Le garçon – Marcus Malte

Malte

Titre : Le garçon
Auteur : Marcus Malte
Editeur : Zulma
Nombre de pages : 544
Date de parution : 18 août 2016

Les auteurs de romans noirs ont décidément les bons codes pour écrire un grand récit humain ancré dans le début du XXe siècle. On se souvient du succès de Au revoir là-haut de Pierre Lemaître. Marcus Malte nous offre ici un superbe roman d’initiation couvrant en cinq parties la période de 1908 à 1938.

C’est portant sa mère mourante que nous découvrons Le garçon, un enfant mutique sans nom. Si elle lui avait qu’il fallait brûler son corps à sa mort, elle ne lui avait pas dit ce qu’il faudrait faire après. Il part donc découvrir le monde et découvre son humanité en croisant un attelage et deux chevaux.
Dans un hameau, il est accueilli par un groupe de quatre familles dirigé par Joseph, un ancien maître, propriétaire de grandes exploitations qui a compris à la mort de sa femme qu’il fallait éradiquer cette mauvaise relation maître, valet. Le garçon ne ménage pas sa peine pour participer aux travaux des champs, apprend la vie en communauté jusqu’à ce que le groupe l’exclut le tenant responsable des malheurs.
Avec Brabek, un ogre enchanteur et lutteur nomade, le garçon apprend l’itinérance et l’amitié. Ce  » Quasimodo » au coeur tendre regrette que les hommes passent leur temps à durcir leur coeur, peut-être pour survivre. De cette rencontre, en mémoire de Brabeck, le garçon conserve la roulotte et cet hongre robuste envers lequel il gardera un amour et une responsabilité éternels.
Chaque rencontre se conclut par une perte. Existe-t-il « un endroit où l’on pourrait vivre et demeurer à jamais avec les êtres qui sont chers à notre coeur? »
C’est un accident qui le met sur la route de la jeune mélomane Emma. Soigné par la jeune fille et son père, cette étape est l’occasion de découvrir une famille, la musique et l’amour. Malheureusement la guerre viendra estomper cette sensation de stabilité. Le garçon découvre l’horreur des champs de bataille, devenant malgré tout un héros, un vainqueur étonnamment protégé par sa robustesse ou par la chance.

Cette grande épopée d’un garçon inculte, sûrement plus apte à déceler la folie des hommes dans le chaos du monde est soutenue par un style aux différentes facettes. Les phrases sont courtes, rythmées, palpitantes lorsque l’auteur décrit la rencontre des corps, la passion aux sonorités de l’orage, les combats. Les lettres d’Emma vives, poétiques, coquines viennent s’intercaler avec les récits du front. L’auteur peut citer des pages de membres d’une lignée royale ou enchaîner douze pages de noms de soldats morts au combat. Ou couper la trame romanesque en scandant des évènements qui se sont passés « Cette année-là »
Lyrisme, métaphores, le style est fortement travaillé s’inscrivant dans le registre des auteurs dont il s’inspire en évoquant Notre Dame de Paris, en choisissant les prénoms d’Emma ou de Mazeppa.
Et pour compléter cette richesse déjà bien grande, Marcus Malte ne se prive pas de lancer quelques petites phrases intemporelles sur les travers de l’humanité.
«  Députés, sénateurs, ministres : une minable clique d’affairistes seulement occupés à leurs petits micmacs comptables. »
 » La guerre… est l’apanage de notre espèce »  » elle est le principal caractère dans la définition de l’humanité. »

Un roman d’une grande richesse, où la sauvagerie du monde vient bousculer la naïveté d’une âme pure.

Je remercie Joëlle, Eimelle et Edyta qui m’ont accompagnée pour cette lecture commune.

