Rentrée Littéraire Janvier/Février 2021

 

Cette année, j’ai encore plus d’enthousiasme à vous présenter la prochaine rentrée littéraire. Parce que, plus que jamais, le lecture est essentielle. Malgré la crise sanitaire, l’ensemble des maillons de la chaîne du livre continue à travailler et à s’investir pour que la lecture reste une source d’évasion, de liberté et d’espoir. Bien évidemment, tous, nous continuons à soutenir les libraires de proximité en achetant les romans de 2020 et des précédentes années mais l’espoir est aussi dans le futur et la reconnaissance de tous ceux qui mettent leurs forces pour que 2021 soit plus propice à l’expression de toute forme culturelle .

Cette liste, encore incomplète va s’enrichir au fil des jours. J’espère que vous y trouverez de petites bulles de bonheur pour 2021.

Actes Sud :
Les lois de l’ascension de Céline Curiol
La vie légale de Dominique Dupart
Ce monde est tellement beau de Sébastien Lapaque
Antoine des Gommiers de Lyonel Trouillot
Le doorman de Madeleine Assas
Le mont Fuji n’existe pas de Hélène Frappat
Ce qui reste des hommes de Vénus Khoury-Ghata
Zoomania de Abby Geni
La maison des hollandais de Ann Patchett
Les malédictions de Claudia Piñeiro
Les abeilles d’hiver de Norbert Scheuer
Quand je n’aurai plus d’ombre de Adriaan Van Dis
Tu aurais dû t’en aller de Daniel Kehlmann
La soustraction de Alia Trabucco Zerán
Le livre des hommes de Nano Shabtaï
Dernières nouvelles de William T. Vollmann
L’imposture du marronnier de Mariano Sabatini
Une vie de poupée de Erik Axl Sund
Le musée des femmes assassinées de Maria Hummel
Sweden’s finest de Anders Roslunf et Stefan Thunberg

Albin Michel :
Brèves de solitude de Sylvie Germain
Ils voyagèrent vers des pays perdus de Jean-Marie Rouart
Dans l’ombre des hommes de Anaïs jeanneret
Zita de Olivier Hercend (PR)
Qu’allons-nous faire de ces jours qui s’annoncent? de Marguerite Imbert
Le diable parle toutes les langues de Jennifer Richard
Les romans d’avant de Eric Neuhoff (recueil)
Retrouve-moi de Lisa Gardner
L’âge de guerre de Patrick raynal
L’enfant de la prochaine aurore de Louise Erdrich
Le train des enfants de Viola Ardone
Friday black de Nana Kwame Adjei-Brenyah ( nouvelles)
La traversée des temps T.1 d’Eric Emmanuel Schmitt
Voix d’extinction de  Sophie Hénaff
Les roses noires de Gérard Mordillat
Dans les yeux de Jade de Patrice Lelorain
La femme aux doigts bleus de Margaux Guyon
Si ça saigne de Stephen King
Effacer les hommes de Jean-Christophe Tixier
Trois vœux de Liane Moriarty
Devenir quelqu’un de Willy Vlautin
Oeuvres complètes T.1 de Friedrich Dürrenmatt

Alma :

L’Antilope:
Quitter Psagot de Yonatan Berg (récit)

L’Archipel :
La geôle de l’innocence de Ensaf Aidar
Une place au soleil de Anna Jacobs
Lilibeth de Maurice de Kervénoaël
Au pays de l’eucalyptus de Elisabeth Haran
Diamants de sang de James Patterson
Le sang des Belasko de Chrystel Duchamp
La porte interdite de Dean Koontz

Arlea :
La maison de Bretagne de Marie Sizun
Le dieu des obstacles de Brina Svit
La vie sans savoir de Christophe Etemadzadeh
La balade de Galway de Thierry Clermont
Amérique fantôme de Brice Matthieussent
La fugue de Richard Torrielli

La Baconnière :
Inflorescence de Raluca Antonescu
Alphabet triestin de Samuel Brussell ( récit)
Journal 1944-1945 de Anita Pittoni

