Le tonneau magique – Bernard Malamud

Titre : Le tonneau magique
Auteur : Bernard Malamud
Littérature américaine
Titre original : The magic barrel
Traducteur : Joseph Kamoun
Éditeur : Rivages
Nombre de pages : 264
Date de parution :   4 avril 2018

Cette nouvelle traduction de The magic barrel, proposée par Rivages me permet de découvrir Bernard Malamud ( 1914-1986) considéré comme un des plus grands écrivains américains de XXe siècle. Lire ce recueil de treize nouvelles est aussi une manière de rendre hommage à Philip Roth qui voyait en Bernard Malamud une de ses influences majeures.

Ce recueil de treize nouvelles reprend les thèmes de prédilection de l’auteur. Les personnages sont des juifs soumis au malheur. Chaque récit ébauche une opportunité d’un jour meilleur par le mariage d’une enfant, un voyage, un amour, la lecture, un appartement, une rencontre. Mais ils sont tant englués dans leur malheur qu’ils peinent à trouver la flamme de la vie.

«  Il se consolait en se disant qu’il était juif et que le juif souffre. »

Ils sont cordonnier, tailleur, mireur d’œufs, écrivain ou peintre raté, boulanger, étudiant, commerçant. Pauvres, malades, solitaires, déprimés, plongés dans des abimes de détresse, ce sont des hommes malmenés par le destin qui pourtant, avec obstination se lancent dans des parcours de combattant pour trouver une échappatoire. 

Citons, par exemple, Manischevitz, ce vieux tailleur au dos cassé dont le magasin a pris feu. Son fils est mort à la guerre, sa fille est partie, sa femme est malade. Stoïque, il accepte incrédule son lot de malheur. Quand il implore Dieu de venir à son secours, c’est un ange, un grand noir du nom de Levine qui se présente. Le vieil homme doute des capacités de ce juif noir. Il partira pourtant à sa recherche dans le quartier de Harlem.

Dans chaque nouvelle, se glissent les principes fondamentaux du judaïsme avec le sentiment permanent de culpabilité et ce besoin de réparer le mode, d’être utile à son prochain.

C’est le cas de Tony qui veut faire comprendre à une petite fille qu’il n’est pas bien de voler.
«  On n’a jamais vraiment ce qu’on veut. On a beau faire, on commet des erreurs, et après, elle vous colle à la peau. »

Mais parfois, le prochain, voué au malheur, ne veut pas être secouru. Ainsi la voisine de Rosen, veuve misérable en charge de deux enfants refuse son aide. Rosen use de tous les subterfuges pour venir en aide à cette femme qui refuse la charité.

Simon Susskund, par contre, harcèle un peintre raté natif du Bronx venu en Italie faire une étude sur Giotto. Il veut absolument obtenir quelque chose de lui.
«  Pourquoi serais-je responsable de vous? »
«  En tant qu’homme, en tant que juif, non? »

La dernière nouvelle, celle qui donne son titre au recueil, campe un homme qui fait des études pour devenir rabbin. Leo Finkle veut trouver une épouse et fait appel à un marieur. Aucune femme ne trouve grâce à ses yeux jusqu’à la découverte d’une photo laissée par le marieur.
«  Pour nous les hommes, l’amour se trouve dans la manière de vivre et dans la pratique religieuse. Les dames, c’est différent. »

Ce sont des histoires toutes simples mais qui emmènent dans un autre monde. Le style de l’auteur, sa façon de décrire ses personnages accablés par le malheur donnent à ces courts récits une dimension de contes ou de fables qui nous font réfléchir sur nos désirs, notre réelle volonté à trouver le bonheur. Ce sont des paraboles que chacun interprétera à sa façon.

Ce recueil me donne envie de découvrir un roman de Bernard Malamud.

La plus jeune des frères Crimson – Thierry Covolo

Titre : La plus jeune des frères Crimson
Auteur : Thierry Covolo
Éditeur : Quadrature
Nombre de pages : 123
Date de parution : 10 avril 2018

Des personnages burinés, parfois inconscients de leur folie assassine, sillonnent les routes désertes et les dix nouvelles de ce recueil. En Chevrolet de préférence, en train ou en camion, ils tombent en rade au milieu de nulle part, souvent dans des lieux peu reluisants. Il y a comme un goût d’abandon, de résignation, d’inconscience chez ses personnages qui n’obtiennent pas toujours ce à quoi ils s’attendaient.