L’administrateur provisoire – Alexandre Seurat

SeuratTitre : L’administrateur provisoire
Auteur : Alexandre Seurat
Editeur : Le Rouergue
Nombre de pages : 192
Date de parution : 17 août 2016

Le talent d’Alexandre Seurat est de savoir prendre la distance nécessaire pour retracer un fait divers comme dans son premier roman La maladroite ou comme ici pour mettre à jour un secret de famille qui empoisonne plusieurs générations. Il évite ainsi l’écueil du sordide, du malsain ou du pathos.
La fin tragique du frère du narrateur lève le voile sur l’indicible passé d’un arrière grand-père. Raoul H. fut de juin 1941 à mars 1943 administrateur provisoire pour le commissariat général aux questions juives. Ce que des générations ont caché parce qu’il ne sert à rien de remuer un passé encombrant, parce que l’on finit par croire que l’époque était différente, rejaillit sur les jeunes qui découvrent avec horreur la Shoah. Pour ce frère qui voulait se faire tatouer sur le bras le numéro de déporté de Primo Levi, « il y avait comme une bombe » en lui.
« Ma mère ne comprend pas pourquoi mon frère est hanté par la Shoah. Quand il rentre de sa visite d’Auschtwitz, avec sa classe de lycée, il est possédé par la haine, un désir de vengeance, les mots qu’il dit, il les lâche vite, dans la rage. »
Le narrateur enquête auprès des frères de sa mère puis aux Archives nationales pour comprendre qui fut vraiment Raoul H. . Si la famille reste toujours dans le doute, le demi-silence, les archives sont accablantes. Raoul n’est pas entré dans ce système pour sauver son fils de l’oflag, mais bien pour participer activement à la confiscation des biens des entreprises juives, voire même pour deux cas au moins, détaillés dans ce court roman, envoyer les propriétaires dans les camps de la mort et profiter personnellement de sa position.
 » Drancy: ombres qui flottent sur le terre-plein, dans les cris des gendarmes, les bruits des pas, les souffles tièdes, corps entassés, ombres fantomatiques. »
Alexandre Seurat choisit de narrer l’enquête du narrateur en intercalant différents tableaux: le procès de Raoul, l’enquête familiale, les récits historiques et le drame de son frère. Ce qui laisse planer l’ambiance des non-dits, des silences, des secrets de famille.
« Il cherche la pensée, ou ne la cherche pas vraiment, puisque cette confusion de tout ce qu’on ne peut pas expliquer, c’est ce qui lui permet d’écrire sans doute. »
Cette fois, il me semble que la fragmentation des tableau, la réserve et la distance voulue par le narrateur génèrent parfois la confusion et brident l’émotion.
Alexandre Seurat mêle documentaire et fiction romanesque pour témoigner sur un volet de l’Histoire, l’aryanisation économique et libérer la douleur d’un passé que personne ne peut oublier. L’auteur condamne Raoul H. qui n’a jamais émis aucun remords à la peine maximale posthume, l’indignité et rend ainsi hommage aux victimes.

Moins émouvant que La maladroite mais toujours un récit passionnant au style à la fois doux et percutant.

rl2016

La montagne rouge – Olivier Truc

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Titre : La montagne rouge
Auteur : Olivier Truc
Editeur : Metailié
Nombre de pages : 512
Date de parution : 3 octobre 2016

 

Olivier Truc revient pour une troisième enquête de la police des rennes avec Klemet Nango, toujours en quête d’identité entre son côté paternel de Sami norvégien et sa descendance maternelle suédoise et la blonde norvégienne Nina Nansen.
Ils sont cette fois affectés au sud de la Laponie ( centre de la Suède) où des éleveurs Sami viennent de découvrir des ossements humains dans l’enclos ( la Balva) où ils abattaient leurs rennes au pied de la montagne rouge.
Si en Laponie norvégienne, la présence ancestrale des Sami n’est pas remise en cause, ce qui n’exclut pas d’autres problèmes raciaux, nous l’avons vu dans les précédents romans, à Stockholm se tient un procès sur le droit à la terre entre Suédois et Sami.

 » La Suède refusait de ratifier la convention de l’ONU reconnaissant aux Sami des droits en tant que peuple aborigène, et c’était à cause de la Conféderation des agriculteurs. »

Petrus Eriksson, chef de la Balva au pied de la montagne rouge y représente le peuple Sami. Fier de ses origines, il a le métier d’éleveur dans la peau comme son père et comme il le souhaiterait pour son fils. Mais aujourd’hui encore, même si les bergers ont besoin d’un autre emploi fixe pour survivre, leur identité est avec les rennes et la déforestation des terres par les fermiers causera leur disparition.
Les Sami étant un peuple nomade, aucun papier ne peut prouver leur préséance sur ces terres. Ces ossements retrouvés, datant du XVIIe siècle, pourraient représenter une preuve de la présence ancestrale des Sami, encore faut-il retrouver le crâne absent de cette sépulture.
Klemet et Nina se lancent une fois de plus dans les recherches auprès de musées, collectionneurs et universitaires afin de retrouver ce crâne, prouver qu’il s’agit bien d’un squelette de Sami et ainsi justifier la présence de Sami sur cette terre au XVIIe siècle.

