Rendez-vous à Positano – Goliarda Sapienza

Titre : Rendez-vous à Positano

Auteur : Goliarda Sapienza

Littérature italienne

Titre original : Appuntamento a Positano

Traducteur : Nathalie Castagné

Editeur : Le Tripode

Nombre de pages : 255

Date de parution : 9 mars 2017

Le Tripode publie depuis quelques années dans une très belle édition tous les écrits de Goliarda Sapienza. Après mes coups de coeur pour les plus romanesques, L’art de la joie et L’université de Rebibbia,, il me restait à lire Rendez-nous à Positano. J’ai donc profité du Mois Italien pour plonger dans la douceur de la cote amalfitaine.

Dans ce roman, Goliarda évoque sa rencontre avec Erica, une jeune femme belle et sensuelle installée à Positano, un village du sud de l’Italie, peuplé de quelques locaux amicaux et discrets. Avec ce récit romanesque, nous sommes à la fois sous le charme du lieu et de l’énigmatique Erica.

Elle ne sourit qu’avec les lèvres, alors que ses yeux restent toujours tristes.

En repérage pour le tournage d’un documentaire , Goliarda surprend la silhouette d’Erica dans les rues de Positano puis dans une crique isolée. Elle ressemble à la Vénus de Botticelli aux pieds nus. Cette femme, veuve depuis trois ans, a une façon majestueuse de se déplacer. Avec l’aide de Giacomino, le boulanger du village, Goliarda rencontre cette beauté mélancolique. Une belle amitié naît entre les deux femmes qui se reverront pendant des années au coeur de cet écrin protégé de la cote amalfitaine.

Les deux amies se confient de plus en plus.

Mais une fois au moins il faut tout raconter de soi, si on a la chance de trouver quelqu’un en qui on a confiance. Personne ne peut garder le silence sur soi-même toute sa vie, sous peine de folie.

Erica raconte à Goliarda son enfance protégée avec ses deux soeurs au sein d’une famille aisée. Leurs difficultés financières à la mort de leur père puis leurs malheurs successifs quand les trois filles se retrouvent orphelines.

Ma mère ne nous avait-elle pas toujours répété qu’il valait mieux mourir que se soumettre à la vulgarité, à la méchanceté, aux actions trop intéressées?

Erica, qui n’a jamais aimé que son jeune cousin Riccardo, aujourd’hui marié en Amérique, voue un pacte avec le diable pour sauver sa soeur Olivia d’un mauvais mariage. Finalement veuve, elle vient s’installer à Positano.

Positano guérit de tout, vous ouvre l’esprit sur les douleurs passées et vous éclaire sur les présentes, et vous préserve souvent de tomber dans l’erreur. C’est curieux, lais parfois j’ai comme l’impression que cette conque protégée à l’arrière par les bastions de montagnes oblige, comme « un miroir de vérité « , à se regarder bien en face, avec devant soi cette grande mer presque toujours limpide et calme, qui elle aussi pousse à la révision de ce que nous sommes.

Au-delà de l’histoire tragique et hautement romanesque d’Erica, de cette rencontre lumineuse entre deux femmes sensuelles et intelligentes, pour lesquelles l’amitié est la seule voie possible pour oublier les douleurs de la vie, il y a ce lieu et ses habitants. Marcher dans le labyrinthe des petites rues, prendre une barque chez Nicola pour aller dans une crique isolée, discuter avec les habitants bienveillants et discrets, se terrer les jours d’orage dans la pièce secrète de la maison d’Erica. Il n’y a là que calme et volupté. Après cette lecture, on a envie de partir dans ce petit coin féérique, si les touristes n’avaient pas depuis envahi ce petit coin de paradis.

Un coup de coeur pour cette histoire racontée, comme toujours par Goliarda Sapienza, avec beaucoup de sensualité, d’humanité dans un décor particulièrement chaleureux.

