Les sables de l’empereur – Mia Couto

Titre : Les sables de l’empereur
Auteur : Mia Couto
Littérature mozambicaine
Titre original : As areias do imperador
Traducteur : Elisabeth Monteiro Rodrigues
Editeur : Métailié
Nombre de pages : 672
Date de parution : 9 janvier 2020

 

Ce sont trois livres, Les femmes de cendre, L’épée et la sagaie et Les buveurs d’horizon, initialement parus séparément que Mia Couto réunit ici sous le titre, Les sables de l’empereur. Cette grande fresque illustre la conquête coloniale de l’Europe sur le Mozambique au XIXe siècle, et notamment la capture de Ngungunyane, chef des Vanguni, par les Portugais en décembre 1895.

Imani est une jeune fille de quinze ans. Avec ses parents de la tribu des Vatxopi, elle habite à Nkokolani, une terre disputée par les Vanguni et les Portugais. Ayant appris la langue portugaise  avec le prêtre Rudolfo, elle sera successivement interprète puis espionne, contre sa volonté, pour les soldats portugais. Cette position en fait une paria. Mais Imani, forte des pouvoirs des morts de sa famille, de la puissance de sa terre, est un personnage remarquable.

« Je suis une race, je suis une tribu, je suis un sexe, je suis tout ce qui m’empêche d’être moi-même. Je suis noire, je suis des Vatxopi, une petite tribu sur le littoral du Mozambique. »

Sa première mission est auprès du sergent Germano de Melo. Républicain portugais impliqué dans la révolte de Porto, il a été banni au Mozambique. Militaire sans arme ni armée, il écrit des lettres au conseiller José d’Almeida puis gradés en poste à Lourenço Marques pour leur faire part de ses observations de terrain. Se faisant aider par Imani, il en tombe rapidement amoureux. Loin des rivalités militaires, il se prend à aimer aussi ce peuple noir qu’il tente de comprendre malgré leurs nombreuses croyances.

« Il aura fallu que je vive parmi des gens noirs et étranges pour me comprendre moi-même. Il aura fallu que je m’étiole dans un endroit sombre et lointain pour comprendre combien j’appartiens encore à ce petit village où je suis né. »

Porté par la victoire de Magul,  Mouzhino de Albuquerque continue sa progression, brûlant les villages. Il finit par capturer Ngungunyane,  ses proches et ses femmes. Ce roi sans dorure, ce militaire affaibli ne semble plus qu’un guignol rongé par l’alcool.

« Le regulo de Gaza a toujours été une gêne pour le Portugal, pas tant par son action que parce qu’il empêchait de faire

Cette prise est une manière de s’affirmer face aux Anglais qui briguent aussi le pays.

« Il y a davantage de rivalité entre les Anglais et les Portugais qu’entre les blancs et les nègres. »

Imani, séparée de Germano blessé, est emmenée avec le roi de Gaza sur un bateau en partance vers le Portugal. Albuquerque entend bien faire défiler le monarque capturé dans les rues de Lisbonne. Quant à Imani, elle espère y retrouver son amant dont elle attend un enfant.

Après une traversée difficile, l’accueil portugais est glacial. Les Vanguni sont enfermés au fort de Mosanto. Plus tard, les hommes seront conduits aux Açores, les femmes à São Tomé.

Imani est un beau personnage qui a capté mon intérêt dans ce roman particulièrement long. C’est elle qui se détache dans cette fresque où l’on suit la conquête coloniale, la capture de roi de Gaza, où l’on comprend  les intérêts des Portugais, les croyances des tribus du Mozambique. Deux peuples qui ne se connaissent pas, ne peuvent pas se comprendre. Seul Germano, et peut-être Alvaro Andrea, un républicain d’origine italienne opposé au monarchiste Albuquerque, a l’humanité de cerner l’âme africaine. C’est aussi la force de ce roman. Mia Couto étoffe son récit avec une galerie de personnages étonnants. Des africains portés par leurs croyances et des européens perdus dans ce pays si différent. On ne se lasse pas de les suivre. La guerre, l’emprise coloniale viennent un peu en second plan tout en donnant rythme et réflexion au récit.

L’ampleur et la longueur de ce roman empêchent de le conseiller à un large public. Le personnage d’Imani, le contexte historique et culturel méritent toutefois le détour.

 

 

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