Mille-failles – François Carré

carreTitre : Mille-failles
Auteur : François Carré
Éditeur : Denoël
Nombre de pages : 240
Date de parution : février 2015

Auteur :
François Carré est auteur de romans et de théâtre. Il vit actuellement à New-York.

Présentation de l’éditeur :
François Carré rassemble de courtes chroniques humoristiques autour du thème de la gastronomie pour mieux aborder celui des rapports sociaux. Son pastiche culinaire est un moyen savoureux d’aborder notre difficile relation aux autres et d’épingler les codes rigides qui régissent nos modes de vie. Face au constat accablant du narcissisme et de l’animosité généralisée, l’auteur propose des «recettes» rafraîchissantes permettant de mieux vivre.
Caustiques et pleines de vérité sur le monde, à la façon d’un Stéphane de Groodt ou d’un Philippe Delerm, ces petites chroniques douces-amères sur les tracas du quotidien sont autant de pistes pour inciter à une plus exacte connaissance de soi-même et d’autrui.

Mon avis :
La forme est agréable et originale. Conçu comme un livre de cuisine avec des parties Entrées, Plats, Desserts, chaque recette expose le type de plat, la difficulté et la liste des ingrédients avant de détailler la préparation. Les illustrations très colorées, comme celle de la couverture illustre la manière moderne, vivante de lier la cuisine et la sociologie ou philosophie.
Car, avant tout, François Carré nous fait profiter de sa vision de la société pour faire émerger des petites recettes nous rendant la vie plus facile.
Vous vous délecterez ainsi du Petit salut aux lenteurs qui prône le luxe de la lenteur ou de la tranche Mathusalem qui vous fera comprendre qu’un anniversaire n’est pas simplement une année de plus.
Le talent de l’auteur s’exerce sur cette facilité à jongler avec le vocabulaire culinaire. Cela se reflète tout d’abord dans les titres ( L’arrêt au leurre noir, Potins-feu, Rixe cantonnée, Chaussons aux hommes…) mais aussi dans les préparations.
 » Entre la fadeur de l’indifférence et l’âpreté de l’intolérance, vous vous demandez peut-être si vous pouvez rattraper cette sauce-là. »
Seulement, ce talent a le défaut de ses qualités. L’auteur jongle si bien avec ce registre littéraire qu’il m’a souvent noyée dans son univers. Et c’est étrangement, lorsqu’il s’éloigne des termes culinaires donc de son objectif, qu’il parvient à m’intéresser dans un style plus fluide.
 » Car il ne dépend souvent que de vous que le spectacle de votre quotidien vous émerveille. »
 » Nous disons aspirer au calme, à la paix, à la sérénité, mais le fait est que nous recherchons le tourment, le vertige et le danger, qu’il s’agisse des malheurs annoncés par un journal télévisé ou des frayeurs simulées par une fête foraine, d’un mélodrame représenté dans l’obscurité d’une salle de théâtre ou des larmes étouffées dans le complaisant creux d’un oreiller, qu’il s’agisse d’un
événement tragique ou d’une chanson nostalgique, d’un éclat dans une assemblée ou d’une médisance susurrée. »
Ma recette préférée est Pain d’hospice car elle nous livre une vision touchante de la vieillesse et une belle morale de vie.
 » Combien disent regretter de ne pas avoir consacré plus de temps à gagner plus d’argent? Aucun. Vous n’en avez entendu aucun dire cela, combien d’entre vous disent regretter de ne pas avoir consacré plus de temps à briguer plus d’honneurs? Cela non plu, vous ne vous souvenez pas l’avoir entendu. Mais combien, au contraire, disent regretter de ne pas l’avoir pris, ce temps, de ne pas avoir pris le temps de vivre, tout simplement?« 

Alors, rien que pour ces petites leçons de vie, certes faciles mais toujours utiles, pourquoi ne pas prendre le temps de lire quelques recettes de temps en temps.

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Les douze tribus d’Hattie -Ayana Mathis

mathisTitre : Les douze tribus d’Hattie
Auteur : Ayana Mathis
Littérature américaine
Traducteur : François Happe
Editeur : Gallmeister
Nombre de pages : 320
Date de parution : janvier 2014

Auteur :
Ayana Mathis a grandi dans les quartiers nord de Philadelphie. Férue de poésie, elle suit plusieurs cursus universitaires sans en terminer aucun, travaille comme serveuse puis fact-checker dans divers magazines. Elle voyage pendant plusieurs années en Europe, s’installant quelque temps à Florence où elle travaille dans une agence de voyages. Débuté comme un recueil de nouvelles, Les douze tribus d’Hattie sera en faut son premier roman.

