Grand Prix des Lectrices Elle, troisième sélection

 

La troisième sélection du Grand Prix des Lectrices Elle, c’est à dire les trois ouvrages retenus par le jury de novembre, est arrivée cette semaine.

Côté Romans, les 12 jurés de novembre ont retenu 

Ce roman était en compétition avec Vera de Karl Geary et Une histoire de loups d’Emily Friedlund.

Pour le document, le livre retenu est .

Il était en compétition avec Une partie rouge de Maggie Nelson

Et le roman policier vient une fois de plus du grand Nord, 

Il faisait face à Comme de longs échos d’Elena Piacentini.

Fort heureusement , sachant que je n’ai pas encore commencé les relectures d’octobre, j’ai jusqu’au 24 décembre pour lire ces trois livres. Vous trouverez donc les chroniques des ces livres sur le blog en décembre.

 

 

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La chance du perdant – Christophe Guillaumot

Titre : La chance du perdant
Auteur : Christophe Guillaumot
Éditeur : Liana Levi
Nombre de pages: 360
Date de parution: 5 octobre 2017

Avec Le Kanak, Christophe Guillaumot tient un enquêteur hors norme qui saura fidéliser ses lecteurs.  Inspiré par un collègue wallisien du capitaine de police Guillaumot, le colosse calédonien qui distribue facilement des gifles amicales est un homme direct et attachant.

Pour avoir refusé certaines pratiques aux Stups, Renato Donatelli, dit Le Kanak se retrouve muté à la section des courses et jeux de la Police de Toulouse. Il fait équipe avec un jeune lieutenant, Jérôme Cussac, dit Six, lui aussi mis au placard après un problème à la Brigade criminelle qui lui a valu un doigt.

Après la découverte d’un cadavre dans un bloc de plastique issu du compacteur d’un centre de tri, les enquêtes de routine dans le monde du jeu se corsent rapidement. Comment des addicts au jeu se retrouvent-ils à risquer leur vie dans une épreuve ultime?
Le scénario principal est parfaitement huilé jusqu’au dénouement inattendu qui arrive comme une dernière carte abattue avec suspense sur la table.

Les personnages secondaires se révèlent aussi très intéressants. Notamment, May, cette graffeuse employée au centre de tri des déchets et surtout Grand Mama, ancienne danseuse calédonienne du Moulin Rouge, premier amour du grand-père de Renato.

La faiblesse de ce roman se situe peut-être dans les intrigues secondaires, parfois tapageuses et donc peu crédibles, comme le sort de Juliette ( amie de Jérôme Cussac assassinée en Syrie) ou les confidences de Jean-Pierre ( collègue de May).

Mais l’équilibre entre le suspense, la tendresse ( entre Renato et Grand Mama ou entre May et son chien) et l’humour ( du Kanak ou des stagiaires improbables) font de ce roman une lecture agréable.

J’ai lu ce roman dans le cadre du Jury du Grand Prix des Lectrices Elle.

Addict – James Renner

Titre : Addict
Auteur : James Renner
Editeur : Sonatine
Littérature américaine
Titre original : True crime addict, how I loste myself in the mysterious disapperance of Maura Murray
Traducteur : Caroline Nicolas
Nombre de pages : 320
Date de parution : août 2017

Addict est le récit d’une enquête minutieuse, fouillée, celle de James Renner sur une affaire non encore élucidée, la disparition en février 2004 d’une étudiante, Maura Murray.
Mais c’est aussi la perception d’un homme sur son addiction avec la mémoire de son passé et les impacts sur sa famille.
Avec un père violent et un grand-père pédophile, James connaît les côtés sombres de l’âme humaine. Lors de sa thérapie, un test psychologique le classe dans les sociopathes dangereux. Mais cette violence interne, il la canalise en se passionnant pour les enquêtes non élucidées, écrivant des romans de « true crime»
«  Je suis une sorte d’addict des mystères non élucidés. »

Maura Murray se retrouve seule sur une route déserte du New Hampshire après un accident de voiture. Lorsque la police arrive sur les lieux, la jeune femme a disparu.
Cinq ans plus tard, James éprouve le besoin viscéral de reprendre cette affaire. Pour assouvir son addiction, pour écrire un livre, pour aider une famille qui ne peut faire son deuil, pour chasser une fois de plus le démon, pour oublier que son fils est sûrement autiste ? Il y a un peu de tout cela dans la tête de James.

