Un océan, deux mers, trois continents – Wilfried N’Sondé

Titre : Un océan, deux mers, trois continents
Auteur : Wilfried N’Sondé
Editeur : Actes Sud
Nombre de pages : 272
Date de parution : 3 janvier 2018

Peut-être connaissez-vous Nigrita, cette statue de marbre noir de la Basilique Sainte-Marie-Majeure de Rome. Elle représente Nsaku Ne Vunda, le premier ambassadeur africain au Vatican.
Wilfried N’Sondé nous raconte son périple d’Afrique en Europe en passant par le Brésil, témoin candide du commerce triangulaire, de l’Inquisition espagnole et de toutes les bassesses humaines.

Né à Boko en 1583, héritier d’un peuple créé par neuf matriarches dans une région de marais ( ce qui n’est pas sans me rappeler l’excellent roman de Léonora Miano, La saison de l’ombre), Nsaku Ne Vunda est orphelin, adopté par une famille aimante. Envoyé à l’école des missionnaires, il devient prêtre dans sa ville natale où les rafles sont de plus en plus fréquentes depuis l’arrivée des Portugais. Pourtant il doit renoncer à sa petite chapelle lorsque le roi des Bakongos, Alvaro II l’envoie à Rome comme ambassadeur au Vatican afin de témoigner sur le commerce inhumain des Portugais auprès du pape Clément VIII.
Ce qui était au niveau local un don de personne était devenu sous Alfonso Ier, précédent roi du Kongo, un commerce avec les Portugais. Des esclaves contre des armes et des ouvriers spécialisés.
«  Notre société se transforma en un dangereux système de prédation générale. »

Le prêtre noir embarque sur Le vent Paraclet, ignorant que la cale sera remplie d’hommes, de femmes et d’enfants esclaves à débarquer au Brésil. C’est en voyant ces colonnes d’esclaves enchaînés, marqués au fer qu’il comprend l’importance de sa mission.
Et il n’est qu’au début de cette traversée de l’horreur. Quel affreux dilemme humain! Supporter l’impossible, sacrifier des centaines d’âmes pour peut-être en sauver des milliers en allant au bout de sa mission. Seul, Martin, un jeune mousse originaire d’une campagne française l’aidera à trouver un peu d’humanité sur ce navire, tout en cachant lui aussi un étrange secret inhérent à d’autres discriminations.
«  C’était un immense soulagement d’entendre Martin évoquer la spiritualité, elle qui plante des merveilles infinies dans les yeux. »

Dans son village africain, Nsaku Ne Vunda ne voyait que le calme et la beauté du paysage, la foi de ce peuple pétri de mysticisme, comment peut-il concevoir le raisonnement abject du Nouveau Monde qui hiérarchise les êtres humains sur une échelle qui en relèguent certains au rang d’animal?
C’est sur un bateau de pirate que le prêtre et Martin finiront leur route vers le Portugal en août 1606. Lisbonne se révèle bien loin du faste de l’Europe vanté par les missionnaires.

« J’ai traversé deux fois l’Atlantique, voyagé en trois continents pour retrouver la même image que celle des esclaves bakongos dans le flou de la brume. La même détresse. Les mêmes plaintes. Le claquement des fouets. Les sanglots, les traits défaits sous la souffrance. »

Pour protéger Martin, le prêtre s’échappe espérant rejoindre un monastère vers Madrid où des alliés pourraient les aider à rejoindre Rome. Autre horreur de l’humanité. Les deux fugitifs sont poursuivis par la Sainte Inquisition Espagnole, « ceux qui s’érigeaient en propriétaires de la vérité totale et absolu. »

Wilfried N’Sondé s’empare du destin exceptionnel de Nsaku Ne Vunda (1583-1608) pour nous emmener dans un voyage tumultueux au coeur de la folie des hommes.

Un roman qui conjugue histoire, aventure et réflexion, un roman universel et intemporel qui confronte la candeur et la bonté de certaines âmes à l’interprétation malsaine de certains qui se croient portés par leur religion, «  les autoproclamés gardiens de la foi, embourbés dans le marais du dogme ».

Une excellente lecture qui me rappelle deux autres romans, La saison de l’ombre de Léonora Miano et La reine Ginga de José-Eduardo Agualusa et qui confirme le talent de Wilfried N’Sondé, capable d’aborder de nombreux sujets.

Retrouvez mes autres lectures de cet auteur : Fleur de béton, Berlinoise.

    

12 réflexions sur “Un océan, deux mers, trois continents – Wilfried N’Sondé

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