Belfond :
L’amour au temps des éléphants de Ariane Bois
Baiser ou faire des films de Chris Kraus
Puissons-nous vivre longtemps de Imbolo Mbue
La fabrication des chiens de Agnès Michaux
La maison des égarées de Julie Kibler
Jolies filles de Robert Bryndza
Les vagues reviennent toujours au rivage de Xavier-Marie Bonnot
Les femmes qui craignaient les hommes de Jessica Moor
Tu ne seras plus mon frère de Christian Blanchard

Calman-Levy :
Amanita de Julien Guerville

Armand Colin :
Les chevaux d’Hitler de Arthur Brand
Les plus grandes batailles de Rome de Pierre Cosme

La Contre-Allée :
Un père étranger de Eduardo Berti

Denoël :
La vie consommée de Lucie Droga
Napoli mon amour de Alessio Forgione
La chose en soi d’Adam Roberts

Écriture :
Le pays d’où l’on ne vient pas de Mérine Céco

Flammarion :
Serge de Yasmina Reza
Tout peut s’oublier d’Olivier Adam
Nice-Ville de Patrick Besson
Over the rainbow de Constance Joly
On était des poissons de Nathalie Kuperman
Mon garçon de Xavier De Moulins
De la vie des poissons en eaux profondes de Katya Apekina
Corps défendus de Laure Heinich
Sans alcool de Claire Touzard
Belle Greene de Alexandra Lapierre
Hypersensible de Fabrice Midal (philosophie)
Cassandre à bout portant de Sandra Moussempes (poésie)
Certains cœurs lâchent pour trois fois rien de Gilles Paris ( récit)
Ça va, cher Karl? de Sébastien Jondeau ( récit)
Les chemins des estives de Charles Wright ( récit)
Et mon cœur se serra de Antoine Laurain
Un enterrement et quatre saisons de Nathalie Prince
A la folie de Joy Sorman
La moitié de la vie de André Desbazes
Le bonheur est dans le village de Nicolas Hazard (document)
Un fils à maman de Véronique Mougin
L’homme nu et autres poèmes de Alberto Moravia (Poésie)
Beaupré de Eric Sautou (Poésie)

 

Aux Forges de Vulcain :
La dixième muse de Alexandra Koszelyk

Gallimard :
Aussi riche que le roi de Abigail Assor
Le miel et l’amertume de Tahar Ben Jelloun
Le passeur de Stéphanie Coste
Marina A. de Eric Fottorino
Là où tout se tait de Jean Hatzfeld
Mike de Emmanuel Guibert
Manger Bambi de Caroline de Mulder
La vengeance m’appartient de Marie Ndiaye
Les orages de Sylvain Prudhomme
De sel et de fumée de Agathe Saint-Maur
Le grand jeu de Graham Swift
Un bref instant de splendeur de Ocean Vuong (PR)
Prendre le corps de Théo Ananissoh
Une suite d’évènements de Mikhail Chevelev
Brûlant était le regard de Picasso de Eugène Ebodé
Ici-bas de Pierre Guerci
La nuit des orateurs de Hédi Kaddour
La trajectoire de l’aigle de Nolwenn Le Blevennec
Les jardins d’Eden de Pierre Pelot
Kentukis de Samanta Schweblin
Ceux qui sont restés là-bas de Jeanne Truong
Lunch-box de Emilie de Turckheim
La poursuite de l’idéal de Patrice Jean
Les corps insolubles de Garance Meillon
La face nord du cœur de Dolores Redondo
A la machine de Yamina Benahmed Daho
Cavalier noir de Philippe Bordas
Le dernier été en ville de Giancarlo Calligarich
Un été à Miradour de Florence Delay
L’enfant que tu as été marche à côté de toi de Gaston-Paul Effa
Douze palais de mémoire de Anna Moï
Des hommes dans ma situation de Per Petterson
Les divinités de Parker Bilal
Dr B. de Daniel Birnbaum
Cent vingt francs de Xavier Le Clerc
Châtelet-Lilas de Sébastien Ortiz
La mère noire de Jean-Bernard Pouy

Gallmeister :
En descendant la rivière de Edward Abbey (récits)
Justice indienne de David Heska Wanbli Weiden

