Lumière d’été, puis vient la nuit – Jon Kalman Stefansson

Titre : Lumière d’été, puis vient la nuit
Auteur : Jon Kalman Stefansson
Littérature islandaise
Titre original : Sumarljós, og svo kemur nóttin
Traducteur : Eric Boury
Editeur : Grasset
Nombre de pages : 320
Date de parution : 26 août 2020

 

Avec poésie et humour, Jon Kalman Stefansson nous ouvre les portes de quelques maisons de ce petit village islandais de quatre-cent âmes. Un village sans particularités sauf qu’il n’y a ni église, ni cimetière. Et pourtant, les morts y sont très présents. Mais on les craint et les respecte. Il ne se passe pas grand chose dans un petit village alors chacun se connaît, se surveille. Augusta, la factrice curieuse qui ouvre toutes les lettres en est le symbole.

« Le moindre coup de fil est un événement, le passage d’une voiture venue d’ailleurs est une telle épopée que nous courons tous à nos fenêtres avec nos jumelles, c’est insupportable. »

Nous entrons dans le village avec le directeur de l’Atelier de tricot. Suite à un rêve en latin, ce trentenaire part à Reykjavik pour apprendre cette langue morte puis finance l’achat de livres anciens et rares de Galilée ou Kepler en vendant sa maison et sa voiture. Abandonné par sa femme et sa fille, celui qu’on appelle désormais l’Astronome vit dans un hangar, observe les étoiles et donne des conférences.

Lors de ces conférences, chacun prête davantage attention à la robe suggestive d’Elisabet qu’aux propos de l’Astronome! Les yeux, les formes sensuelles des habitantes font tourner les têtes. Les aventures extra-conjugales bouleversent les existences. Mais c’est le hasard qui décide de tout.

Jonas, policier malgré lui par respect pour son père, se veut artiste peintre. David et Kjartan, ouvriers à la coopérative affrontent les fantômes de l’entrepôt. Jakob, le routier heureux, regrette les nouveaux aménagements routiers qui raccourcissent ses trajets. Brandur joue aux échecs par cartes postales. Benedikt, le célibataire au long nez osera-t-il répondre aux discrètes avances de Puridur?

« Il faut se garder de trop approcher ses rêves, ils nous privent parfois de tout pouvoir en prenant la place de votre volonté, or qu’est-ce qu’un homme lorsqu’il est dénué d’énergie et de courage? »

Entre ces portraits bienveillants illustrant que la vie peut être intense malgré la petitesse des lieux, Jon Kalman Stefansson glisse ses réflexions sur le monde moderne.

«  si nous ne transformons pas notre mode de vie et notre quotidien, nous courons à notre perte. Nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis. Nous sommes à la fois le juge, le peloton d’exécution et le prisonnier attaché au poteau. Pourtant, nous vivons comme s’il n’y avait rien de plus naturel. En toute absurdité. Nous nous contentons simplement de réfléchir de temps à autre aux événements irrationnels, aux informations extravagantes, à l’absurdité des circonstances, à la déraison de la vie. »

Publié en 2005 en Islande, ce roman n’est peut-être pas le meilleur de l’auteur. Si le nombre de personnages disperse, leurs particularités et le ton du récit donnent une touche fort sympathique au roman.

 

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