Tour d’horizon – Kathleen Jamie

Titre : Tour d’horizon
Auteur : Kathleen Jamie
Littérature écossaise
Titre original : Sightlines
Traducteur : Ghislain Bareau
Éditeur : La Baconnière
Nombre de pages : 214
Date de parution : 11 janvier 2019

 

Tour d’horizon est un recueil de treize nouvelles évoquant les rencontres de l’auteur avec la nature sauvage.
Avec sa narratrice, Kathleen Jamie nous entraîne vers les aurores boréales, les squelettes de baleines, les colonies de fous de Bassan, les déplacements des groupes d’orques.
Du gigantisme des baleines à l’infiniment petit des cellules, nous la suivons dans les musées, les laboratoires, les sites archéologiques et surtout sur les îles désertées ( Noss, Saint-Kilda, Rona, Ile de Lewis, les Orcades…) où la nature prend toute sa place.

 » Tout se passe sous nos yeux, et tout ce que tu as à faire, ma grande, c’est ouvrir tes mirettes. »

La défense de l’environnement et les inquiétudes du monde moderne sont présents en filigranes dans les récits de cette mère de deux adolescents.

«  Si nous sommes en crise,c’est parce que nous avons perdu notre capacité à voir le monde naturel,ou à lui trouver du sens. »

Comme dans le musée de Bergen où la narratrice observe des squelettes de baleines, il y a dans ce recueil « une atmosphère métaphysique, si vous voulez, qui invite à la méditation, sur le rapport qu’entretient l’humanité avec les autres créatures, leur souffrance et notre rapacité, et l’étrange beauté de leurs formes. »

Contrairement au récit d’Amy Liptrot, L’écart, ce recueil se concente sur  la contemplation et à la mise en évidence des conséquences des actions humaines.C’est un très beau voyage et une réflexion sur l’environnement, mais il manque peut-être un peu d’ancrage personnel et romanesque pour capter entièrement l’intérêt du lecteur.

Un recueil à lire tranquillement, à reposer et à reprendre pour bénéficier des bienfaits de ses voyages apaisants et vivifiants.

Histoires de mers – Hubert Delahaye

Titre : Histoires de mers
Auteur : Hubert Delahaye
Éditeur : L’Asiathèque
Nombre de pages : 160
Date de parution : 14 novembre 2018

J’avais beaucoup aimé la poésie et l’exotisme de Lettres d’Ogura. Je n’ai pas hésité à renouer avec l’univers d’Hubert Delahaye. Et je ne suis pas déçue! J’aime sa façon de conter de belles histoires et surtout sa capacité à partager sa connaissance et son amour pour l’Asie.

Et je suis particulièrement satisfaite avec les seconde ( Hommage à George O.), cinquième ( Un visa pour Singapour) et sixième nouvelles ( Histoire de Tsurumi). 

Birmanie, Chine ou Japon, l’auteur nous immerge dans les paysages mais surtout dans la culture de ces pays.

George O. , soixante et onze ans est retrouvé mort dans un bordel de Rangoon. Crise cardiaque ou assassinat? Cet anglais, en couple avec une femme khmère a combattu contre les Japonais. Depuis, il s’est parfaitement intégré à la vie locale. «  Un Blanc qui ne faisait plus partie du monde des Blancs. »

Zhou est originaire de Chengdu. Lorsque toute sa famille se fait ensevelir sous une coulée de boue, il abandonne ses études de droit pour partir à Hong Kong. Là il vend des nouilles cuisinées comme au Sichuan dans une roulotte au pied de la Citadelle. Ce qui attire un banquier, quinquagénaire élégant. Lui aussi originaire de Chengdu, il se prend d’amitié pour le jeune Zhou. 

Tsurumi est une « ama », une femme plongeuse dans la baie d’Osai, un paysage magnifique que l’auteur décrit avec beaucoup de poésie.

«  Ce ne sont pas des îles perdues au milieu des eaux : elles préfèrent longer les côtes, les précéder, comme pour annoncer à la mer qu’elle ne pourra pas aller beaucoup plus loin, qu’elle devra faire un compromis. Elles sont l’avant-garde des terres et les hésitations des océans. »

Tsurumi plonge pour nourrir sa famille, pas pour trouver des perles comme le dit la légende. Son mari est pêcheur. Son sourire est parti depuis que son fils Tôru les a quittés. Quand aura-t-elle de ses nouvelles?

