La vengeance du loup – Patrick Poivre d’Arvor

Titre : La vengeance du loup
Auteur : Patrick Poivre d’Arvor
Éditeur : Grasset
Nombre de pages : 320
Date de parution : 9 janvier 2019

L’œuvre romanesque de Patrick Poivre d’Arvor s’inspire largement de sa jeunesse, de sa vie d’homme et de père et de sa carrière médiatique. Ses personnages ont l’ambition du jeune loup et les blessures d’un homme que la vie n’a pas épargné.

Dans La vengeance du loup, Charles a cette ambition, cette volonté de se venger des drames que sa famille a subis. Enfant rêveur perdu entre une mère extravertie et un père peu démonstratif,  Charles parle peu aux autres, lit beaucoup. Il a la volonté d’être singulier. Son rêve, devenir Président de la République.

La mort de sa mère, alors qu’il n’a que douze ans, est une rupture brutale. Il perd la femme la plus importante de sa vie. Avant de mourir, elle lui confie qu’il n’est pas de fils de cet homme qui l’a élevé mais l’enfant d’un acteur célèbre.

A dix-huit ans, installé à Paris pour ses études, il ouvre enfin La lettre laissée par sa mère et apprend le nom de son vrai père. Dans la perspective d’un exposé sur l’engagement politique des artistes, Charles écrit à Jean-baptiste D’Orgel pour lui demander un rendez-vous. C’est ainsi qu’il rencontre son vrai père et apprend l’histoire de ses origines.

Nous partons alors, le temps d’une seconde partie en Algérie juste avant la seconde guerre mondiale. guillaume, fils du directeur de cabinet du gouvernement militaire, tombe amoureux d’une jeune fille arabe. Ils sont séparés lorsque celle-ci, violée par trois fils de colons, est séquestrée par sa famille. Guillaume est prêt à tout pour la retrouver, convaincu qu’elle porte son enfant. Sombre destin que Jean-Baptiste veut venger grâce à l’ambition de son fils.

Charles peut-il réussir à se hisser au plus haut rang du pouvoir, faire ce que Guillaume n’a pas eu l’opportunité d’envisager? La troisième partie nous plonge dans la jungle du monde politique et médiatique.Alliances, jalousies, coups bas. Un monde que l’auteur connaît bien pour ses attaques sur une vie privée qu’il faut essayer de cacher.

Trois parties qui tentent de montrer que l’ambition puise sa force dans les blessures de la jeunesse mais qui manquent peut-être un peu d’unité.

Patrick Poivre d’Arvor m’avait autrefois agréablement surpris par un style fluide, sans fioritures qui laissait sourdre l’émotion d’un homme, apparemment vaniteux,  mais finalement très sensible.
Sujet moins intime ou évolution de mon univers de lecture, j’ai trouvé ici le scénario un peu creux et les dialogues plutôt plats. Ce roman, facile et agréable à lire trouvera son public parmi les gens qui aiment les histoires de famille brisée par le poids du jugement public.

L’insomnie – Tahar Ben Jelloun

Titre : l’insomnie
Auteur : Tahar Ben Jelloun
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages : 272
Date de parution : 10 janvier 2019

 

Certains auteurs laissent toujours en mémoire la qualité de leurs premiers romans. La vieillesse serait-elle si difficile à vivre qu’elle obnubilerait tant l’esprit?
Tahar Ben jelloun était déjà englué dans ses problèmes personnels  avec Le bonheur conjugal et  L’ablation.

Une fois de plus, le sujet de l’insomnie, traitée ici de manière ironique, me laisse assez indifférente.

Le narrateur, scénariste à Tanger souffre d’insomnie.

 » Ne pas dormir c’est être privé de rêve . Or, j’ai besoin de rêve pour alimenter mon imaginaire. »

En tuant sa vieille mère, il constate que le sommeil vient plus facilement. Comme ses troubles reviennent un an plus tard, il en conclut qu’il doit aider à mourir d’autres personnes afin de gagner des « points crédit sommeil. »

«  En tuant des salauds, tu réussiras à bien dormir. »
Le scénariste devient alors un « hâteur de morts ». Il précipite la mort de mécréants politiques emmené d’urgence à l’hôpital ou aide des agonisants à partir dans la dignité.
Bon, pourquoi pas!  Mais en s’associant à des personnages étranges, le narrateur récupère aussi des crédits libido. J’espérais une élévation du débat sur le vrai mal que pouvait être l’insomnie, la solitude, ou la perte de temps à sommeiller,  mais l’auteur reste au niveau du scénario burlesque.