Maura avait disparu l’année du lancement de Facebook. James utilise largement les réseaux sociaux pour aller à la pêche aux informations. D’autant plus que la famille de Maura s’évertue à faire taire les principaux témoins.
L’enquête est minutieuse, fouillée, captivante. « Red herring » ( procédé utilisé pour mettre sur une fausse piste), « terriers de lapin blanc » ( pistes d’investigation), les limiers d’Internet donnent à James de quoi étudier toutes les possibilités.

L’enquêteur peut déplaire mais je le perçois davantage comme un passionné, un homme brisé qui doit affronter les démons pour oublier ses blessures.
«  Je veux retrouver ma joie. Mes enfants m’en apportent. Casey et Lainey. »

Ce document marie parfaitement une intéressante enquête parfaitement détaillée et l’introspection d’un homme tourmenté par les violences de son enfance qui a besoin de traquer la noirceur, de comprendre la violence pour affronter son présent.

Malheureusement, document oblige, seules les pistes de l’enquêteur vous permettront d’imaginer où et pourquoi Maura Murray a disparu.

J’ai lu ce document dans le cadre du Jury du Grand Prix des Lectrices Elle.

La serpe – Philippe Jaenada

Titre : La serpe
Auteur : Philippe Jaenada
Editeur : Julliard
Nombre de pages : 648
Date de parution : 17 août 2017

 

Sulak, La petite femelle, La serpe, je ne lisais que des chroniques dithyrambiques sur le style et l’univers de Philippe Jaenada. L’épaisseur de ces romans m’ont souvent incitée à la procrastination. Sélectionné dans la catégorie Romans du jury de Décembre du Grand Prix des Lectrices Elle, je ne peux que me lancer dans ce pavé dont la couverture me fait penser à une partie de Cluedo.
Philippe Jaenada s’inscrit désormais en justicier des accusés atypiques comme Bruno Sulak, voleur gentleman, Pauline Dubuisson, condamnée lourdement par misogynie pour le meurtre de son amant ou avec La serpe pour Henri Girard, accusé d’un triple meurtre.
Si, comme moi, vous ne connaissez pas Henri Girard, vous découvrirez sa vie aventureuse en première partie. Fils unique de familles de «  têtes hautes », Henri dilapide l’argent de la famille. Agé de neuf à la mort de sa mère, il est devenu «  insolent, menteur, provocateur et cynique. » Ruiné, il s’exile plusieurs années en Amérique du Sud. Au retour sur Paris, ses aventures lui donnent des idées d’écriture. Sous le pseudonyme de Georges Arnaud, il connaît quelques succès littéraires, notamment avec Le salaire de la peur qui deviendra un grand film de Henri-Georges Clouzot et ensuite avec des enquêtes à la défense de grandes injustices ( peut-être une des raisons de l’intérêt de Jaenada, outre le fait que Henri Girard soit le grand-père d’un de ses meilleurs amis).
Mais que s’est-il passé entre la période du fils rebelle et celle de l’aventurier et de l’écrivain? Les meurtres atroces à coups de serpe de son père, de sa tante et de la bonne dans leur château d’Escoire. Tous les détails sont consignés dans la seconde partie.
A ce stade ( un petit tiers du livre), je me questionne, que me réserve l’auteur? Où va-t-il m’emmener? Que peut-il encore me dévoiler de la vie d’Henri Girard?
Et bien, l’auteur va décortiquer toutes les pièces du dossier, reprendre toutes les petites phrases oubliées pour tenter de dégager, si ce n’est une vérité, au moins une forte présomption dans une affaire irrésolue pour laquelle, Henri Girard, évident coupable fut relâché suite à l’excellent travail de son avocat, Maurice Garcon.
«  Ce que j’aime bien, ce sont les petites choses, le rien du tout, les gestes anodins, les décalages infimes, les miettes, les piécettes, les gouttelettes – j’aime surtout ça parce qu’on a pris l’habitude, naturelle, de ne pas y prêter attention; alors que ces décalages infimes et les gouttelettes sont évidemment aussi importants que le reste. »
L’auteur est conscient de pouvoir perdre son lecteur, «  je sais que tout cela est assez compliqué, tordu et rébarbatif, je m’en excuse » mais il continue de creuser son tunnel, de prendre et reprendre les faits et les déclarations des uns et des autres.
Et ce ne sont pas les digressions, apparemment habituelles chez l’auteur, qui m’ont déplu. Bien au contraire, elles furent pour moi, des respirations salutaires, des éclaircies au coeur d’une enquête bien trop lourde et répétitive.
Je salue l’intelligence et la ténacité de l’auteur dans cette quête méticuleuse de la vérité mais personnellement, quand un livre ne m’apprend rien ( à part la vie de l’auteur du Salaire de la peur), je peine à accrocher sur autant de pages.
Maintenant, je sais ( donc j’ai tout de même appris quelque chose) qu’il est inutile pour moi de programmer les lectures de Sulak ou La petite femelle.
Pas de souci pour l’auteur, il a de nombreux fans.