Présentation de l’éditeur :
Gare de Philadelphie, 1923. La jeune Hattie arrive de Géorgie en compagnie de sa mère et de ses sœurs pour fuir le Sud rural et la ségrégation. Aspirant à une vie nouvelle, forte de l’énergie de ses seize ans, Hattie épouse August. Au fil des années, cinq fils, six filles et une petite-fille naîtront de ce mariage. Douze enfants, douze tribus qui égrèneront leur parcours au fil de l’histoire américaine du XXe siècle. Cette famille se dévoile peu à peu à travers l’existence de ces fils et de ces filles marqués chacun à leur manière par le fort tempérament d’Hattie, sa froide combativité et ses secrètes failles.
Les Douze Tribus d’Hattie, premier roman éblouissant déjà traduit en seize langues, a bouleversé l’Amérique. Telles les pièces d’un puzzle, ces douze tribus dessinent le portrait en creux d’une mère insaisissable et le parcours d’une nation en devenir.

Mon avis :
Hattie s’impose comme une figure forte de ce premier roman d’Ayana Mathis.
Cette jeune femme a dû fuir la Georgie et la ségrégation qui a tué son père. Lorsqu’elle arrive à Philadelphie avec sa mère et ses sœurs, elle a déjà compris que la vie n’est pas simple pour le peuple noir.
Méfiante en la médecine des hommes, Hattie, déjà brimée par la haine des Blancs, va aussi devoir faire face plus d’une fois au sombre destin. En 1925, mère de deux jumeaux à l’âge de dix-sept ans, elle va lutter avec amour contre la pneumonie qui emportera ses enfants.
Ce premier coup du sort marque sa vie. Hattie devient une femme  » sombre et déprimée« , incapable d’exprimer sa tendresse maternelle. Son mari August, comme d’autres figures masculines du récit, est attiré par la vie facile, privilégiant son plaisir au financement de son foyer. Il passe ses soirées en discothèque, ses nuits avec des maîtresses.
Hattie aura neuf autres enfants, sûrement blessés par le manque de tendresse et pour certains, marqués par l’aventure que leur mère vivra avec Lawrence.
Chaque chapitre, comme une petite nouvelle, nous parle d’un des enfants. Des caractères, des failles, des destins marqués par des cicatrices d’enfance. Si certains font de riches mariages comme Alice, ont de bons métiers comme Floyd le trompettiste, ont fait des études comme Bell, tous se perdent dans leurs tourments ou leur folie comme Cassie.
Mais si Hattie n’a jamais eu le temps pour les sentiments, elle a au fond d’elle même un profond instinct maternel. Il se révèle pour Ruthie, la fille de son amant ou pour Ella, ce bébé donné à sa sœur stérile mais riche. Hattie sera là aussi lorsque Bell aura besoin d’elle.
Ayana Mathis s’inscrit naturellement dans l’univers de Toni Morrison. La ségrégation, la vie sociale américaine au XXe siècle ( prédicateurs, quartiers pauvres, monde du jeu et des paris clandestins, alcool) sont omniprésents.
Les gens du Sud gardent cette terreur, cette nostalgie et cette rage qui les empêchent de s’intégrer facilement dans le Nord.
 » Ces gens-là se connaissaient depuis leur enfance, et pourtant les uns avaient suffisamment de pouvoir pour obliger les autres à descendre du trottoir et leur laisser le passage, et ces autres étaient suffisamment intimidés pour le faire. »
Les douze tribus d’Hattie
est un roman dense qui aurait peut-être gagné en profondeur avec une autre construction en prenant le risque d’être toutefois moins fluide.

Je remercie Ariane, Illeva,Rosemonde, Allizaryn.pour cette lecture commune.
Vous pouvez aussi retrouver l’avais d’Albertine.

romancières New Pal 2015 orsec

Les brumes de l’apparence – Frédérique Deghelt

degheltTitre : Les brumes de l’apparence
Auteur : Frédérique Deghelt
Éditeur : Actes Sud
Nombre de pages : 368
Date de parution : mars 2014

Auteur :
Voyageuse infatigable avec Paris pour port d’attache, Frédérique Deghelt est écrivain, journaliste et réalisatrice de télévision. Elle est l’auteur de La vie d’une autre (2008) et La grand-mère de Jade (2009), La nonne et le brigand (2011).