Chez Thierry Covolo, les femmes sont souvent plus directes que les hommes. De l’enfance à la vieillesse, elles ne se laissent pas faire. Millie, douze ans saura venger son honneur dans La dernière fois qu’on a vu Sam. Lissia, adolescente, ne veut pas être Une fille à marier. Anna-Lisa, non plus, ne se laisse pas maltraiter par ses petits amis. Si Carrie aime les cookies, c’est aussi pour oublier qu’elle vend son corps à Vegas. Sally n’est pas celle que l’on croit. Et que dire des frères Crimson et de la vieille Ma’Grossman…que nul doute, elles ont du tempérament!

Les hommes laissent par contre souvent échapper un soupçon de tendresse. Dans la première nouvelle, la naïveté de Billy se révèle touchante. La plupart se montrent protecteurs et respectueux  envers ces diablesses. Dans son bar, sur la route de Vegas, Tom est prêt à tout pour continuer à régaler Carrie de ses cookies. Dans Le gouffre de Lupita, Hugo, un gendarme proche de la retraite prend des risques pour rester humain.

J’ai une préférence pour Train de vie, la dernière nouvelle, la plus longue. « Ici, soixante-dix ans après l’abolition de l’esclavage, on rangeait encore les Nègres selon la part de sang blanc qui courait dans leurs veines... ». Dans ce village, un pont sépare le quartier des Blancs de celui des Noirs dans lequel vit Sonny, enfant trouvé braillant dans le train devenu aujourd’hui un travailleur des champs jouant du blues. Lorsque Donald Staunton, fils d’une riche famille du Nord débarque du train, il choque la population en s’installant dans le quartier des Nègres. Il veut enfin prendre sa vie en main, échapper à l’avenir que lui trace sa famille pour jouer de l’harmonica avec Sonny. Mais, une fois de plus, c’est une femme qui brisera ce beau rêve de liberté.

Dans une atmosphère de roman noir américain, le lyonnais Thierry Covolo, nous réserve de beaux personnages aux multiples facettes. Suivez-les sur la route 66.

Des petites nouvelles de vous – Marie La Fragette

Titre : Des petites nouvelles de vous
Auteur : Marie La Fragette
Éditeur : Prem’edit
Nombre de pages : 186
Date de parution : Octobre 2017

Pas facile de se faire éditer! Alors, il faut toujours saluer le courage de ceux qui y parviennent.
Marie La Fragette a commencé en publiant sur le site Nouveaux Auteurs jusqu’à obtenir pour Chasse de tête le Grand Prix  femme Actuelle, coup de cœur du jury.
Elle revient ici avec  un recueil de nouvelles. Des petites histoires toutes simples, comme celles des gens que vous croisez tous les jours.
D’une grand-mère bourgeoise, odieuse, aigrie de retourner à la simplicité d’une maison de retraite bas de gamme, d’un trentenaire qui peine à allier travail et charge de famille jusqu’ à l’enfance d’un petit garçon de dix ans qui voulait être dresseur de pokémon, nous remontons le temps.

Si personnellement, je regrette un peu la banalité de certaines situations et de quelques dialogues, certains pourront apprécier la simplicité de ces nouvelles qui rappelleront les histoires d’enfance ou les bribes de vie du collègue ou de la bonne copine.

Arc atlantique – Denis Brillet

Titre : Arc atlantique
Auteur : Denis Brillet
Éditeur : La Rémanence
Nombre de pages : 151
Date de parution : 9 janvier 2017

Fiche éditeur

 

