Du nouveau dans ma bibliothèque (35)


Grosse semaine avec la réception de 10 livres pour mon rôle de jurée du Grand Prix des Lectrices Elle 2018.

 

Vous pouvez retrouver le détail de tous ces titres dans mon article consacré aux réceptions mensuelles de ce Grand Prix.

A part cela, Karl Ove Knausgaard,  un auteur du Grand Nord ( norvégien vivant en Suède) vient s’installer sur mes étagères avec :

Bonne semaine et bonnes lectures.

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Grand Prix des Lectrices Elle, jury de décembre

Pour ma mission de jurée du Grand Prix des Lectrices Elle, le mois de septembre est particulièrement chargé. Puisque je reçois les trois livres sélectionnés par le jury d’octobre  en relecture .

   

J’ai aussi reçu cette semaine les 10 livres proposés aux lecteurs du jury de decembre dont je fais partie. Ce jury devra élire, un roman, un policier et un document qui seront ensuite lus par les autres jurés.

Voici le choix pour les romans:

  

 

Pour la catégorie Documents :

  

Pour la catégorie Policiers:

  

Pas d’affolement, nous avons jusqu’au 1er novembre pour lire les 10 livres du jury de décembre ( et j’ai déjà lu deux romans) et jusqu’au 26 novembre pour les trois relectures.

Toutes les chroniques paraîtront au cours des prochains mois sur le blog.

Tout un monde lointain – Célia Houdart

Titre : Tout un monde lointain
Auteur : Célia Houdart
Éditeur : P.O.L.
Nombre de pages: 208
Date de parution : 17 août 2017

 

En ce moment, je ne suis pas très en phase avec la presse littéraire. Célia Houdart est plutôt bien perçue par les critiques. C’est ce qui m’avait poussé à lire Gil, roman un peu superficiel pour moi.
Je récidive toutefois avec ce nouveau titre, Tout un monde lointain.
Il me semble que l’univers de l’auteure se rapproche un peu de celui de Philippe Besson. L’ambiance prime sur le fond. Ainsi, en fonction du moment et surtout des ingrédients et rouages du récit, soit je passe à côté, soit l’alchimie se fait et je me laisse bercer par la grâce.
Avec Tout un monde lointain, la recette a bien fonctionné.

Tout commence par une scène bucolique dans une prairie, une très jeune enfant court dans les bras d’un homme torse nu. Depuis quelques temps, ces bribes de jeunesse viennent hanter les rêves de Greco.
Ludmila Grecovskaya, dite Greco, est une designer ( plutôt assemblière) à la retraite. Dame élégante et raffinée, elle a côtoyé le monde de l’art et en garde une certaine grâce et nostalgie. Elle passe quelques jours dans sa maison de Roquebrune-Cap-Martin. Chaque matin, elle fait une longue promenade sur le sentier des douaniers et s’arrête quelques instants devant la villa E1027. Elle veille sur cette maison, construite par son amie Eileen Gray ( designer anglaise 1878-1976), à l’abandon depuis la mort violente de son propriétaire. Dès que les problèmes de succession seront réglés, son avocat a pour mission de lui acheter.
Mais un jour, elle constate que les scellés ont été brisés et qu’un couple de jeunes gens s’y est installé. Elle s’immisce alors dans leur intimité, les invite à découvrir la région, à partager ses plaisirs quotidiens et profite ainsi de cette maison qui reste pour elle comme un musée de sa jeunesse.
Louison et Tessa, étudiants dans un centre chorégraphique, ont l’insouciance de la jeunesse.
Ils savent l’écouter et Greco sait accepter leur folie. Une tendre complicité s’installe, faisant oublier à la vieille dame les inhibitions, la fragilité, les signes de la vieillesse, la réconciliant avec sa propre jeunesse, «  le temps dont elle avait senti intérieurement la survivance. »

Intéressés par le monde de la danse, les deux jeunes gens amènent progressivement Greco à retrouver la mémoire de Monte Veritá, lieu proche du lac Leman où vivait une communauté d’artistes utopistes, intellectuels et naturistes.

