Je dansais – Carole Zalberg

ZalbergTitre : Je dansais
Auteur : Carole Zalberg
Éditeur: Grasset
Nombre de pages : 160
Date de parution : 1 février 2017

 

Puissance et poésie sont les deux atouts de l’écriture de Carole Zalberg. Ceux qui m’ont séduite dans Feu pour feu où elle oppose la rage d’une adolescente écorchée face à la résignation muette d’un père en exil. Ceux du très bel album illustré L’invention du désir.

Avec Je dansais, l’auteur continue avec ses thèmes de prédilection sur l’enfermement, le poids du passé sur la transmission filiale et la violence faite aux femmes.

 » Je dansais. Du matin au soir je dansais. C’est ce que je faisais. Avant lui. »
C’est la première phrase de ce récit, le récit d’un enlèvement et d’une séquestration. Marie, treize ans est enlevée par un homme défiguré suite à une explosion. Le regard sûr de l’enfant, un regard de compassion donne à Édouard, ce monstre défiguré l’espoir d’une possible réparation.
 » Je dirais que tu n’as pas dix ans mais tu as saisi en un instant ce que c’est d’être moi. Tu as décelé le reclus derrière le masque d’horrible et douloureuse chair et déjà tu me délivres. Quelque chose d’encore vivant et fier en moi s’échappe. Que tu recueilles. Que tu sauras aimer, je le comprends aussitôt. »
Marie sera séquestrée pendant trois ans, subissant les assauts d’Édouard, enfermé das son délire amoureux;  s’il croit l’aimer d’un amour pur, il n’en fait pas moins sa chose. Elle lui oppose un silence absolu et s’évade dans les livres, les seuls endroits où elle peut respirer loin de lui.
A l’issue de ce faux dialogue entre la Belle et la Bête, les parents de Marie associent leurs voix. Comment garder l’espoir de revoir cette enfant disparue depuis tant de mois? Comment une mère, privée de liberté dans sa jeunesse, pouvait-elle mettre en garde une enfant si libre et heureuse de vivre? La mort ne vaut-elle pas mieux parfois que la souffrance?
 » Je crains autant de ne pas la revoir que de lire en elle sa disparition? »

En très peu de pages, Carole Zalberg parvient à complexifier ses personnages, en les lestant d’un passé qui, inévitablement, leur donne plusieurs dimensions. Sans lui accorder de circonstances atténuantes, Édouard a sa part de souffrances intimes qui, au-delà du visage meurtri lui laisse espérer une vie meilleure avec le regard de cette enfant. Marie porte en elle un souvenir d’enfance qui lui fait croire à l’inéluctable punition faite aux femmes. La mère de Marie, enfant caché, a traversé tant de menaces, comment peut-elle faire son deuil sans «  cadavre à coucher parmi les morts pour le repos des vivants. »

De ce fait divers, Carole Zalberg universalise son récit en insérant des paragraphes sur les violences faites aux femmes dans le monde entier. Les voix des femmes yézidies enlevées par les combattants de l’État Islamique, des femmes disparues de Ciudad Juarez, des petites filles  » donnée en pâture au sexe violent des soldats« , des  » belles ou même pas, sifflées sur les trottoirs, collées, palpées, suivies, complimentées comme on insulte ou couvertes sans détour d’injures par l’animal que nous faisons sortir de l’homme. », toutes ces voix s’unissent sous la plume de Carole Zalberg pour déclamer:
 » Quelle faute nous fait-on payer depuis la nuit des temps? »

Une fois de plus, Carole Zalberg signe un roman puissant et poétique sur des thèmes forts qui lui sont chers. Fille d’une enfant caché, son œuvre est marquée par la résilience. Ses romans sont souvent l’occasion de montrer le poids de la transmission filiale, de porter la féminité, de disséquer la part d’humanité ou de monstruosité enfermée en chacun de nous et de donner une voix aux exilés et aux femmes.
Mon avis peut être partial parce que je suis, à chaque fois, subjuguée par la langue magnifique de cette auteure qui, en quelques pages, me bouleverse par ses mots et ses messages.

 

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15 réflexions sur “Je dansais – Carole Zalberg

  1. à ma grande honte, je n’ai jamais lu cette auteure, mais cet article est convaincant.La partialité, je connais, je comprends et j’approuve, quand on aime, quand une langue nous touche, on a le droit; nous sommes des lectrices/eurs, pas des juges, et nous lisons avec nos tripes et notre cœur; c’est très bien ainsi, je trouve.

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