Une machine comme moi – Ian McEwan

Titre : Une machine comme moi
Auteur : Ian McEwan
Littérature anglaise
Titre original : Machines like me and people like you
Traducteur : France Camus-Pichon
Editeur : Gallimard
Nombre de pages : 386
Date de parution : 9 janvier 2020

 

Ian McEwan fait partie des auteurs qui me fascinent pour son analyse du couple, du rapport à l’enfant. Toujours dans un contexte particulièrement bien travaillé, l’auteur excelle à détailler les sentiments de ses personnages.

Avec Dans une coque de noix, Ian McEwan se plaçait dans la tête d’un foetus. Aujourd’hui, Une machine comme moi explore les sentiments d’un androïde face aux arrangements de la nature humaine.

Charlie, passionné d’anthropologie et de technologie, vivote en boursicotant sur Internet. Il a investi tout l’héritage de sa mère dans l’achat d’un androïde nommé Adam. Alan Turing, toujours vivant en cette année 1982, a mis son génie au service du transhumanisme en travaillant sur l’intelligence artificielle. Douze Adam et treize Eve, première version d’humanoïdes sous différentes ethnies viennent d’être mis sur le marché.

Charlie est fier d’avoir pu acheter un exemplaire. Il propose à Miranda, la voisine du dessus dont il est amoureux, de l’aider à personnaliser son Adam en définissant la moitié des préférences de sa personnalité. Un peu comme leur enfant qui aurait la moitié des gènes de chacun de ses parents. En appliquant le caractère de ce qu’elle considère comme l’homme idéal, Miranda voue Adam à un amour aveugle pour elle-même. Cet amour, s’il pose quelques problèmes au couple, est le seul rempart contre l’autodestruction des humanoïdes de première version.

« On crée une machine possédant l’intelligence et la conscience de soi, et on la précipite dans notre monde imparfait. Un tel esprit conçu selon des principes généralement rationnels, bienveillants envers autrui, se trouve vite aux prises avec un ouragan de contradictions. »

Le passé de Miranda montre comment l’être humain doit composer avec le chagrin, la douleur. Le mensonge, la manipulation, la vengeance sont des leviers, des réactions humaines habituelles. Adam ne peut comprendre comment les émotions peuvent pervertir les actes.

Ian McEwan place cette problématique dans un monde où il bouscule l’Histoire. Margaret Thatcher est en mauvaise position suite à sa défaite dans la guerre des Malouines. Tony Benn, du parti travailliste enclin au désengagement de la course aux armements nucléaires et de l’Union Européenne, lui succèdera. On ne rate pas une petite tacle au Brexit.

« Seuls le IIIe Reich et d’autres tyrannies recouraient au plébiscite pour adopter une politique, et il n’en sortait généralement rien de bon. L’Europe n’était pas simplement une union qui bénéficiait surtout aux grandes entreprises. L’histoire des Etats membres du continent était fort différente de la nôtre. »

On l’a vu, Turing est en vie, les Beatles sont toujours un groupe et Georges Marchais est Président de la France. L’Angleterre croule sous le chômage et les manifestations. Extrapolation et fond de vérité.

« On parla de la chance, de son rôle dans la vie d’un enfant- la famille au sein de laquelle il naît, l’amour qui lui est prodigué ou non, et avec quel discernement. »

Bien évidemment, Ian McEwan ne peut s’empêcher de défendre L’intérêt de l’enfant en invitant dans son récit le petit Mark, enfant malmené par sa famille. Seul l’enfant peut ramener le couple vers l’essentiel.

« Les  humains étaient éthiquement défaillants : inconsistants, émotifs, sujets à la mauvaise foi, à des erreurs cognitives, souvent pour servir leurs propres intérêts. »

Au coeur de ce rêve de vertu robotique rédemptrice, j’ai peiné à saisir une unité au roman. Le regard sur la société en crise est pertinent mais se mêle assez mal avec les phases plus romanesques du passé de Miranda et du présent de Mark. Certains passages plus politiques ou techniques m’ont semblé rébarbatifs et ont cassé mon rythme de lecture. J’en oubliais presque l’essentiel du roman ( enfin ce qui me captivait le plus). Quelque soit le degré d’intelligence d’un humanoïde, jamais il ne pourra intégrer la complexité de la nature humaine. Une complexité parfois bien néfaste quand elle permet de s’accommoder de certaines situations tragiques.

Un roman pertinent, intelligent mais qui m’a un peu tenue à distance de l’essentiel ( enfin de ce que je considérais comme essentiel).

17 réflexions sur “Une machine comme moi – Ian McEwan

  1. De cet auteur, j’ai lu et aimé Sur la plage de Chesil et L’intérêt de l’enfant (adoré!)… depuis je n’ai plus rien lu de lui.
    Nicole (du blog Mots Pour Mots) a adoré celui-ci, toi tu es un peu plus nuancée…c’est intéressant de lire vos deux avis 🙂

    • Mon préféré est aussi L’intérêt de l’enfant. Je viens de lire l’excellente chronique de Nicole qui se concentre effectivement sur l’essentiel, le fond du roman. Et c’est vrai que cette idée de base est excellente, pertinente et bien menée. Ma nuance est sur sa « dissolution » dans l’ensemble. Je reste une fervente admiratrice de cet auteur. Et celui-ci est un roman intelligent et intéressant

      • C’est amusant, pour moi ce n’est pas une dissolution du propos c’est au contraire un enrichissement grâce à la richesse du contexte politique qui crée le décalage entre ce qui devrait être le passé (pour nous) mais contient des problématiques de notre présent (Brexit…) et ce qui sera notre avenir (robots, voitures autonomes…). En brouillant les repères, il permet le de mettre au centre le questionnement sur l’essentiel : le sens de la vie…
        (et oui, il faut absolument lire Expiation, son meilleur roman selon moi 🙂 )

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