New York – Agnès de Gorter

Titre : New York
Auteur : Agnès de Gorter
Editeur : Vilo
Nombre de pages : 196
Date de parution : 20 mars 2017

New York, la ville cosmopolite aux 734 gratte-ciels fait toujours rêver comme un eldorado, un lieu dynamique et créatif. Agnès de Gorter, éditrice de livres d’art se laisse porter par sa passion de la photographie et de l’écriture pour créer cet ouvrage qui est une très bonne approche de la ville avant un voyage.

Particulièrement bien construit, ce livre part du plan de la ville pour dérouler quartier par quartier les immeubles majeurs de New York.

 

Découpé en onze chapitres ( Deux îles de Liberty island et Ellis Island, Lower Manhattan, Greenwich village, Chelsea, Midtown, Upper Midtown East, West-side, Central Park, Upper East Side, Harlem, le Hors Manhattan c’est à dire Brooklyn, Staten Island, Queens et Bronx), le texte présente l’histoire et les spécificités de chaque quartier, les bâtiments les plus remarquables assorti de plus de 150 photos.

« On le sait, New York a été en partie bâtie par des entrepreneurs millionnaires. On doit à John Rockfeller l’édification de buildings qui demeurent la marque réelle du quartier. »

L’auteur capte l’intérêt du lecteur en équilibrant parfaitement les données historiques ( architectes, évènements), les données techniques ( matériaux, ornements, spécificités) et de petites anecdotes. Les explications sont brèves, précises et intéressantes.

«  Le quartier de Chelsea porte le nom de la maison natale de Clement Clarke Moore, professeur de théologie. Moore est l’auteur présumé du poème sur Saint Nicolas qui aurait contribué à forger la légende du Père Noël dans sa version américaine. »

Les photos mettent en valeur la grandeur et les détails de ces majestueuses constructions. Les couleurs très contrastées, les dimensions surprennent comme pourrait le faire, je suppose une visite réelle. Je regrette une photo un peu ratée de la plus grande bibliothèque de New York.

Manhattan Bridge et Brooklyn Bridge

Greenwich Village, enclave avant-gardiste, bastion de la culture artistique et de la Bohême.

Flatiron Building dans le Midtown

Central Park, 4 km de long sur 800 mètres de large, a nécessité 16 ans de travaux et 20 000 ouvriers.

Le Brooklyn Botanic Garden abrite des essences tropicales rares et des jadins japonais.

Le quartier coloré de Soho, initialement le quartier des artistes qui, depuis l’augmentation des prix des lofts, migrent vers Tribeca.

Ce beau livre est une très bonne approche pour préparer un voyage sur New-York. Pour les moins chanceux, il permet de mieux connaître et de visiter en photos une ville aux bâtiments grandioses devenus mythiques.

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L’invention du désir – Carole Zalberg

ZalbergTitre : L’invention du désir
Auteur : Carole Zalberg
Illustrations : Frédéric Poincelet
Éditeur: Éditions du Chemin de Fer
Nombre de pages : 71
Date de parution : novembre 2010

Lorsque j’ai lu les propositions de lecture de La voie des Indés de décembre chez Libfly, je n’ai pu résister au désir de relire la plume poétique de Carole Zalberg, découverte avec Feu pour feu.
Avec le titre et les photos, je craignais de tomber dans la vulgarité mais c’eût été douter de la poésie de l’auteur.
L’invention du désir est un long monologue ( enfin presque puisque l’homme intervient quelque peu en fin de récit) d’une femme amoureuse, passionnée, éprise de désir.
 » Je veux te mordre, t’étouffer, te battre. Te garder empêché dans l’étau de les jambes et marteler ta chair de tout ce désir dont je ne sais que faire.
Je veux enfermer ton visage entre mes mains et serrer à peine, sentir palpiter ton envie, l’écouter frapper à ra peau, ta déclaration. Embrasser partout son écho.
Je veux ta tendresse posée sur ce creux à la base du nez que seule ta bouche peut épouser dans la cérémonie de mes yeux clos. »
Je pourrais vous citer tout le livre tant la poésie de l’auteur sert parfaitement cet amour profond exacerbé par l’éloignement inhérent à l’adultère.
Les dessins de Frédéric Poncelet cadrent parfaitement avec la sensualité féminine. Les lignes verticales donnent de la longueur aux formes féminines, les traits sont fins et précis, les poses délicates. Toutefois, le dessinateur semble se limiter aux plaisirs solitaires oubliant que le désir de la narratrice est essentiellement tourné vers l’autre.
Le recueil est lui aussi délicat avec des dessins de première et de quatrième de couverture suggestifs, une harmonie de couleurs et de ligne et un rabat qui enserre les pages comme dans un écrin.
Une fois de plus, j’ai été éblouie par le lyrisme, le style, la force et la poésie de l’auteur. Un recueil à lire et à relire comme un beau poème.
Nul doute, je ne passerai pas à côté du prochain roman de l’auteur, Je dansais à paraître le 1er février 2017 aux Éditions Grasset.

