Que faites-vous de vos morts? – Sophie Calle

Titre : Que faites-vous de vos morts?
Auteur : Sophie Calle
Éditeur : Actes Sud
Nombre de pages : 272
Date de parution : 23 janvier 2019

 

J’ai découvert Sophie Calle grâce à ma fille. Attirée par une de ses œuvres exposée à Beaubourg, elle s’est intéressée à l’artiste et à ses livres. Bien évidemment, elle m’a vite convaincue sur l’originalité de la démarche artistique et la  qualité du style littéraire. Sophie Calle, artiste plasticienne, photographe, réalisatrice et écrivaine fait de sa vie quotidienne un art.

Son originalité paraît parfois extravagante. Récemment, elle a dédié un album et une exposition à son chat mort à l’âge de dix-sept ans. Mais il faut dire que pour cette artiste, le monde animal et la poursuite amoureuse sont primordiales. Il était donc tout naturel de faire aussi cette exposition, Beau doublé M. le marquis au musée de la Chasse et de la Nature en 2017. C’est à cette occasion qu’elle eut l’idée de laisser un livre d’or à disposition des visiteurs afin qu’ils consignent leur réponse à cette question « Que faites-vous de vos morts? »

 » Que faites-vous de vos morts? Dans votre agenda vous écrivez « mort » à côté du nom? Vous dessinez une croix, une tombe? Vous ajoutez la date du décès? Vous raturez? Vous recouvrez le nom avec du Tipp-Ex? Vous ne faites rien?… »

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce superbe album à la couverture rigide tissée grise enluminée de caractères argentés, à la tranche argentée est l’écrin des photos de l’artiste, étranges dans leur sobriété et répétitives,  commencées au cimetière de Bolinas en Californie, de textes de l’auteure empreints d’humour, d’ironie, d’humanité, et surtout de réponses de visiteurs de tous âges. Sans filtre, sans correction d’orthographe, manuscrites, au crayon de papier, les phrases de ces anonymes nous interpellent par leur humour, leur gravité, leur respect, leur désinvolture.

 

 

 

 

 

 

 

 

J’avoue m’être posé la question au décès de ma mère. Retirer son numéro de téléphone de mon agenda était une façon de la faire disparaître une seconde fois. Beaucoup garde un objet du proche disparu. Certains les oublient, d’autres les portent au quotidien. J’ai beaucoup aimé cette phrase «  une courroie de transmission » laissée par un anonyme.

Sophie Calle est une artiste et une écrivaine à découvrir.  Si vous aimez l’originalité, vous ne serez pas déçu et cet album est esthétiquement très réussi.

Splendeur et misère d’une costumière – Pascal Bordet

Titre : Splendeur et misère d’une costumière
Auteur : Pascale Bordet
Editeur : HC Editions
Nombre de pages : 160
Date de parution : 18 octobre 2018

Née à la campagne, Pascale Bordet, enfant, ne côtoie que des gens simples sans atours.  Aussi lorsque Mademoiselle Yvonne, chapeautée, gantée, poudrée vient faire ses essayages chez sa grand-mère ,  Pascale est pleine d’admiration, de désir. Son avenir se dessine.

« L’imagination est plus forte que le savoir, mais il faut toute une vie pour le comprendre. »

Diplômée des Beaux-Arts en 1978, elle monte à Paris et devient apprentie à l’Opéra Garnier.

Toujours habillée de blanc, Pascal Bordet a trouvé son style. «  On se souvient de vous quand vous avez inventé votre propre style. »

Pleine d’imagination, curieuse, audacieuse, elle chine pour composer  des costumes uniques. Cet album est à cette image, un patchwork de couleurs et de typographies. Il commence avec des photographies, des dessins d’enfant légendées de textes écrits à la plume d’une main d’écolière.

Viennent ensuite des témoignages d’acteurs comme Annie Duperey, Francis Huster, Jean-Claude Brialy, des anecdotes. Les photographies de Laurencine Lot mettent en valeur l’originalité des costumes.

J’ai beaucoup aimé aussi les affiches peintes par la costumière pour des spectacles à la Comédie des Champs-Elysées.

Un très bel album, coloré, original qui rend hommage à la costumière, peintre, auteure, onze fois nominée aux Molières.

Je remercie Babelio et HC Editions pour l’attribution de ce beau livre lors de la dernière opération Masse critique.

