La fabrique des salauds – Chris Kraus

Titre : La fabrique des salauds
Auteur : Chris Kraus
Littérature allemande
Titre original : Das kalte blut
Traducteur : Rose Labourie
Editeur : Belfond
Nombre de pages : 884
Date de parution : 22 août 2019

 

La quatrième de couverture annonce un roman hors norme dans la lignée des Bienveillantes de Jonathan Littell ou de Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. Tout comme le premier roman, La fabrique des salauds traite de l’ambivalence et de la contradiction d’un jeune allemand dans l’enfer du nazisme. Mais si il en a l’ampleur et la richesse, il me paraît beaucoup moins sordide.
Chris Kraus s’est inspiré du réalisme magique du roman de Gabriel Garcia Marquez pour clore sa seconde partie.

Cette lecture ambitieuse de près de neuf cent pages m’a fait noircir une vingtaine de feuilles de cahier! En suivant la famille Solm, et principalement son narrateur, Koja Solm, Chris Kraus couvre presque toute l’histoire de la Lettonie pendant les deux guerres mondiales, l’évolution de l’Allemagne après la seconde guerre mondiale et la création de l’état d’Israël.

Konstantin, dit Koja, Solm, soixante-cinq ans environ en 1975, est dans une chambre d’hôpital. Inopérable mais sous surveillance, il a une balle dans la boîte crânienne. Suite à une visite sauvage et musclée de son frère manchot, Hub, il raconte son histoire à son voisin de lit, un trentenaire, swami, hippie qui a un trou dans le crâne. Comment les deux frères en sont-ils venus à se détester? Comment Koja a-t-il été blessé? Le dialogue entre les deux hommes vient régulièrement couper un récit qui promet de faire toute la lumière sur le passé de Koja Solm.

Né à Riga d’une famille de barons allemands et d’un fils de pasteur tué par les bolcheviks, Koja Solm est le plus jeune fils de la famille. Doué pour le dessin comme son père, il est plus sensible que son frère aîné, Hubert surnommé Hub. Les parents adoptent la petite Ev, ramenée de Daugavpils par la gouvernante russe du grand-père pasteur. Ev est très proche de Koja mais adolescente, elle tombe amoureuse de Hub. Une rivalité amoureuse qui ne manquera pas de compliquer la relation des deux frères, d’autant plus que Koja doit taire les origines d’Ev .

En 1919, l’armée balte reprend Riga aux allemands. Les nobles doivent fuir le pays. La famille Solm devient pauvre et les projets d’avenir sont compromis. Ev rencontre Erhard Sneiper, un national-socialiste laid mais éloquent. Cet homme qu’elle épouse entraîne Hub puis Koja dans les rangs de la Gestapo. Si Hub est un idéaliste conscient de n’avoir aucun avenir en dehors de la Waffen-SS, il devra souvent protéger son jeune frère des horreurs du nazisme. Mais, une fois plongé dans le milieu, peut-on garder les mains propres?

Pris dans un réseau toujours plus dense d’intrigues et de conspirations, Koja Solm affiche toujours un amour sincère pour Ev ou Maja, une espionne russe.

« Et je compris pourquoi l’homme aimait : il doit le faire parce que c’est le seul espoir, pour chacun d’entre nous, de rester homme malgré tout. »

Pour les protéger ou enterrer son passé, il travaille successivement, parfois simultanément pour les allemands du BND, les services secrets américains, russes puis israéliens.

 « Le mensonge est souvent le dernier rempart des égoïstes et des nostalgiques

La fiction autour de la famille Solm dynamise le récit historique d’une époque mouvementée. Le roman ne s’appesantit pas sur les horreurs de la guerre mais plutôt sur la difficulté des fils Solm d’être à la fois victime et bourreau. Le récit est particulièrement éclairant sur certains épisodes de la guerre froide avec la réintégration des nazis coupables dans la république de Bonn, la création d’Israël,  la recherche d’impunis nazis par le Mossad, les arrangements entre services secrets.

La fabrique des salauds est un grand roman, ambitieux et passionnant. Précis sur le côté historique, il excelle sur le plan de l’analyse d’un homme devenu un monstre malgré lui, un homme qui ne peut plus être honnête. Sur un sujet aussi grave, le style est particulièrement fluide et les clins d’oeil humoristiques bienvenus.

Du nouveau dans ma bibliothèque ( 35/18)

Une semaine comme je les aime avec de la variété et de la qualité, des nouveautés de la semaine  et de cet été.