Grand union – Zadie Smith

Titre : Grand union

Auteur : Zadie Smith

Littérature anglaise

Titre original : Grand union

Traducteur : Laetitia Devaux

Editeur : Gallimard

Nombre de pages : 288

Date de parution : 11 mars 2021

Avec Grand Union, Zadie Smith, écrivaine britannique d’origine jamaïcaine, publie son premier recueil de nouvelles. Des nouvelles assez éclectiques , sûrement écrites à des périodes différentes. Autour de ces dix-neuf histoires, l’auteure porte un regard acéré sur nos sociétés multiculturelles.

Sous des univers différents, la plupart du temps à New-York dont elle met en évidence la violence et la gentrification, mais aussi à Londres ou Paris et même pour deux nouvelles dans un lieu futuriste, Zadie Smith raconte des scènes de vie plus ou moins longues pour travailler ses thèmes de prédilection que sont le genre, l’identité, les relations familiales, le racisme et le clivage social.

Enoncer des idées peut paraître incompréhensible, l’écrivain utilise une histoire pour véhiculer son message. Certaines nouvelles sont assez classiques avec une fiction narrative comme Une sacrée semaine, cette histoire d’un chauffeur de taxi, marqué par ses anciennes vies dont il ne peut s’arracher, qui discute avec une architecte ou Bien sous tous rapports qui campe un jeune garçon bègue, fils de marionnettistes devant faire un exposé avec une petite fille de classe sociale bien différente. Certaines nouvelles illustrent plutôt clairement les dérives face aux écrans, les tragédies des migrants, les scandales sexuels ou la fuite du temps. Mais d’autres portant la métaphore assez haut sont moins accessibles .

Fiction, fait réel ou mélange personnel, l’auteur utilise toutes les possibles Ainsi elle invente des histoires autour d’un évènement comme l’attentat du 11 septembre avec la fuite de Michael, Elizabeth et Marlon, trois stars américaines bien connues ou nous projette carrément dans des scenari futuristes. Même procédé pour En ville où se retrouvent une tante et sa nièce caribéenne au moment de la nomination de Brett Kavanaugh à la cour suprême alors qu’il est accusé d’agressions sexuelles.

Dans Déconstruire l’affaire Kelso Cochrane, elle s’empare cette fois d’un fait réel de 1959 à Notting Hill, l’assassinat par de jeunes Blancs, d’un homme noir, rentrant chez lui après s’être fait soigner un pouce fracturé qui l’emmenait au pays de la douleur.

Hommes mais plus souvent femmes noires, les personnages sont façonnés par leur milieu, leur environnement. Ils tentent de sortir de cette rivière paresseuse, d’échapper à leur milieu ou à la fuite du temps. Un sourire, un chien peuvent-ils suffire à trouver le bonheur?

Figure de l’intelligentsia anglo-saxonne, Zadie Smith construit une oeuvre inventive d’une grande acuité. Avec ces tableaux métaphoriques de scènes de vie de notre époque, elle m’a interpellée mais souvent perdue et laissée pantoise en fin de nouvelle.

Du nouveau dans ma bibliothèque (18/21)

Que de belles tentations parmi les nouvelles parutions de cette semaine. Vous avez déjà pu lire mon avis sur le dernier roman de Catherine Clément, Autoportrait de Calcutta mais je compte cette semaine quatre autres nouveautés.

J’ai craqué aussi pour le roman de Matthieu Niango dont j’avais lu une bonne chronique et bien évidemment, après ma lecture du dernier roman de John Boyne, j’ai acheté la version poche de son précédent livre.

Bonne semaine et bonnes lectures.

Autoportrait de Calcutta – Catherine Clément

Titre : Autoportrait de Calcutta

Auteur : Catherine Clément

Editeur : Seuil

Nombre de pages : 256

Date de parution : 6 mai 2021

Je suis Catherine Clément depuis ma lecture de son roman Le voyage de Théo, un des cinq livres que j’emmènerais sur une île déserte. Cette historienne, spécialiste de l’Inde, a une façon très romanesque de faire découvrir et apprécier l’Histoire.

