La maison de Schéhérazade – Hanan el-Cheikh

el-cheikhTitre : La maison de Schéhérazade
Auteur : Hanan el-Cheikh
Littérature libanaise
Traducteur : Stéphanie DUJOLS
Éditeur : Actes Sud
Nombre de pages : 384
Date de parution : septembre 2014

Auteur :
Née en 1945 dans une famille chiite du Sud-Liban, Hanan el-Cheikh vit aujourd’hui à Londres après avoir étudié au Caire et séjourné dans les pays du Golfe. Son oeuvre, traduite en plusieurs langues, est disponible en France chez Actes Sud.

Présentation de l’éditeur :
Très peu de livres ont autant que Les Mille et Une Nuits inspiré les écrivains et les artistes du monde entier. Quand, en 2009, le metteur en scène britannique Tim Supple sollicite Hanan el-Cheikh pour une adaptation théâtrale, elle relève à son tour le défi, prouvant brillamment que la source ne s’est pas tarie.
De ce volumineux corpus, elle a extrait une vingtaine de contes qu’elle a remodelés pour les faire tenir sur scène en une seule nuit. Il en résulte un texte vif, intime, plein d’humour, parfois même désopilant. Si le fantastique et l’érotisme des Nuits y sont conservés, Hanan el-Cheikh approfondit la psychologie des personnages dans une veine aussi féministe qu’humaniste, avec toujours le souci de montrer comment les femmes résistent dans un monde brutalement dominé par les hommes. Graduant habilement sa narration à l’intention du cruel roi Shahrayâr pour l’amener à comprendre que la violence détruit tant la victime que le bourreau, sa Schéhérazade lui oppose un contretype, le calife magnanime Haroun al-Rachid, et en vient peu à peu à poser des questions essentielles : Qui sommes-nous finalement, pauvres humains ? Que faisons-nous sur terre ?
De quels moyens disposons-nous pour être meilleurs ? Si Schéhérazade doit sa survie à son talent littéraire, c’est par la littérature aussi, nous dit en filigrane Hanan el-Cheikh, que les hommes deviennent plus humains.

Mon avis :
Tout commence avec l’histoire des frères Shahrayâr et Shahzamân, deux rois plutôt justes et bons, qui, confrontés à la légèreté de leur épouse, deviennent sanguinaires. Lorsque Shahrayâr, en représailles prend une vierge par soir pour la violer puis la tuer, Shéhérazade se propose et tente de le séduire par ses talents de conteuse.
 » C’est une conteuse ensorcelante : on a du mal à s’arrêter de l’écouter. »
Alors, on enchaîne les histoires où les femmes sont de vraie beautés, où les hommes n’hésitent pas à les égorger pour venger leur honneur.
C’est un plaisir des yeux et des oreilles. La ruse des femmes nous fait sourire, les histoires ensorcelantes avec les djinns ou des génies nous font rêver, l’amour des uns et des autres nous attendrit, les séparations nous font peine.
« Comme cette nuit ressemble à la vie! Passion et jalousie, tyrannie et compassion, bonheur et infortune, loyauté et trahison... »
Les histoires ne semblent jamais s’arrêter mais il faut retenir quelques leçons :
« Sache qu’il ne faut jamais agir avec précipitation, ni écouter les racontars, mais toujours réfléchir et chercher la vérité par soi-même. » Certains ou certaines y ont perdu la tête!
 » Le monde est ainsi fait, d’un coup, il peut nous arracher la gloire, la fortune et l’amour. » Calife, vizir, riches marchands ou pauvres portefaix peuvent se laisser séduire, manipuler et perdre ce qu’ils ont de plus cher. Les hommes sont si faibles devant l’insistance des autres ou devant l’appât de l’argent. Les femmes sont souvent rusées et perfides.
Beaucoup de rêves, de voyages, d’humour mais finalement, les récits s’enchaînent tellement à n’en plus finir que je me suis parfois lassée de ces mille et une histoires.

Je remercie la librairie LNO pour le prêt de ce livre.

