Les clameurs de la ronde – Arthur Yasmine

YasmineTitre : Les clameurs de la ronde
Auteur : Arthur Yasmine
Éditeur : Carnet d’Art
Nombre de pages : 85
Date de parution: 2015

 » On sait écrire des dissertations, des mémoires, des thèses, des magazines, des blogs, des essais, des romans, des nouvelles qui parlent de poésie…Mais sait-on encore écrire des poèmes? »

Arthur Yasmine s’engage pour défendre la poésie avec ce recueil qui propose différentes formes. Du sonnet classique ( Sonnet à la nouvelle Aphrodite), des rhapsodies, des extraits de correspondance amoureuse ( Je t’espère), des fragments de livres, un message virulent aux éditeurs de poésie française…différents fragments de travaux poétiques des sept dernières années de l’auteur. Pour « faire jaillir la parole comme un poignard »
Arthur Yasmine, transforme en poésie ses révoltes face à la société occidentale.
 » J’offre le peu de terre putréfiée que j’arrive à transformer en or. C’est ce qu’il faut faire en Poésie. ».
Et il le fait dans l’urgence et la rage afin que les mots du poète nous interpellent, nous sortent de la pensée commune et pointent avec excès les dérives de la comédie sociale actuelle.
 » Sachez qu’il porte le sang d’un homme à la contemplation ardente et à l’urgence vitale; c’est le sang pur et brûlant d’un poète. »
Comme tout poète, il sait aussi parler d’amour, et pas seulement de celui de la Poésie. Ses lettres d’amour peuvent  être fulgurantes de beauté.
 » J’ai besoin de te l’écrire…Tu me dépasses. Oui, ces nuits d’étourdis, faudrait les écrire avec du feu. Elle et son homme -toute une mémoire pour cet hymen évanescent qu’on a grillé comme une clope. Toute une mémoire pour tes reins creusés par la sueur, pour nos corps dansant l’un contre l’autre, pour tes lèvres, pour ta langue vulgaire, pour ton charme de statue, pour la garce, pour la grâce. Toute une mémoire pour toi qui t’agaces et moi qui compte depuis le début…Combien de sculptures peut-on dédier à ton visage éperdu? »
Bien loin de cet amour des rêveurs critiqués dans la Lettre sur l’animalité ( lettre centrée sur les inégalités sociales),   » Mais on en avait vraiment pas besoin de l’amour, nous, les pauvres! La misère, ça ne laisse pas le temps de rêver. »

La poésie est-elle réservée à l’élite ou est-elle morte? Son caractère souvent ésotérique l’éloigne d’une culture de masse mais elle n’en est que plus précieuse.
Un auteur comme Arthur Yasmine a une voix à donner pour provoquer la réaction de manière subversive face aux incohérences de la société.
Ses mots claquent comme un éclair de lucidité nous évitant de sombrer dans la pensée unique qui nous emporte vers la médiocrité de nos sociétés actuelles.

Comme une ronde, le recueil commence avec un poème Invocation à la jeune morte et se termine avec Éclair pour la jeune morte, deux superbes poèmes en hommage à la Poésie. L’auteur nous invite alors à lire en boucle ce carnet.

Dommage que nous n’ayons ici que des fragments. Mais c’est peut-être une invitation à se laisser porter plus loin, au-delà de l’indifférence de ces premiers cris.

Je remercie Arthur Yasmine pour l’envoi de ce livre et j’espère bien modestement m’associer à sa volonté de  « Sortir la Poésie du marasme et lui redonner sa majesté perdue »

 

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La nuit des terrasses – Makenzy Orcel

orcelTitre : La nuit des terrasses
Auteur : Makenzy Orcel
Poésie, Littérature haïtienne
Éditeur : La Contre-Allée
Nombre de pages : 64
Date de parution : 5 mars 2015

Auteur :
Makenzy Orcel est né en Haïti en 1983. Aux lendemains du tremblement de terre qui a secoué Port-au-Prince avec la même force destructrice que la bombe d’Hiroshima, Makenzy Orcel a écrit Les Immortelles (Zulma 2012) pour dire la folie de vivre malgré l’épouvante autant que pour livrer le plus insolent témoignage face à l’apocalypse. Ce premier roman a reçu le Prix Thyde Monnier de la Société des Gens de Lettres. Il a participé en 2011, puis en 2012, au Festival des Étonnants voyageurs, à Saint-Malo.

