Ecoutez nos défaites – Laurent Gaudé

Titre : Écoutez nos défaites
Auteur : Laurent Gaudé
Éditeur : Actes Sud
Nombre de pages : 282
Date de parution : août 2015

Échec ? Défaite? «  Ce sentiment étrange que quelque chose se présente qui vous engloutira et à quoi on ne peut se dérober. »

Assem Graïeb est agent dans les Services depuis plus de dix ans. Est-il en guerre? Est-il victorieux en mettant en œuvre la vengeance de l’État français? A la veille de partir à Beyrouth sonder un ancien collègue sorti des rangs, il rencontre Mariam, une jeune irakienne chargée de sauver des œuvres d’art des musées et sites dévastés par les guerres du Moyen-Orient.
Ils sont tous deux à un tournant de leur vie, se posant des questions sur leur engagement, leur futur incertain.
«  L’homme est allé si loin qu’il n’en était plus un. »

Laurent Gaudé ne se contente jamais d’une banale rencontre. Un souffle épique, l’odeur des champs de bataille inondent souvent son récit. Il convoque ici trois grandes figures de guerre. Hannibal entraîne son armée d’Ibères, de Gaulois et de Numides contre les troupes romaines.
Grant lutte à la fois contre l’alcool et les confédérés en pleine guerre de Sécession.
Hailé Sélassié, empereur d’Ethiopie s’élève contre l’Italie fasciste.
«  comme la défaite est longue…Il faut la vivre totalement, jusqu’au bout, avec ces instants où l’on se prend à y croire encore, ces appels à l’aide auxquels on ne peut pas répondre, ces amis qui meurent, ces trouées superbes- le soleil parfois, la beauté des lieux…Comme c’est long…L’odeur de la poudre et du sang partout. »
La défaite, la violence des hommes lient tous ces personnages historiques et actuels. Chaque génération clame « Plus jamais ça! » puis perpétue la violence ignorant les leçons de l’Histoire.
Et pourtant, la voix du poète scande « Ne laissez pas le monde vous voler les mots »
Il ne peut y avoir de renoncement. Les romans de Laurent Gaudé sont comme des voix qui commencent par murmurer pour monter en puissance jusqu’à la consécration. Assem et Mariam, deux regards sur la Méditerranée, sur les anciens champs de bataille gorgés de sang se font face à des milliers de kilomètres, portés par l’espoir «  de mondes sans pareil ».

J’ai lu ce roman en commun avec Nathalie. Retrouvez son avis ici 

La carte des Mendelssohn – Diane Meur

Titre : La carte des Mendelssohn
Auteur : Diane Meur
Editeurs : Sabine Wespieser
Nombre de pages : 496
Date de parution : août 2015

Il faut être une talentueuse historienne et une écrivaine obstinée pour s’attaquer à la généalogie des Mendelssohn. Huit générations, 765 noms depuis le philosophe allemand des Lumières, Moses, appelé le Luther des juifs. Nous connaissons surtout son petit-fils, le compositeur Felix Mendelssohn.
Diane Meur souhaite axer son roman sur Abraham Mendelssohn, le fils du philosophe et père du compositeur. Cet homme de l’ombre, méconnu, écrasé par la célébrité du père puis du fils.
«  S’il donne satisfaction en tant que banquier en herbe, il cache au fond de lui un tempérament d’artiste, et ce clivage restera toujours en lui un foyer d’instabilité et d’incertitude qui se traduira dans sa vie adulte par une bougeotte permanente. »
Cette approche me semblait un point de départ intéressant pour une grande saga romanesque.
Mais il existe déjà une biographie complète. Alors l’auteure choisit un axe plus personnel, voyant en Berlin, la ville où elle réside un lien avec les Mendelssohn.
Très vite, l’historienne veut donner une place à chaque membre, incluant conjoints, enfants disparus ou rattachés.
Je me suis très vite noyée dans les détails, m’accrochant aux luttes des juifs à travers les époques et à cette lumière apportée par les digressions de l’écrivain, de la femme, la mère de famille obsédée par les recherches pour l’écriture de son livre.
« Pourquoi tous ces détails ? Mais n’a-t-on pas compris que dans tous ces détails, précisément, s’incarne aussi pour moi l’immortalité des êtres, de leurs œuvres et de leurs idées. »
Diane Meur alterne son récit généalogique avec son quotidien d’écrivain. Une carte gigantesque envahit son salon, le lecteur participe au questionnement de l’auteur sur son projet littéraire.
Le projet est ambitieux, le travail remarquable.
« Au fond, une grande famille est comme un résumé de l’histoire humaine. »
Mais, à vouloir donner une place à chacun, je n’ai pu m’accrocher à aucun personnage.
Pour moi, lire en numérique nuit gravement à mon confort de lecture. C’est peut-être aussi une raison de mon détachement.