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Charlotte – David Foenkinos

foenkinosTitre : Charlotte
Auteur : David Foenkinos
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages : 224
Date de parution : 21 août  2014

 

Auteur :
Romancier français né en 1974 à Paris.

Présentation de l’éditeur :
Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu’elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d’une œuvre picturale autobiographique d’une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en lui disant : «C’est toute ma vie.» Portrait saisissant d’une femme exceptionnelle, évocation d’un destin tragique, Charlotte est aussi le récit d’une quête. Celle d’un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche.
Ce roman a obtenu les PRIX RENAUDOT 2014  et PRIX GONCOURT DES LYCÉENS 2014

Mon avis :
Lorsque David Foenkinos découvre l’oeuvre de Charlotte Salomon, avec Vie? Ou Théâtre?,  » une conversation entre les sensations. La peinture, les mots et la musique aussi. Une union des arts nécessaire à la cicatrisation d’une vie abîmée. C’est le choix qui s’impose pour la recomposition du passé.« , il éprouve une vraie passion pour cette jeune femme.
Il enquête, part sur ses traces mais comment parler de Charlotte?
 » Alors, j’ai compris qu’il fallait en parler ainsi. »
Une phrase par ligne, c’est un style qui perturbe, qui bride l’émotion. Mais c’est le choix de l’auteur et il l’assume parfaitement jusqu’au bout de son récit. Alors certes, il y a de petites phrases un peu faciles, une limite à la description ou à la profondeur mais je suis parvenue à finalement en faire abstraction et à ressentir cette émotion pourtant retenue derrière la brièveté des phrases. J’y ai même trouvé des moments profonds comme l’arrestation du père, la colère du grand-père, la création de son œuvre ou la passion amoureuse pour Alfred ou Alexander.
Parler de la vie des juifs avant et pendant la seconde guerre mondiale est un sujet si largement traité qu’il faut trouver un biais, un style inédits pour susciter la découverte, l’intérêt. David Foenkinos a trouvé son personnage et son style.
 » Charlotte comprend tôt que les morts font partie de la vie. »
Née dans une famille où le suicide semble la seule issue, Charlotte oscille parfois entre la passion excessive et l’absence rêveuse. L’intérêt de ce roman est de ne pas se limiter aux rafles nazies et aux camps de concentration mais de nous toucher aussi sur l’ostracisme envers les juifs allemands avant la seconde guerre mondiale et surtout sur le destin de cette famille où le suicide semble la seule issue.
Souvent critiqué pour sa superficialité et son succès populaire, David Foenkinos a été largement décrié par la presse pour ce nouveau roman qui se voulait peut-être différent.
J’aurais effectivement préféré en savoir davantage sur l’œuvre de Charlotte Salomon et me serais par contre volontiers passée des incursions de l’auteur parti sur les traces de son héroïne mais je respecte cette volonté de l’auteur de rendre hommage à une artiste méconnue dans une forme originale.
J’ai découvert une artiste mais surtout une jeune femme passionnée au destin tragique perdue dans un monde où la folie n’est pas que familiale.

CharlotteSalomonPour aller plus loin au sujet de Charlotte Salomon, Les Éditions Le Tripode publieront en octobre 2015 Vie? ou Théâtre?, l’ intégralité de l’œuvre de la peintre allemande Charlotte Salomon. « Conçu dans une maquette de Margaret Gray, responsable de la section typographique de l’École Estienne, le livre constituera la première initiative mondiale de reproduction intégrale de  Vie ? ou Théâtre ? (près de 1600 gouaches et calques) ».


Lecture commune avec Nath, Ariane, et Lydie.
rentréeNew Pal 2015bac2015
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Ce sont des choses qui arrivent – Pauline Dreyfus

dreyfus-cTitre : Ce sont des choses qui arrivent
Auteur : Pauline Dreyfus
Éditeur : Grasset
Nombre de pages : 234
Date de parution : 20 août 2014

Auteur :
Pauline Dreyfus est née en 1969. Elle est l’auteur de Immortel, enfin (Grasset, 2012, prix des Deux-Magots). Ce sont des choses qui arrivent est son deuxième roman.