Présentation de l’éditeur :
«  J’ai commencé à fréquenter les bars, donc boire, très tard dans ma vie. Pour une raison très simple, il faut payer après avoir consommé… Aujourd’hui dès que j’arrive dans une ville, la première chose qui me vient à l’esprit, c’est d’aller faire la tournée des bars. Carrefour de toutes les occurrences. Des histoires, aussi banales soient-elles parfois, qui hantent toute une vie. Depuis bientôt une décennie c’est devenu un de mes endroits préférés. Et Dieu sait combien j’en ai fait dans mes voyages. J’ai voulu faire un livre pour habiter, aborder autrement ces vécus…
Tous les poèmes du recueil La nuit des terrasses forment ensemble une seule plongée à travers ces espaces réels ou imaginaires, pour combiner non seulement ces instantanés, ces souvenirs disparates, mais aussi inviter l’autre à sortir sa tête de son verre, à la convivialité. Le verbe « boire » ne se conjugue-t-il pas mieux ensemble ?
La nuit des terrasses célèbre l’instant, la rencontre des corps et l’amitié. » Makenzy Orcel

Mon avis :
J’ai découvert Makenzy Orcel avec Les immortelles, un roman qui met déjà en valeur la grande poésie de l’auteur.
Fabriche Luchini disait lundi dernier dans l’émission Boomerang, « La poésie, il faut accepter de ne pas la comprendre. »  » ce qui compte, c’est l’agencement des mots. »
La poésie de Makenzy Orcel est belle, violente, troublante et compréhensible même si plusieurs lectures permettent de mieux s’accorder avec la mélodie.

 » la rue de ton nouvel ailleurs
est traversée par tous les bars
toutes sortes de folies
d’où tu nous figes d’un regard
qui semble nous dire

bois
baise
même si le temps est assassin. »

Comme le titre du recueil le laisse supposer, l’auteur nous plonge dans le registre lexical de la nuit, de l’alcool et des voyages. « La nuit les conte à rebours. »
Les rencontres se font à Port-au-Prince, en Palestine, au Soudan, dans le quartier latin ou à Saint-Denis avec des cœurs cassés, des bâtards, des putains, des « noyés insoumis »
Même si l’univers est sombre, quelques petites notes d’optimisme pointent de-ci de-là.
 » Il faut laisser le nuit entrer dans sa vie
pour qu’il y ait un phare quelque part. »
 » Je jette mes mains au feu pour atteindre la lumière dans son point de chaleur. »

Le rêve est toujours là sous la brutalité du quotidien, « le rien qui fait rêver« . Et je vous laisse ce court extrait pour mesurer la beauté des textes.

 » quand tous les rêves
se mettront à nous plaquer

la nonchalance du souffle
ou les transes du paraître
quel que soit son nom
     le vide est total

quand nous n’aurons plus que le doute
pour seule attache
les marécages du poème
et l’insomnie du rêve

n’oublie jamais de le faire debout
s’il faut pleurer. »

L’auteur cite de grands poètes (Ribaud, Ferré, Baudelaire, Verlaine…) s’exprimant sur l’alcool en titre de ses poèmes.
« Buvons au temps qui passe, à la mort, à la vie! » Alfred de Musset

Je remercie libfly et les Éditions La Contre Allée pour ces instants suspendus.

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Correspondances – Valence Rouzaud

rouzaudTitre : Correspondances
Auteur : Valence Rouzaud
Éditeur : Thierry Sajat
Nombre de pages : 66
Date de parution : septembre 2012

Auteur :
Valence Rouzaud est un poète français et auteur de différents poèmes dont : « Mon âme est en ciseaux » (1998), « Rentier » (2000), « Vingt et une orties » (2006) et « Correspondances » (2012).

Présentation de l’éditeur (extrait de la préface de Louis Delorme):
Ces cinquante-huit lettres ne sont pas qu’un testament littéraire… Valence Rouzaud y dénonce la mainmise sur la littérature par les éditeurs patentés, ceux qui font la pluie et le beau temps en matière de publications et même parfois de récompenses. Et il est bien vrai que l’écrit marginal, celui que l’on retrouve dans les petites revues déshérités qui n’ont pour survivre que l’acharnement de leurs créateurs, que l’on rencontre sur le blog de ceux qui ont encore la foi en un autre monde, ne présente pas moins de richesse que ce qui a l’aval des instances officielles.
(…)
Savourez lentement ces textes. Ils le méritent et n’oubliez jamais : « Les poètes sont des enfants qui détournent les avions avec des cerfs-volants. »

