Les vilaines – Camila Sosa Villada

Titre : Les vilaines
Auteur : Camila Sosa Villada
Littérature argentine
Titre original : Las malas
Traducteur : Laura Alcoba
Editeur : Métailié
Nombre de pages : 208
Date de parution : 14 janvier 2021

 

Camila est née dans le petit village de Mina Clavero au sein d’une famille plutôt pauvre. Son père, alcoolique et violent, lui a peut-être donné le dégoût d’être un homme. Chez les Villada, les femmes  deviennent épouses, mères et femmes de ménage. Inutile d’envisager des études. A treize ans,  Camila est rassurée de voir pour  la première fois à la télé argentine une star trans. A quinze ans, elle se métamorphose dans les baraques de chantier et à dix-huit ans, danse dans les bars de Cordoba. Puis se prostitue pour la première fois.

Nous la découvrons dans la zone trouble du parc Sarmiento de Cordoba en compagnie d’autres trans sous la protection de la vieille Encarna, non loin de la statue de Dante. Un enfer que l’auteur nous décrit avec une réalité crue et violente.

« Il est impossible d’être cette prostituée-là sans procéder auparavant à une anesthésie totale de soi. »

Encarna, « une déesse aux pieds de boue et aux mains de boxeur », cent-soixante-dix huit ans, les seins gonflés d’huile de moteur, héberge de nombreuses réfugiées de la communauté trans. Certaines si proches de l’animalité à laquelle on les cantonne qu’elle se transforme en oiseau ou loup-garou. Elle est leur mère, celle qui leur a appris à ne pas souffrir. Une mère qui se révèle avec l’adoption d’un bébé trouvé dans le parc, un petit ange qu’elle nomme Eclat des yeux.

« Les trans se pendent, les trans s’ouvrent les veines. Les trans souffrent des regards curieux, des interrogations de la police, des ragots des voisins, couchées sur le sang tiède et crémeux qui tapisse leur lit. »

Dans ce monde violent, sous la rage contenue d’inoffensives que la société rejette, j’ai aimé découvrir les moments de grâce et de magie de cette sororité. Camila, Anna la muette, Nadina l’accoucheuse, Maria qui se transforme en oiseau ou Natali, la louve-garou, Sandra, la mélancolique, Machi et sa magie noire, Angie, la plus belle trans du parc…Elles sont belles et touchantes. On les découvre au fil du récit du parcours de Camila, un récit empreint d’évocations parfois surréalistes, seul moyen de s’évader de ce monde de douleur.

Ce premier roman, autobiographique, reflète la violence d’un milieu sous la plume âpre et sans concession de celle qui a souffert d’être la honte de sa famille et de la société mais possède aussi la beauté, la fantaisie d’une communauté soudée dans la fureur et la fête.

 

5 réflexions sur “Les vilaines – Camila Sosa Villada

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