Si l’eau est présente sur ces trois nouvelles, avec les quatre autres nous embarquons vraiment sur des navires. Dans les îles du Pacifique Sud avec une description ironique d’un héros de feuilleton télévisé. Dans une île de l’océan indien avec l’histoire de Chevillon embarqué sur un navire, sur « cette eau qui porte et qui tue ». En Corse avec des pécheurs prêts à risquer leur vie pour ramener une belle prise. Et enfin, à bord d’un pétrolier avec un écrivain qui y cherche la solitude pour coucher sur le papier  sa tragique histoire d’amour ou pour l’ensevelir sous une vague comme celle d’Hokusai.

Histoires de mers est un excellent recueil de nouvelles pour ceux qui aiment les belles histoires bien ancrées dans un décor subtilement mis en valeur par la connaissance intime d’un auteur.

L’abattoir de verre – J.M. Coetzee

Titre : L’abattoir de verre
Auteur : J.M. Coetzee
Littérature sud africaine
Titre original : Moral tales
Traducteur : Georges Lory
Éditeur : Seuil
Nombre de pages : 166
Date de parution :  2018

J.M. Coetzee choisit Elizabeth Costello,  son héroïne d’un roman éponyme écrit en 2004 pour créer sept nouvelles autour du vieillissement de cette écrivaine australienne et de son rapport à la cause animale.

Qui sommes-nous par rapport à l’animal? La première nouvelle montre la réaction incontrôlable de peur face à un chien agressif. La femme qui passe deux fois par jour devant cette maison voudrait bien contrôler son rapport à l’animal.

«  la meilleure preuve que nous sommes des créatures déchues tient au fait que nous ne pouvons pas contrôler les mouvements de notre propre corps. »

Quelle genre de femme est celle qui n’éprouve aucune culpabilité à être infidèle? Elle est pourtant jalouse de son mari. Que cherche-t-elle?

«  Une femme comblée ne saurait être jalouse. »

Les cinq autres nouvelles se rapprochent autour du vieillissement progressif de l’écrivaine. 

A soixante-cinq ans, Mrs Costello se refait un look. Elle veut qu’on la regarde encore une fois comme une femme. Ses enfants n’osent pas lui dire que c’est peut-être inadapté et qu’elle risque d’être mortifiée si on l’humilie.

A soixante-douze ans, de Melbourne, elle se rend à Nice chez sa fille. Elle doit aussi y rencontrer son fils qui vit aux États-Unis. Réunion de famille! Elle se doute qu’ils veulent la convaincre de venir vivre plus près d’eux.

Ensuite, elle n’est plus qu’une vieille dame qui recueille les chats errants et un pauvre homme exhibitionniste. Lorsque son fils lui rend visite, ils s’affrontent sur un terrain philosophique avec beaucoup de respect et de pudeur. 

Son fils n’ose pas lui dire que la vieillesse va empirer, qu’elle glisse progressivement vers la mort et qu’il serait sage de déménager auprès de sa famille.

«  Qu’est-ce que, selon toi nous nions quand nous refusons l’appel de la bête souffrante? ». «  notre animalité commune ».

Le thème de la dernière nouvelle est lancé. La vieille dame voudrait construire un abattoir de verre pour montrer aux gens ce qui se passe à l’intérieur. Le thème très actuel de la souffrance animale est au coeur de cette nouvelle. 

«  Aimeriez-vous que vos derniers instants sur terre soient pleins de douleur et de terreur? »

Elisabeth Costello convoque Heidegger, Descartes et d’autres philosophes pour saisir les différences ou les parallèles entre l’animal et l’homme. 

«  Pour l’essentiel, je ne sais plus à quoi je crois. » mais il faut se souvenir de ceux qui n’ont fait que passer. L’écrivaine envoie à son fils le résultat de ses recherches pour un ultime témoignage.

Dans un style très épuré, J.M. Coetzee aborde des thèmes qui lui sont chers. Tout d’abord le rapport à l’animal qui constitue une manière de considérer son rapport aux autres. Et le regard intime sur le vieillissement, ce refus de ne plus avoir des autres qu’un regard de pitié, de compassion, une volonté de protection. 

Il n’est pas facile d’aborder ce recueil de nouvelles qui, sous un semblant de grande simplicité s’avère être un sujet de grande réflexion. Un livre qu’il convient peut-être de lire plusieurs fois pour en appréhender toute la profondeur.

Retrouvez l’avis de Mimi qui m’a accompagnée pour cette lecture.