Grasset :
Le mal des ruines de Claude Arnaud
La brûlure de Christophe Bataille
Funambule majuscule de Guy Boley
A cause de l’éternité de Georges-Olivier Chateaureynaud
Les héroïques de Paulina Dalmayer
Si les dieux incendiaient le monde de Emmanuelle Dourson
L’ami arménien d’Andreï Makine
Ceux qui n’avaient pas trouvé place de Olivier Mony
Les ultimes de Xavier Bourgine ( PR)
Pureté de Garth Greenwell
Le colibri de Sandro Veronesi
Laura Antonelli n’existe plus de Philippe Brunel
Le doigt de Dalie Farah
Le voleur d’amour de Richard Malka
Ma femme écrit de Jonathan Zaccaï
Tes ombres sur les talons de Carole Zalberg
Chems de Johann Zarca
L’extinction des espèces de Diego Vecchio
Hiver d’Ali Smith

Hérodios :
Étrange est le chagrin de V.S. Naipul (inédit)

JC Lattès :
La première faute de Madeleine Meteyer
Trésor national de Sedef Ecer

Joëlle Losfeld :
Cimetière d’étoiles de Richard Morgiève
Milkman de Anna Burns

Métailié:
Les vilaines de Camila Sosa Villada ( PR)
Grand-mère dix-neuf et le secret du soviétique de Ondjaki
Analphabète de Mick Kitson
La pierre du remords de Arnaldur Indridasson
Des chrysanthèmes jaunes de Rafael Reig
Une affaire italienne de Carlo Lucarelli
Le monde dans le dos de Thomas Melle

Mialet-Barrault :
L’homme qui tremble de Lionel Duroy
Et la peur continue de Mazarine Pingeot
Pour une  heure oubliée de Frédéric Perrot

Éditions de Minuit :
Elle, la mère de Emmanuel Chaussade

Mu :
Aucune terre n’est promise de Lavie Tidhar

Noir sur Blanc :
Ce matin-là de Gaëlle Josse
La belle saison de Ludmila Charles
Le roman de Londres de Milos Tsernianski
Une personne sensible de Jachym Topol
Melancolia de Mircea Cartarescu
T. Singer de Dag Solstad
Le fléau de Dieu de Evgueni Zamiatine
Faux poivre de Monika Sznajderman

 

Le passeur :
Et la vigne se mit à pleurer de Elisabeth Bourgois

PLON :
Les voies parallèles d’Alexis Rossignol

Quidam:
L’énigmaire de Pierre Cendors

Rivages :
Là où nous dansions de Judith Perrignon
Les  monstres de Charles Roux (PR)
Le secret d’Irvin de François Rivière
Sans toucher terre de Antti Rönkä
Aux éternels perdants de Andrew Szepessy
Le corps et l’âme de John Harvey
Traverser la nuit de Hervé Le Corre
La loi des lignes de Hye-Young Pyun
Une guerre sans fin de Jean-Pierre Perrin


Le Rouergue :
Noir diadème de Gilles Sebhan
Beau rôle de Yves revert
Sœur sans bruit de Anne-Laure Chanel (récit)

Sygne :
Mike de Emmanuel Guibert

Seuil:
Les élucubrations d’un hommes oudain frappé par la grâce de Edouard Baer
Les yeux de Milos de Patrick Grainville
Dans le ventre du Congo de Blaise Ndala
A la piscine avec Norbert de Véronique Pittolo
La vie en relief de Philippe Delerm
Le neveu d’Anchise de MarylineDesbiolles
Grand platinium de Anthony Van den Bossche
Un garçon comme vous et moi de Ivan Jablonka
L’évangile des anguilles de Patrick Svensson
Des cendres et d’or de B. Michael Radburn
La bête en cage de Nicolas Leclerc
Laisse courir ta main de Noëlle Châtelet
Le berger de Anne Boquel
Aimé Césaire de Kora Veron
Eve à Hollywood de Eve Babitz
Kasso de Jacky Schwatzmann
Blanc d’os de Ronald Malfi

Éditions du Sous-sol :
Alegria de Manuel Vilas
Carnets de manifs de Cyril Pedrosa, Loïc Secheresse
The white darkness de David Grann
Le temps du reportage de Robert S. Boynton

