Du nouveau dans ma bibliothèque ( 27)

En dehors de la rentrée littéraire, voici trois livres qui ont rejoint récemment mes étagères.

 

La baleine thébaïde de Pierre Raufast

Asylum, un roman noir de Denis Brillet que j’avais decouvert avec un recueil de nouvelles, Arc atlantique.

La servante écarlate de Margaret Atwood qui connaît un grand succès depuis la diffusion de la série du même nom.

Bonnes vacances et bonnes lectures.

Purity – Jonathan Franzen

Titre : Purity
Auteur : Jonathan Franzen
Littérature américaine
Titre original: Purity
Traducteur : Olivier Deparis
Éditeur : Éditions de l’Olivier
Nombre de pages : 744
Date de parution : 6 mai 2016

Voici un pavé lourd à porter, le récit d’initiation d’une jeune américaine, Purity, surnommée Pip, à la recherche de son père. Pas vraiment pour des raisons d’identité mais pour trouver quelqu’un capable de rembourser le prêt contracté pour le financement de ses études.
Sa mère, caissière est une déprimée chronique envahissante; seule Pip trouve grâce à ses yeux.
Dans la colocation où elle vit, elle rencontre Anagret, une allemande qui lui fait miroiter un stage en Bolivie pour un certain Andréas Wolf, fondateur du Sunlight Project, agence d’investigation et lanceur d’alertes qui pourrait l’aider à trouver son père.
J’ai apprécié la construction de ce roman. Faisant de Pip le fil rouge de cette histoire, chaque grande partie vient éclairer une rencontre, un personnage par un subtil retour arrière qui nous donne les clés de compréhension. Non seulement, cette construction entretient un certain suspens mais relance l’intérêt grâce à des histoires personnelles d’une grande richesse.
Nous retrouvons ainsi Andreas Wolf dans sa jeunesse en Allemagne de l’Est. Fils d’apparatchiks, il squatte dans une église et vient en aide aux jeunes. Lui aussi découvre un secret sur sa naissance qui sera source de souffrance et d’un sentiment de désamour permanent. C’est là qu’il rencontre Anagret et Tom Aberant, un américain qu’il retrouvera plus tard dans le monde du journalisme.

Curieusement, Pip travaillera aussi pour Tom Aberant, amant de sa collègue Leila. Le secret torturant de Tom est son mariage avec Anabel, une riche héritière d’un empire de la viande qu’elle rejette avec violence. Anabel est un personnage fantasque, torturé et le couple se disputait en permanence à partir de tout et de rien.

Pip crée le lien entre tous ces personnages mystérieux, hantés par les secrets. Jonathan Franzen construit un récit d’une grande richesse densifiant chaque histoire personnelle au fil d’une actualité liée aux enquêtes journalistiques comparant ainsi le totalitarisme de l’Allemagne de l’Est et celui d’Internet. Chacun a quelque chose à cacher dans le monde des affaires mais aussi dans les sphères privées. Andreas Wolf, en lanceur d’alertes, se confie facilement à l’image du monde d’Internet qui se veut faiseur de lumières, alors que Tom Aberant, en journaliste conventionnel garde le mystère sur ce qu’il n’est pas bon de dévoiler.

Purity trouvera-t-elle sa vérité, la réponse à ses grandes espérances dans ce monde où chacun joue avec ses secrets? Vous le saurez au bout de ces sept cent pages qui réservent de très intéressantes histoires dans un tissu narratif particulièrement bien construit mais qui sont tout de même infiniment longues à lire. C’est un roman que je ne conseille qu’aux lecteurs opiniâtres.

Je remercie Inganmic de m’avoir accompagnée pour cette lecture. Retrouvez son avis ici.

L’ombre d’un homme – Bénédicte de Mazery

Titre : L’ombre d’un homme
Auteur : Bénédicte des Mazery
Editeur : Anne Carrière
Nombre de pages : 220
Date de parution: 8 mars 2012,  Pocket, avril 2014

