Hygge, l’art du bonheur à la danoise – Louisa Thomsen Brits

img_1540Titre : Hygge L’art du bonheur à la danoise
Auteur : Louisa Thomsen Brits
Littérature danoise
Traducteur : Isabelle Chelley
Editeur : Robert Laffont
Nombre de pages : 190
Date de parution : 3 novembre 2016

Quel est le secret de ce peuple danois considéré comme le plus heureux du monde? Le hygge ( prononcez [heu-gue]) paraît-il. Mais qu’est-ce que le Hygge? Louisa Thomsen Brits, mi-danoise, mi-anglaise va tenter de nous y sensibiliser.
Certes le peuple danois a dans sa culture, son histoire, son environnement naturel, son architecture de très bonnes dispositions au Hygge mais, de plus en plus, nous nous tournons aussi vers ces moments relaxants anodins qui nous permettent d’être bien.
Etre plutôt qu’avoir, rester a l’écoute de ce qui nous entoure, privilégier tous les sens, savoir de temps en temps mettre ses problèmes de côté, profiter de l’instant présent, créer  » des moments extraordinaires dans nos vies ordinaires« , vivre avec les saisons.
Il me semble que tout comme Monsieur Jourdain, je « hyggais » sans le savoir. Et les grands lecteurs, si j’en crois les photos, les messages me semblent particulièrement disposés à cette pratique. Quand je prends mon bouquin, que je me love dans le canapé avec mon plaid, près de la cheminée et que je me complais dans des heures de lecture, je « hygge »
Quand je me promène dans les bois, observant la nature, les oiseaux, discutant avec un autre promeneur, je « hygge »
Quand je prends plaisir avec faire un gâteau qui va embaumer toute la maison et ravir les gourmands, je « hygge »
Quand vous acceptez que vos enfants vous rejoignent le dimanche matin dans le lit parental pour un gros câlin, lorsque vous recevez la famille ou les amis pour un bon repas, vous « hyggez »

Les Danois, proche de la nature, ont cet esprit calme, accueillant dans le sang. Une bougie sur le bord de la fenêtre pour souhaiter la bienvenue, un panier de chaussons tricotés pour que les invités se mettent à l’aise dans ces intérieurs aux matériaux naturels, aux lignes pures, au confort simple et rustique.
Souvent je pensais que cela était facile pour eux, mais l’auteur venait toutefois rappeler que le foyer pouvait aussi être un état d’esprit, que la technologie aurait pu les pervertir, que les difficultés existent et que justement ces pauses peuvent aider à les affronter. Cela reste toutefois dans un milieu assez protégé.

Je n’ai pas fait de grandes découvertes en lisant ce livre et les quelques notions simples sont largement répétées ( en principe, après avoir lu ce livre, vous courez chez Ikea acheter un stock de bougies). Toutefois, dans nos vies trépidantes, il n’est jamais inutile de rappeler qu’il faut savoir capitaliser sur les petits moments simples de détente et de partage.
Si j’ai souvent eu l’impression que l’on hyggait comme on schtroumpfait, j’ai apprécié les photos et les citations d’écrivains ( Soren Kierkegaard, Thomas Moore, Nietzsche, Oscar Wilde, Sylvia Plath…) qui viennent prouver une fois de plus que cette philosophie n’a rien inventé.

Un moment relaxant

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Génération Gueule de bois – Raphaël Glucksmann

GlucksmannTitre : Génération gueule de bois
Auteur : Raphaël Glucksmann
Éditeur : Allary Editions
Nombre de pages : 170
Date de parution : 26 février 2015

J’essaie de regarder aussi régulièrement que possible le Petit Journal sur Canal+ et c’est là que j’ai découvert Raphaël Glucksmann. Invité après le succès du FN au premier tour des élections régionales, son livre s’inscrivait parfaitement dans l’actualité.
Dans un chapitre de Génération Gueule de bois, l’auteur imagine l’élection de Marine Le Pen à la Présidence de la République suite aux deux attentats kamikazes de février 2017.
Scénario futuriste qui peut paraître très plausible et ressemble étrangement aux événements de la fin 2015.
Avec une clarté d’élocution remarquable, des idées intéressantes, un parcours international sur des zones de conflit ( Algérie, Rwanda, Ukraine), une formation politique, Raphaël Glucksmann m’a donné envie de creuser ses propos en lisant Génération Gueule de Bois.