Profession du père – Sorj Chalandon

chalandonTitre : Profession du père
Auteur : Sorj Chalandon
Éditeur: Grasset
Nombre de pages : 316
Date de parution : 19 août 2015

Émile Choulans, aujourd’hui « réparateur » de tableaux, marié à Fadila et père du petit Clément retourne sur les traces de son enfance lors de la crémation de son père en avril 2011.

Ce père qui, cinquante ans plus tôt a brisé son enfance par sa violence et sa folie.
Enfant, Émile n’a jamais su remplir la case  » Profession du père » sur les documents scolaires lors de la rentrée des classes.
André Choulans, autrefois pasteur pentecôtiste, se dit agent secret avec pour mission l’assassinat du Général de Gaulle. Il embarque son fils, comme son petit soldat dans ses délires l’utilisant comme messager pour poster des lettres de menace à un député ou écrire à la craie sur les murs le sigle de l’OAS.
Malgré les coups, les menaces, les humiliations, Émile cherche à tout prix la reconnaissance du père. Comment ne pas être ébloui par un père agent secret quand on est un gamin de treize ans. Il croit à toutes ses histoires, est fier de ses missions et reproduit avec Luca, un nouvel élève de son école le même schéma, s’étonnant lui-même d’une telle naïveté.
 » J’avais espéré qu’enfin il ne me croirait plus. Qu’il éclaterait de rire, qu’il cognerait son doigt sur sa tempe, qu’il le frapperait, qu’il me tournerait le dos. Mais il ne réfléchissait plus. Il acceptait tout de moi. »
Jusqu’où le mensonge peut-il conduite les hommes?
Emile est vite entraîné dans une tragique spirale pour faire face à ses tromperies. Son comportement est de plus en plus risqué, son bulletin scolaire désastreux, les représailles du père sont violentes. Coups, privations, enfermement, Emile subit tout sans pleurer, sous l’oeil résigné de sa mère.
 » Je pleurais avant les coups, à cause de la frayeur. Après les coups, à cause de la douleur. Mais jamais pendant. Lorsque mon père me frappait, je fixais un point dans la chambre… »

La mère, qui pourtant subit elle aussi les violences et punitions du père, ne se rebelle jamais et répète pour toute consolation  » Tu connais ton père ! » Sa passivité en fait un personnage aussi détestable que le père qui, lui a peut-être l’excuse de la folie.

Une fois adulte, André continue d’envoyer des lettres délirantes à son fils où il se met en scène avec des personnalités dont il relève le nom dans le journal ou le dictionnaire. Mais Émile n’est plus dupe. Si il n’a pas vraiment coupé les ponts, jamais, lors de ses visites, il ne sera reçu comme un fils. Désormais, sa mère semble soumise au point d’entrer dans le monde de son mari en acceptant toutes ses conditions.

Émile adulte garde cette cicatrice au fond de l’âme. C’est avec cette pensée qu’il dit souvent «  je t’aime » à son fils et lui lit des histoires. La mort du père permet enfin de livrer ce qu’il a contenu pendant des années.
Dans un récit sobre et sans jugement, Sorj Chalandon montre comment cette spirale de violence peut entraîner un fils sur le mauvais chemin, comment femme ou enfant peuvent subir une folle dictature par peur ou besoin de reconnaissance. Pourtant, le récit reste optimiste avec le bonheur au bout du chemin pour ce fils brimé et le soulagement par la parole pour le fils auteur qui fait face à son enfance. Un roman fort et touchant.