 

 

Dans l’oeil du chat – Melani Le Bris

Titre : Dans l’œil du chat
Auteur : Mélani Le Bris
Éditeur : Zulma
Nombre de pages : 144
Date de parution : 11 octobre 2018

 

« Quand Mélani Le Bris m’a dit qu’elle photographiait ses chats, j’étais loin d’imaginer qu’on pouvait photographier des chats de cette manière. Je n’ai jamais eu de chat, j’ai toujours trouvé cet animal à la fois lointain, magnifique et inquiétant. Grâce à ses images, il m’a soudain semblé entrer dans le regard des chats, il m’a semblé que la photographe était un chat, qu’elle se métamorphosait en chat pour les suivre, pour vivre à leur rythme, qu’elle avait accès à leur monde mystérieux. Ces photos ne sont pas un regard porté sur des chats, mais le regard de trois chats porté sur nous et sur leur univers familier. Mélani Le Bris inverse les points de vue, nous croyons voir des chats, mais c’est le chat qui nous regarde… qui nous regarde à peine, ou au delà comme les chats savent si bien le faire. J’ai adoré, et j’ai eu aussitôt envie de la suivre suivant ses chats … »

Propos recueillis auprès de Carole Martinez

Hubert Haddad le rappelle aussi, Melani Le Bris connaît intimement les chats. Avec ses photos en noir et blanc, elle s’en approche jusqu’à une parfaite identification.

De telles photos ne pouvaient rester dans l’ombre. Avec le concours de trois écrivains qui mettent leur personnalité, leur univers au service de la photographe ou plutôt de ce félin sauvage, cet «  indompté acclimaté », Melani trouve en cet album un écrin pour sa première exposition photographique.
La beauté de ce livre tient autant aux clichés qu’aux textes. Il faut dire que la photographe s’entoure de trois grands écrivains.

Hubert Haddad rend hommage au chat légendaire, ce dieu sous l’Égypte des Pharaons, celui qui côtoyait les rois et les grands auteurs. Il retrouve dans la beauté saisissante des photos argentiques le côté sauvage de l’animal, son hyper sensitivité. Un texte érudit et poétique.
« La poésie de la nuit, pure saisie de l’instant, on la découvre dans une cour déserte sous la pleine lune : c’est l’ombre d’un chat démesurée tandis qu’une exploratrice intrépide, le visage au vent offert, reconnaît dans les eaux basses du songe le grand partage »

Amanda Devi écrit une lettre à Monsieur le chat, ce trait d’union entre ciel et terre. Le chat, plutôt celui des contes, est un être libre que nul ne peut entraver. D’origine indienne, elle mène la liberté jusqu’à l’immortalité des cellules conduisant à une forme de réincarnation. Avec ses neuf vies, le chat n’en est-il pas un symbole?
« Pourquoi s’attacher à cette courte existence tourmentée de chagrins? »

Carole Martinez livre un texte beaucoup plus romanesque. Avec son talent de conteuse, elle nous transporte de la vie trépidante parisienne d’une écrivaine à la vie sauvage auprès de chats en Normandie. Une quête de soi qui la transporte vers l’ensauvagement sous le regard placide de Rouge et Grise.
« Je me suis ensauvagée en poursuivant mon ombre, cette part de moi que j’ignorais, que je ne pourrais jamais domestiquer. La part belle. »
Un superbe texte qui attise mon impatience de suivre les aventures du Domaine des murmures.

Je remercie infiniment Laure Leroy pour avoir mis cet album entre mes pattes et Carole Martinez pour sa contribution à ma chronique.

Rencontres en librairie de Melani Le Bris:
Librairie Les guetteurs de vent Paris 11e mardi 13 novembre à 19h
Librairie Le Failler à Rennes le mercredi 14 novembre à partir de 18h
La droguerie de Marine à Saint Malo le samedi 22 décembre 2018

L’art de vivre à la japonaise – Erin Niimi Longhurst

Titre : L’art de vivre à la japonaise
Auteur : Erin Niimi Longhurst
Littérature anglaise
Titre original : Japonisme, Ikigai, Forest Bathing, Wabi-sabi and More
Traducteur : Sophie Lecoq
Illustrations : Ryo Takemasa
Éditeur : Harper Collins
Nombre de pages : 288
Date de parution : 9 mai 2018

Erin Niimi Longhurst est née d’un père anglais et d’une mère japonaise. L’héritage culturel de son grand-père est son guide spirituel. Après Séoul, New York, elle vit aujourd’hui à Londres mais les traditions japonaises façonnent sa vie.

Le Japon est un pays de tradition qui s’est longtemps isolé du monde extérieur. Leurs coutumes ont gardé la pureté de la culture nippone.

Particulièrement sereine et organisée, l’auteure construit son livre de manière claire. Elle présente la structure, conclut ses chapitres en reformulant. 

La première partie, Kokoro, est axée sur les principes philosophiques nippons. De l’importance à se trouver un but ( Ikigai), savoir ce qui nous rend heureux dans la vie. Les Japonais accordent une attention particulière à la famille, au respect des espaces communs, des autres et surtout des anciens.

