Nickel boys – Colson Whitehead

Titre : Nickel boys
Auteur : Colson  Whitehead
Littérature américaine
Titre original : The Nickel boys
Traducteur : Charles Recoursé
Éditeur : Albin Michel
Nombre de pages :
Date de parution :

 

La parution de la version française du nouveau roman de Colson Whitehead, deux fois primé par le Prix Pulitzer, ne pouvait pas mieux tomber. En nous racontant l’histoire d’Elwood Curtis dans l’Amérique ségrégationniste des années 60, l’auteur écrit un roman essentiel pour éprouver ce que produit le racisme sur un jeune Noir américain. Malheureusement, le mouvement Black Lives Matter nous rappelle combien ce sujet est toujours d’actualité. C’est d’ailleurs un événement récent qui a inspiré ce roman à Colson Whitehead. En 2014, un article de presse annonçait que des restes humains avaient été retrouvés dans un cimetière clandestin de l’établissement  Dozier School for boys fermé en 2011.

Elwood Curtis est un jeune garçon intelligent et poli, élevé par une grand-mère aimante mais stricte depuis la fuite de ses parents. Pour le Noël de l’année 1962, Harriet lui offre le disque du discours de Martin Luther King à Zion Hill.

 

«  Le crépitement de la vérité.
Ils n’avaient pas la télé, mais les discours du révérend King étaient des tableaux si vivants – narrant tout ce qui avait été et tout ce que serait l’homme noir- que le disque valait presque la télévision. »

Elwood s’y retrouve parfaitement. Surtout lorsque le révérend explique à sa fille qui rêvait d’aller à Fun Town, un parc d’attractions à Atlanta réservé aux Blancs qu’elle doit «  résister à la tentation de la haine et de l’amertume » et qu’elle vaut autant que ceux qui y vont. Malgré les preuves évidentes de racisme dans la ville de Tallahassee où il vit, Elwood veut croire qu’un jour il aura sa place dans la société.

Aussi quand son professeur d’histoire lui conseille d’aller suivre des cours à l’université Melvin Griggs, il croit en son avenir. En chemin, une fâcheuse méprise le conduit à la Nickel Academy, une école de redressement pour mineurs délinquants. Malgré le nom d’école et le cadre verdoyant, Elwood n’y apprendra que la haine et l’incapacité à pardonner malgré les discours du révérend qu’il se répète en boucle.

Car dans cette école, surtout dans les quartiers réservés aux élèves noirs, l’intelligence, le sérieux ne servent à rien. Pour gagner des points, il faut faire profil bas pour ne pas subir les morsures de la lanière de cuir au lieu-dit de la maison blanche.

« Dedans et dehors, c’est pareil, à part qu’ici on n’est pas obligés de faire semblant.« 

Directeur corrompu, responsables de maisons pervers et violents n’ont aucune pitié pour ces jeunes enfants noirs. Qui ira se soucier de la disparition d’un jeune noir sans famille?

« Leurs pères leur avaient appris à mettre un esclave au pas, leur avaient transmis cet héritage de brutalité. Arrachez-le à sa famille, fouettez-le jusqu’à ce qu’il oublie tout sauf le fouet, enchaînez-le pour qu’il ne connaisse plus rien d’autre que les chaînes. Un séjour dans une cage à sueur en acier, avec le soleil qui brûle le cerveau, c’est excellent pour mater un mâle noir, de même qu’une cellule sans lumière, une chambre au milieu de l’obscurité, hors du temps.« 

Dans cet enfer, les destins d’Elwood, l’idéaliste intelligent et de Jack Turner le petit délinquant cynique se lient. Leur amitié se renforce dans l’espoir d’une vengeance, d’une évasion. Mais peut-on réellement échapper à la Nickel Academy?

L’auteur ne cherche pas à romancer, à s’appesantir sur l’horreur mais s’applique à nous faire éprouver ce que peut ressentir le jeune Elwood. Malgré un récit linéaire, sans grandes envolées, Colson Whitehead tient son lecteur sur l’incertitude du destin d’Elwood. Et le mystère tiendra jusqu’au dénouement. La seule certitude est qu’en 2014, Millie pourra toujours dire :

 » ils nous traitent comme dessous-hommes dans notre propre pays. Ça ne change pas. Ça ne changera jamais.« 

Plus que le style, ce sont les sujets qui font des romans de Colson Whitehead des lectures essentielles.

 

10 réflexions sur “Nickel boys – Colson Whitehead

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