Pal New Pal 2016orsec2016

Va et poste une sentinelle – Harper Lee

LeeTitre : Va et poste une sentinelle
Auteur : Harper Lee
Littérature américaine
Titre original : Go set a watchman
Traducteur : Pierre Demarty
Éditeur: Grasset
Nombre de pages : 333
Date de parution : 7 octobre 2015

La parution de Va et poste une sentinelle fut un événement littéraire majeur, inattendu et fracassant.
Ce roman, bien qu’il se passe vingt ans après les faits relatés dans le célèbre Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, est en fait le premier livre écrit par Harper Lee. Pourquoi paraît-il cinquante ans après le succès de ce livre culte? Manuscrit retrouvé, volonté de renouer avec le succès ? L’enjeu était fort. Commercialement, le pari est tenu avec des ventes record aux États-Unis la première semaine de sa sortie. Mais pour la lectrice qui a vibré face aux aventures de Scout, l’inoubliable héroïne de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, le premier sentiment avant la lecture est le doute ( ne vais-je pas être déçue?) et l’envie. Et le sentiment après lecture…?

Pour la jeune Scout, Atticus, son père est un maître à penser. Ses principes d’éducation que j’ai tant loués dans ma chronique sont remarquables et ont modelé l’esprit de Scout.
A la mort de Jem, le frère de Scout, la tante Alexandra aurait souhaité que Scout reste vivre auprès de son père. Mais la jeune femme est partie travailler à New York.
Vingt ans après, Jean-Louise Finch ( Scout) revient à Maycomb où Atticus (72 ans) vit toujours avec sa sœur, Alexandra. Il travaille encore un peu comme avocat, secondé par Hank ( Henry Clinton, ami de Jem et prétendant de Scout).
Le premier tiers du livre nous laisse reprendre nos marques avec le caractère toujours aussi impétueux de la jeune femme. Maycomb est son monde mais elle ne saurait plus y vivre. Elle se pose d’ailleurs beaucoup de questions sur la pertinence d’un mariage avec Hank.
Comment imaginer Scout sous le joug d’un mari? Elle refuse de ressembler à son ancienne amie Hester qui aime son homme jusqu’à perdre sa propre identité.
La seconde partie dévoile le nouveau visage de Maycomb. Jean-Louise s’étonne de la mise à l’écart des Noirs. Elle, bien évidemment, n’hésite pas à aller rendre visite à Calpurnia, l’ancienne cuisinière et confidente de son enfance.
 » Plus personne à Maycomb ne va voir les Noirs, pas après ce qu’ils nous ont fait. »
Cet événement restera pour moi assez nébuleux. Ni les conversations avec Jack, l’oncle un peu surprenant ou avec Atticus ne parviendront à éclaircir la situation politique de la petite ville. Une décision de la Cour suprême, l’autonomie des États, la place du gouvernement, l’action du NAACP ( Association pour le progrès des gens de couleur) remettent en discussion la notion de citoyenneté.
Surprise de la présence de Hank et d’Atticus à la table du virulent pro-segrégationniste William Willoughby lors du Conseil des citoyens, Scout doute de l’ intégrité de son père.
Sanguine, sa colère devra aller jusqu’à « tuer le père« , étape indispensable à sa maturité.
Sa violente altercation avec Atticus me semble pourtant démesurée et souvent confuse.
La brève explication de la situation du Sud qui entame juste sa révolution industrielle, qui craint une prise de responsabilité de Noirs encore  » sous éduqués » selon Atticus ( oui sa position m’a un peu étonnée) est insuffisamment convaincante.
Il y a certes beaucoup de passion dans ses affrontements avec les anciens de Maycomb, quelques agréables souvenirs de jeunesse de Scout mais je n’ai pas retrouvé l’intelligence, l’altruisme d’Atticus, la sensibilité de Scout.
Alors, le sentiment après lecture… Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur se suffit à lui-même.

Je remercie Nathalie de m’avoir accompagnée pour cette lecture. Sa chronique est ici.

Intérieur nuit – Marisha Pessl

pesslTitre : Intérieur nuit
Auteur : Marisha Pessl
Littérature américaine
Traducteur : Clément Baude
Titre original : Night film
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages : 720
Date de parution : Août 2015

Auteur :
Née dans le Michigan en 1977, Marisha Pessl est une auteure américaine. Écrit à partir de 2001, son quatrième roman (mais premier publié), La Physique des catastrophes, a été élu comme l’un des meilleurs livres de l’année 2006 par le New York Times.