Présentation de l’éditeur :
1945. Saint-Pierre-de-Chaillot, l’une des paroisses les plus huppées de Paris. Toute l’aristocratie, beaucoup de la politique et pas mal de l’art français se pressent pour enterrer la duchesse de Sorrente. Cette femme si élégante a traversé la guerre d’une bien étrange façon. Elle portait en elle un secret. Les gens du monde l’ont partagé en silence. « Ce sont des choses qui arrivent », a-t-on murmuré avec indulgence.
Revoici donc la guerre, la Seconde Guerre mondiale, la guerre de Natalie de Sorrente. À l’heure où la filiation décide du sort de tant d’êtres humains, comment cette femme frivole va-t-elle affronter la révélation de ses origines ?
Les affaires de famille, ce sont des choses qu’on tait. La littérature, ce sont des choses qu’on raconte. Dans ce roman où l’ironie est à la mesure du fracas des temps, Pauline Dreyfus révèle une partie du drame français.

Mon avis :
 » Rien n’empêchera les gens du monde de s’amuser. »
La noblesse privilégiée en pleine guerre mondiale, le thème a quelque chose de révoltant. Natalie de Sorrente, l’héroïne de ce roman ne perçoit dans la guerre que l’ennui et l’impossibilité de parader, de montrer ses belles robes dans les salons parisiens.
Pour sa défense, elle est mariée à Jérôme de Sorrente, un ancien riche opportuniste qui ne la regarde plus. Il avait la renommée de ses ancêtres proche de Napoléon , elle avait l’argent d’une riche mère américaine. Certes, elle aurait préféré épouser le beau et jeune André Mahl mais il était juif.
Réfugiée dans le Sud de la France, elle donnera naissance à son deuxième enfant adultérin par une césarienne qui la laissera à jamais sous l’emprise de la morphine. Bien évidemment, elle entend de vagues propos sur la condition des juifs mais, là n’est pas son intérêt. Elle s’émeut toutefois de l’interdiction faite à la fille de sa nourrice de monter sur les planches auprès de Gérard Philippe.
La mort de sa mère Elisabeth lui laisse pourtant un terrible secret qui parvient à lézarder son indifférence.
En Janvier 1943, elle oblige son mari à rentrer sur Paris pour être plus proche de ses préoccupations.
Natalie Sorrente, riche, égoïste et volage commence à prendre conscience des forces du destin.

Même si j’ai bien senti le côté cynique du récit, je ne me sens jamais à l’aise dans ces descriptions de vies mondaines. La superficialité de ces personnages, même si ici le personnage de Natalie se creuse légèrement vers la fin, m’exaspère. Qui plus est, en pleine période de guerre, de privation et d’ostracisme.

Les allusions à quelques personnages connus ne sont pas suffisamment illustrées pour être enrichissantes et les vies des personnages secondaires sont survolées. Comme pour mieux faire place à l’égoïsme de la duchesse.

Ce sont des choses qui arrivent mais elles n’ont pas le même poids pour tout le monde. Bien évidemment, si le fond du roman n’est pas en phase avec mes affinités, cela ne remet pas en cause l’originalité et la qualité du récit.

Je remercie la LNO pour la lecture de ce roman.

rentrée nouveaux auteurs

Retour à Little Wing – Nickolas Butler

butlerTitre : Retour à Little Wing
Auteur : Nickolas Butler
Littérature américaine
Traducteur : Mireille Vignol
Éditeur : Autrement
Nombre de pages : 445
Date de parution : 20 août 2014

Auteur :
NICKOLAS BUTLER est né à Allentown, en Pennsylvanie, et a grandi à Eau Claire, Wisconsin. Ses écrits ont paru dans de nombreuses revues. Diplômé de l’Université du Wisconsin et de l’atelier de l’écrivain Iowa, il vit actuellement dans le Wisconsin avec sa femme et leurs deux enfants.