Dans une langue simple mais très descriptive, Célia Houdart m’a transportée dans son univers, touchée par la fragilité de Greco, allégée par le côté bohème du couple de jeunes gens, séduite par les paysages de ce site exceptionnel au gré des balades de la vieille dame. Indéniablement, l’auteure crée un environnement chaleureux, sensuel qui donne alors de la puissance à une histoire effleurée toute en nuances.

Je remercie La Librairie Dialogues et les Éditions P.O.L pour cette très belle lecture.

 

La tête et le cou – Maureen Demidoff

Titre : La tête et le cou
Auteur : Maureen Demidoff
Éditeur : Éditions des Syrtes
Nombre de pages : 215
Date de parution : 24 août2017

 

Elles sont nées sous le régime de Staline (1924-1953), « le père céleste », sous Gorbatchev avec la pérestroïka, ou n’ont connu principalement que Poutine. Elles sont nées à Moscou, à Saint-Petersbourg, à Omsk, à la ville ou à la campagne. Elles se confient en tant que femmes, en toute simplicité, avec leurs différences mais aussi avec, ce qui est plus marquant leurs points communs, notamment dans leur vision de la féminité et du mari idéal.

«  Les Romains disaient que l’homme est la tête et la femme est le cou. La tête ne bouge que grâce au cou qui la commande, et ne regarde que la direction que le cou indique. C’est un proverbe largement répandu en Russie que nous utilisons beaucoup. »

Quatorze femmes mettent en évidence les points clés de l’Histoire de l’Union Soviétique puis de la Russie, éclairant ainsi naturellement les caractères de la femme et de l’homme moderne.
«  C’est ce que nous a appris la vie : à tenir et à ne pas se plaindre, à ne pas être exigeant et à garder notre dignité face à nos existences. »
Avec quelques divergences d’opinion, les facteurs clés de ces témoignages sont récurrents. Malgré la peur ambiante, les plus âgées reconnaissent l’importance d’une enfance prise en charge par l’État dès le plus jeune âge dans le système scolaire ( Octobristes, Pionniers puis Komsomol).
«  J’avais un sentiment fort d’appartenance à une communauté, à un système bien organisé, et cela malgré les craintes et les imperfections de notre société. »
D’une société patriarcale menée par un leader, père de la nation, la dissolution de l’Union Soviétique a créé ensuite une génération perdue. Les guerres ont décimé la population masculine, les conditions économiques et l’alcool ont affaibli l’homme russe accentuant le nombre de divorce, laissant une large place à une femme initialement féminine, courageuse et autoritaire. Les témoignages des plus jeunes femmes mettent en évidence cette génération sans père. Beaucoup sont élevés par les mères et grand-mères.
Toute l’ambiguïté du désir féminin apparaît alors sous divers témoignages : l’envie de connaître un homme fort, semblable à l’image de Poutine et loin des hommes faibles de la génération perdue mais la crainte de perdre en liberté sous la domination et la violence du mâle. Les mères alimentent malgré elle le paradoxe.
«  Aucune maman au monde ne traite son enfant comme le futur mari de qui que ce soit. »

L’évocation de leur passé illustre les conditions de vie sous les différents dirigeants soviétiques, éclaire leur vision actuelle du pays. Elles sont pro ou anti Poutine mais chacune reconnaît que seul un homme fort peut diriger cet immense pays, et qu’aujourd’hui il semble le seul à pouvoir le faire.

Ces témoignages, sincères et simples, m’ont éclairée sur l’Histoire de la Russie, sur la condition des femmes russes et sur la société russe actuelle. La plupart des témoignages vont dans le même sens : coïncidence ou une réalité ?
Je regrette que Mikhaïl, seul témoignage masculin, se soit réfugié sous sa casquette de psychanalyste. Un avis sincère d’homme en tant que père ou mari aurait été intéressant.
Par contre, la postface de Hélène Yvert-Jalu précise parfaitement les jalons historiques et amorce une analyse perspicace.