En parallèle, nous suivons les activités de vieilles dames exceptionnelles, organisatrices de bilbingo sillonnant la Suède pour le compte d’un vieil antiquaire qui a visiblement un problème de crâne. Même si l’auteur ne délivre pas tous leurs secrets, quel dommage de nous priver d’une part de suspense.

Comme tout bon auteur de romans noirs avec des enquêteurs récurrents, Olivier Truc poursuit la quête personnelle de Klemet. Un faon recueilli secrètement, un engagement pour Hou chi, neveu de Mademoiselle Chang ( amie de l’oncle de Klemet) et enfant noir privé de droits civiques refoulé par les services d’immigration suédois, et cette histoire de crânes Sami étalonnés à des fins de sélection raciale font resurgir les problèmes identitaires de Klemet.
«  ce mode de vie, on l’avait dans la peau, même avec un creux de plusieurs générations. »

Ce troisième opus me semble moins maîtrisé que les précédents. Si le premier volume, Le dernier lapon m’avait marquée grâce à la découverte du peuple Sami, j’avais déjà senti moins d’intérêt pour le second roman, Le détroit du loup. Olivier Truc nous comble une fois de plus avec l’histoire de ce peuple mais j’ai eu ici un sentiment de dispersion avec les recherches personnelles de chaque personnage et l’impression de revivre un schéma déjà lu dans les précédents romans.

A l’image de Sandrine Collette ( qui selon moi finissait par tourner en rond en tentant de reproduire un premier succès et nous a livré dernièrement un grand roman en sortant de son schéma habituel) , j’attends vraiment de lire les talents de conteur d’Olivier Truc dans un autre domaine que sa zone de confort sur la culture Sami.

rl2016 bac

Les deux pigeons – Alexandre Postel

PostelTitre : Les deux pigeons
Auteur : Alexandre Postel
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages : 240
Date de parution : 25 août 2016

 

 

 

 

 

 » Deux pigeons s’aimaient d’amour tendre »
Mais dans le couple d’Alexandre Postel, les deux semblent s’ennuyer et pas question de voyage, ou alors dans les rêves visant à combler le manque.
Dorothée et Théodore sont faits l’un pour l’autre. Ils étaient destinés, deux prénoms en anagrammes. Elle est professeur d’histoire, tente une thèse sur Guy Mollet, il est webmestre à temps partiel pour le site d’un organisme public. Elle aurait pu avoir une meilleure carrière, elle avait commencé une Prépa Lettres mais il ne lui en reste que quelques amis qui, peut-être, sont aujourd’hui mieux placés et attisent sa jalousie ou au moins une pointe de regret.
Depuis que Dorothée et Théodore se sont installés ensemble dans un appartement du XIIe arrondissement de Paris, ils se retrouvent confrontés à la vie de couple. Meubler l’appartement en tenant compte du goût de chacun, faire des compromis, s’essayer à la cuisine.
 » peut-être, lui et Dorothée formeraient une famille, un monde clos, avec ses repères, ses références, ses traditions; ce serait doux; on parlerait de choses insignifiantes et on serait heureux. »
Oui, mais en attendant, les copains paraissent plus libres et épanouis. Eux ne profitent même pas de La vie parisienne. Ils « ne s’embrassent plus que chez eux, dans l’intimité de la nuit« .
Ils refusent cette vieillesse prématurée. Pensent à prendre un chat, s’inscrivent dans une salle de sport, essaient le tango, le ping pong, se lancent dans la déco, puis la lecture. Houellebecq, Michon, Modiano. Pourquoi pas l’écriture? Puis tombent dans l’addiction des séries télévisées. Rien que le générique est  » la répétition heureuse d’une liturgie »
«  Narcissiques et connectés« , rien ne leur procure de plaisir durable. Faiblesse, apathie, inertie, leur ennui déteint sur le lecteur.
 » Et la vie de couple, n’est-elle pas, en elle-même, une vie politique? On conduit les affaires courantes; on débat de l’avenir, du passé, des valeurs communes; on fait face à des crises, à des émeutes, parfois à des grèves. On vote des lois et on y ajoute des amendements. Si on est trop mécontent, on élit quelqu’un d’autre. »
Réaliste, pessimiste? En tout cas, pas bien engageant. Ils ne sont que des pigeons et rêvent  » de franchir les portes d’un monde bleu paon, onirique, infini, violent et doux à la fois. »
J’aurais aimé que l’auteur m’accroche davantage avec ce côté positif bien enfoui au cœur de ces deux personnages. Cela reste trop évasif, Dorothée et Théodore ne parviennent pas à m’émouvoir.

