

Léa Tourret, philosophe spécialisée en anthropologie de l’objet, propose ici une véritable thèse universitaire sur les barricades et autres formes de « théâtralisation » de l’opposition au pouvoir politique.

En respectant le principe de cette jeune maison d’édition qui veut, suivant la phrase de Jules Verne, que « l’illustration bonifie le récit », la plasticienne, Eärendil Nubigena, illustre avec talent corps et chaos des situations insurrectionnelles.

Pour drainer un plus large public, l’ancrage sur des situations ou personnages particuliers aurait pu alléger un essai qui reste très singulier et universitaire. Par exemple, insister davantage sur certaines figures des communards, sur Erdem Gunduz ou sur ces femmes de caractère rapidement évoquées dans ce monde viril de la contestation.

Le Laboratoire existentiel se démarque par des ouvrages de qualité, tant sur le fond que la forme. Ce sont des petits livres qui attirent l’oeil pour ensuite engager une réflexion sur le monde contemporain.