Cap à l’Ouest pour ces quinze nouvelles! Là où l’océan écoute les confidences des êtres un peu perdus, là où l’on noie ses soucis dans les vagues, là où le vent du large éloigne les tourments.
Enfants, adultes ou retraités, chacun y trouve un refuge à ses peines.
 » Elle en confia tous les détails à l’océan avec l’impression de se dépouiller de son histoire ainsi que d’une mue. »
Ce sont des étrangers repoussés par les villageois, des enfants troublés par un divorce ou la perte d’un être cher, des hommes qui ne se sentent plus à leur place, des femmes dépassées par la maladie d’une enfant ou la médiocrité de leur vie, un vieil irlandais sur une île qui se dépeuple, une fermière veuve qui peut enfin prendre le temps de vivre.
Nous sommes la plupart du temps dans les campagnes fidèles aux traditions et aux rituels familiaux, sur des îles ou des villages désertés, des bords de mer calmes après la ruée des vacanciers. Des endroits en perte de vitesse où vivent des gens simples. Des gens qui s’émeuvent davantage d’un beau paysage sauvage que d’une culture étalée pour impressionner un public.

Denis Brillet est sans aucun doute un amoureux de la nature. Ses descriptions de paysages ( » cathédrale de verdure », la couleur glas de la mer d’Irlande) laissent voir de superbes tableaux. Il y excelle notamment dans une nouvelle sur Emily Brontë. Les promenades d’Emily dans la lande, courant avec son chien vers une maison déserte où elle lit des histoires aux âmes errantes nous laissent un goût de cette littérature de l’époque victorienne. Mais l’auteur s’adapte à ses personnages pour lesquels, on le perçoit, il a une infinie tendresse.
Les dénouements, plus que des chutes, des premières nouvelles sont plutôt sombres, puis parfois se glisse une note d’humour ou d’espoir.
Et quel plus bel espoir que ce clin d’œil final sur la rencontre du personnage de la dernière nouvelle avec celui d’une précédente histoire. Deux êtres libérés de leur carcan, prêts à saisir la simplicité d’une vie pleine de promesses.

 

 

 

 

Le magicien sur la passerelle – Wu Ming-Yi

Titre : Le magicien sur la passerelle
Auteur : Wu Ming-yi
Littérature taïwannaise
Traducteur: Gwennaël Gaffric
Titre original : Tianqiao shang de moshushi
Éditeur: L’Asiathèque
Nombre de pages : 272
Date de parution : 15 février 2017

 » Dans ce monde, il y a des choses que personne ne saura jamais. Les choses qu’on voit avec les yeux ne sont pas les seules qui existent. »

Lorsqu’il était enfant, le narrateur vivait dans le quartier de Taipei. Pour ses parents, il vendait des lacets et de semelles sur la passerelle qui reliait les différents bâtiments. Si à cet âge l’imagination est fertile, un magicien à l’œil de verre entretenait les penchants naturels des enfants pour l’illusion.
Devenu adulte, le narrateur rencontre ses anciens camarades de jeu et leur demande de lui raconter une histoire sur le magicien de la passerelle, ce qui devient surtout une histoire de leur enfance. Ce sont ainsi quelques nouvelles sur le souvenir d’un quartier mémorable aujourd’hui disparu que collectionne dans ce livre Wu Ming-yi.
Ce quartier est composé de plusieurs petites boutiques tenues principalement par des taïwanais de souche venus de la campagne lors du développement du commerce.
 » Les compagnons de jeu de mon enfance représentent pour le romancier que je suis une caverne remplie de trésors étranges, un sac de billes étincelantes venues mystérieusement rouler jusqu’au coin de ma maison. »

Comme dans l’imaginaire des enfants, les nouvelles souvent concrètes et marquées par les difficultés familiales laissent une part à la fantaisie. Le dessin d’une plaque d’ascenseur sur le mur des toilettes envoie dans un monde irréel, un zèbre sort des toilettes, un chat se cache dans le plafond, un lion de pierre se venge sur un enfant, des néons explosent en une ribambelle de couleurs, une silhouette découpée dans du papier noir danse seule sur la passerelle. Car, ce que le magicien veut inculquer aux enfants, c’est que tout arrive si l’on y croit vraiment très fort.

En évoquant ces souvenirs, les lieux de l’enfance, l’auteur redonne de la vie à ce quartier détruit en 1992 et déterre en même temps la nostalgie et la magie de l’enfance.