Alfred de Vigneux, fils de notaire, cherche au crépuscule de sa vie à racheter les fautes de son père, administrateur provisoire pendant la seconde guerre mondiale. Alors jeune adolescent, il se souvient de ce couple de l’appartement du dessous, Charlotte et Simon Wiesenberg et leur jeune fils de trois ans, Joseph, emmenés à Drancy pendant l’administration vichyste.
Charlotte, demi-juive, put échapper au camp pour rejoindre le magasin Levitan, là où enfermés à l’abri des regards, les captifs devaient trier les biens confisqués aux juifs. Quelle douleur de croiser lors du tri des caisses, un objet familier, une peluche arrachée aux mains d’un enfant. Quel dégoût de voir ces riches allemandes se ruer sur des biens ayant appartenu à ceux qu’ils ont envoyés à la mort.
Alfred, «  lui, le vieil homme sans attaches, souffre pour la première fois d’une blessure qui va s’élargissant. ». Des marques sur l’escalier de son immeuble lui rappelle un cruel passé et son incapacité à défendre, du fait de son jeune âge, ceux qu’il appréciait.
Aujourd’hui, il retrouve la candeur et le questionnement de la jeunesse auprès de Léo, le fils d’Adèle et de Beer. Il a proposé à ce couple de loger dans l’appartement du dessous contre un repas à leur table chaque soir.
Un enfant pose des questions, cherche à comprendre même si la réalité, bien souvent, le dépasse.
«  C’est peut-être ça, être adulte, savoir se taire, garder pour soi ce qui doit l’être. »

Avec beaucoup de pudeur et de tendresse, Bénédicte de Mazery, nous rappelle ces évènements tragiques au travers de l’histoire d’un couple et des souvenirs d’un vieil homme en proie au remords.
Une belle variation, plus romanesque, sur un sujet que j’avais découvert avec le roman d’ Alexandre Seurat, L’administrateur provisoire.

Sous le ciel qui brûle – Hoai Huong Nguyen

Titre : Sous le ciel qui brûle
Auteur : Hoai Huong Nguyen
Éditeur : Viviane Hamy
Nombre de pages : 174
Date de parution : 4 mai 2017

 

 

Tuân se promène dans la forêt de Chantilly , paysage cher au cœur de Gérard de Nerval, son poète préféré. Il cherche les premières jonquilles ou le fantôme d’une jeune fille. Ces paysages qu’il a tant lus le replongent dans son enfance.

Ce vietnamien est arrivé en France en septembre 1968, lourd de nombreux deuils qui ont jalonné sa vie. Né près de Hué, ancienne capitale impériale du Vietnam, il vit à Shui avec toute sa famille, grand-père, oncles, tantes et cousins. Ses parents sont massacrés par des voleurs alors qu’il n’a que cinq ans. L’enfant s’attache alors à son grand-père et se laisse bercer par les contes enfantins d’auteurs français. Même si certains le jugent « traître à son pays », Tuân aime particulièrement la langue française.
A la mort de son grand-père, il se rapproche de sa tante, mariée  très jeune à un fils de famille aisé qui passe sa vie loin de son foyer et s’engage dans la lutte armée auprès des Viet-minh.
Au printemps 1954, cet oncle emmène toute sa famille dans la zone de combat du Nord. La séparation avec sa tante et surtout sa jeune cousine avec laquelle il partageait ses lectures fut un traumatisme pour Tuân. C’est à cette période qu’il trouve refuge dans la nature et dans l’écriture de poèmes.
« Au nord s’installa un régime communiste qui mit au pas toute la société à travers une révolution prolétarienne qui s’imposa par la violence. Au sud, le gouvernement libéral ne parvint pas à instaurer la démocratie promise. »

Tuân part à Saïgon pour suivre des études en lettres françaises. Afin de gagner un peu d’argent, il travaille pour une veuve française qui le pousse davantage vers la culture française et l’écriture.
«  Le monde serait meilleur si les hommes qui avaient écrit un jour des poèmes n’avaient pas cessé de le faire. »
Alors que l’autel des ancêtres s’agrandit avec la mort de sa tante et sa cousine, Tuân va vivre l’enfer en cette nuit du Têt lors de l’offensive nord-vietnamienne sur Hué.
Seuls les vers d’un poème de Rimbaud le tiennent en vie en cette nuit d’horreur.