L’auteur se veut plus léger. Personnellement, je préfère revenir à ses anciens romans.

 

Dérangé que je suis – Ali Zamir

Titre : Dérangé que je suis
Auteur : Ali Zamir
Éditions : Le Tripode
Nombre de pages : 192
Date de parution : 3 janvier 2019

Depuis la parution de Anguille sous roche ( Le Tripode, 2016) et la lecture de nombreuses chroniques élogieuses, j’avais très envie de découvrir l’univers d’Ali Zamir.
Vous ne serez pas étonnés de lire que je ne suis pas déçue.

Le style est un mélange harmonieux de vocabulaire étonnant, de formulations imagées, d’envolées lyriques. L’univers est à la fois dépaysant et terriblement humain et émouvant. Un mélange original, une patte remarquable.

Dérangé que je suis, c’est le nom du personnage principal et narrateur. Pauvre et simple d’esprit, on le raille quand on le croise avec son charriot et une de ses sept tenues marquées du jour de la semaine. Ce calendrier ambulant est docker sur le port de Mutsamudu. Avec trois de ses collègues, Pirate, Pistolet et Pitié surnommés les Pipipi, ils se battent à l’arrivée des navires pour gagner leur vie en chargeant dans leur charriot les colis débarqués sur le port.

Dérangé que je suis a l’innocence du simple d’esprit mais l’intelligence de l’humilité. Lorsqu’un couple avec un jeune enfant débarque  d’un bateau en provenance de Madagascar, la femme repère cet homme particulier et insiste auprès  de son mari pour qu’il prenne en charge le transport de leur affaires. Le jeune docker doit pourtant s’associer aux Pipipi afin de venir à bout de cette charge dans les délais impartis.

Vexés de ne pas avoir été choisis, le trio propose à ce « tardigrade » de jouer l’argent gagné en une seule course de chariots. La belle bourgeoise remettra l’argent au vainqueur. Les Pipipi, dockers « plein de hâblerie  » sont convaincus d’être les meilleurs.

 » Un docker digne de ce nom est toujours prêt à suer sang et eau pour gagner sa vie et sauver son honneur. »

La belle dame, un peu délaissée par son mari,  soutient celui dont elle aimerait bien profiter.

 » J’admire ton corps. C’est un magnifique chariot, parfait pour me transporter dans un monde merveilleux. »

Dérangé est bien perturbé par les avances pressantes de la jeune mère, l’enjeu de la course et la méchanceté de son voisin casse-pieds qui l’accuse de tous les maux.

Dérangé que je suis est une belle personne, particulièrement attachante. Ali Zamir le met en situation avec un style qui reflète sa personnalité. Le récit allie à la fois un fond dramatique et une apparence burlesque avec l’originalité d’un texte aux multiples effets.

 » L’astre de la nuit brillait à ravir sur nos têtes illuminées et le ciel était majestueusement diamanté jusqu’aux entrailles. Cela donnait envie de partir, de partir loin de ce monde plein de fange où tout perd sa valeur et devient objet matériel, où l’objet matériel se fait idolâtrer beaucoup plus que l’être humain et où l’humanité au milieu du tout et du néant ne pèse point un grain. »

Je remercie les Éditions le Tripode et Babelio pour la lecture de ce livre dans le cadre de la dernière opération Masse Critique.

 

tous les livres sur Babelio.com

 

Nous aurons été vivants – Laurence Tardieu

Titre : Nous aurons été vivants
Auteur : Laurence Tardieu
Éditeur : Stock
Nombre de pages : 272
Date de parution  : 2 janvier 2019

 

Au mitan d’une vie qui passe de plus en plus vite,Hannah, un matin, croit apercevoir, de l’autre côté de la rue, la silhouette de sa fille, lorette, disparue depuis sept ans. Quelques secondes d’espoir, vite effacées par le passage d’un bus. Les souvenirs viennent alors envahir l’esprit d’Hannah. Pour enfin, s’autoriser à se souvenir.