Des raisons de se plaindre – Jeffrey Eugenides

Titre : Des raisons de se plaindre
Auteur : Jeffrey Eugenides
Littérature américaine
Titre original : Fresh complaint
Traducteur : Olivier Deparis
Éditeur : L’Olivier
Nombre de pages : 302
Date de parution :  13 septembre 2018

En lisant la quatrième de couverture, je ne m’attendais pas à ces nouvelles. Présenté comme les raisons de se plaindre de la gent masculine, je perçois davantage ce recueil sur le thème, non moins ironique, de « l’agréable absurdité de l’Amérique. »

Ces dix nouvelles écrites entre 1988 et 2017 mettent en scène des personnages, hommes ou femmes, en proie à leurs désillusions face aux aléas de la vie. Vieillesse, vie à l’étranger, désir d’enfant, assouvissement de sa passion, divorce, rêve américain, mariage forcé.

Je m’attarderais ici sur mes trois nouvelles préférées. Avec tout d’abord la première nouvelle, Les râleuses.

«  Parfois, les livres n’entrent pas dans la vie des gens par hasard. »

Celui qui a scellé l’amitié de Cathy et Della reste le point de repère de la marginalité de ces deux vieilles dames. Cathy refuse l’internement de son amie, de dix ans plus âgée, dans une maison de retraite pour démence sénile. Un livre, ce cadeau venu du froid, isolera nos deux râleuses comme les deux indiennes héroïnes du roman, jusque dans une fin poétique et énigmatique.

Autre coup de cœur pour la neuvième nouvelle, Fondements nouveaux. Kendall travaille à Chicago pour une maison d’édition détenue par un homme richissime,  ancien producteur de pornographie . Il doit fournir une version abrégée du livre de Tocqueville, De la démocratie en Amérique.

«  Qu’y-a-t-il de moins présent, dans l’Amérique de Bush, que l’égalité des conditions? »

Intellectuel sous payé, Kendall est soumis à la tentation de l’argent facile pour vivre dignement. Escroquerie, misogynie, tous les travers de l’Amérique ( qui malheureusement s’universalisent).

Enfin, la dernière nouvelle, Sujet de plainte, illustre un thème bien actuel avec toutefois une circonstance atténuante qui complique le jugement. Prakrti, jeune étudiante d’origine indienne, promise à un mariage arrangé, accuse un professeur américain de viol. 

Utilisant un langage sans tabou, Jeffrey Eugenides met en évidence la complexité de la mentalité américaine. Toujours prêt à toutes les turpitudes, envieux de liberté et d’aisance, le personnage trouve face à lui la désillusion engendrée par la pudibonderie implacable de la société américaine. 

Je remercie La librairie Dialogues pour cette lecture.

La vengeance du pardon – Eric-Emmanuel Schmitt

Titre : La vengeance du pardon
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Éditeur : Albin Michel
Nombre de pages : 336
Date de parution : 1er septembre 2017

C’est toujours un plaisir de suivre les histoires de ce formidable conteur qu’est Eric-Emmanuel Schmitt. Un auteur qui, de sa plume limpide, de ses historiettes avec un tournant philosophique,  fait réfléchir. 

Ce livre se compose de quatre histoires, réunies sous un titre en forme d’oxymore qui interpelle. Le pardon peut-il être une forme de vengeance?

Ces quatre nouvelles s’inscrivent plus ou moins dans la sphère familiale.

A leur naissance, les jumelles Barbarin se considèrent comme une seule entité jusqu’à la révélation de l’Autre à l’âge de quatre ans. Rien de plus complexe que les sentiments entre deux jumeaux. Leur amour inconditionnel se fissure rapidement d’un brin de jalousie.
Lily la préférée réussit toujours mieux, Moïsette vit dans son ombre mais est prête à tout pour surpasser sa sœur. A quatre-vingt ans, accusée par Fabien, son premier petit ami, Lily Barbarin doit comparaître au tribunal pour la mort de sa sœur. Comment Lily, si gentille, si prompte au pardon aurait-elle pu vouloir du mal à sa jumelle?

La seconde nouvelle, ma préférée, oppose le monde de la finance au monde paysan. William, propriétaire de la banque Golden, passe sa dernière nuit avant son accusation pour mise en place d’un système de Ponzi. C’est en fait son fils qui a mené cette opération de faux placements à haut risque avec les meilleurs clients de la banque. Il faut remonter au jeu de « chiche ou pas chiche » d’un groupe d’adolescent pour comprendre ce qui a mené William à un tel désastre.
Les simples d’esprit ne sont pas toujours les moins perspicaces et le lien animal reste le meilleur des témoignages d’amour.
«  Vous, les Parisiens, vous nous méprisez parce que nous vivons avec nos bêtes. Pourtant, vous devriez les observer, les bêtes, vous en tireriez des leçons. Chez les bêtes, jamais un mâle n’a oublié de nourrir ni d’élever ses petits. »
En regardant l’opéra Madame Butterfly, William comprend bien des choses.