 » S’interroger sur le sens de la vie commune, c’était courir le risque de la tristesse. Ne pas le faire, c’était courir le risque de rater sa vie, de se détourner de soi-même, de découvrir au bout du chemin, que la vie à deux n’était en vérité qu’une demi-vie. »

Un couple moderne et en toile de fond un vague parallèle avec la société actuelle et notamment le climat politique. Indignez-vous! Mais rien ne semble décoller vers un réel projet.

J’avais très envie de lire cet auteur suite au bon accueil de son premier roman, Un homme effacé ( Prix Goncourt du Premier Roman en 2013), et ce titre en écho de la fable de La Fontaine me semblait prometteur. J’avoue être un peu déçue même si j’y vois un vrai regard sur le couple bobo parisien ( sans tomber dans le cliché) et sur le désenchantement de la société.

rl2016

Tag de la rentrée littéraire

Un nouveau tag sur la rentrée littéraire m’a été proposé par Anthony ( Les livres de k79). Si vous souhaitez lire ses réponses, je vous invite à cliquer ici.

Je n’aime pas trop les tags en général. Mais, je me plie à celui-ci pour deux raisons. Tout d’abord parce que le thème est sur la rentrée littéraire et d’autre part parce que j’apprécie le blog d’Anthony.
Par contre, ne comptez pas sur moi pour désigner trois autres blogueurs. Mais si cela vous tente, vous pouvez faire l’exercice ( pas si facile) sur votre blog.

Un livre auquel tu décernerais un prix : Tropique de la violence de Nathacha Appanah

Appanah
Face à la crise des migrants, l’auteur alerte sur la situation d’un département français, Mayotte. L’île au lagon n’est pas que couleur émeraude. Dans le bidonville de Gaza règne la délinquance, la violence et la misère. Un récit éclairant, poignant dans l’ambiance des mahorais.

Ma chronique est accessible en cliquant sur la couverture du livre.

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Un livre différent de tes lectures habituelles : Cannibales de Régis Jauffret

Jauffret

Il y a peu de romans épistolaires. Et celui-ci m’a particulièrement séduite. Le roman était parmi les quatre finalistes du Goncourt mais il ne semble pas avoir été beaucoup lu ou apprécié parmi les lecteurs blogueurs.
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Un livre qui correspond parfaitement à tes attentes : Elle lui bâtira une ville de Raj Kamal Jha

Kamal Jha

Parce que c’est l’Inde, parce qu’il y a une part de magie qui cache toutefois une cruelle réalité.

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Un livre qui ne correspond pas à l’idée que tu t’en faisais : Albergo Italia de Carlo Lucarelli

lucarelli

Je me suis laissée séduire par la photo de couverture et je ne m’attendais pas à une enquête type Sherlock Holmes.

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Un livre inoubliable : J’ai longtemps eu peur de la nuit de Yasmine Ghata

ghata

Comment oublier ce petit garçon et sa valise!

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Un livre qui t’a fait rire : Le dentier du maréchal, Madame Volotinen et autres curiosités de Arto Paasilinna

paasilinna

Même si ce n’est pas le meilleur, cela reste du Paasilinna.

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Un livre qui t’a ému : La nuit avec ma femme de Samuel Benchetrit

Benchetrit Beaucoup de force, de pudeur, de poésie. Un bel hommage et un rôle de père émouvant.

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Un livre qui t’a donné envie de lire les autres œuvres de son auteur : Nos âmes la nuit de Kent Haruf

Haruf

J’ai beaucoup aimé la simplicité du style et de l’histoire. J’y ai retrouvé un peu de Stefan Zweig ou Graham Greene.

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Un livre que tu ne pensais pas forcément lire : Grichka de Laure des Accords

Des Accords
C’est un livre qui m’a été proposé par l’auteur et ce fut une belle découverte.