Présentation de l’éditeur :
Quand un notaire de province lui annonce qu’elle hérite d’une masure au milieu de nulle part dans l’isolement d’une forêt, décidée dans l’instant à s’en débarrasser, Gabrielle (parisienne, quarante ans) s’élance sur les routes de France pour rejoindre l’inattendu lieu-dit, signer sans état d’âme actes de propriété et autres mandats de mise en vente, agir avec rigueur et efficacité.
Un paysage, un enchevêtrement d’arbres et de ronces à l’abandon, où se trouve blottie depuis des décennies une maison dont une seule pièce demeure à l’abri du ciel, dix hectares alentour, traversés par le bruissement d’une rivière et d’une nature dévorante. Tel est le territoire que découvre Gabrielle, insensible à la beauté étrange, voire menaçante, des lieux, après des heures de route.
Contrainte de passer la nuit sur place, isolée, sans réseau téléphonique, Gabrielle s’endort sans avoir peur. Mais son sommeil est peuplé de rêves, d’odeurs de fleurs blanches et de présences.
Dans les jours qui suivent, toutes sortes de circonstances vont l’obliger à admettre ce qu’elle refuse de croire : certains lieux, certaines personnes peuvent entretenir avec l’au-delà une relation particulière. Gabrielle en fait désormais partie : elle se découvre médium.
De livre en livre, Frédérique Deghelt interroge notre désir d’une autre vie, explore les énigmes de notre perception, dévoile ce qui en nous soudain libère le passage entre la rationalité et l’autre rive.
Un roman jubilatoire, profond et inquiétant.

Mon avis :
 » Croyez-vous que moi, qui réalise des événements très concrets, qui vis à Paris avec un chirurgien esthétique dans l’univers le plus matériel qui soit, moi qui ne crois pas en Dieu, exècre l’astrologie, les voyants et autres fariboles ésotériques…Croyez-vous que j’étais préparée à ça? A hériter de cette malédiction, de ce don, comme d’autres l’appellent? « 

Le monde n’est pas forcément limité à ce que l’on vit tous les jours. Une vie parfois mécanique où l’on devient une image de ce que les autres attendent de nous, un fantôme inconnu et triste pour la plupart de ceux que l’on croise dans les transports en commun, peut cacher la vérité. Certes, l’impression de réussite est là avec une famille, des amis, un travail enrichissant, une vie intense branchée sur la communication.
Mais, si la vie nous impose autre chose, une plongée en pleine nature, la rencontre de gens vivant ou pensant autrement, un autre rythme de vie, l’esprit ne peut s’empêcher de comparer.
Pourquoi se sent-on apaisé auprès d’une onde claire, attiré par une végétation sauvage, amusé par la gentillesse gratuite d’inconnus, intéressé par une famille jusqu’alors méconnue? Les sensations du corps sont si fortes que l’esprit s’ouvre autrement.
C’est peut-être ce qui arrive à Gabrielle, parisienne, fille et femme de scientifique, cartésienne, hostile à la nature, avec des « problèmes de riches » lorsqu’elle se retrouve sur la propriété dont elle vient d’hériter dans un petit village du centre de la France.
 » Il faut éprouver pour comprendre » et ce qui attend Gabrielle, à la limite du fantastique, va ébranler ses certitudes à tout jamais.
 » Dans l’absolu, vous pouvez décider d’oublier que vous avez ouvert une porte et qu’il existe quelque chose derrière. Mais vous ne pourrez jamais décider que vous ne savez pas que cette porte existe. »
Si ce que vit Gabrielle reste pour moi du domaine du fantastique ( tant que je ne l’ai pas éprouvé, je ne peux pas le comprendre), j’ai beaucoup apprécié le style et les pistes de réflexion de l’auteur.
L’écriture de Frédérique Deghelt est riche de sensations, tantôt musicale et poétique, tantôt précise et presque scientifique. L’empathie de l’auteur se retrouve dans son récit.
Quelque soient mes croyances, mon inaptitude à appréhender les phénomènes paranormaux, il n’en reste pas moins de très bonnes réflexions sur le sens de la vie, sur son rapport à autrui, sur la potentialité de ce que nous ne savons pas encore expliquer.
J’ai été récemment assez fascinée par la démonstration de Luc Besson dans son film Lucy. On retrouve ici de nombreuses analogies : la capacité de notre cerveau, la possibilité d’un espace dans une autre dimension du temps, la possible connexions de cellules à des vitesses supérieures à celle de la lumière.
 » La religion n’existe pas, mais tout ce qu’elle transmet est vrai parce que les hommes en ont besoin un jour pour laisser parler tranquillement leurs âmes sans être dérangés par leur corps. »
Frédérique Deghelt est non seulement une excellente romancière mais elle est aussi une perfectionniste qui nous fait profiter de ses recherches sur le domaine et de sa vision éclairée.