Merci à Libfly et aux Éditions de Chemin de fer pour cette superbe lecture.

Dessins – Sylvia Plath

plathTitre : Dessins
Auteur : Sylvia Plath
Préface : Frieda Hughes
Traducteur : Valérie Rouzeau
Éditeur : La Table Ronde
Nombre de pages : 88
Date de parution : 20 octobre 2016

 

 

 

 

Préfacé par sa fille, Frieda Hughes, ce recueil comprend des lettres, extrait de journal et surtout des dessins de Sylvia Plath réalisés entre 1955 et 1957, premières années avec Ted Hugues.
Je ne connaissais pas cette expression artistique de l’auteur. Le dessin lui procurait beaucoup d’apaisement. Sensible à toute forme d’art visuel, Sylvia Plath s’inspirait de grands peintres pour écrire ses poèmes. Mais son sens de l’observation, sa sensibilité en font aussi une très bonne illustratrice.
Nous commençons avec des dessins de l’Angleterre. Bénéficiant d’une bourse, Sylvia est étudiante à Cambridge, loin de Ted qui est à Londres. Elle lui écrit une longue lettre qui témoigne de l’amour exclusif qu’elle voue à cet homme dont elle est si fière.
En introduction des dessins de France, une lettre à sa mère témoigne de la fougue de Sylvia et de son amour pour Paris.
 » De toutes les villes que j’ai visitées, je n’aime véritablement que Paris. »

C’est une fois de plus à sa mère qu’elle confie sa joie d’être publiée dans The Christian Science Monitor. Ils lui ont acheté un texte bref et quatre dessins sur Benidorm, ville espagnole où elle a passé sa lune de miel avec Ted. Modeste, elle attribue ce succès à Ted qui la rend créative.
 » Cela montre ce que j’accomplis depuis que je fréquente Ted. Dans mon esprit et dans mon coeur, chacun de ses dessins est lié à un émerveillement passé ensemble sous le soleil brûlant. »
Parmi ces dessins, celui de la falaise avec ses maisons est son préféré.

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Un extrait de son journal introduit quelques dessins des États-Unis. « Quelque chose s’achève, quelque chose commence. » Elle prépare ses cours et continue ses travaux de dactylographie pour Ted. Les dessins me semblent de plus en plus travaillés.

 

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Ce livre rappelle l’intelligence et la fragilité d’une femme au destin tragique. Son lien avec sa mère, son amour fou pour Ted, sa dévotion à travailler pour lui, sa joie à partager ses succès au détriment de son propre travail. Cet ouvrage confirme, si cela était nécessaire combien Sylvia Plath était talentueuse et touchante.
Sylvia Plath, née à Boston en 1932, s’est suicidée en février 1963, quelques mois après sa séparation définitive avec Ted Hugues.

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 » J’écris, je pense, j’apprends à merveille auprès de lui; loin de lui, je me sens coupée en deux et ne peux travailler convenablement que lors de brefs sursauts de stoïcisme… »

 

 

L’étrange cabaret…des fées désenchantées- Hélène Larbaigt

larbaigtTitre : L’étrange cabaret des fées désenchantées
Auteur : Hélène Larbaigt
Éditeur : Mnémos
Nombre de pages : 144
Date de parution : novembre 2014

Auteur :
Hélène Larbaigt est née à Pau en 1984. Passionnée d’histoire, d’histoire des arts et de littérature ancienne, elle est diplômée en Histoire Médiévale à la Sorbonne. Ses récits fantastiques en clair-obscur, réunissent la tradition et la modernité, le merveilleux et les peurs de l’enfance, ondulant entre poésie, humour anglais et cruauté. Férue de dessin, mais sans formation aux Beaux-Arts, elle se lance en autodidacte dans l’illustration de son univers entre ombres et lumières, sous l’incitation de ses proches. Elle a publié en 2011 un premier livre illustré : Les Aventures d’un goubelin en pays de Broe. N’hésitez pas à consulter le site de l’auteur.