Son analyse part de la fin de la guerre froide avec la chute du mur de Berlin, époque où chacun aspire à un monde de progrès et de jouissance.
Lorsque se manifestent les signes annonciateurs d’une atteinte à la liberté, au vivre ensemble avec l’entrée des tanks russes en Ukraine, les décapitations sur Youtube, les attentats contre la société multiculturelle comme en Scandinavie, les politiques dans leur constante stratégie verticale ne savent pas répondre à cet élan nécessaire des peuples vers un ordre horizontal, celui où l’on est « Tous un ».
C’est pourtant cet élan qui se manifestait en Égypte, en Ukraine en 2013, à Paris sur la Place de la République.

 » L’élan horizontal de Maïdan, de Tahrir et de la République n’a pas encore produit de concept clair, de discours cohérent, de modèle politique. »

L’auteur reconnaît que seule Marine Le Pen a compris la pensée du philosophe communiste italien, Gramsci  » Il n’y a pas de prise de pouvoir politique possible sans prise préalable du pouvoir idéologique et culturel. »
Le vacillement des bases de la société peut venir de la déception des gens face à un gouvernement qui reste dans l’élite conservatrice malgré mai 68, d’une Europe qui sous l’égide de Bruxelles, d’une super structure bureaucratique se contente de gérer les marchés et non d’édifier une démocratie européenne.

 » Quand la dynamique collective disparaît, il ne reste que les inerties. »

Le récit de l’auteur est  riche d’enseignement avec ses engagements personnels notamment aux côtés du président Saakachvili en Géorgie, de son séjour à Kiev en 2014 pour aider l’insurrection ukrainienne. Raphaël Glucksmann n’hésite pas à dénoncer le soutien financier des oligarques russes dans la montée des partis d’extrême-droite européens.

Écrit après les attentats de janvier 2015, l’essai traite aussi de la montée de l’islamisme avec ceux qui « veulent enlaidir le monde« . Si Al Qaïda était une organisation structurée, le terrorisme actuel répond à une idéologie diffuse plus difficile à remonter.

J’ai apprécié que l’auteur ne se contente pas de faire un état des lieux, de proposer ses analyses, de partager ses expériences mais qu’il propose aussi des « solutions ». Rien de sensationnel mais au moins un appel à aller au-delà du simple « non ».

 » Nous combattons pour la société ouverte issue des Lumières. Nous vivons dans une nation et une république qui sont en elles-mêmes un discours. Il nous faut revisiter, actualiser, reprendre ce récit. La France de Voltaire, de la Révolution, de La Boétie, de Montaigne, de Rabelais, de Charlie ne peut devenir le terrain de jeu des haines identitaires si l’on recommence à la dire et à la vivre. »

Un livre à lire pour un bel élan vers l’édification d’une démocratie européenne, enjeu des années à venir.

bac

Elle est pas belle la vie ? – Kurt Vonnegut

vonnegutTitre : Elle est pas belle la vie?
Auteur : Kurt Vonnegut
Littérature américaine
Traducteur : Guillaume-Jean Milan
Éditeur : Denoël
Nombre de pages : 160
Date de parution : 8 janvier 2015

Auteur :
Kurt Vonnegut naît en 1922 à Indianapolis (États-Unis). Des romans comme Les sirènes de Titan, Le berceau du chat, Abattoir 5, Le breakfast des champions l’ont placé parmi les maîtres de la littérature américaine contemporaine. Il meurt en 2007 à New-York.