La Table Ronde :
Vionne de Jérôme leroy
Cancion d’Eduardo Halfon
En cherchant Parvulesco de Christophe Bourseiller
Constellations de Sinéad Gleeson

Le Tripode :
Le démon de la colline aux loups de Dimitri Rouchon-Borie
Marie-Lou-le-monde de Marie Testu

Vendémiaire :
Le roman de Genji d’après Murasaki Shikibu

Verticales :
Carnivale de Nicole Caligaris
Parle suivi de Tais-toi de Noémi Lefebvre

Viviane Hamy :
Niki de Christos Chomenidis
Le quartier, Les Messieurs de Gonçalo M. Tavares

Sabine Wespieser :
L’ami de Tiffany Tavernier
Parias de Beyrouk

Zulma :
La sirène d’Isé de Hubert Haddad
La poésie du futur de Srecko Horvat
Les filles d’Egalie de Gerd Brantenberg

H+ – Nicolas Roberti

Titre : H+
Auteur : Nicolas Roberti
Editeur : Le Lys bleu
Nombre de pages : 265
Date de parution : 3 août 2020

 

Pythagore est surtout connu pour son théorème mais cet homme aux pouvoirs merveilleux porte bien son nom «  celui qui est annoncé par la Pythie ». Né dans l’île de Samos, c’est en Italie qu’il crée son école, l’Ordre de Pythagore. A l’image de leur chef qui se souvient de ses anciennes incarnations, les  pythagoriciens  cherchent la vie éternelle.

«  L’ordre s’est vainement divisé entre Mathématiciens, Philosophes et Physiciens. Chacun pensant avoir la juste réponse au cycle des reincarnations auquel l’homme est soumis. »

Sur cette base, Nicolas Roberti crée une fiction à suspense intégrant toutes les connaissances historiques et élargissant au transhumanisme, au pouvoir des GAFA et aux conflits politiques.

Pierre Teilhard de Chardin, maître universel de l’ordre de Pythagore, recherche la jeune fille de l’oracle, une jeune fille en deuil qui se nourrit d’énergie végétale. Il la trouve enfin dans un hôpital sur l’île de Syros. Eve est la seule rescapée d’un accident de voiture qui a coûté la vie à toute sa famille. La botaniste a un étrange pouvoir de cicatrisation. En se faisant passer pour son oncle, il la ramène à la maison de Pythagore sur l’île de Samos. La jeune fille peine à croire aux élucubrations de Pierre et de sa femme, Noor.

Cixi, pressentie par Pierre pour être la prochaine maître universel de l’Ordre, parvient à convaincre la jeune fille. C’est elle qui fera l’initiation d’Eve. Lors d’un voyage en Algérie, Eve fait la connaissance d’Addon, un journaliste dont elle tombe amoureuse.

« Plus la vie est riche d’expériences et d’énergies, plus le vieillissement est ralenti. »

Le récit, un peu complexe par les données sur la vie de Pythagore et la découverte d’une basilique souterraine à Rome dévoilant le sacrifice de Sappho, prend du rythme avec les manigances de Martine, une membre de l’Ordre briguant la tête de la maison de Pythagore.

H+ mélange les genres entre données historiques, vision dystopique d’un avenir manipulé par les plus riches rêvant d’immortalité et fiction jouant avec les codes du roman noir. J’ai beaucoup appris sur l’histoire de Pythagore et de son Ordre, précurseur du végétarisme et croyant au cycle des réincarnations.

 

Du nouveau dans ma bibliothèque (30/20)

L’autre jour, en lisant Gaëlle Josse, je me suis souvenue de petits romans d’une auteure irlandaise qui m’avaient beaucoup touchée. Les trois lumières, A travers les champs bleusClaire Keegan, j’aurais pu oublier ce nom si sa petite musique littéraire n’était pas si ancrée dans mon esprit. Je l’attendais depuis huit ans. Quel dommage que ses romans soient si courts!

Récompensé du Prix Pulitzer en 1969, le roman de N.Scott Momaday est annoncé comme chef-d’œuvre universel sur la condition humaine. Je vais pouvoir le lire grâce au Picabo River Book Club.