Je remercie Nathalie qui m’a proposé de lire ce roman en commun. Retrouvez son avis ici.

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Charlotte – David Foenkinos

foenkinosTitre : Charlotte
Auteur : David Foenkinos
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages : 224
Date de parution : 21 août  2014

 

Auteur :
Romancier français né en 1974 à Paris.

Présentation de l’éditeur :
Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu’elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d’une œuvre picturale autobiographique d’une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en lui disant : «C’est toute ma vie.» Portrait saisissant d’une femme exceptionnelle, évocation d’un destin tragique, Charlotte est aussi le récit d’une quête. Celle d’un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche.
Ce roman a obtenu les PRIX RENAUDOT 2014  et PRIX GONCOURT DES LYCÉENS 2014

Mon avis :
Lorsque David Foenkinos découvre l’oeuvre de Charlotte Salomon, avec Vie? Ou Théâtre?,  » une conversation entre les sensations. La peinture, les mots et la musique aussi. Une union des arts nécessaire à la cicatrisation d’une vie abîmée. C’est le choix qui s’impose pour la recomposition du passé.« , il éprouve une vraie passion pour cette jeune femme.
Il enquête, part sur ses traces mais comment parler de Charlotte?
 » Alors, j’ai compris qu’il fallait en parler ainsi. »
Une phrase par ligne, c’est un style qui perturbe, qui bride l’émotion. Mais c’est le choix de l’auteur et il l’assume parfaitement jusqu’au bout de son récit. Alors certes, il y a de petites phrases un peu faciles, une limite à la description ou à la profondeur mais je suis parvenue à finalement en faire abstraction et à ressentir cette émotion pourtant retenue derrière la brièveté des phrases. J’y ai même trouvé des moments profonds comme l’arrestation du père, la colère du grand-père, la création de son œuvre ou la passion amoureuse pour Alfred ou Alexander.
Parler de la vie des juifs avant et pendant la seconde guerre mondiale est un sujet si largement traité qu’il faut trouver un biais, un style inédits pour susciter la découverte, l’intérêt. David Foenkinos a trouvé son personnage et son style.
 » Charlotte comprend tôt que les morts font partie de la vie. »
Née dans une famille où le suicide semble la seule issue, Charlotte oscille parfois entre la passion excessive et l’absence rêveuse. L’intérêt de ce roman est de ne pas se limiter aux rafles nazies et aux camps de concentration mais de nous toucher aussi sur l’ostracisme envers les juifs allemands avant la seconde guerre mondiale et surtout sur le destin de cette famille où le suicide semble la seule issue.
Souvent critiqué pour sa superficialité et son succès populaire, David Foenkinos a été largement décrié par la presse pour ce nouveau roman qui se voulait peut-être différent.
J’aurais effectivement préféré en savoir davantage sur l’œuvre de Charlotte Salomon et me serais par contre volontiers passée des incursions de l’auteur parti sur les traces de son héroïne mais je respecte cette volonté de l’auteur de rendre hommage à une artiste méconnue dans une forme originale.
J’ai découvert une artiste mais surtout une jeune femme passionnée au destin tragique perdue dans un monde où la folie n’est pas que familiale.

CharlotteSalomonPour aller plus loin au sujet de Charlotte Salomon, Les Éditions Le Tripode publieront en octobre 2015 Vie? ou Théâtre?, l’ intégralité de l’œuvre de la peintre allemande Charlotte Salomon. « Conçu dans une maquette de Margaret Gray, responsable de la section typographique de l’École Estienne, le livre constituera la première initiative mondiale de reproduction intégrale de  Vie ? ou Théâtre ? (près de 1600 gouaches et calques) ».