Une fois en France, Tuân se ressource dans les paysages de Nerval. La nature et l’écriture apaisent son sentiment de culpabilité, ses pensées suicidaires.
«  Mais ce fut aussi en France qu’il découvrit à quel point il aimait son pays, autre paradoxe in compréhensible des exilés. »

Avec ce texte assez lent mais lyrique, Hoai Huong Nguyen dresse un portrait du Vietnam des années 40 à 70. Elle partage aussi les traditions familiales de ce pays, la luxuriance des paysages notamment avec la visite de la Citadelle impériale. Avec la magie des mots, de la poésie, les parfums de la nature, l’auteur apaise les souffrances d’une horrible guerre. C’est un texte en ombre douce avec un personnage marqué par le deuil mais sauvé par son amour des lettres françaises. La langue de l’ennemi est aussi la langue des Lumières. Tuân a été bercé par l’exotisme des contes français, porté par la poésie de Nerval. Le courage de survivre ne peut se trouver que dans les paysages nervaliens chers à son cœur.

Je remercie la Librairie Dialogues pour cette lecture.

Au mieux trois fois par semaine – Hippolyte Romain

Titre : Au mieux trois fois par semaine
Auteur : Hippolyte Romain
Éditeur : Erick Bonnier
Nombre de pages : 128
Date de parution : 11 mai 2017

 

 

De nos jours, la famille recomposée, ou plutôt décomposée comme le souligne ironiquement Hippolyte Romain, est chose courante. Quoiqu’on en dise, ou qu’on en lise dans les magazines féminins qui vantent les familles de stars, cette nouvelle cellule familiale s’installe sur des douleurs, des frustrations de l’un ou de l’autre. Que ce soient les mères, pères, enfants, beaux-pères, belles-mères.
«  Je ne cherche pas à faire l’écrivain, tous ces mots alignés sont comme des cris successifs, des plaintes, des gémissements, des sanglots, tout ce chapelet de douleurs, d’incompréhension, de désespoir, que j’ai vécu ces quatre dernières années. »
Le narrateur vient de divorcer à la demande de sa femme. La justice, cette fois rendue par des femmes, n’a tenu aucun compte des sentiments d’un père. La mère est sans profession, elle a pratiquement tous les droits ( maison, voiture, garde de l’enfant et pension alimentaire).
L’auteur parle très peu de ce couple, leur rencontre, leur vie et se focalise sur cette société qui donne raison à l’instinct maternel et sur les conséquences pour sa vie personnelle.
Attendre un coup de fil, un week-end. Profiter de ces moments avec l’angoisse de sa fin trop proche. Craindre les attaques de la mère, l’éloignement de l’enfant, le dénigrement du père dans le discours de la maman. Très vite, le quotidien devient soumission, fatigue et peur du pire. Attendre et espérer que l’enfant grandisse et soit capable de comprendre gâchant les plus belles années de l’enfance et craignant le rejet définitif .
On parle peu de l’enfant, sûrement trop jeune pour comprendre et prendre part à la décision. Les quelques actions de la mère ne la valorisent pas mais nous en savons peu aussi sur les raisons du divorce.
«  Les mères possèdent au plus haut point cet instinct de propriété sur leur progéniture qui les rend souvent terribles et sans cœur au moment des séparations… »
En tant que mère, je le reconnais facilement.

Oui, les papas souffrent aussi et nous le lisons de plus en plus dans l’actualité avec ces pères qui engagent une grève de la faim, s’isolent en haut des grues. Hippolyte Romain réagit en écrivant ce témoignage, illustré de quelques croquis personnels, avec beaucoup de sincérité. Sa peine est lourde, cette confession centrée sur le père est pesante. Peut-être un peu trop pour lui donner du poids. Mais cette douleur est compréhensible et doit être écoutée afin que la justice, peut-être aussi l’attitude des femmes évoluent dans l’intérêt de tous et aussi et surtout dans l’intérêt de l’enfant.

 

 

 

Du nouveau dans ma bibliothèque ( 26)


Voici le dernier article hebdomadaire pour cette rubrique sur les nouveautés de la semaine avant fin août pour cause de vacances et surtout de rentrée littéraire.

Effectivement, il y a actuellement peu de nouveautés littéraires. Je n’ai, cette semaine, aucun livre à vous présenter, me consacrant pour quelques temps à la lecture d’épreuves de la prochaine rentrée.

Il est certain que je craquerai une fois ou deux avec quelques exemplaires Poche et sûrement le roman de Louis-Philippe Dalembert, Avant que les ombres ne s’effacent qui me fait de l’œil depuis quelques temps  ainsi que le second tome du Buru Quartet, Enfant de toutes les nations de Pramoedya Ananta Toer.

Mais aujourd’hui, je vous laisse sur un aperçu des prochaines lectures de rentrée.

 

Bonnes lectures et bonne semaine.