Dans ce nouveau roman, elle donne la parole à une ville. C’est Calcutta, une des villes du monde à la plus forte densité de population, qui nous parle.

Je ne suis pas née indienne, savez-vous ? Et je ne suis pas née sous le nom de Kolkata. Il y avait bien ici un hameau de quelques bicoques paysannes qui s’appelait Kalikata, dont les Anglais ont extrait « Calcutta ». Mais ce sont eux, les Anglais, qui m’ont portée à l’état de ville. Eux, tout seuls.

Comptoir marchand depuis 1600 suite à une négociation entre l’empereur moghol, Akbar le Grand et la reine Elisabeth Ière, devenue coloniale en 1757 puis intégrée à l’empire britannique suite à la guerre des Cipayes, Calcutta, née anglaise, est la capitale anglo-indienne du Bengale. Elle voit sa population s’envoler à l’Indépendance suite à la famine de 1943 puis à la partition en 1947. Deux millions de réfugiés afflueront encore en 1971 après la guerre d’indépendance du Bangladesh. Le roman de Dominique Lapierre, La cité de la joie, illustre toutes les conséquences de cette surpopulation dans les bidonvilles.

Notre narratrice très singulière part de divinités ( Kali bien sûr qui a donné son nom à Kalikata, Ramakrishna, le plus grand saint mystique du Bengale), de monuments ( mémorial de la reine Victoria, Palais du gouvernement, cathédrale Saint-Paul, le pont de Howrah, le monastère de la félicité…), de rites ancestraux ( fêtes de Dourga puis de Kali), de personnalités ( son préféré, Rabindranath Tagore , mère Teresa, frère Gaston Dayanand et le père François Laborde, quelques officiers anglais) de livres ou films pour décrire son parcours de sa naissance anglaise à sa réalité d’aujourd’hui.

Calcutta balaie des siècles d’histoire et elle me perd un peu dans la partie la plus ancienne. Si je connais un peu l’histoire de l’Inde depuis Gandhi, j’ai peiné sous l’afflux de noms de militaires anglais ou politiques indiens. De ces courtes évocations, j’y ai glané des choses intéressantes ( l’évocation des Bibis, compagnes des officiers anglais, des Bauls dont les chants sont inscrits au patrimoine immatériel de l’Unesco, les peintures de Kâlighât, les poèmes devenus hymnes nationaux, le parcours nazi de Subras Chanda Bose, l’origine du scénario d’E.T., la guérilla naxalite…) mais le récit non chronologique d’une grande richesse est assez ardu à suivre.

Si je suis utile au vaste monde, c’est à cause du compliqué. Avec moi, rien n’est simple. Je suis anglo-indienne et communiste, maoïste et nationaliste, violemment révolutionnaire et mystique, dense et mutine, nazie et libertaire, je m’appelle Contradiction.

En donnant sa voix à Calcutta, l’auteur peut se permettre de saluer quelques personnalités et d’en épingler d’autres comme Claude Levi-Strauss ou Louis Malle qui n’ont pas su capter l’âme de Calcutta. Elle peut s’amuser de la visite de François Mitterrand venu remettre la légion d’honneur au cinéaste Satyajit Ray avec lequel Gérard Depardieu collaborera. Autant de petites anecdotes qui pimentent le récit mais provoquent aussi le grand écart avec des références plus historiques.

1-Subir Pal 2- Bibis par C.Belnos 3-La cité de la joie 4- Mère Teresa 5- Tagore 6- Bauls 7- Temple de Dakshineswar 8- Kali 9- Pont de Howrah

A l’image de la sculpture de Subir Pal, Catherine Clément construit une petite boîte qui définit Calcutta . Divinités, personnalités sculptées de différentes tailles et matières pour dresser un portrait de cette ville. Dans la boîte de Pal, il n’y a que deux femmes, Kali et Indira Gandhi. Et elles sont plutôt cruelles. Rien sur la begum Rékoya, une féministe qui a dit en 1904 :

Chaque fois qu’une femme veut relever la tête, les armes des religions ou des écrits sacrés frappent cette tête. Les religions resserrent le joug de l’esclavage autour des femmes et justifient la domination mâle sur les femmes.