Lecture commune avec Nath, Ariane, et Lydie.
rentréeNew Pal 2015bac2015
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Le ruisseau de cristal – Dermot Bolger

bolgerTitre : Le ruisseau de cristal
Auteur : Dermot Bolger
Littérature irlandaise
Traducteur : Marie-Hélène Dumas
Editieur : Joëlle Losfeld
Nombre de pages : 264
Date de parution : 16 octobre 2014

Auteur :
Dermot Bolger est né dans la banlieue ouvrière du nord de Dublin (le North Side) à Finglas en 1959.

Présentation de l’éditeur :
Le nouveau roman de Dermot Bolger, Le ruisseau de cristal (The Woman’s Daughter), commence avec l’histoire d’une jeune fille vivant recluse et caché dans une petite chambre. Elle ne fait l’expérience du monde qu’à travers sa fenêtre et les histoires que lui raconte sa mère : l’arrivée de sa famille dans ce quartier résidentiel de banlieue, les jeux avec son frère, qui se muent en un amour incestueux dont on devine les conséquences tragiques, sa vie dans l’Irlande des années 1960, des usines aux salles de bal. Le tour de force du roman est d’inclure cette vie d’isolement et de solitude dans une histoire plus vaste, qui commence au XIXe siècle avec la relation d’un jeune tuteur et de Bridget, une femme de chambre, en pleine ère victorienne, pour se poursuivre avec Joanie, une jeune femme contemporaine, hantée par un passé qu’elle n’a pas connu.

Mon avis :
Dermot Bolger n’est pas un auteur facile à aborder. Ses récits ancrés dans la classe ouvrière irlandaise, sont souvent assombris par les violences infantiles, l’alcool, la perte violente de parents. La frontière avec l’au-delà, l’imaginaire n’est jamais loin.
Ce roman est particulièrement complexe parce qu’il a été écrit en plusieurs étapes. Dermot Bolger a écrit la première partie en 1987 et l’a complétée avec deux autres parties cinq ans plus tard.
Sandra a perdu sa mère alors qu’elle avait huit ans. Elle est élevée par son père dans une maison de cité proche du cimetière et du ruisseau. La maison n’est pas grande, elle doit dormir dans le même lit que son frère. A l’école chrétienne, elle est éduquée à la badine.
Une vie sinistre qui lui fait accepter la tendresse particulière de son frère, même si elle sait que c’est mal. Jusqu’à se retrouver seule avec cette maison et une enfant que l’on devine, fruit des amours incestueuses, cloîtrées jusqu’à la mort.
La seconde partie est particulièrement difficile à suivre puisqu’elle alterne deux histoires en des temps différents.
Une histoire actuelle d’un jeune bibliothécaire d’une famille ouvrière des années 70 amoureux de Joanie, jeune femme libérée, mystérieuse, perturbée par la méchanceté de sa grand-mère et la connaissance du drame survenu dans une des anciennes maisons de la cité.
 » Elle avait l’air d’en avoir déjà plus vu dans la vie que le reste d’entre nous. Et pourtant, il y avait en elle quelques traits enfantins, la façon dont elle se vantait constamment des succès de sa famille, celle dont elle marchait, comme si les yeux de tous les hommes présents n’avaient pas pu se détacher d’elle.« 

Puis, au XIXe siècle, celle d’un précepteur, Johnny, lui aussi issu d’une famille pauvre mais éduqué par un intellectuel voisin, amoureux d’une servante, Bridget, jeune fille hantée par des visions de fantômes dans sa chambre.

«  Les vieilles d’ici disent qu’un enfant des fées est venu et lui a volé son âme, mais bon, encore faut-il y croire.« 

La troisième partie reprend l’idylle entre un Johnny (oui encore un, celui qui a découvert l’enfant cloîtrée dans la maison de la cité) et Joannie. Cette partie assez énigmatique elle aussi reprend toutefois quelques liens comme le personnage de Turlough, un vieil ermite sensible aux âmes du passé, les lieux et maison des drames.
 » Et j’ai compris que ce ne sont pas les fantômes du passé que nous devrions craindre, mais ceux qui ne sont pas encore nés, dont on n’a pas encore rêvé, ceux à venir, hors de notre contrôle ou de notre compréhension, qui se souviendront ou bien qui oublieront, qui nous pardonneront ou qui nous condamneront.« 

Par ce livre, Dermot Bolger montre comment les drames de nos voisins peuvent envahir les consciences des faibles. Chaque génération porte successivement les errances des fantômes proches de nos vies. Et dans cette société ouvrière de l’Irlande, les drames sont fréquents.

