Et soudain, la liberté – Evelyne Pisier, Caroline Laurent

Titre : Et soudain, la liberté
Auteur : Evelyne Pisier, Caroline Laurent
Editeur : Les Escales
Nombre de pages : 448
Date de parution : 31 août 2017

Lucie est née à Hanoï lorsque son père, pétainiste et maurassien était en poste en Indochine. Lors de la guerre avec le Japon, sa mère, Mona, et elle ont subi l’enfermement, la faim, la maltraitance dans un camp de prisonniers. Et pourtant, André, a choisi (un peu contraint) de retourner à Saïgon après l’indépendance du Vietnam jusqu’à l’arrivée des américains. Plus tard, ils s’installeront en Nouvelle-Calédonie, ancienne colonie devenue territoire français.
Comme toutes les petites filles, Lucie aime son père. Jusqu’à ce qu’elle comprenne le racisme, le sexisme de cet homme par des faits et gestes envers les domestiques, ses amies, sa femme.
Si Mona et Lucie avaient appris à se taire, elles s’émancipent en Nouvelle Calédonie. Mona rencontre une bibliothécaire qui lui fait découvrir Simone de Beauvoir et prend un amant. Lucie a une amie juive mais souffre des extravagances de son père.
Après le divorce (le premier et le second avec le même homme car Mona a beau devenir féministe, elle n’en est pas moins esclave de son corps), Mona et Lucie s’installent à Paris et militent pour les droits de la femme, les idées révolutionnaires. Lucie aura même une aventure avec Fidel Castro lors d’un voyage d’étudiants avec l’Union des Etudiants Communistes dirigé par Victor qui deviendra plus tard son mari et le père de ses enfants.

Ce résumé est celui de la partie romancée de la vie d’Evelyne Pisier (Lucie). A part celui de Fidel Castro, tous les noms ont été changés. Certains personnages comme celui (très intéressant mais trop rapide) de la bibliothécaire sont même inventés. Dans cette version, aucune mention de la soeur d’Evelyne (Mona n’aura ici que deux enfants).

Pourquoi ce parti pris d’un roman alors que les éléments biographiques apparaissent nettement dans les intermèdes de Caroline Laurent, l’éditrice qui a repris le manuscrit d’Evelyne Pisier après sa mort et à la suite d’un long travail avec elle. Toucher la corde sensible des lecteurs, respecter la volonté d’Evelyne? Mais dans ce cas, pourquoi citer Marie-France Pisier, Bernard Kouchner dans les apartés? Pourquoi Caroline Laurent donne-t-elle un semblant d’analyse et d’universalité en ajoutant son propre vécu ou celui de sa mère sur le racisme et le sexisme.
«  La voix d’Evelyne me revient : « Je n’arrive pas à « romancer ». » Dans mon langage, romancer signifie rendre romanesque; pas romantique. Mais Evelyne était capable de planter une assemblée d’universitaires émérites pour suivre le dernier épisode des Feux de l’amour, alors « romantique » pourquoi pas, si c’est rester à l’écoute des émotions, et mieux, des sensations. »
Est-ce l’ambiguïté du personnage d’Evelyne (révolutionnaire et romantique, parlant de Fidel Castro mais refusant de parler de sa soeur) qui donne cette indécision au récit? Ou est-ce l’hésitation de Caroline Laurent entre respect de son auteur et tentation de romancer pour accrocher le lecteur qui me perturbe à la lecture?
Il est clair que certaines scènes, même si elles sont efficaces, sont théâtrales. Par exemple, celle du croûton de pain revendiquée par l’éditrice.

Il me semble que Caroline Laurent a hésité sur la manière de restituer aussi fidèlement que possible cet héritage délicat de celle qui était devenue son amie. De ce fait, ce roman, intéressant témoignage d’une époque ( même si il est pour moi un peu trop en arrière-plan), reste une belle histoire agréable à lire mais qui me laisse perplexe sur l’intention.

J’ai lu ce roman dans le cadre du jury du Grand Prix des Lectrices Elle 2018.

9 réflexions sur “Et soudain, la liberté – Evelyne Pisier, Caroline Laurent

  1. Contrairement à ce que je craignais, je suis bien entrée dans ce livre et je l’ai beaucoup apprécié. J’ai accepté le fait que sa soeur soit absente du livre et je n’ai pas essayé d’analyser, seulement accepter le fait, comme un roman

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