 

 

Inavouable – Zygmunt Miloszewski

Titre : Inavouable
Auteur : Zygmunt Miloszewski
Littérature polonaise
Titre original: Bezcenny
Traducteur : Kamil Barbarski
Éditeur : Fleuve noir
Nombre de pages : 595
Date de parution : 14 septembre 2017

 

Inavouable, est-ce donc ainsi qu’il faudrait qualifier cet énorme secret ( « genre bombe, qui était déjà si important il y a soixante-dix ans, et l’est encore aujourd’hui. ») que l’auteur nous fait miroiter au bout de quatre cent cinquante pages de course poursuite derrière un tableau de Raphaël volé par les nazis à la Pologne? Bon j’avoue qu’il est bien amené et aurait pu faire trembler l’équilibre mondial. Quoiqu’il n’ait rien de bien surprenant. Enfin, il justifie pleinement que bon nombre d’étrangers s’en prennent à l’équipe de quatre personnes mandatée par le Premier Ministre polonais et chargée de retrouver l’œuvre d’art la plus recherchée au monde, Portrait de jeune homme de Raphaël.
Zofia Lorentz travaille dans la récupération d’œuvres d’art pour la Pologne. Elle retrouve pour cette mission son ancien amant, le marchand d’art Karol Boznanski. Leur sont associés un major fraîchement retraité, Anatol Gmitruk et une voleuse suédoise professionnelle, Lisa Tolgfors.

Si le début paraît décousu avec la présentation de faits historiques ou actuels et de nombreux personnages, le rythme est ensuite très soutenu avec la mise en place du vol du tableau aux États-Unis, l’intervention des espions, le repli vers la Suède, la course poursuite sur la glace digne d’un film de James Bond, les techniques d’authentification de tableaux ( plutôt intéressant), l’enquête menée par énigmes, le jeu de piste. Tout y est avec, en prime, les relations amoureuses des enquêteurs, l’humour de première catégorie, le langage mal traduit de la suédoise.

Les amateurs du genre passeront un bon moment de lecture. Quant à moi, je n’y trouve que peu d’intérêt.

J’ai lu ce roman dans le cadre du Grand Prix des Lectrices Elle 2018.

 

 

 

Un bruit de balançoire – Christian Bobin

Titre : Un bruit de balançoire
Auteur : Christian Bobin
Éditeur : L’Iconoclaste
Nombre de pages : 112
Date de parution : 30 août 2017

 

En lisant ce recueil de lettres empreint de poésie, le lecteur ne peut que passer un bon moment, porté par la nostalgie de l’enfance, la magie des mots, l’univers de la faune et de la flore.
En parler s’avère un défi insurmontable. D’ailleurs pour l’opération «  Je lis, je participe » organisée par les Éditions de l’Iconoclaste, grâce à laquelle j’ai eu la chance de lire ce livre, j’ai proposé un dessin collage. Ce support lié à l’enfance me paraissait parfaitement adapté. Et je suis particulièrement flattée puisque je viens d’apprendre que Christian Bobin, très touché par ma proposition « m’ a élue grande gagnante du concours. » C’est pour moi un honneur et une immense fierté.

Accompagné de Ryokan ( poète calligraphe japonais), de Bach, de Dora Diamant ( le dernier amour de Kafka), de Satoski Koju ( cinéaste japonais), suivez la plume de Christian Bobin qui « parle à notre cœur-enfant. »
Et je vous laisse avec quelques phrases qui ont particulièrement retenu mon attention.

«  Les livres sont des âmes, les libraires des points d’eau dans le désert. »

«  Ce qui parle à notre cœur-enfant est ce qu’il y a de plus profond. »

«  Je ne crois pas à ce qu’on le dit. Je crois à la façon dont on me le dit. »

«  Tout est lecture. »

«  Les grands poèmes se reconnaissent au sourire donné quand on les lit. »

«  Ils sont partout sauf en eux, ces gens qui font le tour du monde. »

«  Le tremblement d’un pétale quand une goutte de pluie le heurte : c’est cette vibration que je cherche dans l’écriture, l’imperceptible inquiétude de l’âme en paix. »

«  Le rire est notre drapeau troué, celui que l’ennemi jamais ne nous prendra. »