Bâtard – Max de Radiguès

Titre : Bâtard
Auteur : Max de Radiguès
Editeur : Casterman
Nombre de pages : 192
Date de parution : 7 juin 2017

Ce petit album de Max de Radiguès faisait partie de la sélection 2018 Fauve Polar SNCF d’Angoulême et je le découvre aujourd’hui grâce à l’équipe du Prix SNCF du Polar.

De facture assez classique dans les dessins en noir et blanc, le papier et l’agencement, cette bande dessinée a su très rapidement capter mon attention.

 

May et son fils Eugène sont en cavale après de spectaculaires braquages dans toute la ville. En se rendant chez son ami Hank, ils tombent dans un piège. Commence alors une cavale sanglante où May s’illustre par son sang-froid et sa violence. Le jeune garçon apprend vite.

«  Je suppose que quand tu grandis là-dedans, t’es plutôt bien préparé à ce genre de situation. »

May doit comprendre pourquoi on essaie de la tuer. Elle confie Eugène à Augustus, un ancien cadre de la finance désabusé rencontré sur la route et part régler ses comptes.

J’ai beaucoup aimé cette histoire, qui est certes édulcorée pour les besoins du genre, pour son rythme, son suspense et surtout sa tendresse. Eugène est un petit garçon très attachant et très attaché à sa maman. 

Un petit coup de coeur pour cette histoire 

Blacksad – Juanjo Guarnido et Diaz Canales

Titre : Blacksad Tome 1
Dessinateur : Juanjo Guarnido
Scénariste : Canales Juan Diaz
Éditeur : Dargaud
Nombre de pages : 48
Date de parution : juillet 2000

 

Très jolie couverture qui met parfaitement en scène le détective privé, personnage phare de la série Blacksad. De ce regard vert, avec un œil vif et l’autre perplexe, cigarette au coin de la bouche, le chat détective dévoile son caractère. Un ténébreux puissant qui ne laisse rien passer.


Juanjo Guarnido, l’illustrateur de Blacksad, est animateur chez Disney. Autant dire que ces dessins ont du mouvement et du mordant!

Quelque part entre les ombres est le premier tome de cette série qui comprend déjà cinq volumes. Tous les personnages sont des animaux, grimés et habillés comme des humains. Le scénariste, Diaz Canales, nous plonge dans le roman noir classique des années 50, avec des enquêtes bien sombres dans les bas-fonds de grandes villes américaines.

Dans ce premier tome, Blacksad est appelé par le policier Smirnov, suite au meurtre d’une starlette, ancienne conquête du détective. A coups de poings et d’intimidation, Blacksad trouve rapidement les personnes et lieux que son ancienne fiancée avait fréquentés avant sa mort.

J’ai beaucoup apprécié l’humour de cet enquêteur désabusé et déterminé. Les dialogues sont efficaces et teintés d’humour. L’auteur joue beaucoup de cet univers antropomorphique.

 » Ces salauds savent bien me museler… si je puis me permettre. »

Chaque personnage est parfaitement choisi et la qualité des dessins permet d’appréhender leurs caractères et les situations grâce aux expressions des visages et des corps.

Cette enquête déploie un scénario plutôt moral avec la conscience de Blacksad et l’intégrité de Smirnov s’opposant au sang-froid du malfrat.

 » J’aime imaginer un monde juste,où même les puissants paieraient leurs fautes. »

Mon regret est peut-être la brièveté de l’histoire. Signe de qualité…on en voudrait davantage. Et la série continue puisqu’on annonce un tome 6 en 2019.

Je remercie Rakuten pour la lecture de cette bande dessinée, Blacksad dans le cadre de l’opération La BD fait son festival.

Inventer les couleurs – Gilles Paris et Aline Zalko

Titre : Inventer les couleurs
Textes : Gilles Paris
Dessins : Aline Zalko
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages : 48
Date de parution : 7 mars 2019

 » Certains diront que je suis irrécupérable, je préfère penser que l’enfance ne me quitte pas à chacun de mes livres. » Gilles Paris

 

Hippo  vit à Longjumeau avec son père, un peu perdu depuis le départ de sa femme avec le papa de  Gégé, le meilleur ami du petit garçon. La vie n’est pas bien facile pour cet homme abandonné qui ne connaît plus que la grisaille de l’usine.  Hippo aurait bien besoin du sourire et de la tendresse de son père.

« Les cheveux coiffés par le vent du sommeil« , Papa se lève un peu grognon. Hippo prépare le petit-déjeuner, ramasse les cannettes vides, vide les cendriers. A 7h30, Papa le dépose à l’école.
Hippo aime dessiner, il met de la couleur partout. Il peint la mixité sociale, refuse la tristesse de Jérôme, l’animateur social, oublie la crainte du directeur.

C’est une journée d’école classique avec les bêtises enfantines, les cours qui s’enchaînent, les chouchous des professeurs, les repas de la cantine. Vue dans les yeux d’un enfant qui préfère voir de la couleur là où les choses pourraient être tristes. Jusqu’au retour à la maison, un peu plus tôt aujourd’hui grâce aux bêtises des plus grands.