La troisième nouvelle, sûrement la plus perturbante oppose le pardon d’une mère à l’absence de regrets d’un tueur en série. Alors qu’il a tué sa fille, Elise vient régulièrement à la prison rendre visite à Sam Louis, un tueur sans aucun état d’âme. Elle veut lui accorder son pardon.
«  Tu ne t’aimes pas, Sam, parce que personne ne t’a aimé. »
Elise peut-elle être la confidente de cet homme qui a toujours été repoussé par ses mères?
A-t-elle besoin de pardonner pour exister ou le pardon devient-il pour elle une forme de pouvoir?
Ici aussi, l’auteur utilise souvent les oppositions entre animal et humain. Sam le tigre deviendra-t-il plus humain et cela lui apportera-t-il le salut?

Enfin, Werner von Breslau, quatre-vingt-douze ans, soupçonné par son fils d’appartenir à un groupe de néo-nazis, découvre la légèreté, la grâce avec Daphné, sa petite voisine espiègle de six ans. Ensemble, ils vont lire Le Petit Prince de Saint-Exupéry. Werner va alors faire une étrange découverte qui le replonge dans ses exploits militaires d’aviateur pendant la seconde guerre mondiale. Pourra-t-il se pardonner sa faute? 

Eric-Emmanuel Schmitt nous pousse une fois de plus à nous questionner sur notre part d’humanité. Ceux qui pardonnent, comme Lily ou Mandine semblent ici plus sereins. Elise nous montre que pardonner paraît essentiel pour continuer vers l’avenir. Accorder son pardon à quelqu’un le renvoie souvent vers un questionnement personnel. C’est une manière de progresser. Ainsi William se remet en cause face au pardon naturel de Mandine, Sam Louis acquiert un peu d’humanité. Werner engage une bonne action.
Ce livre a attendu longtemps sur mes étagères. Sûrement parce que je savais à quoi m’attendre avec cet auteur. Mais c’est toujours un plaisir de le suivre dans ses histoires qui, malgré leur simplicité, posent des questions universelles et nous poussent à réfléchir sur notre conduite.
Je remercie Enna de m’avoir poussée à sortir ce recueil de mes étagères. Retrouvez son avis ici.

Le tonneau magique – Bernard Malamud

Titre : Le tonneau magique
Auteur : Bernard Malamud
Littérature américaine
Titre original : The magic barrel
Traducteur : Josée Kamoun
Éditeur : Rivages
Nombre de pages : 264
Date de parution :   4 avril 2018

Cette nouvelle traduction de The magic barrel, proposée par Rivages me permet de découvrir Bernard Malamud ( 1914-1986) considéré comme un des plus grands écrivains américains de XXe siècle. Lire ce recueil de treize nouvelles est aussi une manière de rendre hommage à Philip Roth qui voyait en Bernard Malamud une de ses influences majeures.

Ce recueil de treize nouvelles reprend les thèmes de prédilection de l’auteur. Les personnages sont des juifs soumis au malheur. Chaque récit ébauche une opportunité d’un jour meilleur par le mariage d’une enfant, un voyage, un amour, la lecture, un appartement, une rencontre. Mais ils sont tant englués dans leur malheur qu’ils peinent à trouver la flamme de la vie.

«  Il se consolait en se disant qu’il était juif et que le juif souffre. »

Ils sont cordonnier, tailleur, mireur d’œufs, écrivain ou peintre raté, boulanger, étudiant, commerçant. Pauvres, malades, solitaires, déprimés, plongés dans des abimes de détresse, ce sont des hommes malmenés par le destin qui pourtant, avec obstination se lancent dans des parcours de combattant pour trouver une échappatoire. 

Citons, par exemple, Manischevitz, ce vieux tailleur au dos cassé dont le magasin a pris feu. Son fils est mort à la guerre, sa fille est partie, sa femme est malade. Stoïque, il accepte incrédule son lot de malheur. Quand il implore Dieu de venir à son secours, c’est un ange, un grand noir du nom de Levine qui se présente. Le vieil homme doute des capacités de ce juif noir. Il partira pourtant à sa recherche dans le quartier de Harlem.