Laurence Tardieu sait parfaitement s’installer dans les pensées mélancoliques des femmes. Pour elle, l’écriture comme la peinture pour Hannah, est une forme de thérapie. La création permet d’évacuer les peurs,les souvenirs sont un refuge. J’ai apprécié retrouver ici cette maison familiale, point d’ancrage nécessaire au beau milieu de la vague d’attentats, dans A la fin le silence.

Cette vision fugitive de Lorette,réelle ou imaginaire est le point de départ d’une ultime rencontre avec le passé.

 » Depuis toujours,  la peur est son empreinte au monde. »

Déjà enfant, Hannah avait des états d’âme, peur de la mort. Elle aimait se réfugier dans le lit de son frère aîné, aujourd’hui cancérologue. La mort et le néant appartenait aussi à l’histoire de son père,  cet homme secret qui s’enfermait de plus en plus dans le silence.

C’est au moment de la chute du mur de Berlin, qu’Hannah prend conscience de sa grossesse et de sa crainte de devenir mère. La petite Lorette saura pourtant faire découvrir à la jeune femme l’amour maternel, celui qui vous fait craindre à chaque instant la perte.
A dix-neuf ans, Lorette a choisi de  partir sans un mot, de quitter le cocon familial.
 » Que sait-on de ce qui se passe dans la tête d’un adolescent, que sait-on de ses révoltes, de sa faculté d’empathie, de son sentiment de peur… »

Depuis, Hannah ne peint plus. Pourtant, la peinture a été le combat et la joie de trente années de sa vie. Son mari, Philippe, l’a quittée, son père est mort. Il ne reste plus que la fidèle Lydie, son amie depuis trente ans.

Cette vision fugace de Lorette qui lui manque tant, l’anéantit mais elle convoque dans son esprit les morts,  les instants de bonheur passé, la conscience du temps qui passe, peut-être de plus en plus vite quand on vieillit. Pour assumer la réalité du monde,  chacun a besoin de sentir qu’il appartient à une histoire, à une famille.

Des états d’âme que Laurence Tardieu sait si bien partager depuis La confusion des peines, roman plus autobiographique. Des pensées qui révèlent la souffrance des corps, qui vont chercher au plus profond de soi cette part d’invincibilité qui aide à surmonter toutes les épreuves.

Dans cette quête intime, l’auteur a toujours un regard éclairé sur notre environnement, sur les inquiétudes qui nous poursuivent au quotidien, sur notre rapport au temps et aux différentes étapes de la vie.

C’est en puisant dans l’intime que Laurence Tardieu donne toute la puissance à ses romans.

Je remercie Myriam de m’avoir accompagnée pour cette lecture. Retrouvez ici son avis.

Laleh – Olivier Dromel

Titre : Laleh
Auteur : Olivier Dromel
Éditeur : Éditions du Panthéon
Nombre de pages : 336
Date de parution : 14 décembre 2018

 

Victime d’un attenta terroriste à la terrasse d’un café parisien qui coûte la vie à deux de ses meilleurs amis, le narrateur, un artiste peintre, peine à comprendre ce qu’il lui arrive.
Comme anesthésié, il se laisse porter de mission en pays. A Venise, il travaille à la restauration du retable de la Chiesa di San Barnaba. Puis il accepte une mission  archéologique de l’Unesco en Irak.
Dans un petit village, à la recherche de pièces volées par Daech,  il est enlevé par un groupe terroriste.  C’est Laleh, une jeune femme sumérienne qui le découvre quelques jours plus tard évanoui dans le sable du désert. Avec elle et sa famille,  narrateur se retrouve en pleine guérilla.
Réfugiés dans un camp d’irakiens à la frontière turque, le narrateur est rapatrié sur Paris. Il se bat pour que Laleh, la femme qu’il aime, obtienne l’asile politique et le rejoigne en France. Mais une fois à l’abri, Laleh subit les injures racistes dans le métro parisien. Le couple ne rêve que de repartir à Hawizeh, village natal de Laleh, dans les marais sumériens, berceau de notre civilisation.

Curieux de toutes les  religions, sa visite à Jérusalem est particulièrement intéressante, mais attaché à son indépendance matérielle et intellectuelle, le peintre a un regard éclairé sur le bouddhisme, l’islam et les écrits sumériens particulièrement visionnaires.