Les avis «  coups de coeur » de Joëlle, Caroline

Grand Prix des Lectrices Elle, jury de décembre

Pour ma mission de jurée du Grand Prix des Lectrices Elle, le mois de septembre est particulièrement chargé. Puisque je reçois les trois livres sélectionnés par le jury d’octobre  en relecture .

   

J’ai aussi reçu cette semaine les 10 livres proposés aux lecteurs du jury de decembre dont je fais partie. Ce jury devra élire, un roman, un policier et un document qui seront ensuite lus par les autres jurés.

Voici le choix pour les romans:

  

 

Pour la catégorie Documents :

  

Pour la catégorie Policiers:

  

Pas d’affolement, nous avons jusqu’au 1er novembre pour lire les 10 livres du jury de décembre ( et j’ai déjà lu deux romans) et jusqu’au 26 novembre pour les trois relectures.

Toutes les chroniques paraîtront au cours des prochains mois sur le blog.

La tête et le cou – Maureen Demidoff

Titre : La tête et le cou
Auteur : Maureen Demidoff
Éditeur : Éditions des Syrtes
Nombre de pages : 215
Date de parution : 24 août2017

 

Elles sont nées sous le régime de Staline (1924-1953), « le père céleste », sous Gorbatchev avec la pérestroïka, ou n’ont connu principalement que Poutine. Elles sont nées à Moscou, à Saint-Petersbourg, à Omsk, à la ville ou à la campagne. Elles se confient en tant que femmes, en toute simplicité, avec leurs différences mais aussi avec, ce qui est plus marquant leurs points communs, notamment dans leur vision de la féminité et du mari idéal.

«  Les Romains disaient que l’homme est la tête et la femme est le cou. La tête ne bouge que grâce au cou qui la commande, et ne regarde que la direction que le cou indique. C’est un proverbe largement répandu en Russie que nous utilisons beaucoup. »