 » Les portes du marché regorgeait de rumeurs et de récits extraordinaires, d’ordre plus ou moins intime, on y entendait les habitants raconter comme si c’étaient des feuilletons des histoires publiques et privées concernant leurs voisins. »

Un recueil de nouvelles sur Taipei, un labyrinthe où se sont côtoyés de jeunes enfants devenus aujourd’hui des taïwanais citadins nostalgiques d’un lieu particulier empreint d’humanité et de fantastique qui les ont façonnés.
Si la construction en forme de nouvelles, le fantastique mêlé aux souvenirs, les changements de narrateur ne donnent pas toujours une impression d’unité et de fluidité, la postface, signée de l’excellent traducteur, Gwenaël Gaffric, très éclairante permet de bien comprendre la finalité de l’auteur.

Voici une belle occasion de découvrir la littérature taïwanaise et cet auteur, Wu Ming-Yi,  » un des écrivains taïwanais majeurs de la génération actuelle »

Les vrais héros ne portent pas de slip rouge – Axel Sénéquier

SenequierTitre : Les vrais héros ne portent pas de slip rouge
Auteur : Axel Sénéquier
Editeur : Quadrature
Nombre de pages : 130
Date de parution : septembre 2014

Pas de superman dans ce recueil de nouvelles mais des gens ordinaires qui entrevoient leurs rêves et finissent par les réaliser ou par les confronter avec leur part d’humanité.
L’écriture fluide et chaleureuse sert la richesse des personnages en faisant des êtres lumineux et attachants.
Un vigile de supermarché fan de cinéma, une actrice débutante paralysée par le trac devant une star qui lui donne la réplique, un fils qui n’ose révéler la mort de la salle de cinema de son père, une jeune femme brillante attirée par les marins tatoués, un héritage inespéré, un coureur olympique en proie avec ses origines, un ouvrier fidèle face à la délocalisation de son usine, un auteur perdu suite à une psychothérapie, un homme bon qui plonge dans la déchéance, un acteur qui galère depuis vingt à trouver un rôle, une merveilleuse histoire d’enfants et la rencontre avec un vendeur Ikea ancien chanteur de boys band.

Des histoires simples mais beaucoup d’humanité et surtout une grande maîtrise de l’art de la chute. Axel Sénéquier possède les éléments essentiels de l’art de la nouvelle.

Douze nouvelles qui ont agréablement accompagné la fin de l’année 2016 avec de l’humour, de la tendresse, du doute et de l’espoir.

 

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Comme une respiration – Jean Teulé

teuleTitre : Comme une respiration
Auteur : Jean Teulé
Éditeur: Julliard
Nombre de pages : 153
Date de parution : 1 octobre 2016

Quand les actualités nous enferment dans un monde sombre, violent, égoïste, Jean Teulé prend sa plume et nous conte une quarantaine de petites histoires, des histoires vraies qui donnent une bouffée d’air pur. Comme sa dernière héroïne, il faut savoir trouver le petit triangle de ciel bleu dans le monde gris et contraignant.
L’auteur a voyagé partout en France et ailleurs pour trouver ces gens qui, comme cette vieille dame danse dans la rue sur Petite Fleur, comme cette troupe de musiciens s’entraide pour porter un excédent de bagages, comme cette éducatrice d’un centre de loisirs s’intéresse à un enfant de la DDASS qui ne connaît même pas son prénom à force d’être ignoré.

Ce sont des sauvetages d’une biche, d’une jeune fille moche, des moments de solidarité, d’entraide, de regard sur les autres, de têtes qui se tournent vers le bon côté de la vie, de conneries qui parfois ont du bon.
Là ou on s’attend à de la violence, le monde n’est pas toujours celui qu’on nous raconte, et des jeunes gens tonitruants peuvent aussi faire preuve de gentillesse.
Là où on parle de mort, un couple de personnes âgées peut en sourire en s’offrant pour Noël des urnes funéraires solubles et entrevoir un moment de poésie et d’humour.
«  Du train de la vie, penser à des cendres en décembre… »
Bien entendu, on retrouve la verve de Jean Teulé qui nous fait sourire, nous interpelle.

Même si la nouvelle très courte n’est pas ce que je préfère, ces quelques respirations sont des petites bouffées d’air pur, d’optimisme. Et la respiration est essentielle.

rl2016