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Un livre très étonnant : Le grand jeu de Céline Minard

minard

S’isoler dans la nature, rencontrer un être étrange. Ce récit m’a vraiment étonné mais finalement sa lecture me laisse plein de bonnes questions. J’aurais pu mettre ce livre dans la catégorie « Inoubliable » ( pour d’autres raisons que le coup de cœur) ou dans la catégorie  » J’ai envie de continuer avec l’auteur »

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Un livre que tout le monde a aimé et que tu n’as pas aimé : Histoire du lion Personne de Stéphane Audeguy

Audeguy

Loué par la presse, lauréat du Prix Wepler et du Prix 30 Millions d’amis, retenu dans plusieurs listes de Prix Littéraires, je n’ai pas compris où voulait m’emmener l’auteur.

La vengeance des mères – Jim Fergus

FergusTitre : La vengeance des mères
Auteur : Jim Fergus
Littérature américaine
Traducteur : Jean-Luc Pingre
Éditeur: Cherche-Midi
Nombre de pages : 390
Date de parution : 22 septembre 2016

Je me demande souvent si certaines lectures me marquent davantage parce qu’elles ont pris place dans un environnement inhabituel, généralement lié aux vacances ou parce qu’elles sont vraiment exceptionnelles pour moi.
Je me souviens avoir lu Mille femmes blanches, sur une chaise longue dans un jardin arboré d’une maison de vacances près de Mimizan ( rien de bien dépaysant par rapport aux larges plaines du Montana). Et cette lecture s’est figée agréablement dans ma mémoire.
Il en est de même par exemple pour L’art de la joie de Goliarda Sapienza ou pour Le rapport de Brodeck de Philippe Claudel, dans d’autres lieux.
Me souviendrais-je autant de La vengeance des mères, lu dans mon environnement habituel? Je l’espère car il a la même puissance narrative que le premier opus écrit seize ans plus tôt.

Les deux romans de Jim Fergus relatent un épisode fictif de l’histoire américaine, celui du programme américain de Mille femmes blanches envoyées dans les tribus indiennes afin de permettre la survie des tribus et faciliter l’intégration de leur descendance parmi la race blanche.
Tout part du fait historique réel d’une visite de Little Wolf à Washington, mais personne ne sait si ce chef indien a réellement demandé mille femmes blanches en échange de mille chevaux au Président Grant.
Enfin, peu importe, ce sujet est l’occasion pour Jim Fergus de dénoncer la politique américaine visant à voler une terre riche en or aux Indiens au profit des colons. Et l’auteur en fait une saga puissante, intéressante et romanesque qui a séduit les lecteurs français avec le premier tome . Engouement conforté avec ce second roman.

Si Mille femmes blanches se centre sur le début du programme avec notamment les réflexions et extraits du journal intime de May Dodd et l’attaque du colonel Mackenzie en 1876, La vengeance des mères poursuit avec 7 nouvelles femmes d’une dernière vague du programme finalement abandonné par le gouvernement américain qui a cette fois décidé d’exterminer la race indienne.
Sept femmes ( Molly, Lady Ann Hall et Hannah sa servante, Lulu une danseuse française, Maria une mexicaine, Astrid une norvégienne et Carolyn une femme de pasteur) qui elles aussi ont préféré la liberté des grandes plaines aux prisons, asiles et bas-fond dans lesquels les américains « civilisés » les ont condamnées.
 » Chacune apporte aussi un petit quelque chose de son histoire, de ses origines, quelque chose d’intime et de familier qui nous aide à affronter ces plaines apparemment sans fin, ce ciel immense et parsemé d’étoiles. »

Leur éclectisme montre une fois de plus toute la grandeur d’âme, la tolérance du peuple indien.
 » Ils ne jugent pas les gens sur la couleur de peau. »
Avec l’histoire du passé de ces dames, de leur présent qui les oblige à s’adapter à une vitesse surprenante, Jim Fergus, convoquant les personnages du premier tome comme l’étonnante Dirty Gertie , l’affreux Seminole ou Martha et les jumelles irlandaises, les rescapées du premier programme, retrace l’histoire des Tribus indiennes à nouveau persécutées malgré le traité de Fort Laramie de 1868. Des Indiens qui continuent à se battre parce qu’ils préfèrent mourir que de renoncer à leur mode de vie.
 » Toutes les joies et les peines de la vie et de la mort, tout le sang versé dans le sol pendant des générations, la terre est imprégnée de la longue histoire du Peuple. »