Présentation de l’éditeur :
Par une froide nuit d’octobre, la jeune Ashley Cordova est retrouvée morte dans un entrepôt abandonné de Chinatown. Même si lenquête conclut à un suicide, le journaliste d’investigation Scott McGrath ne voit pas les choses du même œil.
Alors qu’il enquête sur les étranges circonstances qui entourent le décès, McGrath se retrouve confronté à l’héritage du père de la jeune femme : le légendaire réalisateur de films d’horreur Stanislas Cordova – qui n’est pas apparu en public depuis trente ans. Même si l’on a beaucoup commenté l’œuvre angoissante et hypnotique de Cordova, on en sait très peu sur l’homme lui-même. La dernière fois qu’il avait failli démasquer le réalisateur, McGrath y avait laissé son mariage et sa carrière. Cette fois, en cherchant à découvrir la vérité sur la vie et la mort d’Ashley, il risque de perdre bien plus encore…
Jouant avec les codes du thriller, incluant dans son récit des documents, photographies, coupures de journaux ou pages web, Pessl nous entraîne dans une enquête vertigineuse autour de Stanislas Cordova et de sa fille, deux êtres insaisissables attirés par l’horreur et le mal.
L’inventivité de l’auteure et son goût indéniable pour les pouvoirs de la fiction font penser tour à tour à Paul Auster, Georges Perec, ou Jorge Luis Borges. Avec son style maîtrisé et ses dialogues incisifs, ce roman, sous l’apparence classique d’un récit à suspense, explore la part d’ombre et d’étrangeté tapie au cœur de l’humain.

Mon avis :
Jeune auteure prometteuse qui se fit remarquer avec La physique des catastrophes, Marisha Pessl revient avec un roman noir particulièrement bien construit et addictif.
Lorsque Scott Mc Grath, journaliste d’investigation de quarante trois ans, récemment divorcé et père d’une petite fille, croise lors de son jogging nocturne une femme au manteau rouge, il ne se doute pas que cette ombre va changer sa vie.
Quelques jours plus tard, Ashley Cordova est retrouvée morte au bas d’un immeuble. Fille du célèbre réalisateur de films d’horreur, Stanislas Cordova, elle venait de s’enfuir d’un hôpital psychiatrique.
Hasard ou machination, Scott se retrouve confronté au machiavélique Cordova, celui qui a brisé sa carrière et sa vie à l’issue d’un procès pour diffamation. Le monde de Cordova est impénétrable. L’homme « souverain, implacable, parfait » « , reclus dans sa résidence Le Peak, Neverland isolé et maudit construit sur un lieu de massacre de Mohawks, « suscite dévotion et émerveillement chez un grand nombre de gens, un peu comme le gourou d’une secte. » Son art et sa vie ne sont qu’une seule et même chose. Et Scott, dans sa quête de la vérité, au milieu de la magie noire, trouve les indices en se remémorant les films du réalisateur.
Aidé de deux jeunes gens, Hooper et Nora qui ont connu ou croisé Ashley avant sa mort, le journaliste reprend l’enquête sur Cordova, souhaitant prouver sa responsabilité dans la mort de sa fille.
C’est avec ces trois personnages étonnants, dynamiques et densifiés par leur histoire personnelle que nous entrons dans les méandres de la folie des cordovistes.
L’auteur nous emmène à la frontière du réel et de la fiction où la menace est omniprésente, réelle ou nourrie par l’imagination. Comme une quête auprès de sirènes qui vous embrouillent l’esprit, chaque plan en cache un autre.

Un roman passionnant qui m’a entraînée dans une lecture active, grâce notamment à l’insertion des documents trouvés au fur et à mesure par le journaliste.

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Le divan illustré de Michel Longuet

LonguetTitre : Le divan illustré
Auteur : Michel Longuet
Éditeur : Les Impressions Nouvelles
Nombre de pages : 208
Date de parution : août 2015

 

Auteur :
Michel Longuet est né en 1945 à Reims. Après des études d’architecture, il a commencé une carrière d’illustrateur, collaborant notamment à la revue Minuit et à Télérama. Également cinéaste, ses courts-métrages d’animation ont été primés à Berlin (Ours d’argent) et Annecy.