Bonne semaine et bonnes lectures.

 

 

 

Liv Maria – Julia Kerninon

Titre : Liv Maria
Auteur : Julia Kerninon
Éditeur : L’Iconoclaste
Nombre de pages : 320
Date de parution : 19 août 2020

 

Liv Maria naît au printemps 1970. Sa mère, Mado Tonnerre est native de cette île bretonne où sa famille tient depuis des années le café – restaurant – épicerie. Son père, Thure Christensen est un marin norvégien devenu menuisier.

«  Son père était lecteur, et il avait fait de sa fille une lectrice. Sa mère lui apprenait la dureté et le silence, ses oncles lui apprendraient la pêche et la conduite… »

L’enfant grandit sereinement, libre sur cette île protégée. Elle conduit bien avant l’âge, transportant gentiment les uns et les autres. Mais un jour, elle tombe sur une mauvaise personne qui tente d’abuser d’elle. Sa mère prend alors une mesure radicale, elle éloigne sa fille jusqu’à Berlin chez la soeur de Thure.

Là, la jeune fille découvre l’amour à dix-sept ans auprès de son professeur d’anglais, un étranger, marié et père de famille venu donner des cours d’été en Allemagne.

« Ce qu’on pouvait faire avec un corps – avec deux corps. Les frottant l’un contre l’autre comme des silex- longtemps, patiemment, jusqu’à faire jaillir des étincelles, puis le feu, le feu ravageant tout. »

A la fin de l’été, la séparation est difficile. La mort soudaine des parents de Liv Maria la ramène sur l’île. Puis sans nouvelles de son professeur, elle part au Chili sur les conseils de ses oncles.

Après une enfance heureuse, une adolescence blessée, un premier amour intense perdu, Liv Maria profite de sa jeunesse et de sa liberté. Maîtresse et associée d’un riche propriétaire de restaurants, elle devient une femme d’affaires, libre et aventurière. Jusqu’à sa rencontre avec Flynn, un jeune ingénieur irlandais, amoureux du bois et des arbres. Très vite, enceinte, mariée, installée en Irlande, Liv Maria tombe dans l’adulterie.

«  Liv Maria essayait de se revoir telle qu’elle avait été à peine quatre ans plus tôt, l’absolue nudité qui était la sienne alors, possédant ses seuls bracelets d’or, sa solitude et son dénuement, son corps dévêtu collé contre celui de Carrar en sueur, et la femme qu’elle était aujourd’hui, avec sa boîte à couture, sa machine à gaufres, ses moules à sablés, à tarte, à manqué, sa porcelaine du dimanche… »

Julia Kerninon dresse une fois de plus un très beau portrait de femme. Une femme multiple, évoluant aux différentes étapes de sa vie, en fonction des aléas, bonheurs et drames d’une vie. Qui peut dire à vingt ans où la vie vous emportera.

«  Parents morts, pays natal délaissé , amants perdus et quittés, mensonges enfouis dans le silence – cuisine aménagée, petits garçons jouant sur le tapis devant la cheminée, et un bel homme rentrant tous les soirs chez elle avec ses propres clés. »

Mais parfois, le destin est farceur. Julia Kerninon aime les histoires singulières et elle nous réserve ici un tour du destin qui plongera Liv Maria dans un dilemme cruel.

C’est toujours un plaisir de lire cette amoureuse des mots, de la lecture et des belles phrases. Ses héroïnes sensuelles sont magnifiées par leur souffle de liberté. Les événements qui guident le destin de Liv Maria m’ont souvent paru improbables mais je passe sur ce sentiment car ils ne sont que prétexte à montrer comment une vie peut être bousculée.

Un jour ce sera vide – Hugo Lindenberg

Titre : Un jour ce sera vide
Auteur : Hugo Lindenberg
Editeur : Christian Bourgois
Nombre de pages : 176
Date de parution : 20 août 2020

 

Le premier roman d’Hugo Lindenberg est un récit sur l’enfance, un temps où l’on se plonge dans l’attrait du réel occultant les peurs et les drames du monde des adultes. Le narrateur, un jeune garçon de dix ans, passe ses vacances chez sa grand-mère en Normandie. Quand il va jouer sur la plage, il oublie sa solitude en observant les familles « normales ». Lui s’ennuie avec cette grand-mère qu’il adore mais qui lui fait honte avec ses robes démodées et son parler yiddish.