Rejetées par la société américaine, ces femmes n’ont plus rien à perdre et trouvent auprès des Cheyennes l’accueil, l’amitié et même l’amour pour Molly et Hawk, un chef sang-mêlé. En mères meurtries par la perte de leur enfant, elles n’hésitent pas à prendre les armes, à participer à cette société guerrière, Les femmes au cœur vaillant, même si le pacifique aumônier Christian Goodman leur rappelle que la violence ne peut engendrer que la violence et que les jeunes soldats américains sont aussi des fils innocents.
«  Goodman est un jeune homme charmant, et le pacifisme un idéal louable. Sa foi, sa dévotion sont admirables. Seulement, cet idéal ne peut être atteint que si tout le monde est pacifiste, comme dans sa communauté. Je condamne également le meurtre. Mais voilà, d’autres hommes essaient de nous tuer, nous, et sur cette terre, malheureusement, les pacifistes sont jetés en prison, réduits en esclavage ou supprimés par ceux qui ne le sont pas. »

Le peuple indien est représenté dans toute sa richesse avec ses rites, son esprit guerrier, sauvage souvent violent mais aussi ouvert, brave et humain, sa compréhension d’un monde irréel qui se cache souvent derrière celui que nous voyons et comprenons habituellement.
Ces femmes « blanches » tirent de leur rude passé une détermination à toute épreuve. N’ayant plus rien à perdre, elles se donnent entièrement sans complexe, sans jugement privilégiant l’amitié, l’acceptation, l’entraide.
Le roman se compose des extraits des journaux de Molly et des jumelles irlandaises récupérés par le journaliste JW Dodd III, descendant de May Dodd. Divers points de vue  rythment le récit de ces journées avant la bataille de Little Bighorn qui vit la défaite de Custer.

Pour ceux qui ont aimé Mille femmes blanches, vous aimerez sans aucun doute ce second roman. Et pour ceux qui ne l’avaient pas lu, je vous conseille la lecture des deux romans passionnants qui mettent en valeur l’histoire des tribus indiennes.

Et je lis sur la première page : Deuxième tome de la trilogie Mille femmes blanches. Espérons que nous ne soyons pas obligés d’attendre seize ans pour la suite.

rl2016

Pas trop saignant – Guillaume Siaudeau

SiaudeauTitre : Pas trop saignant
Auteur : Guillaume Siaudeau
Éditeur: Alma
Nombre de pages : 144
Date de parution : 6 octobre 2016
Joe travaille à l’abattoir. Les cris des animaux, il ne supporte plus. Atteint d’une mystérieuse maladie, Joe va à l’hôpital chaque semaine se faire transfuser un cocktail aux couleurs de l’arc en ciel et surtout rencontrer Josephine l’infirmière qui le fait rêver.
Son seul ami est un gamin orphelin, Sam. Il lui donne l’attention et l’affection que sa famille d’adoption lui refuse.
Et puis un jour, il pète les plombs. Il a envie de voir si ailleurs l’herbe est plus verte. Il vole un camion à l’abattoir pour sauver six vaches d’une mort atroce. Il passe récupérer Sam et prend la clé des champs, des rêves de Joséphine plein la tête.
La suite est assez classique: la liberté, la nature, des rencontres chaleureuses avec des personnages qui ont la simplicité du bonheur et la fantaisie des exclus.
La cavale dure le temps que ces pauvres gendarmes, qui en prennent ici pour leur grade, sortent de leurs petites habitudes routinières.
Guillaume Siaudeau joue avec les mots et les images. Ses personnages, en voulant fuir une vie bien trop ennuyeuse, laissent éclore leur part d’enfance et de fantaisie.
Si les premières pages m’ont agréablement replongée dans l’univers tendre et fantaisiste de l’auteur très apprecié avec La dictature des ronces, je me suis ensuite un peu lassée de trop d’images, trop de clins d’oeil sur un scénario déjà lu. Heureusement, la fin me laisse sur une bonne note. J’ai aimé que l’auteur explique ses lignes de fuite et sa motivation littéraire que l’on ne peut que respecter.

rl2016