Alors pour finir sur une note féministe, l’auteure évoque trois jeunes femmes, une femme politique poète, une philosophe et une écrivaine. Trois femmes belles et courageuses, Gayatri Charkravotry Spivak, Shumona Sinha et Aruna Asaf Ali. Mais une fois de plus, face à tous ces noms, je reste sur ma faim. Pour une fois, il me semble que Catherine Clément n’a pas su se mettre à la portée du lecteur moyen.

Il n’est pire aveugle – John Boyne

Titre : Il n’est pire aveugle

Auteur : John Boyne

Littérature irlandaise

Titre original : A history of loneliness

Traducteur : Sophie Aslanides

Editeur : JC Lattès

Nombre de pages : 380

Date de parution : 7 avril 2021

L’Irlande est pourrie. Pourrie jusqu’à la moelle. Je suis désolé, mais vous les prêtres, vous l’avez détruite.

Cette phrase montre la profondeur du roman de John Boyne. Mais elle se démarque dans un récit bien plus ouaté. A l’image du parcours de son personnage principal, Odran Yates, l’auteur prend son temps pour en arriver là.

C’est seulement autour de quarante ans que j’ai commencé à éprouver la honte d’être irlandais.

A l’âge de huit ans, Odran perd son père, un artiste contrarié, et son petit frère lors de vacances dans le comté de Wexford. Meurtre et suicide, tous deux se sont noyés. La mère trouve consolation dans la religion. Elle pousse Odran à devenir prêtre.

Volonté de sa mère ou véritable vocation, Odran entre au séminaire de Clonliffe en 1973. Là, il partage sa chambre avec Tom Carddle, fils d’un paysan de Wexford. Tom est là contre son gré, poussé par un père violent. Odran le soutient et devient son meilleur ami.

Quand il revient d’une année passée au Vatican, une année de tentation pour le futur prêtre, Odran est affecté au Terenure College où il se plaira tranquille à l’aumônerie et à la bibliothèque au service des étudiants pendant vingt-sept ans. Jusqu’au jour où en 2006, l’archevêque Cordington le mute dans la paroisse laissée vacante par Tom Cardle. Pourquoi Tom Cardle est-il si souvent déplacé ? Quand Odran était allé lui rendre visite en 1990 à Wexford, il avait déjà été muté onze fois!

Dans un récit non linéaire, alternant les années marquantes pour le cheminement de cette histoire de 1964 à 2013, John Boyne distille les évènements qui ont aveuglé ou qui aurait pu alerter Odran. Le ressenti d’un homme se construit de ce qu’il a vécu. Les blessures d’enfance, les actes malveillants que l’on terre au fond de sa conscience, les dérapages façonnent les comportements. La compassion pour un ami meurtri, l’amitié inconditionnelle pour celui qui a partagé des années difficiles font parfois passer à côté de l’évidence. Si John Boyne met en lumière la culpabilité de l’Eglise, qu’en est-il de celle du père Odran Yates?

Sans prendre véritablement parti sur un sujet hautement délicat, John Boyne a l’intelligence d’élargir le débat en le portant à un niveau intime, familial et universel. Et finalement tout se mêle et se répond grâce à une construction qui ménage le suspense et dynamise le récit.

Après l’indépendance en 1921, l’Eglise catholique a joué un grand rôle dans la construction de l’Irlande. Elle a géré pendant des années les principales institutions scolaires, sanitaires et sociales du pays. A partir des années 90, les violences, notamment sexuelles commises par les membres du clergé protégés par l’Eglise, des archevêques jusqu’au pape, furent révélées au grand public. Ce n’est certes pas un phénomène local, l’excellent film Spotlight de Tom McCarthy illustre le même phénomène à Boston. De nombreuses affaires ont éclaté dans tous les pays mettant l’Eglise face à un long silence coupable.