Présentation de l’éditeur :
Kurt Vonnegut, romancier et satiriste d’exception, était en son temps l’un des orateurs les plus demandés pour les cérémonies de remise de diplômes. Chaque fois, il savait trouver des mots originaux, pertinents et drôles, dont les étudiants se souvenaient longtemps. Elle est pas belle, la vie? rassemble des discours que l’écrivain a prononcés dans neuf universités entre 1978 et 2004. Tantôt hilarantes, tantôt incisives, en roue libre ou du plus profond sérieux, ces réflexions sont parfaites pour quiconque fait l’expérience de ce que Vonnegut appelle «la cérémonie tant attendue de la puberté», marquant la transition entre les études et la vie d’adulte.
Un cadeau sans pareil pour tous ceux qui souhaitent découvrir un point de vue différent, atypique, cerné par le sens de l’humour grinçant de Vonnegut, mais aussi par son humanité et la foi qu’il porte en notre morale fondamentale. Un livre prophétique et exaltant dont chaque mot résonne avec une modernité cinglante.

Mon avis :
 » Combien d’entre vous, durant leur scolarité, ont eu un professeur qui les rendait heureux d’être vivants, fiers d’être vivants comme jamais ils n’auraient pensé l’être? »

Kurt Vonnegut, romancier américain, consacré après la publication d’Abattoir 5 en 1969, est de ceux dont les étudiants se souviennent. Il devint ainsi un des orateurs les plus appréciés pour la remise de diplômes dans les universités américaines.
Très proche de cette jeunesse, avec une bonne dose d’humour, de délire verbal et de simplicité, ce brillant orateur n’en dénonce pas moins quelques dérives de la société américaine. Les gouvernements, journaux télévisés, les profiteurs de la guerre, les vedettes de télévision ou l’Eglise sont parfois critiqués au détour d’une phrase.
Il critique les outils modernes et la dépendance aux énergies fossiles.
 » Et de grâce éloignez-moi cet enfant des ordinateurs, de la télé, à moins que vous ne vouliez en faire un imbécile solitaire. »
 » Nous sommes tous accroc aux énergies fossiles et, sans nous l’avouer, à deux doigts d’être en manque. »
Humaniste, Kurt Vonnegut prône le pardon et la nécessité de savoir apprécier les moments simples de bonheur. Et pour cela, il cite son oncle Alex, qui, heureux de boire une limonade sous un pommier l’été disait :  » Elle est pas belle la vie? »
« Remarquez quand vous êtes heureux, et sachez quand vous êtes satisfaits. »
 » Quand les choses se passent en douceur et de façon paisible, arrêtez-vous un instant, de grâce, et dites à voix haute :  » Elle est pas belle, la vie? » »
Il refuse que la haine soit le moteur d’une génération.
 » Trop de gens, dont les lycéens et les chefs d’Etat, obéissent au code d’ Hammourabi…oeil pour oeil, dent pour dent. »
Né à Indianapolis, il rappelle aux étudiants que de grandes choses sont aussi possible dans leur lieu de vie  »
N’oubliez pas d’où vous venez »
Et pour faire le mieux, là où on est, il est nécessaire de participer aux communautés. Savoir élargir sa famille au delà d’un couple. Et comme les artistes, savoir faire d’un petit bout de l’univers ce qu’il devrait être.
A ce moment crucial, où de jeunes passent un des rites de passage vers l’âge adulte, un tel orateur qui sait captiver son public avec un rythme dynamique, un humour grinçant, un charisme exceptionnel ouvre les yeux de futurs responsables aux dérives de la société et aux moyens de garder les pieds sur terre.
 » Si d’aventure vous avez un discours à faire, commencez par une blague, si vous en connaissez une. »
Et les messages, qui sont toujours d’actualité, font ainsi leur chemin.