Les dessins d’Aline Zalko, la tendresse de Gilles Paris montrent combien il faut savoir garder son âme d’enfant pour traverser les tempêtes de la vie. La naïveté de l’enfance permet parfois de voir les  choses autrement, le bleu d’un ciel gris, la richesse des couleurs de peaux, la beauté et l’importance d’un sourire d’enfant.

Premier roman jeunesse de Gilles Paris, je me demande si ce petit livre n’est pas à mettre de préférence  entre les mains des adultes. Le sourire d’un enfant mérite qu’un adulte oublie quelques instants ses peines et ses difficultés. La douceur d’un enfant apaise en retour les blessures des parents.

 

Prendre refuge – Mathias Enard et Zeina Abiracheb

Titre : Prendre refuge
Auteur : Mathias Enard
Illustrateur : Zeina Abirached
Editeur : Casterman
Nombre de pages : 344
Date de parution : 5 septembre 2018

Prendre refuge en ces moments où les choses basculent tant au niveau personnel que dans l’ordre mondial. Voici ce qui a inspiré Mathias Enard et Zeina Abirached lorsqu’ils se sont rencontrés à Beyrouth puis plus tard, à Berlin lors de l’arrivée de réfugiés syriens.

Avec de tels auteurs engagés, il ne s’agit pas de chercher ou trouver un refuge mais bien de le prendre. Et ils le déclinent sous trois angles.

La lecture par Karsten, un jeune architecte berlinois, d’un livre qui montre que l’on ne se convertit pas au bouddhisme mais que l’on y prend refuge. En 1939, deux femmes sont en route pour le Kafiristan, le pays des infidèles. Elles prennent refuge dans la trace des Bouddhas de Bâmiyan, un site magique au creux des montagnes de l’Aghanistan.

L’histoire de Neyla, une jeune syrienne qui vient d’arriver à Berlin. Elle est de suite confrontée aux galères pour obtenir un toit et des papiers, aux barrières de la langue malgré sa grande culture. Mais le plus difficile reste toujours de se construire loin de son pays de coeur. 

Puis le lien entre ces deux femmes et ces deux jeunes gens qui prennent aussi refuge dans l’amour. La réunion difficile de l’orient et de l’occident, de deux constellations qui se font face comme Orion et Scorpion.

C’est le nom de Mathias Enard qui m’a poussée vers cette bande dessinée. Si on y retrouve son thème de prédilection, il y a très peu de textes. Et j’avoue ne pas adhérer à cette avalanche d’onomatopées. 

L’illustration très particulière en noir et blanc prend la parole. Même si je le trouve très efficace, je ne suis pas attirée par ce genre de graphisme. Par contre, j’apprécie la composition de certaines planches, illustrant le rapprochement de deux langues, deux pays, deux constellations.

Cet album signe une belle rencontre, distille un message important. C’est une proposition originale qui permet d’aborder un mode d’expression différent. En saisir la beauté n’est pas une chose naturelle pour un lecteur occidental. Mais là aussi, il faut un engagement personnel. Il faut PRENDRE refuge et se laisser approcher par un autre style. 

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur – Fred Fordham

Titre : Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur
Auteur : Harper Lee
Adapté et illustré par Fred Fordham
Traducteur : Isabelle Soïanov

Éditeur : Grasset
Nombre de pages : 288
Date de parution : 7 novembre 2018

 

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur est à juste titre le roman culte de toutes les générations. Autant par son sujet que par la performance d’une auteure anglaise qui devint mondialement connue sur un seul roman.

Autant dire que l’enjeu est immense quand il s’agit de surfer sur la vague d’un tel chef d’œuvre. La parution de Va et poste une sentinelle, premiers écrits de Harper Lee fut pour moi une petite déception. J’ai une profonde admiration pour les adaptations en roman graphique des livres qui m’ont particulièrement touchée. Il est important de faire connaître de telles œuvres à un large public. Et l’adaptation graphique est certes le meilleur moyen de toucher les plus jeunes ou les réfractaires à la lecture.

L’adaptation de Fred Fordham est très fidèle au roman culte. J’ai retrouvé l’humanité d’Atticus Finch, le racisme aveugle du voisinage, la candeur de Scout  et surtout l’intensité de ce moment particulier dans la salle d’audience lors du procès de Tom Robinson.

Les illustrations sont très précises et réalistes, la mise en page relativement classique avec tout de même de belles double pages.

 

Le roman de Harper Lee véhicule tant de valeurs humaines que toutes ses éditions sont à plébisciter. Tout y est mis en images : la tolérance envers tous qu’ils soient vieux comme Mrs Dubose, d’une autre couleur, associaux comme Boo Radley, l’obéïssance aux aînés, la dangerosité des armes.

Personnellement, mon imagination n’avait pas visualisé Atticus et Scout de cette façon. Je voyais Scout avec un visage plus espiègle et Atticus moins jeune et carré. Mais depuis des années chacun a son image des personnages.