Quatorze femmes mettent en évidence les points clés de l’Histoire de l’Union Soviétique puis de la Russie, éclairant ainsi naturellement les caractères de la femme et de l’homme moderne.
«  C’est ce que nous a appris la vie : à tenir et à ne pas se plaindre, à ne pas être exigeant et à garder notre dignité face à nos existences. »
Avec quelques divergences d’opinion, les facteurs clés de ces témoignages sont récurrents. Malgré la peur ambiante, les plus âgées reconnaissent l’importance d’une enfance prise en charge par l’État dès le plus jeune âge dans le système scolaire ( Octobristes, Pionniers puis Komsomol).
«  J’avais un sentiment fort d’appartenance à une communauté, à un système bien organisé, et cela malgré les craintes et les imperfections de notre société. »
D’une société patriarcale menée par un leader, père de la nation, la dissolution de l’Union Soviétique a créé ensuite une génération perdue. Les guerres ont décimé la population masculine, les conditions économiques et l’alcool ont affaibli l’homme russe accentuant le nombre de divorce, laissant une large place à une femme initialement féminine, courageuse et autoritaire. Les témoignages des plus jeunes femmes mettent en évidence cette génération sans père. Beaucoup sont élevés par les mères et grand-mères.
Toute l’ambiguïté du désir féminin apparaît alors sous divers témoignages : l’envie de connaître un homme fort, semblable à l’image de Poutine et loin des hommes faibles de la génération perdue mais la crainte de perdre en liberté sous la domination et la violence du mâle. Les mères alimentent malgré elle le paradoxe.
«  Aucune maman au monde ne traite son enfant comme le futur mari de qui que ce soit. »

L’évocation de leur passé illustre les conditions de vie sous les différents dirigeants soviétiques, éclaire leur vision actuelle du pays. Elles sont pro ou anti Poutine mais chacune reconnaît que seul un homme fort peut diriger cet immense pays, et qu’aujourd’hui il semble le seul à pouvoir le faire.

Ces témoignages, sincères et simples, m’ont éclairée sur l’Histoire de la Russie, sur la condition des femmes russes et sur la société russe actuelle. La plupart des témoignages vont dans le même sens : coïncidence ou une réalité ?
Je regrette que Mikhaïl, seul témoignage masculin, se soit réfugié sous sa casquette de psychanalyste. Un avis sincère d’homme en tant que père ou mari aurait été intéressant.
Par contre, la postface de Hélène Yvert-Jalu précise parfaitement les jalons historiques et amorce une analyse perspicace.

 

 

Inavouable – Zygmunt Miloszewski

Titre : Inavouable
Auteur : Zygmunt Miloszewski
Littérature polonaise
Titre original: Bezcenny
Traducteur : Kamil Barbarski
Éditeur : Fleuve noir
Nombre de pages : 595
Date de parution : 14 septembre 2017

 

Inavouable, est-ce donc ainsi qu’il faudrait qualifier cet énorme secret ( « genre bombe, qui était déjà si important il y a soixante-dix ans, et l’est encore aujourd’hui. ») que l’auteur nous fait miroiter au bout de quatre cent cinquante pages de course poursuite derrière un tableau de Raphaël volé par les nazis à la Pologne? Bon j’avoue qu’il est bien amené et aurait pu faire trembler l’équilibre mondial. Quoiqu’il n’ait rien de bien surprenant. Enfin, il justifie pleinement que bon nombre d’étrangers s’en prennent à l’équipe de quatre personnes mandatée par le Premier Ministre polonais et chargée de retrouver l’œuvre d’art la plus recherchée au monde, Portrait de jeune homme de Raphaël.
Zofia Lorentz travaille dans la récupération d’œuvres d’art pour la Pologne. Elle retrouve pour cette mission son ancien amant, le marchand d’art Karol Boznanski. Leur sont associés un major fraîchement retraité, Anatol Gmitruk et une voleuse suédoise professionnelle, Lisa Tolgfors.

Si le début paraît décousu avec la présentation de faits historiques ou actuels et de nombreux personnages, le rythme est ensuite très soutenu avec la mise en place du vol du tableau aux États-Unis, l’intervention des espions, le repli vers la Suède, la course poursuite sur la glace digne d’un film de James Bond, les techniques d’authentification de tableaux ( plutôt intéressant), l’enquête menée par énigmes, le jeu de piste. Tout y est avec, en prime, les relations amoureuses des enquêteurs, l’humour de première catégorie, le langage mal traduit de la suédoise.

Les amateurs du genre passeront un bon moment de lecture. Quant à moi, je n’y trouve que peu d’intérêt.

J’ai lu ce roman dans le cadre du Grand Prix des Lectrices Elle 2018.