Présentation de l’éditeur :
Grouillant et grinçant, tel un concert de voix dissonantes, il s’avance.
L’Étrange Cabaret, le cirque des curiosités, le spectacle de monstres chimériques, le music-hall des fées désenchantées.
Oserez-vous franchir ses lourdes tentures pourpres pour assister au plus dangereux et déli­cieux des spectacles ?
Voyagez avec les fées de la Belle Époque, dans les cités du Vieux et du Nouveau Monde, mais méfiez-vous, le Cabaret  recèle des secrets qui vous envoûteront… Que s’est-il passé dans la loge 633 que l’on dit hantée, où une fée fut assassinée ? Que cherche réellement Morte Vanité, elle qui fait errer le Cabaret à travers le monde entier ?Dans une ambiance steampunk, Art nouveau et burlesque, Hélène Larbaigt nous livre une  œuvre étonnante entre Lewis Caroll et Tim Burton.
À la fois récits, portraits et contes, ce livre dévoile 12 fées sombres et mystérieuses  au travers de plus de 80 magnifiques illustrations, affiches, menus et documents facsimilés.
Helène Larbaigt nous montre son immense talent dans ce très beau livre enchanteur. Une prouesse et la révélation d’une artiste complète qu’ont immédiatement salués dans leurs préface et postface, Claudine Glot et Pierre Dubois, les deux grands spécialistes des fées.
L’Étrange cabaret est un magnifique livre illustré, cartonné.

Mon avis :
On ouvre L’étrange cabaret…des fées désenchantées comme un écrin. Un bel écrin qui vous offre en premier lieu de superbes illustrations, riches, détaillées, majestueuses comme un avant-goût des textes qui n’en sont pas moins travaillés.
Avec Hélène Larbaigt  » l’effrayant devient charmant, où la terreur se fond en nostalgie ambrée de compassion. »
Morte Vanité fonde ce cabaret en 1884. Elle recrute de part le monde des fées rescapées, chassées, oubliées, proche
fée2s des grandes figures légendaires de jadis. Avec ses bottines au rubans verts et parfumés, elle assure la magie nécessaire à l’enrôlement de ses amies.
baronne-samedi-coulisse-BDUne fiche signalétique et une courte histoire nous donne à connaître les origines et caractéristiques de chacune.
Autant d’histoires surannées, effrayantes mais touchantes qui nous plongent dans un univers fantastique où se mélangent la cruauté et le rêve.
Dans l’étrange cabaret, fée féline, gorgone borgne, banshie mulâtre, sorcière russe, dame blanche retrouvent leur essence aménageant chacune leur loge à sa convenance, attirant les spectateurs toujours avides de merveilles au risque de leur vie.
Croire aux contes de fées est aussi une échappatoire, une alternative à diverses drogues de nos sociétés modernes.

 » Ils ne prêtent plus foi aux contes de fées…Ils s’abrutissent de diverses drogues, qui permettent à certains de retrouver un peu de ce fascinant et doux état, que quelques enfants connaissent encore, celui de la foi affranchie de ce que la raison fustige : la foi en nous. En tout ce que nous représentons. L’odyssée vers d’autres possibilités ! « 

Avec un registre lexical particulier (mésavenance, vastité, pertinacité, souquenilles…), un rappel des grands mythes légendaires, une richesse de documents ( affiches, menus, programmes du cabaret…), l’auteur nous plonge dans l’ambiance des lieux.

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Mais il ne s’agit pas d’une simple collection de témoignages et de fiches, puisque Hélène Larbaigt construit une véritable histoire sur la genèse de ce cabaret, sur les relations entre ces fées parfois ennemies, soumises mais reconnaissantes.
Je me suis laissée emporter, « coincé entre deux mondes » dans cette danse macabre, au son d’une douce mélopée, écoutant avec effroi les frasques des fées ou sorcières, rêvant avec leurs belles histoires d’amour et d’amitié.

Hélène Larbaigt écrit comme elle dessine avec ampleur, richesse, couleur, ce qui donne au livre une belle harmonie et en fait un objet rare et précieux.

Je remercie Babelio ( Masse Critique) et les Editions Mnémos pour ce beau voyage dans l’étrange cabaret des fées désenchantées.

 

Le soleil des Scorta – Laurent Gaudé & Benjamin Bachelier

tishinaTitre : Le soleil des Scorta
Auteur : Laurent Gaudé
Illustrateur : Benjamin Bachelier
Éditeur : Tishina
Nombre de pages : 368
Date de parution : 8 octobre 2014

Auteur :
Né en 1972 à Paris, Laurent Gaudé est l’un des grands écrivains et dramaturges d’aujourd’hui. Son œuvre renoue avec un souffle romanesque devenu rare. Souvent primé, il a été distingué dès 2002
avec La Mort du Roi Tsongor, puis par le Prix Goncourt en 2004 pour Le Soleil des Scorta. Séduit par
le projet, Laurent a accepté la proposition de Tishina comme la possibilité d’une re-création : une
nouvelle manière de raconter les Scorta, tout à la fois en mots et en images.