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Ce sont des choses qui arrivent – Pauline Dreyfus

dreyfus-cTitre : Ce sont des choses qui arrivent
Auteur : Pauline Dreyfus
Éditeur : Grasset
Nombre de pages : 234
Date de parution : 20 août 2014

Auteur :
Pauline Dreyfus est née en 1969. Elle est l’auteur de Immortel, enfin (Grasset, 2012, prix des Deux-Magots). Ce sont des choses qui arrivent est son deuxième roman.

Présentation de l’éditeur :
1945. Saint-Pierre-de-Chaillot, l’une des paroisses les plus huppées de Paris. Toute l’aristocratie, beaucoup de la politique et pas mal de l’art français se pressent pour enterrer la duchesse de Sorrente. Cette femme si élégante a traversé la guerre d’une bien étrange façon. Elle portait en elle un secret. Les gens du monde l’ont partagé en silence. « Ce sont des choses qui arrivent », a-t-on murmuré avec indulgence.
Revoici donc la guerre, la Seconde Guerre mondiale, la guerre de Natalie de Sorrente. À l’heure où la filiation décide du sort de tant d’êtres humains, comment cette femme frivole va-t-elle affronter la révélation de ses origines ?
Les affaires de famille, ce sont des choses qu’on tait. La littérature, ce sont des choses qu’on raconte. Dans ce roman où l’ironie est à la mesure du fracas des temps, Pauline Dreyfus révèle une partie du drame français.

Mon avis :
 » Rien n’empêchera les gens du monde de s’amuser. »
La noblesse privilégiée en pleine guerre mondiale, le thème a quelque chose de révoltant. Natalie de Sorrente, l’héroïne de ce roman ne perçoit dans la guerre que l’ennui et l’impossibilité de parader, de montrer ses belles robes dans les salons parisiens.
Pour sa défense, elle est mariée à Jérôme de Sorrente, un ancien riche opportuniste qui ne la regarde plus. Il avait la renommée de ses ancêtres proche de Napoléon , elle avait l’argent d’une riche mère américaine. Certes, elle aurait préféré épouser le beau et jeune André Mahl mais il était juif.
Réfugiée dans le Sud de la France, elle donnera naissance à son deuxième enfant adultérin par une césarienne qui la laissera à jamais sous l’emprise de la morphine. Bien évidemment, elle entend de vagues propos sur la condition des juifs mais, là n’est pas son intérêt. Elle s’émeut toutefois de l’interdiction faite à la fille de sa nourrice de monter sur les planches auprès de Gérard Philippe.
La mort de sa mère Elisabeth lui laisse pourtant un terrible secret qui parvient à lézarder son indifférence.
En Janvier 1943, elle oblige son mari à rentrer sur Paris pour être plus proche de ses préoccupations.
Natalie Sorrente, riche, égoïste et volage commence à prendre conscience des forces du destin.

Même si j’ai bien senti le côté cynique du récit, je ne me sens jamais à l’aise dans ces descriptions de vies mondaines. La superficialité de ces personnages, même si ici le personnage de Natalie se creuse légèrement vers la fin, m’exaspère. Qui plus est, en pleine période de guerre, de privation et d’ostracisme.

Les allusions à quelques personnages connus ne sont pas suffisamment illustrées pour être enrichissantes et les vies des personnages secondaires sont survolées. Comme pour mieux faire place à l’égoïsme de la duchesse.

Ce sont des choses qui arrivent mais elles n’ont pas le même poids pour tout le monde. Bien évidemment, si le fond du roman n’est pas en phase avec mes affinités, cela ne remet pas en cause l’originalité et la qualité du récit.

Je remercie la LNO pour la lecture de ce roman.

rentrée nouveaux auteurs

Retour à Little Wing – Nickolas Butler

butlerTitre : Retour à Little Wing
Auteur : Nickolas Butler
Littérature américaine
Traducteur : Mireille Vignol
Éditeur : Autrement
Nombre de pages : 445
Date de parution : 20 août 2014

Auteur :
NICKOLAS BUTLER est né à Allentown, en Pennsylvanie, et a grandi à Eau Claire, Wisconsin. Ses écrits ont paru dans de nombreuses revues. Diplômé de l’Université du Wisconsin et de l’atelier de l’écrivain Iowa, il vit actuellement dans le Wisconsin avec sa femme et leurs deux enfants.