Mon avis :
Pour le Larousse, la poésie est l’art d’évoquer et de suggérer les sensations, les impressions, les émotions les plus vives par l’union intense des sons, des rythmes, des harmonies, en particulier par les vers.
Pas de vers ici, Valence Rouzaud met de la poésie dans des lettres, nommément adressées ou pas, car il joue avec les mots qu’il agence « avec l’art du fleuriste ».
« 
Choisir un mot, l’aimer passionnément, retrouver son essence et le relier à d’autres : voilà mon travail et mon apothéose. »
Et la passion, elle éclate derrière les mots. Passion pour l’écriture, la nature et pour le rêve.
« Quel meilleur support pour le rêve que la poésie?  »
Il faut que nos jeunes continuent à rêver, à idéaliser et renoncent à subir toutes ces images mâchées  « 
qui défilent dans leur cerveau ». A quoi bon, tous ces parcs d’attraction, ces « usines à histoires ».  « L’homme a dans son imaginaire un fabuleux magasin. »
Et quel plus beau rêve que de détourner « les avions avec des cerf-volants. »
Le poète est un rêveur, un enfant qui prend le temps de contempler les choses qui l’entourent.
Le meilleur environnement reste la nature. « tous les grands moulinets de la ville ne remplaceront jamais l’épuisette d’un pêcheur à la ligne ».
La poésie permet de prendre le temps, de faire une pause enrichissante face à la bien trépidante moderne.
« La poésie, c’est la réponse du piéton au bolide, tant le voyage l’enrichit des rues traversées et de ruines endormies. »
Valence Rouzaud reste modeste en arguant qu’il n’écrit plus grand chose à part ces quelques lettres. Alors que le lecteur a l’impression que les mots débordent de son imaginaire. Inutile de faire de plan de carrière stressant, mais l’on devine que ce poète est « u
n marchand de couleurs en tête-à-tête avec demain » et qu’il en sortira  « des pages de livres traversées de silence et de bruits. »
Je ne suis pas une littéraire classique, la poésie reste parfois pour moi assez ésotérique.
Les textes de Valence Rouzaud ne sont pas un simple éloge au beau mais illustrent un regard sur la société. J’avoue avoir dû relire plusieurs fois les textes pour vraiment les apprécier. Mais c’est aussi l’attrait de la poésie, lire et relire, s’imprégner des émotions, visualiser les images et les rêves d’un autre.

Je remercie Valence Rouzaud pour ce partage et je vous confie sa dédicace:
« Les mots ne seraient que des mots s’il n’y avait pas la littérature.« 

 

 

Manoir des mélancolies – Jean-Paul Klée

kléeTitre : Manoir des mélancolies
Auteur : Jean-Paul Klée
Éditeur : Andersen
Nombre de pages : 116
Date de parution : septembre 2014

Auteur:
Né en 1943 à Strasbourg, où il vit toujours, Jean-Paul Klée publie depuis 1961. Il est l’auteur d’une œuvre poétique considérable.

Présentation de l’éditeur :
Pour Jean-Paul Klée, la vie est un grand cahier bleu ciel qu’il garnit des ravissements de chaque jour. Rencontres et conversations égayent son existence de poète replié. On croise ici une ancienne clerc de notaire ayant le cœur sur la main, le copain forestier amateur de femmes & de chevaux, deux vétérans de la guerre d’Algérie, une pâtissière qui roucoule à ses jeux de mots, le spectre de Pasolini ou celui de cet oncle qui – à l’inverse du père – réchappa aux nazis en vivant caché au fond d’un poulailler parcouru de passages secrets…
Dans ces proses stylisées, où l’émotion affleure, où la bienveillance luit, l’auteur promène son œil pointu sur notre réalité. Il ne s’agit pas seulement de dire le monde, mais de le réinventer.

Mon avis :
 » Prosé ou poësie je ne fée pas toujours différencié vois-tu & dans mon cœur c’est identiquée rumeur si ce n’est qu’elle sera dans un cas ( le prosé) plus ramassée pudik neutralisée (objectif serré) alors qu’en poësie je me débonderai, le Tonneau de moi s’ouvrira (il est grand comme la maison) & son langage va m’empoigner s’élargira plus que le simple raconté Oh quel fluvial torrent c’est!!…la poésie me convient beaucoup mieux(elle n’a plus aucun format ni encadré) je m’y propagerai comme les Saumons remontaient le ruisseau & puis un jour ils sont dans l’Océan l’ouvert l’immensité!… »