Présentation de l’éditeur :
«Ces hommes qui sont tous nés dans le même hôpital, qui ont grandi ensemble, fréquenté les mêmes filles, respiré le même air. Ils ont développé une langue à eux, comme des bêtes sauvages
Ils étaient quatre. Inséparables, du moins le pensaient-ils. Arrivés à l’âge adulte, ils ont pris des chemins différents. Certains sont partis loin, d’autres sont restés. Ils sont devenus fermier, rock star, courtier et champion de rodéo. Une chose les unit encore : l’attachement indéfectible à leur  ville natale, Little Wing, et à sa communauté. Aujourd’hui, l’heure des retrouvailles a sonné. Pour ces jeunes trentenaires, c’est aussi celle des bilans, de la nostalgie, du doute…
Nickolas Butler signe un premier roman singulier, subtil et tendre, récit d’une magnifique amitié et véritable chant d’amour au Midwest américain.

Mon avis :
Le bandeau en couverture du livre est assez représentatif : des inséparables reliés sur le même coeur de Little Wing, petite bourgade du Wisconsin.
H L K R B, les initiales des cinq narrateurs de ce roman.
Hank est le « mec bien », il a repris et agrandi la ferme de ses parents, des gens simples sans amis. Beaucoup de travail, peu d’argent mais le réconfort d’une belle famille.
Lee est devenu une rock star, célèbre, riche et bientôt en couple avec Chloé, une actrice. Il voyage dans le monde entier mais a besoin de se régénérer à Little Wing auprès de ses meilleurs amis.
Kip a fait fortune comme trader à Chicago mais il revient s’installer au pays pour réhabiliter le complexe désaffecté avec le silo, haut lieu de leur jeunesse. Il se marie avec Felicia, une superbe jeune femme de Chicago.
Ronny est l’orphelin. Champion de rodéos et alcoolique, il a dû arrêter ce métier à la suite d’une hémorragie cérébrale. Lee a payé tous ses frais médicaux et s’occupe dorénavant de lui.
Beth était la fille de ce groupe d’étudiants. Ils en étaient plus ou moins amoureux mais elle a épousé Hank avec lequel elle a désormais deux enfants.
Little Wing est vraiment le coeur de cette histoire.  » Cette ville exerce une espèce de gravité insensée. »
Sortis de l’enfance, les quatre hommes ont besoin de cette familiarité, de cette entente, de cette environnement.
 » C’est ici que j’entends tout : le monde qui palpite, le silence qui résonne comme un accord joué il y a une éternité, la musique dans les trembles, les sapins, les chênes et même les champs de maïs desséchés. »
On y sent à la fois la quiétude en proximité de la nature mais aussi une chaleur des relations au bar VFW, à la fabrique ou lors des mariages.
Les femmes comme Beth, Felicia ou Lucy ( une stripteaseuse qui épousera Ronny), un peu isolées, pourtant très différentes deviennent pourtant des amies.

 » Comment nos chemins ont-ils divergé en restant étroitement liés? »

Les amitiés de jeunesse peuvent-elles résister à l’éloignement de certains, aux changements de comportement qu’obligent parfois les situations professionnelles, aux mariages des uns et des autres.
Pour rester heureux,  » le plus sûr, c’est de devenir une île. De transformer sa maison en château fort contre toutes les ordures et les laideurs du monde. »
Mais dans ce cas, qu’en est-il de l’amitié ?

Nickolas Butler possède un style fluide qui donne à cette histoire d’amitié une grande simplicité. Chaque personnage nous dévoile ses intimes pensées, sa fragilité devenant ainsi des êtres attachants. Je me suis sentie bien dans cette histoire mais finalement le fond me paraît un peu creux.