Et puis, j’ai une telle admiration pour ce livre que je lui aurais voulu un bel écrin. Peut-être un format plus grand et une couverture rigide. Mais ce format et cette couverture souples, et surtout par conséquent son prix, conviennent sûrement mieux à un lectorat plus large. D’autant plus que la photo sur la jaquette interpelle les plus jeunes lecteurs et capte un des moments les plus forts du roman. Et puis sous la jaquette, cette reliure rouge est à la fois sobre et remarquable.

 

Ce roman graphique est une très belle idée de cadeau en cette période de fêtes.

 

 

Animabilis – Thierry Murat

Titre : Animabilis
Auteur : Thierry Murat
Éditeur : Futuropolis
Nombre de pages : 160
Date de parution : 2 novembre 2018

 

Première lecture de Thierry Murat et je découvre un artiste aussi doué pour le dessin que pour l’écriture.
Avec ce récit gothique et poétique, l’auteur trouve les couleurs justes et la prose appropriée pour peindre cet univers sombre, ce voyage à la limite de deux mondes entre réalité et hallucination, entre l’humain et l’animal.

Victor de Nelville, jeune journaliste français, débarque dans le nord du Yorkshire pour une enquête sur de récentes péripéties ésotériques dont sont friands les lecteurs français.


Le jeune homme plonge de suite dans l’ambiance avec la tempête de neige, le souffle du vent puis la mort d’une brebis suivie de la pendaison de  son berger.

Le journaliste couche sur le papier les mystères et angoisses du village moribond. Si les légendes celtiques se propagent dans l’oralité, lui, tient à laisser des traces sur le papier.
Dans cet univers mystérieux où s’opposent le pragmatisme du policier et le fanatisme du curé, où l’homme se métamorphose en animal, le journaliste laisse la place au poète.

 » Les formules magiques et les enchantements sont les plus belles formes primitives de la poésie.« 

Puisant dans les profondeurs de l’âme, la poésie est l’ultime mystère qui contient tous les autres. De la poésie à l’amour, dernier mystère absolu, il n’y a qu’un pas. Et Victor y succombe par le charme de Mëy, beauté irréelle sensible «  aux parfums d’âmes et de peaux mêlées« .

Cet album allie esthétisme et qualités littéraires. Je me suis agréablement perdue dans cet univers sombre où pointe la couleur du sang et du feu. De cet hiver 1872 à l’automne 1873, Thierry Murat illustre l’Animabilis, ce qui peut rendre vivant, même dans les légendes celtiques les plus morbides.

 

 

Eldorado – Damien Cuvillier et Hélène Ferrarini

Titre : Eldorado
Illustrateur : Damien Cuvillier
Textes : Hélène Ferrarini
Éditeur : Futuropolis
Nombre de pages : 176
Date de parution : 23 août 2018

 

La couverture de cette bande dessinée est évocatrice de l’ampleur romanesque de cette histoire et de la qualité graphique de l’album.

Marcello est le porte-parole des grévistes de l’aciérie Wandel. Deux semaines de grève, le mouvement s’essoufle mais Marcello est un idéaliste tenace. Et un romantique qui écrit des poèmes à Louisa, son amour caché puisque les parents de la jeune fille veulent la marier à un autre homme.

Les deux amoureux veulent s’enfuir. Mais le soir précédent l’envol, le frère de Louisa fait boire Marcello et le fait embarquer sur le bateau emmenant des ouvriers naïfs vers l’Eldorado. Les américains construisent sur ce territoire indien un canal n’hésitant pas à polluer les lieux, à immerger des villages et à saccager la faune et la flore.

De ce coin perdu où Marcello travaille comme un forcené, il envoie des lettres sans retour à Louisa. Elle seule lui donne le courage de survivre.

«  Qui a pris le contrôle de nos vies, de ma vie? Moi qui ai toujours clamé qu’il fallait prendre la liberté pour qu’on veuille bien nous la donner, me voila bien enchaîné. »

Marcello ignore qu’en cet enfer, une autre personne souffrant de solitude retrouve goût à la vie en interceptant et lisant ses lettres.

Les auteurs donnent une grande puissance à cette histoire romanesque bien campée dans les rêves et les désillusions de l’Amérique du XXe siècle.

La précision des dessins, la palette de couleurs  plongent le lecteur dans l’ambiance. L’alternance des formats des illustrations donnent du rythme au récit. Des gros plans pour fixer les émotions, des plans larges pour prendre conscience de l’environnement.

Damien Cuvillier utilise tous les outils pour immerger le lecteur dans cette histoire.

Hélène Ferrarini ajoute encore de la précision et du romanesque grâce à un ancrage social, l’usage de dialectes indiens et la dimension poétique et mélancolique des personnages .

Dès les premières pages, je me suis passionnée pour cette histoire et les auteurs sont parvenu à fixer mon attention et garder mon intérêt jusqu’ à la fin.