Ce recueil m’a donné envie de découvrir les romans de cet auteur.

bac2015

 

Pensées éparses d’un rabat-joie – Abel Castel

castelTitre : Pensées éparses d’un rabat-joie
Auteur : Abel Castel
Éditeur : Max Milo
Nombre de pages : 128
Date de parution : 26 juin 2014

Auteur :
Abel Castel est un amoureux des mots. Il exerce en tant que médecin depuis près de 30 ans. Pensées constitue son premier recueil d’aphorismes.

Présentation de l’éditeur :
Mes largesses contre vos rondeurs.
Ma vie est un no woman’s land.
Méfiez-vous du temps : il n’a l’air de rien.
Instruisez-vous, cultivez-vous, mais surtout :
vivez ! Ça vous apprendra !
– Tu m’as manqué.
– Beaucoup ?
– De peu.
Je me fais vieux :
je me raconte, je me répands, j’évioque.

Mon avis :
Difficile de résumer un tel recueil. J’ai donc préféré choisir une pensée par thème afin de vous montrer l’ironie, la cocasserie, le jeu des mots, le cynisme, la goujaterie  parfois, la poésie et la finesse, le tout dans l’humour et le sourire.
Les phrases ne sont pas forcément celles que je préfère mais elle illustre l’étendue du registre de l’auteur.
L’amour :  » Sortir en célibataire, c’est partir en pique-nique sans emporter de provisions »
Le passage à l’acte :  » Mes désirs font désordre. »
Une vie :  » A mon père, je dois d’avoir connu ma mère. »
Le bonheur :  » Je plains les gens heureux, ils n’ont plus rien à espérer. »
La conversation :  » On dit qu’il est des pays merveilleux où l’on torture les gens pour les faire parler…Ici, on les tuerait plutôt pour ne plus les entendre. »
Le désir :  » La nostalgie, c’est comme un désir rétrospectif. »
Dialogues :  » – C’est une femme réservée
– A qui ? »
Dictionnaire :  » Avare (adj. et n.) : Dur d’oseille »
La femme :  » Sur le fond, madame, tout nous sépare. Mais je vous rejoins sur la forme. »
Le mariage :  » Avec le temps ma chère et tendre…de plus en plus chère, de moins en moins tendre. »
L’homme :  » Des hommes on peut tout obtenir, mais on ne doit rien attendre. »
L’humour :  » Je ne suis pas d’humour à plaisanter. »
La liberté :  » Il en est mort d’innombrables pour la liberté…qui, peut-être l’ont trouvée. »
Le savoir :  » Sans les jeux télévisés et radiophoniques, combien de leçons apprises pour rien. »
Le temps qui passe :  » On veut tuer le temps, mais ce n’est pas le temps qui nous manque, c’est nous qui le manquons. »
La vieillesse :  » Elle aura bientôt enterré toute sa vie dans ses trous de mémoire. »

J’espère vous avoir mis l’eau à la bouche et que vous aurez envie de sourire en lecture cet été.

bac2014

 

 

L’ablation – Tahar Ben Jelloun

ben jelloun2Titre : L’ablation
Auteur : Tahar Ben Jelloun
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages : 144
Date de parution : janvier 2014

Présentation de l’éditeur :
«Témoins vigilants, observateurs attentifs, il arrive parfois que les romanciers se voient confier des vies pour les raconter dans leurs livres. Ils font alors fonction d’écrivain public. C’est ce qui m’est arrivé il y a deux ans lorsqu’un ami, qui avait été opéré de la prostate, m’a demandé d’écrire l’histoire de son ablation.
Je l’ai écouté pendant des heures. Je l’ai accompagné dans ses pérégrinations hospitalières. Je suis devenu ami avec le professeur d’urologie qui le suivait. L’idée d’un livre s’est imposée peu à peu. Un livre utile qui rendrait service aux hommes qui subissent cette opération, mais aussi à leur entourage, leur femme, leurs enfants, leurs amis, qui ne savent comment réagir.
Mais la situation était délicate : fallait-il, comme le demandait mon ami, tout raconter, tout décrire, tout révéler? Après réflexion, j’ai choisi de tout dire.»
Tahar Ben Jelloun.