«  Pour moi, c’est ça, l’Amérique : des pauvres gens qui jouent de la musique, partagent un repas et dansent, alors que leur vie entière a sombré dans le désespoir et dans une détresse telle qu’on ne penserait jamais qu’elle tolère la musique, la nourriture ou l’énergie de danser. On peut bien dire que je me trompe, que nous sommes un peuple puritain, évangélique et égoïste, mais je n’y crois pas. Je refuse d’y croire. »

J’ai lu ce roman dans le cadre  MatchPMet je mets la note de 14/20.

rentrée nouveaux auteurs

Big Brother – Lionel Shriver

shriverTitre : Big brother
Auteur : Lionel Shriver
Littérature américaine
Traducteur : Laurence Richard
Éditeur : Belfond
Nombre de pages : 448
Date de parution : 21 août 2014

Auteur :
Lionel Shriver, née Margaret Ann Shriver le 18 mai 1957 à Gastonia en Caroline du Nord, est une femme de lettres et journaliste américaine. Élevée dans une famille dominée par les valeurs religieuses importantes, elle changea de nom à l’âge de 15 ans, forte de sa conviction selon laquelle les hommes avaient la vie plus facile que les femmes. Elle s’est installée à Londres en 1997.
Elle a écrit neuf romans mais elle s’est surtout fait connaître après le succès de Il faut qu’on parle de Kevin.

Présentation de l’éditeur :
Le grand retour de Lionel Shriver pour son meilleur livre depuis Il faut qu’on parle de Kevin. Toute sa verve sarcastique, sa profondeur d’analyse, son esprit de provocation dans un roman choc partiellement autobiographique sur un sujet brûlant d’actualité : notre rapport névrotique à la nourriture, et son corollaire, l’obésité alarmante dans nos sociétés occidentales.
Femme d’affaires en pleine réussite, mariée à Fletcher, un artiste ébéniste, belle-mère de deux ados, Pandora n’a pas vu son frère Edison depuis quatre ans quand elle accepte de l’héberger.
À son arrivée à l’aéroport, c’est le choc : Pandora avait quitté un jeune prodige du jazz, séduisant et hâbleur, elle découvre un homme obèse, contraint de se déplacer en fauteuil, négligé, capricieux et compulsif. Que s’est-il passé ? Comment Edison a-t-il pu se laisser aller à ce point ? Pandora a-t-elle une part de responsabilité ?
Entre le très psychorigide Fletcher et le très jouisseur Edison, la tension ne tarde pas à monter et c’est Pandora qui va en faire les frais. Jusqu’à se retrouver face au pire des dilemmes : choisir entre son époux et son frère.
Qui aura sa préférence ? Pourra-t-elle sortir son frère de la spirale dans laquelle il s’est enfermé ? Edison le veut-il seulement ? Peut-on sauver malgré eux ceux qu’on aime ?

Mon avis :

 » Même si les manques nous rongent, la satiété est pire encore. »

Lionel Shriver tire son inspiration de son entourage et surtout des travers de la société américaine. Big Brother est dédicacé à Greg, son frère qui a lutté contre l’obésité mais est décédé à cinquante cinq ans d’insuffisance respiratoire.
L’obésité est un fléau majeur de l’Amérique ( » je jure de me détourner de la graisse qui ridiculise le tour de taille de l’Amérique » ) mais il touche désormais les pays européens.
Pandora, après une enfance difficile dans le milieu de la télévision américaine puisque son père Travis était le père héros d’une série télé et confondait souvent le show et la réalité, s’est désormais taillée une belle place dans l’Iowa en tant que créatrice d’une entreprise florissante de marionnettes. Elle est mariée à Fletcher, un homme très tatillon, surtout sur son régime alimentaire, père de deux adolescents ( Tanner et Cody) d’un précédent mariage raté.
Lorsque Slack Muncie, un saxophoniste new-yorkais, appelle Pandora pour lui conseiller de s’occuper de son frère, elle convainc, non sans mal, son mari d’héberger Edison, ce frère musicien prétentieux et raté, quelques temps.
Quelle ne fut pas sa surprise de retrouver son playboy de frère, blondinet charmeur dans un corps de 176 kilos ! Au delà des moqueries des gens à l’aéroport ou ailleurs, des difficultés matérielles pour loger ou asseoir une telle corpulence, Pandora se demande très vite comment son frère a pu atteindre cet état extrême.
«  Edison était-il gros parce qu’il était en dépression ou en dépression parce qu’il était gros? »
La présence d’Edison va très vite faire éclater la fragile cellule familiale. Pandora, consciente du rôle de la fratrie,  » tiraillée entre deux loyautés, destinée à trahir les deux parties sans satisfaire personne, à commencer par soi  » ne peut renvoyer Edison à sa déchéance new-yorkaise et prend un appartement avec lui pour réussir le pari de lui faire retrouver les 75 kilos de sa jeunesse en un an…
Régime draconien basé sur l’affamement avec pour toute alimentation quatre sachets vitaminés par jour mais aussi et surtout réflexion sur ce qui remplit une vie, sur la vaine quête du désir et la nécessité de la maîtrise de soi.
Si le sujet principal est l’obésité, l’auteur élargit intelligemment la réflexion. Certains se jettent sur la nourriture par désœuvrement, par besoin de combler un vide mais d’autres abusent de l’alcool, de la drogue ou de la recherche de la célébrité, du pouvoir.