Mais un jour, autour du cadavre d’une méduse, il rencontre Baptiste. Il devient l’ami de ce garçon auquel il voudrait ressembler, un enfant bien dans sa peau, naturel, choyé par une famille aimante. Faire partie de la famille de Baptiste est un rêve auquel il goûte. L’enfant est en extase devant la mère de Baptiste, une femme belle, douce et accueillante. Quel contraste avec son quotidien peuplé des fantômes de sa grand-mère et de la folie de sa tante.

Hugo Lindenberg, en se plaçant dans le monde de l’enfance, tient à distance les drames familiaux que l’on devine pourtant. Mais les ombres planent sur ce récit. Le sable de la plage, terrain de jeu de l’enfance, peut aussi se transformer en sable mouvant, engloutissant la joie de vivre dans les abysses de l’Histoire.

Le narrateur ne me semble pas toujours penser comme un enfant de dix ans. Cela m’a légèrement tenue à distance. Même si je conçois que les épreuves de la vie lui ont fait perdre la légèreté de l’enfance. Mais tout ce qui l’environne semble touché par le mal. La chanson de Mike Brandt évoque-t-elle cette impossibilité de retrouver le bonheur  suite à la disparition de la mère? Le silence est son héritage, le flou hante cette histoire jusqu’à la fin.

Je sors de cette lecture avec un sentiment de malaise et quelques incertitudes.

Du nouveau dans ma bibliothèque (29/20)

 

Ma fille m’avait offert Plenty more, un livre de recettes végétariennes de Yotam Ottolenghi. J’y ai fait de si belles découvertes que j’ai acheté cette semaine Flavour, le dernier livre de ce grand cuisinier originaire du Moyen-Orient.

Côté roman, je vais regarder le monde au travers des yeux d’un jeune loup avec Caroline Audibert.

Bonne semaine et bonnes lectures.

Beautiful boy – Tom Barbash

Titre : Beautiful boy
Auteur : Tom Barbash
Littérature américaine
Titre original : The Dakota Winters
Traducteur : Hélène Fournier
Editeur : Albin Michel
Nombre de pages : 402
Date de parution : 1 octobre 2020

 

En janvier 1980, Anton Winter revient à New-York après treize mois passés au Gabon en mission humanitaire au sein de Peace Corps. Atteint de paludisme, il a failli y perdre la vie. Il s’installe avec ses parents, frère et soeur dans l’appartement familial du fameux Dakota Building.

Buddy, le père, a connu le succès en animant un show télé jusqu’en 1978, date à laquelle  il a pété les plombs en plein direct. Il est alors parti sur les routes, abandonnant quelques mois sa famille. Sa dépression laisse des marques psychologiques et financières sur l’ensemble de la famille.

« Les parents sont censés être des points  de repère fixes, pas des peintures abstraites

Depuis, Buddy espère renouer avec la popularité mais la profession ne lui fait plus confiance.
Emily, la mère, ancienne actrice, se mobilise pour la campagne à l’investiture démocrate de Ted Kennedy.
Kip, le plus jeune fils, tente de trouver sa place en se démenant sur les tournois de tennis.
Rachel, la fille , vit son amour pour un jeune policier.
Seul Anton, qui se retrouve dans la même situation, en convalescence et au chômage, peut venir en aide à son père. C’est d’ailleurs ce qu’il a toujours fait, même avant son départ en Afrique. Mais n’est-il pas temps pour lui de penser à son avenir plutôt que de soutenir son père?