Laleh est un roman au style assez basique (avec des phrases courtes et simples) qui mélange les genres. Le lecteur voyage beaucoup, découvre l’histoire, les religions. C’est aussi un roman d’amour et d’aventures ( peut-être parfois un peu incroyables mais je suppose que le quotidien n’est pas simple en zone de guerre).

 » Ce qui me frappe dans les croyances des Sumériens, c’est la simplicité du processus d’acceptation de mort. »
Le narrateur, qui ne semble pas avoir réalisé la mort de ses amis, avait sans doute besoin de cet environnement pour accepter et vivre à nouveau. L’intérêt du récit me semble dans cette recherche mais elle n’est pas évidente à percevoir tant l’auteur enchaîne les  drames de la vie en pays de guerre.

Quelques découvertes insuffisamment explorées ( notamment sur la civilisation des Sumériens) mais le style et l’histoire me laissent un peu perplexe.

 

Confession amoureuse – Chiyo Uno

Titre : Confession amoureuse
Auteur : Chiyo Uno
Littérature japonaise
Titre original : Iro zange
Traducteurs : Dominique Palmé et Kyôkô Satô
Éditeur : Denoël
Collection : Empreintes

Nombre de pages : 272
Date de parution : 10 janvier 2019
Première parution : 1992

 

 

Joji Yuasa est un artiste peintre japonais. Il a passé plusieurs années en Europe, laissant sa femme et son enfant au Japon. De retour au pays, son couple ne fonctionne plus. En instance de séparation, Joji aime sortir,faire la fête, succomber aux belles et jeunes japonaises. Sa célébrité attire les jeunes filles.

L’une d’entre elles lui envoie régulièrement des lettres mystérieuses. Fille d’un  administrateur de la firme Mitsubishi ,Komaki Takao harcèle le peintre jusqu’à passer une nuit avec lui puis disparaître. En la cherchant, Joji rencontre une  de ses  amies, Saijô Tsuyuko, à la peau si blanche et si douce. Le peintre en tombe follement amoureux. Mais les parents de celle-ci refusent cette idylle avec un homme marié, père de famille. Jojo tente tout pour la retrouver jusqu’à ce qu’il  admette qu’elle a dû être envoyée à New York.
 » En fait, ce que j’avais éprouvé pour Tsuyuko, cela n’avait rien à voir avec l’amour! mais elle avait été si habile à s’éloigner de moi pour ensuite, une fois loin, m’inciter à revenir! C’est cela qui m’avait tenu en haleine. Et puis quelle tentation, pour un coureur de mon espèce,d’essayer de mettre la main sur une fille comme elle, que ses parents s’évertuaient à garder dans une cage dorée! »

Lors d’une  fête chez un ami, le don Juan rencontre Tomoko,  une très jeune fille qui se dit un peu souffrante mais qui est surtout une enfant gâtée, insolente, prête à tout pour devenir le femme d’une célébrité. Séparé de sa femme qui le harcèle pour obtenir de l’argent, Joji voit en la famille de Tomoko un havre de paix.

«  Dans un vrai foyer, la vie se déroule doucement et sans heurts, indifférente aux préoccupations du mari, aux sentiments de la  femme. »

Le peintre épouse Tomoko au grand dam de tous ses amis qui boudent la cérémonie. Quelle déception pour Tomoko! Aucun ami, aucun journaliste pour cet évènement.
Cette fois, l’homme infidèle se fait prendre à son propre jeu. Et Tsuyuko revient hanter ses pensées. celui qui ne sait renoncer aux charmes des belles et jeunes japonaises trouvera-t-il enfin le bonheur d’un foyer?

Chiyo Uno s’amuse avec les mésaventures de cet homme vaniteux, volage qui ne sait conjuguer le verbe Aimer.Publié pour la première fois dans les années 30, ce roman semble intemporel.Si nous sommes dans un milieu dominé par l’homme, là où les familles très honorables veillent sur l’avenir de leurs filles, les jeunes japonaises ont cette insolence, cette modernité qui étonnent pour l’époque. Je retrouve dans le style de Chiyo Uno cette fluidité, cette simplicité apparente de la littérature japonaise qui met pourtant en lumière les dessous cachés, la complexité des relations humaines et familiales de la société nippone.
Confession humaine est un dépaysement bien plaisant.