Tout d’abord, j’ai reçu le roman de Nicolas Mathieu que j’avais choisi chez Moka dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire 2018 de Rakuten.

Voici les trois livres sortis cette semaine qui rejoignent mes étagères. Je ne peux rater aucun livre de Carole Zalberg et je suis contente de découvrir un nouvel auteur indien, Omprakash Valmiki. Franck Balandier poursuit son hommage à Apollinaire à l’occasion du centenaire de la disparition du poète.

 

Je continue ma découverte de romans graphiques avec celui de Bastien Vivés dont on parle beaucoup et les productions d’auteurs que j’aime suivre quelque soit leur mode d’expression. Je retrouve ici Mathias Enard.

Et enfin le livre de J.M. Coetzee paru cet été qui était dans ma liste de souhaits de lecture.

Bonne semaine et bonnes lectures.

 

Pourquoi Bookwitty?

Depuis quelques jours, vous voyez à la fin de mes chroniques une vignette avec la couverture du livre qui renvoie vers le site marchand Bookwitty.

Beaucoup de blogueurs viennent d’être sollicités par les équipes d’affiliation de ce site et ont ignoré ou refusé. Je les comprend parfaitement. Alors pourquoi ai-je accepté? Beaucoup verront dans cet article un moyen de justification. C’est un peu ça et sûrement pas un article polémique.

J’ai vécu, il y a quelques années, la vie d’expatriés. Ma fille vit aujourd’hui cette expérience en Chine. Nous sommes toutes deux des amoureuses du livre papier. Pas évident d’acheter des livres en français ou même en anglais sur place. Les frais d’envoi des sites français à l’étranger peuvent doubler le coût d’un livre de poche.

Bien sûr, je soutiens les libraires indépendants et je  relaie leurs messages largement sur les réseaux sociaux. J’y achète mes livres autant que faire se peut. Mais l’éloignement géographique, la sédentarité liée à l’âge ou la maladie rendent parfois difficiles les déplacements. Bien sûr il existe leslibraires.fr et je vous le recommande.

Mais le contenu de Bookwitty a fini de me convaincre. Regroupant une communauté de lecteurs, suivi par des auteurs, ce site, multiculturel et multilingue met en avant tous les livres et pas seulement les best-sellers et offre notamment une belle ouverture sur la littérature étrangère et les éditeurs moins médiatisés.

Alors, ne voyez aucune incitation dans ces petites vignettes en fin de chronique mais simplement un service permettant de trouver du contenu et des opportunités de livraison sans frais dans le monde entier. Ce qui peut intéresser les 20% de francophones qui suivent mon blog hors de France. Cela reste une expérience qui peut s’arrêter librement si elle ne vous apporte  aucune valeur ajoutée.

Bilan littéraire 2017

 

Les années se suivent et se ressemblent. Belle coïncidence, j’ai lu exactement le même nombre de livres qu’en 2016, soit 134 livres.

Ma pile à lire est en forte hausse puisque 201 nouveaux livres sont entrés dans ma bibliothèque en 2018. Ma participation au Jury du Grand Prix des Lectrices Elle y contribue un peu.

Mon challenge Objectif PAL est un fiasco avec seulement 13 livres sortis de mes cartons. L’avantage de ce petit nombre est de pouvoir les lister facilement.

                

J’ai déjà évoqué mes coups de coeur parmi les parutions 2017.

Vous trouverez toutes mes lectures classées par appréciation dans les onglets Années (2017, 2016…)

Je prends toujours beaucoup de plaisir à lire et à partager mes impressions sur mon blog et les réseaux sociaux. Vous êtes de plus en plus nombreux à me suivre et je vous en remercie. Sur la route de Jostein a dépassé les 100 000 vues en 2017.

Vous appréciez surtout les articles sur les rentrées littéraires. Les trois chroniques de livres les plus vues en 2017 sont  :

   

Je tiens à remercier les maisons d’édition qui me font confiance depuis de nombreuses années. Beaucoup m’ont aussi accordé leur regard cette année ( Editions de l’Observatoire, L’iconoclaste, Le serpent à plumes, Philippe Picquier, Ateliers Henry Dougier, Le laboratoire existentiel, L’Asiathèque)

J’espère tout simplement que cette belle aventure commencée il y a quelques années se poursuive aussi agréablement en 2018 et que vous aurez toujours plaisir à m’accompagner.

Très bonne fin d’année à tous.