« Tu te dis que c’est tout à fait toi, que tu vas passer ta vie à tenir la main de ton père et à lui torcher le derrière, et tu crains que le jour où il sera sur son lit de mort, tu sois encore en train de rire de ses blagues, de lui dire qu’il était incroyable, et de lui rappeler le jour où Orson Welles, invité sur le plateau, avait dit un truc magnifique, et ce ne sera pas faux, son émission était vraiment incroyable, mais où sera la tienne? te demanderas-tu. Quelle putain d’existence auras-tu vécue et, devenu vieux, te réveilleras-tu  un jour pour t’apercevoir que tu auras passé ta vie à cultiver le rêve défraîchi de quelqu’un d’autre

Tom Barbash construit son roman en partageant des moments familiaux, des activités culturelles et sportives des uns avec les autres. Nous rencontrons des sportifs lors des Jeux Olympiques à Lake Placid, vibrons avec John Lennon lors d’une traversée tempétueuse en voilier, suivons réflexions sur les films ou livres découverts, partageons les rencontres pour le futur projet d’émission de Teddy sur la chaîne CBS. Des moments de vie, intenses, chargés des ombres du passé qui façonnent leurs vies actuelles.

L’auteur garde en demi-teinte cette idée que la célébrité donne des avantages , des relations mais ressemble à une malédiction, vous mettant en cage tel un animal au zoo. Et pourtant, il vous est souvent impossible d’y renoncer, d’accepter de retomber dans l’anonymat.

« Les gens nous privent d’espace, nous traquent, alors un jour on cherche à s’échapper, on se risque à sortir la tête dehors et du coup, ils nous dévisagent, nous aiguillonnent, nous jugent. »

En ce sens, le Dakota building est un emblème du microcosme de stars riches et célèbres. Y vivent d’ailleurs John Lennon et Yoko Ono, voisins et amis des Winter. Là aussi s’ouvre une porte particulièrement intéressante sur la vie d’un ancien membre des Beatles avec l’ésotérique Yoko, un moment où John retrouve le goût d’écrire un nouvel et dernier album.

Tom Barbash ne mise pas sur un récit classique autour d’une relation entre un père et son fils. Ce sont plutôt des éclats de vie qui illustrent le New-York des années 80, les rêves et cauchemars de la célébrité , les liens humains d’une famille et d’une communauté. Ce n’est pas un roman dont vous sortez avec une histoire en tête mais plutôt avec des lueurs ou des points d’ombre qui font une vie, une époque. Et surtout avec une fascination pour le Dakota building et son hôte emblématique, John Lennon.

Crénom, Baudelaire! – Jean Teulé

Titre : Crénom, Baudelaire!
Auteur : Jean Teulé
Éditeur : Mialet Barrault
Nombre de pages : 432
Date de parution : octobre 2020

 

Après la lecture de Gare à Lou!, je craignais de replonger dans l’univers actuel de Jean Teulé. Si l’auteur a su nous charmer avec ses premiers romans, ses récentes parutions sont de plus en plus choquantes. J’ai accepté de lire cette nouvelle proposition, d’une part pour encourager l’arrivée d’une nouvelle maison d’édition et d’autre part en espérant un retour dans la veine historique grâce au nom de Baudelaire. Certes, le Crénom dans le titre était plutôt de mauvaise augure.

Jean Teulé ne s’est pas assagi, il continue à être cet auteur au franc-parler, anticlérical et parfois obscène. Mais il a trouvé en Baudelaire un personnage qui lui ressemble. Et il s’en donne à cœur joie.

Charles naquit en 1821 de François Baudelaire, ancien curé, sexagénaire et de Caroline, une jeune femme âgée de vingt-sept ans. Quand le père meurt en 1827, Charles n’a que cinq ans  et il voue un amour possessif pour sa mère.

«  Je trouve la passion de cet enfant pour madame poussée jusqu’à la bizarrerie. »

Quand, dix-neuf mois plus tard, Caroline se remarie avec l’officier Jacques Aupick, Charles le vit comme un abandon. Renvoyé du lycée Louis Le Grand, Charles est envoyé sur un paquebot en direction de Calcutta par son beau-père. Mais il fera vite chemin arrière pour mener la grande vie à Paris grâce à son héritage. Dépensant sans compter, sa mère le fait mettre sous tutelle. Sans argent, atteint de la syphilis, Charles abuse du laudanum et autres drogues. Il vit une relation tumultueuse avec une prostituée noire, Jeanne Duval.