Présentation de l’éditeur :
« Le samedi 29 septembre 2001, j’entre en analyse sous la houlette de Madame W. Je vous écoute, dit-elle, en me montrant son divan… De retour chez moi, je consigne chaque séance. Le Divan illustré raconte donc mon enfance, la famille et ses secrets qui, petit à petit, remontent à la surface comme des bulles du fond d’un étang. La famille est une forteresse où il se passe des choses abominables, a-bo-mi-na-bles, me dit Madame W. Au fil de nos séances, sortiront de leur placard des fantômes de la collaboration. Et peu à peu, m’apparaîtra un lien entre les secrets d’une famille sous l’occupation allemande et ce masochisme qui m’a poursuivi toute ma vie. » M.L.

Mon avis :
Une psychanalyse à la fois écrite et dessinée pouvait être intéressante. Mais, nous sommes ici dans la plus basique des analyses freudiennes où tout remonte à la petite enfance et au sexe.
Bon, vous me direz, le sexe, nous sommes adultes et vaccinés mais lorsque l’auteur m’amène sur le terrain de la scatologie, je commence à trouver cette analyse un peu trop déjantée à mon goût.
Je n’ai trouvé aucun charme aux dessins sauf, peut-être celui de la couverture.

Un carnet de croquis que Eve  ou Pativore ont  davantage apprécié.

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Ressources inhumaines – Frédéric Viguier

ViguierTitre : Ressources inhumaines
Auteur : Frédéric Viguier
Éditeur : Albin Michel
Nombre de pages : 288
Date de parution : août 2015

Auteur :
Frédéric Viguier est auteur et metteur en scène de théâtre. Ressources inhumaines est son premier roman

Présentation de l’éditeur :
« La vie d’un hypermarché bat au rythme de l’humanité manipulée. Et cela fait vingt ans qu’elle participe à cette manipulation. »
Un univers absurde, construit sur le vide et les faux-semblants. Un premier roman implacable, glaçant, dérangeant

Mon avis :
Frédéric Viguier met en scène son roman dans un environnement fermé assez inhabituel : la vie d’un hypermarché, mais côté personnel. D’emblée les règles sont données, l’encadrement du personnel est très hiérarchisé, cloisonné et pesant.
Directeur, chef de secteur, chef de rayon, personnel, stagiaire, les échanges ne se font que d’un niveau à un autre. Nous sommes dans un lieu et une époque où la promotion canapé passe avant les diplômes, où il faut toujours se faire remarquer pour éviter le déplacement, le déclassement ou le licenciement.

La narratrice entre dans cet univers à dix-neuf ans, par la petite porte pour un stage de quinze jours. Jeune, belle, opportuniste, elle se fait remarquer par Gilbert, le chef du secteur textile. En devenant sa maîtresse, mais aussi en osant affronter les chefs sans aucune compassion pour ses collègues, elle progresse très rapidement dans les échelons. Elle n’est pourtant pas ambitieuse, elle n’a aucune compétence dans son domaine, mais « elle a tout compris » au fonctionnement sauvage de ce milieu impitoyable.
 » On ne grandit jamais seul, on grandit au détriment des autres. »
Elle sait sur quelles ficelles il suffit de tirer pour se faire accepter dans cette horde.

Frédéric Viguier campe un personnage féminin très touchant. Elle est le genre de collègue que l’on déteste très vite mais le lecteur perçoit aussi très rapidement les failles du caractère. Son cruel besoin de sa faire accepter la pousse vers un « opportunisme diabolique« . Alors, certes, elle aura une carrière fulgurante, exemplaire mais qu’en est-il de sa vie de femme?
 » ce que pense les autres, il faut s’en faire une armure, pour se construire. » Les sentiments peuvent-ils encore passer au travers de cette armure?

 » Je serais la femme qui se satisfait d’un regard entendu, d’une caresse rapide, d’un souffle bête sur la nuque, à la seule condition que l’on me fasse ressentir le plaisir d’être acceptée. »

Ce premier roman, de lecture facile,  nous livre un beau personnage de femme ( qui pourra toutefois agacé plus d’un lecteur) évoluant dans un monde du travail impitoyable bien restitué.

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