«  La réussite professionnelle n’avait finalement pas autant d’importance que ça. Ce n’est pas une raison de vivre. »

 » Quoi qu’il en soit, embrasser avec satisfaction une existence simple et discrète nécessite bien plus de maturité spirituelle que la poursuite insatiable de la célébrité. »

Dans notre société où les rencontres, les liens sociaux se font souvent autour d’un verre ou d’une table, il faut une volonté exceptionnelle pour mener de front une vie sociale et un régime.

Mais avec Lionel Shriver, les personnages sont complexes. A la fois victime et bourreau, chacun va densifier le scénario de cette aventure et le roman devient très vite passionnant.
D’autant plus que de nombreux sujets sur la cellule familiale sont traités en second plan.
Les différentes générations illustrent les différentes visions de l’éducation parentale et les comportements au sein de la fratrie.

 » Je ne veux pas qu’ils pensent qu’il existe un raccourci facile. Je veux des enfants que plus personne n’a aujourd’hui. Qui tiennent bon, font leur part, et n’attendent pas de piston, ni de coup de main. »

 » Petit à petit, on commence alors à comprendre que l’emploi auquel on aspire est plus dur à obtenir qu’on ne l’aurait cru, que l’offre en chair fraîche, en jeunes qui se pensent tout droit sortis de la cuisse de Jupiter, est inépuisable, et que le talent qu’on a n’est pas aussi unique qu’on le pensait. Cela procède sûrement d’un talent rare – réussir à doucher le sentiment de sa propre importance sans éteindre en soi le feu de la passion -, mais les jeunes qui y parviennent deviennent non seulement des cracks dans leur domaine, mais aussi des êtres humains supportables. »

Big Brother est un livre comme je les aime. Traitant d’un sujet important de société, Lionel Shriver m’embarque dans une histoire passionnante, rythmée, triste et drôle, sans oublier de me faire réfléchir. Et, en plus, elle me surprend par une fin inattendue, personnelle et cohérente.
Si j’ai eu un peu de mal à m’adapter au style un peu heurté ( effet de traduction ou patte de l’auteur), je me suis très vite passionnée pour le fond.

Très impressionnée par le film We need to talk about Kevin, je ne manquerai pas de continuer avec cette auteure. D’autant plus que Tout ça pour quoi m’attend dans ma PAL.

Je remercie LNO     pour le prêt de ce livre.

 

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A l’horizon scintille l’océan – Henning Mankell

mankellTitre : A l’horizon scintille l’océan
Auteur : Henning Mankell
Littérature suédoise
Littérature Jeunesse
Traducteurs : Marianne Ségol-Samoy, Karin Serres
Éditeur : Seuil
Nombre de pages : 264
Date de parution : septembre 2014

Auteur :
Né en 1948, Henning Mankell partage sa vie entre la Suède, le Mozambique, et la France. Lauréat de nombreux prix littéraires. Outre la célèbre « série Wallander », il est l’auteur de romans sur l’Afrique ou des questions de société, de pièces de théâtre et d’ouvrages pour la jeunesse.