Mon avis :
Dans L’ablation, Tahar Ben Jelloun annonce jouer l’écrivain public pour un ami mais c’est bien un homme conscient du problème qui parle.
Le cancer de la prostate ( comme le cancer du sein pour la femme), arrivé à un certain terme, se traite par la soustraction de l’organe malade. Certains patients, inquiets des conséquences sur leur vie intime préfèrent  » la vie même brève plutôt que l’ablation. »
Ce chercheur en mathématiques, après l’angoisse des différents examens, opte pour l’ablation de la prostate sur les conseils de son ami médecin. C’est avec beaucoup de naturel, sans aucun tabou que nous vivons ces moments difficiles (examens, opération, suites opératoires) pour tout être humain.
Chaque étape est humiliante, dégradante même si les soignants sont d’un grand naturel. La dépression post opératoire est inévitable et même si le malade évite le mot « cancer » auprès de ses amis, l’isolement finit par avoir lieu.
« Même quand elle ne s’affiche pas, la maladie isole, impose la solitude et le silence. »
Pour cet homme  » qui a passé sa vie à courir les femmes« , ( on retrouve notre Don Juan de L’amour conjugal) ne plus avoir de sexualité est sans aucun doute le plus difficile à assumer.
 » La sexualité et l’amour sont deux choses différentes, liées certes, mais pas nécessairement, du moins c’est ce que je croyais jusqu’à mon opération. »
Est-ce la raison pour laquelle les souvenirs de femmes sont si présents dans les deux derniers livres de l’auteur ?
 » Comment apprécier un  Renoir si ta vie sexuelle est un désert. » J’ose espérer que c’est encore possible.
La cécité de l’écrivain Jorge Luis Borgès ou la surdité de Luis Buñuel ne sont-elles pas plus affligeantes?
Tel Philip Roth qui accepte mal la vieillesse et la déchéance des corps dans Exit le fantôme, les écrivains n’hésitent pas à aborder ces thèmes qui nous concernent ou concerneront tous, sans aucun tabou.
Et c’est une bonne chose car dans un monde où la publicité affiche des corps sains, jeunes (même pour les produits concernant les personnes âgées), la déchéance des corps, l’humiliation de la perte de fonctions élémentaires sont souvent inévitables.
Le récit est une vision assez exhaustive des différentes étapes de la maladie, du dépistage aux conséquences. Je me serais bien passée des détails de la sexualité du malade mais il était sûrement important de montrer toute l’importance qu’il y portait.
Heureusement, l’auteur a cet altruisme de penser aussi aux femmes atteintes du cancer du sein ou aux enfants malades croisés à l’Institut Curie.
Un essai, qui, même si il n’apprend pas des choses essentielles, est un témoignage nécessaire pour exorciser ce tabou de la maladie et de la senescence.

Je remercie dialogues pour cette lecture.

rentrée 14  melangedesgenres8

Qui sont les Chinois ? – Elisabeth Martens

martensTitre : Qui sont les Chinois ?
Auteur : Elisabeth Martens
Éditeur : Max Milo
Nombre de pages : 320
Date de parution : 5 septembre 2013

 

Auteur :
Élisabeth Martens a passé plusieurs années en Chine. Chargée de cours et de conférences sur la culture, la pensée et la langue chinoises, elle est aussi spécialisée en médecine traditionnelle chinoise et diplômée de sciences biologiques. Elle vit aujourd’hui en Belgique.