J’aime particulièrement le wabi-sabi qui consiste à accepter l’éphémère, à voir la beauté de l’imperfection et le charme  du passage du temps. Les Japonais pratiquent le kintsugi qui est l’art de réparer les poteries et céramiques à l’aide d’une laque dorée. 

«  Sa fêlure devient sa force et sa beauté. »

Cet art engendre une belle leçon de vie. Jusqu’au Shoganai qui consiste à accepter ce qui ne peut être changé, admettre que c’est ainsi et qu’il faut continuer à vivre malgré les petits tracas.

La seconde partie, intitulée Karada ( le corps) est beaucoup plus pratique. Elle s’articule autour des passions et habitudes des Japonais. Une manière d’apprendre sur soi en faisant l’expérience de la beauté de la nature. La pratique des «  bains de forêt » nous entraîne sur les plus belles balades à faire au Japon. Les Japonais se ressourcent aussi dans les Onsen ( sources thermales). Vous apprendrez aussi l’ Ikebana, l’art de la composition florale, des recettes de cuisine, les bases de la cérémonie du thé ou de la calligraphie.

 

 

 

 

 

 

La maison japonaise est à l’image de ses habitants. On apprécie le confort et la souplesse de l’architecture.

La dernière et très courte partie vous invite à créer l’habitude. Si les principes du japonisme sont simples, il faut savoir les inscrire durablement dans sa vie.

«  La répétition, la volonté et l’autodiscipline s’enseignent, elles ne nous viennent (dans la plupart des cas) pas naturellement. »

Si la beauté n’est pas l’essentiel, ce livre n’en est pas moins superbe. Le texte fluide, intéressant coule sur des pages colorées, aérées de proverbes, citations et magnifiques photos. L’art de vivre à la japonaise est un livre vers lequel on revient régulièrement pour plonger dans l’harmonie, s’inspirer d’une recette, d’un conseil pour s’initier à composition florale ou la calligraphie.

Je remercie Babelio et les Editions Harper  Collins pour cette belle découverte.

 

Vues d’Edo – Andô Hiroshige

Titre : Vues d’Edo
Peintre : Andô Hiroshige
Textes : Valérie Sueur-Hermel
Éditeur : BNF
Nombre de pages : 22 planches
Date de parution : mai 2018

Reprenant l’art où Hokusai s’est illustré avant lui, Andô Hiroshige ( 1797 – 1858) a peint cent vues de sa ville natale, Edo. Cet album, conçu en livre-poster, en propose vingt- deux planches détachables. Des estampes gravées sur des supports cartonnés que vous pourrez encadrer, si toutefois, vous avez le courage de désarticuler ce sublime ouvrage. Au dos de chaque estampe, figurent le nom et les caractéristiques du tableau ainsi qu’un bref commentaire.

Hiroshige, peintre le plus productif dans l’estampe de paysage a travaillé toute sa vie, au gré de ses voyages, mais principalement sur Edo et ses environs. Il se définissait lui-même comme un copiste de la nature.

Les estampes du peintre se déclinent au gré des changements climatiques et des heures du jour, donnant à des vues célèbres ou des sites moins connus, un côté personnel et poétique. L’utilisation récurrente d’un premier plan, le cadrage et les techniques utilisées donnent du relief, de la profondeur à ces estampes d’apparence assez naïves.

De nombreux peintres français se sont inspirés du maître japonais. Camille Pissaro voyait en Hiroshige « un impressionniste merveilleux« . Claude Monet s’est inspiré de l’estampe  » L’enceinte du sanctuaire de Tenjin à Kameido » pour la construction du pont sur le bassin des nymphéas à Giverny.

« Ohashi, averse soudaine à Atake  » figure aussi en bonne place dans la maison de Monet à Giverny.
Van Gogh, admiratif du travail du japonais copia cette estampe, gravant davantage son style dans les nuances de l’eau.

   

 

Dans cette nouvelle collection, Les livres-posters, la BNF  publie également , Oiseaux d’Amérique de Jean-Jacques Aubudon.

 

 

 

Le Paris des curieux – Michel Dansel

Titre : Le Paris des curieux
Auteur : Michel Dansel
Éditeur : Larousse
Nombre de pages : 320
Date de parution :   16 mai 2018

 

On croit connaître une ville mais il y a toujours des coins, des explications historiques à découvrir. Michel Dansel, de sa plume très littéraire nous confie les secrets d’une ville qu’il connaît parfaitement.