Présentation de l’éditeur :
Le dernier volet des aventures de Joël, le héros adolescent d’Henning Mankell.
Où Joël, en passe de devenir adulte, retrouve sa mère, perd son père et prend la mer à bord d’un Cargo pour découvrir de nouveaux horizons.

Mon avis :
Henning Mankell possède de nombreux talents. Les enquêtes de Wallander ou ses romans noirs ( par exemple Le retour du professeur de danse) tiennent le lecteur en haleine et les font frissonner. L’émotion est une composante majeure de ses romans comme dans Les chaussures italiennes, Profondeurs ou Un paradis trompeur.
Il me tardait de découvrir ce talent mis au profit de la jeunesse.
A l’horizon scintille l’océan est le dernier volet de la trilogie sur Joël Gustafsson, ce jeune garçon abandonné par sa mère et élevé par son père Samuel, un ancien marin devenu bûcheron. Même si il n’est pas utile d’avoir lu les précédents livres pour comprendre celui-ci, j’ai très envie d’en savoir plus sur ce garçon et sur les autres personnages.
Dans ce volet, Samuel reçoit une lettre d’une amie de Stockholm qui lui donne enfin des nouvelles de Jenny, la mère de Joël.
A la fin de l’année scolaire, Samuel sacrifie ses économies pour emmener son fils sur les traces de Jenny. Le jeune garçon y voit aussi une possibilité de réaliser son rêve, quitter ces satanées forêts et redonner à son père l’envie d’embarquer avec lui sur un cargo et de devenir marin pour aller aux îles Pitcairn.
Combien de fois ces deux hommes ont-ils rêver que leur maison voguait sur les flots, les emmenant loin dans les mers du Sud ?
Ce voyage à Stockholm est une émancipation pour Joël. C’est la première fois qu’il fait un si long voyage en train, qu’il découvre la ville et ses risques. Dès la gare, il perçoit leur médiocrité avec leurs vieux habits et ce sac au manche cassé. Il a même honte de son père, ce vieux bonhomme au dos voûté, aux yeux fatigués et un peu tristes.
Puis commencent les recherches pour trouver Jenny, mais Samuel fait tout pour retarder cette rencontre qu’il craint. Tout comme il rechigne à aller voir les cargos au port.
Alors, Joël, habitué aux escapades nocturnes se lance seul à la conquête de ses deux rêves.

Henning Mankell a lui aussi été abandonné par sa mère lors de son enfance et il connaît bien cette connivence entre un père et son fils. Les discussions entre hommes ne sont pas évidentes mais on sent poindre sous cette virilité la tendresse des sentiments. Les rôles s’inversent parfois : le père fait l’enfant lorsqu’il craint de revoir cette femme qu’il aime toujours et le fils devient très adulte lorsqu’il donne des conseils à son père.
Pour Joël, ce voyage à Stockholm est le point de départ de sa vie d’adulte et il commencera le voyage vers ses rêves.
Devenu adulte, la réalité met fin doucement à l’imagination enfantine qui construit souvent des histoires abracadabrantes. Mais il est « difficile de fermer la porte de son enfance » et l’on garde souvent au fond de son cœur une tendresse particulière pour les personnes et les lieux qui nous ont construits.

J’apprécie que de bons auteurs comme Henning Mankell (ou Didier Van Cauwelaert par exemple) mettent leur talent au service des jeunes.

A l’horizon scintille l’océan est une belle histoire tendre et émouvante qui montre qu’il faut croire en ses rêves même si la réalité de la vie est parfois brutale.

Les deux premiers tomes de la trilogie sont : Les ombres grandissent au crépuscule, Le garçon qui dormait sous la neige

Je remercie Seuil et babelio pour l’attribution de ce roman lors du dernier Masse critique Jeunesse.