Dans une colère contenue mais inévitablement présente, John Boyne apporte un témoignage particulièrement touchant à ce problème mondial mais peut-être encore plus présent dans une Irlande longtemps dominée par l’Eglise catholique.

Un roman coup de coeur qui me donne envie de continuer avec cet auteur. Et grâce à vos chroniques, j’ai déjà deux titre en vue : L’audacieux Monsieur Swift qui vient de sortir en version poche et Fureurs invisibles du coeur.

A vos pinceaux – C. Vincent et G. Trannoy

Titre : A vos pinceaux, Let’s paint

Auteur : Cyrielle Vincent

Illustrateur : Guillaume Trannoy

Traducteur : Régine Bobée

Editeur : Léon Art & Stories

Nombre de pages : 32

Date de parution : 26 novembre 2020

Avec ce petit album reçu dans le cadre de l’opération Masse critique de Babelio, je découvre une maison d’édition, Léon Art & Stories. Leur collection Mini Léon propose aux enfants de 4 à 6 ans de découvrir les apprentissages fondamentaux, les fêtes de famille, les activités sportives et artistiques, les couleurs, la nature. Le tout en version bilingue, français et anglais.

Chaque double-page est composée d’une illustration et d’une phrase en français traduite en anglais émise par un petit caméléon, personnage récurrent de la collection.

Dans cet album, A vos pinceaux, Léon s’invite chez des artistes peintres pour voir comment ils travaillent. Certains sont très connus ( Claude Monet, Edouard Manet, Vincent Van Gogh, Johannes Vermeer), d’autres moins ( Hubert Robert, Marie-Denise Villiers, Marie Bashkirtseff, Judith Leyster, Jean-Frédéric Bazille, Friedrich Carl Albert Schreuel), certains sont contemporains ( Tom Hughes, PJ Crook, Eileen Cooper). Un bel éventail.

Les phrases peu élaborées d’un caméléon dynamique plein d’inventivité ne sont pas l’essentiel de ce petit album. Elles ne sont qu’un prétexte pour découvrir un monde, ici la peinture. Et la cerise sur le gâteau est de se familiariser avec l’anglais.

En fin d’album, une double page propose quelques informations sur deux ou trois artistes, quelques jeux. Toujours en version bilingue.

Léon, le petit guide, va séduire les lecteurs. Par contre, les textes en anglais et les illustrations de cet album me semblent un peu ambitieux pour un lectorat de quatre à six ans. Les autres sujets de la collection comme Couleurs, Fêtes en famille ou Nature sont sûrement plus adaptés. La peinture ou la musique sont plus difficile à aborder de manière simple.

Le format 20cm sur 15 cm est bien adapté pour les enfants. C’est un très bel album avec une couverture et du papier de qualité. La maison d’édition propose aussi une collection Art et Fiction pour les enfants de six à dix ans. Ces collections ambitieuses de qualité ouvrent une voie vers l’esthétisme et le savoir aux jeunes lecteurs curieux.

Du nouveau dans ma bibliothèque ( 17/21)

Cette semaine, je suis sortie des grandes avenues pour flâner sur des petits chemins inconnus. C’est souvent là qu’on y fait des découvertes. Je ne suis pas partie sans guides!

Un post (particulièrement tentateur) de Gaëlle Josse m’a décidée à acheter le roman de Violaine Bérot.

J’avais lu son premier recueil de nouvelles, Les vrais héros ne portent pas de slip rouge. Axel Senequier revient avec un nouveau recueil au titre plus poétique.

Grâce à la dernière opération Masse Critique de Babelio, je je finis par un album jeunesse bilingue pour l’éveil à l’art et à l’anglais des enfants de 4 à 6 ans.

Bonne semaine et bonnes lectures.