Présentation de l’éditeur :
Comment certaines caractéristiques de la langue chinoise influencent-elles la manière de penser et de se comporter des Chinois ?
Recelant une quantité inouïe de trésors philosophiques, le chinois nous invite à penser autrement. Sans verbe « être », sans « oui » ni « non », sans règles de grammaire fixes, sans conjugaison, le chinois ouvre à l’interprétation, la relativisation, et à la contingence.
À travers la linguistique, c’est une manière différente d’envisager le monde, de réfléchir et de construire la société qui apparaît. En nous aidant à mieux comprendre qui sont les Chinois, elle nous interroge également quant à notre propre langage et fonctionnement.

Mon avis :
Langue et société, voici un vaste sujet philosophique. Elisabeth Martens montre comment l’histoire a suggéré la langue et comment la langue reflète le comportement humain. Cette démonstration est assez éloquente lorsqu’on l’applique à la culture chinoise.Personnellement, je ne me suis jamais intéressée à la langue chinoise et j’ai donc appris énormément de choses en ce domaine grâce à l’essai d’Elisabeth Martens. Elle s’intéresse ici à la langue des Han parlée par 92% de la population. Le mandarin est le nom donné par les Portugais à la langue parlée par les fonctionnaires chinois.
En chinois, pas d’alphabet. La langue est syllabique et tonale. Dix pour cent des mots sont des monosyllabes et 90% sont des associations de syllabes. Par exemple, le mot « crise » (weiji) est l’association des syllabes wei (danger) et ji (opportunité). Pas de oui, pas de nom, pas de verbe être, pas de déterminant, pas de grammaire mais des classificateurs qui regroupent les mots par critères de ressemblance, des mots simples qui donnent une notion d’espace et de temps. Curieusement les chinois inversent nos notions de temps et d’espace ( avant midi se dit au-dessus de midi).
Par contre, le chinois utilise des notions difficiles à traduire comme le Qi (souffle vital), le Tao (philosophie chinoise, le Yin et le yang (complémentarité plus que dualité).
 » S’il souffre, le Chinois ne pense pas à parler, il pense à souffler, car il sait que c’est à travers la respiration que le sentiment de bien-être et de déploiement lui reviendra et, avec lui, la disponibilité. »  On croit davantage à l’art-thérapie qu’à la psychanalyse.

Elisabeth Martens en apprenant le chinois dit  » j’ai aussi enregistré « malgré moi » une manière différente de penser, de me comporter et même de bouger« . Bien évidemment, ceci est le résultat de nombreuses années de pratique.
Ce que l’on repère dans le langage (relation, continuité, imitation) se retrouve dans l’état d’esprit des Chinois (ou inversement).Ainsi, si un mot ne prend son sens qu’au milieu des autres, « un être humain n’accède aux « qualités d’être humain » que lorsqu’il se met en relation avec d’autres. »
 » Respecter la continuité de la lignée familiale est le premier devoir moral de tout Chinois qui se respecte. »
 » Les Chinois ont des modèles, ils suivent des exemples, ils s’imprègnent de la vie et des actes de leurs prédécesseurs plus expérimentés. »

Quelques approches de la mythologie chinoise ( Pangu) montrent qu’il n’y a pas de dualité entre corps et esprit en Chine, que la vie et la mort ne sont que continuité. que la plénitude est à l’intérieur de soi puisque chaque être est un mélange de qualités féminines et masculines.
 » Le ciel et la terre étaient confondues et ressemblaient à un œuf au milieu duquel fut engendré Pangu. »
 » Vie et mort qui, pour nous, s’excluent l’un l’autre, sont considérées en Chine comme s’enrichissant mutuellement. »
 » La mort fait corps avec la vie, car sans elle, il n’y a pas de renouvellement, pas de transformation possible. »

Lorsque l’on connaît peu la langue, la mythologie, la philosophie chinoises comme moi, cet essai est une lecture fort enrichissante. L’auteur donne de nombreux exemples afin de nous faire comprendre le mécanisme de la langue parlée. Sa vaste connaissance de l’histoire et de la vie du pays nous aident à mieux appréhender l’état d’esprit des Chinois.
Leurs valeurs d’économie d’énergie, d’écoute de ‘environnement, de partage sont primordiales dans la société de demain. Mais leur facilité à copier pourrait les inciter à intégrer notre système de pensée. Sauront-ils n’en retirer que le meilleur en préservant leurs valeurs?