« L’excès en tout!  Telle est sa devise

Beaucoup seront choqués par certaines scènes scabreuses, comme le seront à l’époque les juges au sujet de certains poèmes des Fleurs du Mal. Mystifié par l’illusion de l’amour maternel, Charles n’est pas un romantique! Souvent sous l’emprise des drogues, son comportement est choquant. Mais le personnage historique est là, dans toute sa splendeur. Jean Teulé déploie ici tout son talent à décrire l’ambiance des rues misérables de Paris bientôt enjolivées par les travaux d’Haussmann. Je retrouve aussi son humour quand l’éditeur Poulet-Malassis devient Coco Mal Perché ou quand Baudelaire passe un entretien pour siéger à l’Académie française.

C’est un grand plaisir de redécouvrir la vie de Baudelaire et quelques uns de ses poèmes et de constater une fois de plus que le génie doit attendre longtemps avant d’être reconnu.

« Vous y appliquez votre théorie musicale. C’est royal, voyez-vous, cela. Il faudra bien que, tôt ou tard, on en reconnaisse l’humanité et la grandeur absolu. En attendant, monsieur, quel éloge que le rire de ceux qui ne savent pas vous respecter!»

Gustave Courbet – L’atelier du peintre – 1855

Je ne regrette pas d’avoir donné une nouvelle chance à cet auteur. Je ne connaissais pas si bien la vie de Baudelaire. J’ai donc beaucoup appris dans cette version qui donne un bon aperçu du personnage, de ses contemporains, de l’époque. Lire Jean Teulé, c’est accepter son langage. Tant que l’histoire reste au premier plan, j’y consens tout en profitant de l’humour de ce grand écrivain sulfureux.

Du nouveau dans ma bibliothèque (28/20)

Nouveau confinement, c’est le moment de faire maigrir les Piles A Lire mais aussi de soutenir les librairies.

Je vais essayer d’acheter au moins un livre par semaine en ce mois de novembre. Cette fois, mon choix s’est porté sur un titre largement plébiscité les lecteurs

Et un livre nécessaire et inspirant regroupant les portraits de femmes  célèbres ou méconnues engagées contre le racisme.

Bonne semaine et bonnes lectures.

Poissons rouges et autres bêtes aussi féroces – Ella Balaert

Titre : Poissons rouges et autres bêtes aussi féroces
Auteur : Ella Balaert
Éditeur : Des femmes
Nombre de pages : 188
Date de parution : octobre 2020

 

Sous la forme d’un bestiaire, Ella Balaert part à la rencontre de personnages étonnants, perturbés par un souvenir ou une situation. Leur folie les conduit à franchir les limites entre l’homme, l’animal et le végétal. Un botaniste rêve de créer une rose femme en souvenir d’un amour perdu, une enfant pourchassée par des chiens devient l’un deux.

« La vie veut cela, des étapes, des choses qui s’achèvent, des boucles qui se referment

Marqués par la perte, la solitude, l’isolement, les esprits se laissent emporter par la folie. Les comportements deviennent étranges, les identités se dédoublent. Mais la capacité de l’auteur à suggérer sans rien révéler donne une force envoûtante à ces nouvelles.

« C’est la peur qui sculpte l’homme» dit Fortunato, celui qui démystifie les peurs en leur associant un nom. C’est pourtant la peur qui nous fait parfois sentir vivant. C’est en les affrontant que l’on se révèle ou que l’on bascule.

Tout comme Legrand, un de ses personnages, Ella Balaert aime les mots. Son vocabulaire est d’une grande richesse, son style impeccable. Le sens de la nouvelle est parfaitement maîtrisé, les dénouements surprennent et questionnent.

Il n’est pas facile de parler de ce recueil de nouvelles inspiré de l’univers d’Edgar Poe, mais Litterama le fait très bien. Alors si je ne vous ai pas convaincus avec mes quelques mots, nul doute qu’elle saura vous persuader de partir à la découverte de cet ouvrage.

Je remercie Ella Balaert pour cette belle proposition qui m’a aussi permis d’apprécier la qualité des ouvrages de la maison d’édition, Des femmes.