Ce recueil de prose poétique contient 52 textes indépendants qui sont comme des rêveries de l’auteur flânant dans son Strasbourg natal.
J’avais choisi ce livre pour une lecture poétique chargée d’émotion mais je n’ai pas su comprendre la langue stylisée de l’auteur. Il faut dire que les complexités se superposent avec l’absence de ponctuation, l’utilisation de sigles comme l’esperluette, l’écriture ancienne ou imaginaire de certains mots, les phrases entre parenthèses ou en italiques. Autant de sauts d’obstacle qui sont pour moi néfastes à l’écoulement de l’émotion.
Dommage car l’auteur est sans nul doute un « farfelu » d’une grande pureté qui protège son intériorité sans toutefois oublier les désastres du monde, de la guerre et de la politique.
 » J’ai remonté le cœur d’une jeune fille qui adossée à un mur fait la mendicité (c’est à la nouvelle mairie : on vous y aidera vous savez ils sont dans leurs bureaux rien qu’pour ça : c’est leur boulot) elle m’a souri Ah si je la recueillais sous mon toit, qu’en ferais-je ma foi?…je suis tellement maladroit… »

Ce recueil est publié par une nouvelle maison d’édition : Andersen Editions

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Que la blessure se ferme – Tahar Ben Jelloun

ben jellounTitre : Que la blessure se ferme
Auteur : Tahar Ben Jelloun
Editeur : Gallimard
Nombre de pages : 133
Date de parution : mars 2012

Présentation de l’éditeur :
Que la blessure se ferme est un recueil de poèmes et d’aphorismes tantôt lyriques, tantôt caustiques. Tahar Ben Jelloun y revisite son enfance à Fès, observe le monde qui l’entoure, explore le sentiment amoureux. Mélange savant de sagesse et d’ironie, ces textes offrent une suite inédite et inspirée à ses oeuvres poétiques complètes réunies en 2007 dans la collection Poésie/Gallimard.

Mon avis :

 » La poésie est une arithmétique. Aucune poussière n’est tolérable. Elle relève de la précision de l’horlogerie. C’est une physique des émotions. La flamme n’est jamais du hasard. Elle vient d’une histoire, d’une mémoire.Elle tend à couvrir l’indicible avec des mots, avec des images, des métaphores et quelque parfum acide. »
Que la blessure se ferme est un recueil de poèmes un peu différent, accessible et moderne.
Il peut se diviser en trois parties.
La première regroupe des poèmes en l’hommage de Mansour Al-Hallaj, poète arabe de la période de l’Hégire, adepte du soufisme qui a été condamné à mort en 922 à Bagdad.
Dans ces poèmes, l’auteur évoque la mort, le bourreau, la Vérité. Ce sont des vers sombres qui veulent conclure (que la blessure se ferme) sur ce crime contre un poète qui voulait dire la Vérité.
La seconde partie regroupe des poèmes sur l’amour et sur les sentiments lorsque l’on n’aime plus, la trahison, la haine. Le désamour reprend comme en écho  la  chanson de Ferrat, Que serais-je sans toi?.
« Que serais-je sans toi?
Toi qui m’as coupé les ailes
Toi qui as marché sur mon corps
Et froissé mon âme
Toi qui m’as offert un linceul.« 

 J’ai beaucoup aimé aussi le poème sur cet enfant différent
 » Il n’est pas comme les autres
il est innocence éparse dans une société qui ment
Il touche à l’essaim de tant d’étoiles  du simple fait de rire aux éclats »

 ou celui sur Narjis, une jeune indienne qui serait le bébé qui nous a fait passer le cap des sept milliards d’humains sur terre.
 » Et pourtant plus la population augmente
Plus l’angoisse repue ruisselle dans notre gorge
Car la solitude rôde et menace. »

Enfin, la dernière partie est une liste de 150 aphorismes, de réflexions sur la vie, des choses drôles ou tendres, des analyses de citations.
 » Je me méfierais de l’homme qui n’a pas de larmes, qui dort sans difficulté, qui rote après un bon repas et qui ne doute
jamais. C’est de cette étoffe-là qu’on fabrique les tyrans. »

« Mais quand le corps est incinéré, et ses cendres dispersées, où se trouve cette dernière demeure? Dans le souvenir de ceux
qui l’ont aimé
. »
C’est un superbe recueil que l’on peut relire souvent car cette poésie nous fait réfléchir sur l’humanité, nous repose des horreurs de la vie réelle. Elle permet de prendre du recul et se réconcilier avec la beauté des choses. J’ai tenté de vous faire partager quelques vers en espérant qu’ils vous donnent envie de découvrir ce recueil.