Je remercie les Editions Max Milo pour cette découverte qui m’a permis de mieux entrevoir la mentalité et la langue chinoises.

Challengedelete  plume

 

 

 

Proust contre Cocteau – Claude Arnaud

arnaudTitre : Proust contre Cocteau
Auteur : Claude Arnaud
Éditeur : Grasset
Nombre de pages : 208
Date de parution : 4 septembre 2013

 

Auteur :
Claude Arnaud est romancier, essayiste et critique. Il a notamment publié, chez Grasset, Qu’as-tu fait de tes frères ? (2010) et Brèves saisons au paradis (2012).

Présentation de l’éditeur :
Peu d’écrivains se sont autant aimés, enviés et jalousés que Proust et Cocteau. Très peu établirent une relation affective et sensible aussi riche, on l’ignore parfois. Tel un frère élevé une génération plus tôt, Proust montrait une admiration sans borne pour ce cadet qui le faisait rire aux larmes et manifestait à 20 ans le brio et la faculté qui lui manquaient encore, à près de 40 ans. Il l’aima d’un amour impossible et frustrant, comme tant d’autres avant lui…
Comment la situation s’est-elle retournée ? Pourquoi Proust pèse-t-il tant sur un paysage littéraire que Cocteau semble toujours traverser en lièvre, un siècle plus tard ? Aurait-il contribué à lui nuire ? Le premier des autofictionneurs aurait-il eu besoin d’éliminer ses modèles ?
Vénérons le saint littéraire, apprenons à connaître l’assassin.

Mon avis :
Dans Proust contre Cocteau, Claude Arnaud tente de montrer l’influence entre divers écrivains contemporains. Lorsque Proust remarque Cocteau, il est son aîné de presque 20 ans. Tous deux élevés dans une relation exclusive avec leur mère,  ont besoin d’être aimé pour vivre. Proust, surtout, aime ses amis de manière jalouse et exclusive.
 » l’horrible manie qu’à Proust d’enfermer les autres pour les avoir à lui lui pèse. » Cocteau tente d’y échapper en lui ravissant l’amour du comte de Montesquiou ou de la duchesse de Chévigné ou en s’intéressant à la poésie d’Anna de Noaïlles. Admiration, jalousie et reproche se succèdent.
Toutefois, Cocteau sera le plus grand défenseur de l’oeuvre de Proust, alors que ce dernier ne l’aidera pas vraiment auprès de son éditeur. Cocteau se laisse influencer par de nombreux courants, il est prêt à évoluer et à se moderniser alors que Proust s’enferme dans la solitude pour terminer ses romans fleuve.
Proust connaîtra une gloire posthume, et dès 1922, Cocteau tente de comprendre dans l’œuvre La Recherche la différence entre le petit Marcel, l’homme qu’il a connu et le grand Proust, l’écrivain glorifié.
Claude Arnaud se réjouit que Cocteau soit enfin reconnu pour son œuvre en rejoignant Proust dans La Pleïade.
Cet essai est riche d’informations peu connues sur les artistes de cette époque ( Proust, Cocteau, Radiguet, Sachs, Morand, Gide…). Il évoque les amours homosexuelles de Proust,  son caractère possessif et ses derniers jours vécus en reclus sur son œuvre.
J’ai aimé les romans de l’auteur, Brèves saisons au Paradis et Qu’as-tu fait de tes frères? pour leur sensibilité mais ici, il s’agit vraiment d’une étude, certes riche et intéressante mais qui ne valorise pas l’affect. Le message essentiel me paraît assez bref mais brassé dans un récit complexe.

J’ai lu ce livre dans le cadre de l’opération «  On vous lit tout » organisée par Libfly et Le Furet du Nord

RL2013  Challengedelete