 

rentrée melangedesgenres8

Un rossignol sans jardin – Ruth Rendell

rendellTitre : Un rossignol sans jardin
Auteur : Ruth Rendell
Littérature anglaise
Traducteur : Johan- Frédérik Hel Guedj
Éditeur : Éditions des deux Terres
Nombre de pages : 292
Date de parution : 8 octobre 2014

Auteur :
Pionnière dans le genre du roman psychologique à suspense, Ruth Rendell est largement reconnue pour sa subtile analyse de la société anglaise contemporaine. Elle est l’auteur de plus de soixante-dix ouvrages, traduits dans vingt-cinq langues à travers le monde.

Présentation de l’éditeur :
Une enquête de Wexford
La petite communauté de Kingsmarkham est en émoi : on a tué Sarah Hussein, sa révérende. Certes, cette femme d’origine indienne, récemment convertie, mère d’une enfant au père inconnu, n’attirait pas que des louanges sur sa personne. Mais de là à l’étrangler dans son presbytère ! Cela ne ressemble pas aux mœurs paisibles de Kingsmarkham. L’inspecteur Burden demande l’aide de son prédécesseur et ami, Reginald Wexford, pour résoudre cette délicate enquête. Fasciné par le mystère qui entoure autant la vie que la mort de Sarah, Wexford sort de sa retraite pour partir sur les traces de ce « rossignol sans jardin ».

Mon avis :
Ruth Rendell a écrit son premier roman policier en 1964. Avec Un rossignol sans jardin, elle nous livre une fois de plus une enquête de Réginald Wexford, retraité mais toujours sollicité par son ami, l’inspecteur Mike Burden.
Wexford a ce flegme anglais que j’aime beaucoup, cette écoute si particulière qui lui vaut, surtout maintenant qu’il ne fait plus partie de la police, bien des confidences. Lentement mais sûrement, il échafaude des hypothèses qui en grandissant se transforment en convictions. Même, si « il n’allait jamais nulle part sans un livre » et adorait être tranquille chez lui, auprès de sa dynamique épouse Dora, à lire tranquillement L’ Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire roman de Gibbon, il ne peut jamais résister à une demande de soutien de Mike Burden. Et celui-ci le sollicite cette fois pour le meurtre de la révérende Sarah Hussain, une mère célibataire d’origine indienne devenue le pasteur de l’Eglise Saint Peter de Kingsmarkham.
L’auteur reconstitue ici son terrain favori avec les réactions sexistes et racistes de certains personnages. Wexford, même si il a un peu de mal avec la modernité technologique ou la façon de s’habiller des jeunes gens, est une personne très tolérante et respectueuse.
Cette enquête est particulièrement bien menée. Wexford rencontre les amis de Sarah nous apprenant ainsi son histoire, interroge les témoins, prend sous sa protection la fille du pasteur. Lorsque Mike Burden arrête un suspect, Wexford continue à réfléchir au-delà de l’évidence. Les évènements suivants et sa perspicacité l’amèneront bien évidemment à la résolution de l’enquête, nous laissant ainsi une petite réflexion du style  » Bon sang…mais c’est bien sûr. »
Ruth Rendell glisse toujours une seconde affaire, en général, avec le personnel de maison ( ce sera ici le fils de la femme de ménage) et bien sûr une connexion avec sa famille, notamment sa fille Sylvia. L’auteur a une grande facilité à écrire et inventer les histoires. A la lecture, je sens que les mots passent instantanément de son cerveau à la plume ( ou peut-être au clavier mais j’aime penser que c’est à la plume, c’est le côté traditionnel de Wexford qui m’y invite).

Un rossignol sans jardin est une bonne enquête avec toujours un regard critique sur la société anglaise.

Et l’auteur est aussi à l’affiche au cinéma avec la sortie  d’Une nouvelle amie de François Ozon le 5 novembre, adapté de la nouvelle de Ruth Rendell, avec Romain Duris et Anaïs Demoustier dans les rôles principaux.

rentrée bac2014