Les trésors d’architecture, le Paris des artistes, les secrets d’histoire et le Paris insolite sont les différents chapitres de ce beau livre qui se termine par quelques itinéraires à suivre et les phrases des plus grands artistes sur Paris.

 

Avez-vous déjà visité les toilettes publiques de la place de la Madeleine, elles sont « artistiquement uniques »? Saviez-vous que Le Pont traversé est la seule librairie spécialisée exclusivement en poésie? Connaissez-vous la plus vieille pharmacie ou le plus vieil arbre de Paris? Savez-vous qu’il existe trois fontaines  avec de l’eau de source, qu’il y a deux voies souterraines dans le XIIIe arrondissement? Connaissez-vous l’Artois Club, le plus chic établissement où parier aux courses? 

Les cimetières ( il en existe dix neuf sur Paris), les célèbres cafés ou restaurants de Paris comme le Procope, le Wepler , la Closerie des Lilas, les statues de Danton ou du Maréchal Ney sont l’occasion de revenir sur des anecdotes historiques. C’est passionnant, instructif et agréablement mis en page.

 

Comme le laisse entrevoir la couverture, ce livre vous permet de découvrir Paris par le petit bout de la lorgnette, par un trou de serrure. Michel Dansel en a la clé, celle qui ouvre les portes sur un Paris insolite. Cette belle édition vous permet aussi de noter vos propres curiosités parisiennes sur une dizaine de pages de bloc-notes en fin de livre.
Un livre qui ne quittera plus les amoureux de Paris.

New York mis en scènes – Jean-Michel Frodon

Titre : New York mis en scènes
Auteur : Jean-Michel Frodon
Editeur : Espaces & Signes
Nombre de pages : 128
Date de parution : novembre 2016

Une grande ville inspire les cinéastes. Si les grands espaces américains se sont étalés au fil des meilleurs westerns, New York se voit au cinéma dans sa verticalité. Il suffit de voir la statue de la liberté ou l’Empire State Building pour savoir que l’action se passe à New York.

Woody Allen et Martin Scorcese ont consacré une grande partie de leur filmographie à cette ville, apportant leur lumière sur les ponts, lieux et quartiers.

Il y a peu de films sur l’histoire fondatrice de New York, il ne faut pas écorner le mythe. New York est une ville du XXe siècle. L’histoire commence avec l’arrivée des migrants à Ellis Island, la promesse du rêve américain qui tourne vite à la désillusion puis très vite la violence engendrée par les antagonismes sociaux et ethniques. Le gangstérisme et la mafia italienne vue par Scorcese et Coppola, la mafia chinoise ( L’année du dragon de Michael Cimino), juive ( Il était une fois en Amérique de Sergio Leone) puis la condition des Noirs ( Ragtime de Milos Forman…)

Le cinéma s’est ensuite tourné vers l’impitoyable finance avec Wall Street ( Un roi à New York de Charlie Chaplin, Wall Street d’Oliver Stone…)
Jusqu’au jour où cette ville violente fut elle-même la cible des violences avec l’attentat du onze septembre, « l’évènement le plus vu de toute l’humanité » qui continue de hanter l’univers du cinéma.

Mais, à contrario, le cinéma inspire aussi ceux qui découvrent la ville. Qui ne se souvient pas d’une scène d’un film que l’on a aimé devant un pont, un bâtiment, un lieu ou un jardin? Même si certains endroits n’existent plus, et c’est cela aussi la magie du cinéma, se souvenir et constater l’évolution d’une ville, certaines scènes sont inoubliables.
L’arrivée aux Etats Unis du personnage de L’émigrant ( Charlie Chaplin 1917) avec la statue de la liberté. King Kong ( Cooper et Schoedsack 1933) perché en haut de l’Empire State Building. Le quartier de Greenwich Village dans Inside Llewyn Davis ( Frères Cohen 2013). Central Park avec Marathon Man ( John Schlesinger 1976). Et pour terminer en beauté, Marilyn Monroe dans Sept ans de réflexion ( Billy Wilder 1955) sur la bouche d’aération situé sur le trottoir au coin de Lexington et de la 52nd Street.

Je n’ai cité ici que quelques titres de films mais l’index final comprend 13 pages de références avec tous les genres et les époques. J’ai apprécié aussi les treize planches finales qui posent quelques scènes de films sur des quartiers de New York.
Si le format poche est appréciable pour emmener ce livre en voyage, je regrette qu’il ne mette pas suffisamment en valeur les photos.
En tout cas, cette petite collection Ciné Voyage est une approche originale pour découvrir une ville. Elle plaira tant aux cinéphiles qu’aux amateurs de voyages.

Je remercie Babelio ( Masse critique) et l’éditeur Espaces & Signes pour ce beau voyage à New York et dans le monde du cinéma.