Présentation de l’éditeur :
«Ces hommes qui sont tous nés dans le même hôpital, qui ont grandi ensemble, fréquenté les mêmes filles, respiré le même air. Ils ont développé une langue à eux, comme des bêtes sauvages
Ils étaient quatre. Inséparables, du moins le pensaient-ils. Arrivés à l’âge adulte, ils ont pris des chemins différents. Certains sont partis loin, d’autres sont restés. Ils sont devenus fermier, rock star, courtier et champion de rodéo. Une chose les unit encore : l’attachement indéfectible à leur  ville natale, Little Wing, et à sa communauté. Aujourd’hui, l’heure des retrouvailles a sonné. Pour ces jeunes trentenaires, c’est aussi celle des bilans, de la nostalgie, du doute…
Nickolas Butler signe un premier roman singulier, subtil et tendre, récit d’une magnifique amitié et véritable chant d’amour au Midwest américain.

Mon avis :
Le bandeau en couverture du livre est assez représentatif : des inséparables reliés sur le même coeur de Little Wing, petite bourgade du Wisconsin.
H L K R B, les initiales des cinq narrateurs de ce roman.
Hank est le « mec bien », il a repris et agrandi la ferme de ses parents, des gens simples sans amis. Beaucoup de travail, peu d’argent mais le réconfort d’une belle famille.
Lee est devenu une rock star, célèbre, riche et bientôt en couple avec Chloé, une actrice. Il voyage dans le monde entier mais a besoin de se régénérer à Little Wing auprès de ses meilleurs amis.
Kip a fait fortune comme trader à Chicago mais il revient s’installer au pays pour réhabiliter le complexe désaffecté avec le silo, haut lieu de leur jeunesse. Il se marie avec Felicia, une superbe jeune femme de Chicago.
Ronny est l’orphelin. Champion de rodéos et alcoolique, il a dû arrêter ce métier à la suite d’une hémorragie cérébrale. Lee a payé tous ses frais médicaux et s’occupe dorénavant de lui.
Beth était la fille de ce groupe d’étudiants. Ils en étaient plus ou moins amoureux mais elle a épousé Hank avec lequel elle a désormais deux enfants.
Little Wing est vraiment le coeur de cette histoire.  » Cette ville exerce une espèce de gravité insensée. »
Sortis de l’enfance, les quatre hommes ont besoin de cette familiarité, de cette entente, de cette environnement.
 » C’est ici que j’entends tout : le monde qui palpite, le silence qui résonne comme un accord joué il y a une éternité, la musique dans les trembles, les sapins, les chênes et même les champs de maïs desséchés. »
On y sent à la fois la quiétude en proximité de la nature mais aussi une chaleur des relations au bar VFW, à la fabrique ou lors des mariages.
Les femmes comme Beth, Felicia ou Lucy ( une stripteaseuse qui épousera Ronny), un peu isolées, pourtant très différentes deviennent pourtant des amies.

 » Comment nos chemins ont-ils divergé en restant étroitement liés? »

Les amitiés de jeunesse peuvent-elles résister à l’éloignement de certains, aux changements de comportement qu’obligent parfois les situations professionnelles, aux mariages des uns et des autres.
Pour rester heureux,  » le plus sûr, c’est de devenir une île. De transformer sa maison en château fort contre toutes les ordures et les laideurs du monde. »
Mais dans ce cas, qu’en est-il de l’amitié ?

Nickolas Butler possède un style fluide qui donne à cette histoire d’amitié une grande simplicité. Chaque personnage nous dévoile ses intimes pensées, sa fragilité devenant ainsi des êtres attachants. Je me suis sentie bien dans cette histoire mais finalement le fond me paraît un peu creux.

«  Pour moi, c’est ça, l’Amérique : des pauvres gens qui jouent de la musique, partagent un repas et dansent, alors que leur vie entière a sombré dans le désespoir et dans une détresse telle qu’on ne penserait jamais qu’elle tolère la musique, la nourriture ou l’énergie de danser. On peut bien dire que je me trompe, que nous sommes un peuple puritain, évangélique et égoïste, mais je n’y crois pas. Je refuse d’y croire. »

J’ai lu ce roman dans le cadre  MatchPMet je mets la note de 14/20.

rentrée nouveaux auteurs