Bilan d’avril et Programme de mai 2021

Lectures de mai

Le mois d’avril reste en demi-teinte. Pas vraiment de beau temps, pas vraiment de liberté pour voyager ou se divertir. J’espère que le mois de mai tiendra ses promesses proverbiales.

Équilibre relatif sur ma pile à lire avec 9 livres lus et une petite dizaine de nouveautés sur le mois. Quelques belles lectures mais pas de réel coup de coeur ( lecture de John Boyne en cours et malgré la difficulté du sujet, cela pourrait bien en être un.)

Chronique à venir

Les articles les plus lus sur mon blog en avril furent :

1 – Mois après mois, les escapades littéraires

2 – Les sept mariages d’Edgar et de Ludmila de Jean-Christophe Rufin

3 – Les enchaînés de Franck Chanloup

Les parutions de mai suscitent chez moi quelques tentations et je pense lire les romans suivants

Mai sera aussi sous le signe de l’Italie avec le mois italien organisé par Martine.

Puis je continuerai à piocher dans ma pile des parutions de cette année.

Devenir quelqu’un – Willy Vlautin

Titre : Devenir quelqu’un

Auteur : Willy Vlautin

Littérature américaine

Titre original : Don’t skip out on me

Traducteur : Hélène Fournier

Editeur : Albin Michel

Nombre de pages : 304

Date de parution : 3 février 2021

Mi blanc, mi indien païute, Horace Hopper ne supporte pas ses origines. Abandonné par son père, puis délaissé par sa mère qui a confié sa garde à la grand-mère, l’enfant a été pris en charge par les Reese, un couple de rancher . A vingt-et-un ans, il vit dans un camping-car et travaille pour Eldon Reese qui, à soixante-douze ans, a bien besoin de son aide. Alors que leurs deux filles ont quitté la région, Eldon et sa femme considèrent Horace comme leur propre fils. Ils espèrent bien qu’il reprendra le ranch. Tant d’exploitations périclitent suite au vieillissement des propriétaires et au départ des jeunes

Mais Horace veut devenir quelqu’un. Lorsqu’il monte dans les montagnes pour ravitailler Pedro, gardien du troupeau de moutons, il écoute du rock ou des cours d’espagnol. Car il veut devenir mexicain pour faire carrière comme boxeur professionnel.

Mr Reese, aucun boxeur digne de ce nom n’est un Indien Païute. Les Païutes sont des bons à rien.

Horace part à Tucson où il trouve un petit boulot et un entraîneur, Alberto Ruiz. Il devient Hector Hidalgo et prépare ses premiers combats en amateur. Horace frappe fort, gagne quelques matchs, prend des coups. Ruiz, alcoolique et radin, l’exploite. Mais Diego, un entraîneur plus sérieux, rechigne à s’occuper de lui.

Je vais être honnête avec toi : tu n’es pas un bon boxeur, tu es un bagarreur, et tu en paieras le prix.

Horace est toujours prêt à prendre des risques pour atteindre son but. Il ne vit ou plutôt ne survit que pour cela, s’enfermant de plus en plus dans la solitude. Souvent, il ne répond même pas à Eldon, toujours inquiet de savoir comment il va. Le vieil homme, et surtout sa femme, rêvent de le voir revenir, enfin apaisé de la honte de ses origines qui l’empêche d’être lui-même.

Willy Vlautin conte une histoire prenante et sensible. Les blessures de l’enfance , les origines non acceptées surtout à cause des moqueries, des préjugés des bien-pensants laissent des traces. Malgré toute l’humanité, l’écoute des Reese, Horace n’est pas prêt à se satisfaire d’un cocon bien tranquille. Il ne veut pas être vu comme un indien incapable mais être reconnu comme un champion, un homme courageux. Même si pour cela il doit souffrir des coups et de la solitude.

Même si l’auteur évoque les conditions de vie des ranchers, l’impossible survie des exploitations avec le vieillissement des propriétaires et le désintérêt des nouvelles générations, le récit est centré sur le parcours d’Horace. C’est donc avant tout une histoire humaine, attachante narrée avec rythme et émotion.