Illustrateur :
Né en 1975 à Grenoble, vivant aujourd’hui à Nantes, Benjamin Bachelier est un artiste complet.
Illustrateur jeunesse depuis 10 ans, il est également bédéaste. Après avoir repris Le Legs de l’alchimiste,
collaboré aux Autres Gens, il a récemment publié un Gatsby le magnifique chez Gallimard. Mais Benjamin est également peintre : depuis des années, loin des mots et des histoires, il explore l’étrange beauté du monde avec ses couleurs radicales. Pour la première fois, sa peinture entre ici dans un livre.

Présentation de l’éditeur :
Le Soleil des Scorta, c’est l’histoire d’une famille qui semble écrasée par le destin autant que par le soleil du Sud de l’Italie. De génération en génération, Carmela, Giuseppe, Domenico et les autres aspirent à une vie meilleure. Mais c’est pourtant là, dans les recoins de cette terre aride, qu’ils vont découvrir ensemble le secret du bonheur…
Le peintre et illustrateur Benjamin Bachelier s’empare de leur saga. Sa version de l’histoire est tantôt lumineuse comme le soleil des Pouilles, tantôt sombre comme la misère des Scorta. Dans un foisonnement de techniques – aquarelles, acryliques, dessins et encres – Benjamin réussit, surtout, à donner des couleurs inattendues aux souvenirs et aux rêves des personnages.

Mon avis :
Quel plaisir de pouvoir relire Le soleil des Scorta, ce superbe roman de Laurent Gaudé qui a obtenu le Prix Goncourt en 2004.

Dans ce roman, l’auteur rend un bel hommage à cette région de l’Italie, découverte avec ses parents et ses proches. Les Scorta en sont de magnifiques témoins, ces « cul-terreux » « mangeurs de soleil« , fiers de leurs origines, dévoués à leur famille, respectueux de la parole donnée et du sens de l’hospitalité. Attachés à la religion mais critiques vis à vis de l’origine et le caractère de leur prêtre. Silencieux sur l’origine de la fortune et à la rancune tenace.

Tout commence avec le retour de Luciano Mascalzone dans son village natal, Montepuccio. Après quinze ans de prison, il réalise son rêve (ou presque) de serrer dans ses bras la femme de sa vie. De ce viol consenti naîtra Rocco. Éloigne du village par le prêtre, il sera élevé par les Scorta et reviendra maîtriser le village de Montepuccio.
Marié à une muette et père de trois enfants, il les laissera volontairement dans la misère car le prix d’une vie se mesure à la sueur du front.
Revenus d’un voyage mystérieux aux États-Unis, les trois enfants, Domenico, Giuseppe et Carmela retrouvent leur ami Raffaele et s’installent durablement dans le village de leur père.

 » Nous l’aimons trop cette terre. Elle n’offre rien, elle est plus pauvre que nous, mais lorsque le soleil la chauffe, aucun d’entre nous ne peut la quitter. »

La judicieuse Carmela ouvre un point de vente de tabac alimenté par l’activité de contrebande de Giuseppe.
Mariages, naissances, les générations se succèdent menant à l’éternel la dynastie des Scorta.
Chaque membre de la famille s’impose de « transmettre à son tour un savoir à l’un de siens. »

Laurent Gaudé nous fait vivre au rythme des Scorta, suer sous le soleil intenable du village, rêver sous les oliviers ou se reposer aux terrasses des cafés.
Leurs vies sont faites d’épreuves, d’espoir, de risques, de rédemption et surtout d’amour pour ceux de leur clan.
C’est en cela que l’illustrateur Benjamin Bachelier apporte son éclairage. Avec des aquarelles un peu naïves, épurées, il donne un visage aux Scorta mais surtout une couleur à leurs émotions.

Les ocre, orange et bleu sont les couleurs du village sous la chaleur. Le rouge traduit la violence et le noir la mort. Le rose est souvent synonyme de l’espoir (les fêtes ou le  rêve new-yorkais). Les aquarelles traduisent aisément les périodes agitées ou le calme d’une journée.

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Ainsi l’auteur et l’illustrateur, l’un par son style et l’autre par ses couleurs, font ressentir aux lecteurs la force de cette terre, les espoirs et les épreuves des Scorta.

 

Un nom, une terre…avec la force des mots et les couleurs des illustrations.

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Après Soie (roman d’Alessandro Baricco)  paru en version illustrée (par Rebecca Dautremer) en 2012,  Tishina nous offre ainsi une superbe occasion de relire Le soleil des Scorta et de plonger encore plus dans cette atmosphère du Sud de l’Italie grâce aux aquarelles de Benjamin Bachelier.