Dans chaque nouvelle, se glissent les principes fondamentaux du judaïsme avec le sentiment permanent de culpabilité et ce besoin de réparer le mode, d’être utile à son prochain.

C’est le cas de Tony qui veut faire comprendre à une petite fille qu’il n’est pas bien de voler.
«  On n’a jamais vraiment ce qu’on veut. On a beau faire, on commet des erreurs, et après, elle vous colle à la peau. »

Mais parfois, le prochain, voué au malheur, ne veut pas être secouru. Ainsi la voisine de Rosen, veuve misérable en charge de deux enfants refuse son aide. Rosen use de tous les subterfuges pour venir en aide à cette femme qui refuse la charité.

Simon Susskund, par contre, harcèle un peintre raté natif du Bronx venu en Italie faire une étude sur Giotto. Il veut absolument obtenir quelque chose de lui.
«  Pourquoi serais-je responsable de vous? »
«  En tant qu’homme, en tant que juif, non? »

La dernière nouvelle, celle qui donne son titre au recueil, campe un homme qui fait des études pour devenir rabbin. Leo Finkle veut trouver une épouse et fait appel à un marieur. Aucune femme ne trouve grâce à ses yeux jusqu’à la découverte d’une photo laissée par le marieur.
«  Pour nous les hommes, l’amour se trouve dans la manière de vivre et dans la pratique religieuse. Les dames, c’est différent. »

Ce sont des histoires toutes simples mais qui emmènent dans un autre monde. Le style de l’auteur, sa façon de décrire ses personnages accablés par le malheur donnent à ces courts récits une dimension de contes ou de fables qui nous font réfléchir sur nos désirs, notre réelle volonté à trouver le bonheur. Ce sont des paraboles que chacun interprétera à sa façon.

Ce recueil me donne envie de découvrir un roman de Bernard Malamud.

La plus jeune des frères Crimson – Thierry Covolo

Titre : La plus jeune des frères Crimson
Auteur : Thierry Covolo
Éditeur : Quadrature
Nombre de pages : 123
Date de parution : 10 avril 2018

Des personnages burinés, parfois inconscients de leur folie assassine, sillonnent les routes désertes et les dix nouvelles de ce recueil. En Chevrolet de préférence, en train ou en camion, ils tombent en rade au milieu de nulle part, souvent dans des lieux peu reluisants. Il y a comme un goût d’abandon, de résignation, d’inconscience chez ses personnages qui n’obtiennent pas toujours ce à quoi ils s’attendaient.

Chez Thierry Covolo, les femmes sont souvent plus directes que les hommes. De l’enfance à la vieillesse, elles ne se laissent pas faire. Millie, douze ans saura venger son honneur dans La dernière fois qu’on a vu Sam. Lissia, adolescente, ne veut pas être Une fille à marier. Anna-Lisa, non plus, ne se laisse pas maltraiter par ses petits amis. Si Carrie aime les cookies, c’est aussi pour oublier qu’elle vend son corps à Vegas. Sally n’est pas celle que l’on croit. Et que dire des frères Crimson et de la vieille Ma’Grossman…que nul doute, elles ont du tempérament!

Les hommes laissent par contre souvent échapper un soupçon de tendresse. Dans la première nouvelle, la naïveté de Billy se révèle touchante. La plupart se montrent protecteurs et respectueux  envers ces diablesses. Dans son bar, sur la route de Vegas, Tom est prêt à tout pour continuer à régaler Carrie de ses cookies. Dans Le gouffre de Lupita, Hugo, un gendarme proche de la retraite prend des risques pour rester humain.

J’ai une préférence pour Train de vie, la dernière nouvelle, la plus longue. « Ici, soixante-dix ans après l’abolition de l’esclavage, on rangeait encore les Nègres selon la part de sang blanc qui courait dans leurs veines... ». Dans ce village, un pont sépare le quartier des Blancs de celui des Noirs dans lequel vit Sonny, enfant trouvé braillant dans le train devenu aujourd’hui un travailleur des champs jouant du blues. Lorsque Donald Staunton, fils d’une riche famille du Nord débarque du train, il choque la population en s’installant dans le quartier des Nègres. Il veut enfin prendre sa vie en main, échapper à l’avenir que lui trace sa famille pour jouer de l’harmonica avec Sonny. Mais, une fois de plus, c’est une femme qui brisera ce beau rêve de liberté.

Dans une atmosphère de roman noir américain, le lyonnais Thierry Covolo, nous réserve de beaux personnages aux multiples facettes. Suivez-les sur la route 66.