Hiver – Ali Smith

Titre : Hiver

Auteur : Ali Smith

Littérature écossaise

Titre original : Winter

Traducteur : Laetitia Devaux

Editeur : Grasset

Nombre de pages : 320

Date de parution : 10 février 2021

C’est à ça que sert l’hiver : à se souvenir que tout s’arrête, puis revient à la vie.

Nous sommes à l’approche de Noël. Sophia, une vieille dame solitaire, parle avec une tête sans corps. Ce qui n’était qu’une tâche sur la vision est aujourd’hui un fantôme du passé. Elle y voit une tête d’enfant qu’elle nomme Arthur comme son fils.

Justement, Art, son fils s’apprête à venir la voir comme chaque année pour Noël. Il devait amener Charlotte, sa copine mais ils sont un peu fâchés au sujet d’Artennature, le blog plus poétique qu’écologique d’Art. Charlotte à la conscience politique aiguisée trouve le jeune homme trop naïf.

Et où parles-tu des ressources naturelles menacées? avait-elle demandé. De la guerre pour l’eau? Du bloc de la taille du Pays de Galles sur le point de se détacher de l’Antarctique?

Charlotte détruit l’ordinateur portable de son petit ami. Plus tard, elle piratera son blog pour poster des articles perturbants.

Art croise une jeune fille lisant sous un abribus. Il l’aborde et lui demande de jouer le rôle de Charlotte le temps du réveillon chez sa mère. Lux, jeune femme d’origine croate, accepte sans hésiter pour mille livres. Mais lorsqu’ils arrivent à Chei Bres dans les Cornouailles, ils trouvent Sophia figée, le regard fixe, emmitouflée sous des couches de vêtements. Ne sachant quoi faire, Art appelle Iris, la soeur aînée de Sophia bien que les deux soeurs soient fâchées depuis trente ans. Inutile de dire que le réveillon de Noël va être difficile.

Mais Noël n’est-il pas un jour de famille, de souvenirs, de pardon? Lux en avouant sa propre identité donne le ton pour que chacun affirme ce qu’il est en vérité. Les rancoeurs d’adolescence entre une Iris révolutionnaire, autrefois engagée contre l’armement nucléaire et une Sophia devenue femme d’affaires refont surface. Art est pris en otage entre les deux femmes qui revendiquent le souvenir de s’être occupé de lui pendant l’enfance.

Où serions-nous sans notre capacité à voir au-delà de ce que nous sommes censés voir?

D’un milieu, d’une éducation différente, Lux fait réagir les protagonistes avec des discours d’apparence absurde, des comportements naturels. Avec elle, Sophia accepte de se nourrir et de se confier sur l’identité du père d’Art. Tout ce que chacun ne pouvait exprimer s’échappe finalement par bribes.

En parlant de Cymbeline, une tragédie peu connue de Shakespeare, Lux dit « si cet écrivain peut faire surgir de ce bordel, de cette folie, de cette amertume une fin aussi gracieuse, équilibrée, où tous les mensonges sont révélés et les pertes compensées, si c’est ivi, là d’où il vient, l’endroit qui l’a conçu, alors je veux y aller, j’irais là-bas et j’y vivrai. » J’y vois un parallèle avec ce roman d’Ali Smith, second opus de sa tétralogie saisonnière. De ce récit un peu fou, l’auteure écossaise réunit ses personnages vers la poésie, l’espoir de voir une paruline du Canada dans les Cornouailles ou l’empreinte d’une fleur séchée dans un livre de Shakespeare.

Tout comme dans Automne, Ali Smith garde ce regard cinglant sur le monde, la société et la politique actuelle de son pays . Quelques allusions contre la misogynie, la télé-réalité, des piques contre l’ancien président des Etats-Unis ou le premier ministre britannique. De quoi pimenter un roman déjà bien riche! Hâte de passer au Printemps !