Dieu n’habite pas La Havane – Yasmina Khadra

khadra

Titre : Dieu n’habite pas La Havane
Auteur : Yasmina Khadra
Editeur : Julliard
Nombre de pages : 295
Date de parution : 18 août 2016

 

 

Né d’une mère choriste, ravissante sirène rousse aux yeux verts et d’un père, beau mulâtre qui ne croyait pas aux idéologies, Juan del Monte Jonava rêve de devenir chanteur depuis qu’il a assisté à son premier concert à l’âge de dix ans.
Cinquante ans plus tard, Juan surnommé Don Fuego sur scène met encore le feu au Buena Vista Cafe en reprenant tous les standards de la rumba, identité culturelle des cubains.
 » Ma voix était mon égérie, ma foi, ma folie. »
Pour vibrer sur scène, Juan a sacrifié sa vie de famille. Sa femme, trop souvent ignorée, l’a quitté gardant sa fille auprès d’elle. Ricardo, leur fils a choisi de vivre avec son père chez Serena, la soeur aînée de ce dernier.
 » Ma famille était un acquis, mon public, une conquête. »
Lorsque le Cafe est racheté par une dame de Miami  » dans le cadre de la privatisation décidée par le Parti », Juan se retrouve sans travail.
 » On est dans un pays où les décisions s’exécutent et ne se discutent pas. »
Juan erre dans La Havane à la recherche d’un nouveau lieu où chanter, sa seule passion jusqu’au jour où il rencontre Mayensi, une jeune beauté flamboyante et mystérieuse venue d’un village de pêcheurs sans autorisation de circuler à La Havane.
Malgré la différence d’âge, Juan en tombe éperdument amoureux. Son admiration, sa folie donnent de très belles (parfois sirupeuses) déclarations d’amour.
«  Pourtant, lorsque Mayensi lève les yeux sur moi, lorsqu’elle me gratifie de son sourire crémeux, je reprends goût aux choses de la vie et je songe qu’en amour l’abdication est une mort insensée, que si j’avais une chance sur mille de conquérir le coeur de la belle, il le faudrait la tenter contre vents et marées. »
Souvent trop de beauté attire des ennuis. Aveugle d’amour, Juan perçoit le mystère de la belle comme une peur légitime s’isolant de sa famille et de son meilleur ami Pachito, un personnage philosophe qui est souvent parvenu à m’émouvoir. Il est sans aucun doute mon personnage préféré avec, là aussi leçons de morale un peu banales mais une forme de sagesse qui me plaît bien.
 » La vie, ce n’est pas que les paillettes, le gros lot et les honneurs. La vie, c’est aussi se casser les dents en gardant le sourire. »
Mais, l’interêt de ce roman qui allie le style fluide et travaillé de l’auteur et une histoire bien construite et passionnante réside surtout dans cette ambiance cubaine. Yasmina Khadra a cette faculté de nous plonger dans un lieu, dans une histoire empreinte de ce lieu pour toujours dénoncer les abus et les vies misérables des opprimés d’un pouvoir.
«  A La Havane, Dieu n’a plus la côte. Dans cette ville qui a troqué son lustre d’autrefois contre une humilité militante faite de privations et d’abjurations, la contrainte idéologique a eu raison de la Foi. »
Si Dieu n’habite plus La Havane, le rêve est toujours possible.
 » En vérité, on ne perd jamais tout à fait ce que l’on a possédé l’espace d’un rêve, puisque le rêve survit à sa faillite comme survivra à mes silences définitifs ma voix qu’on entendra, longtemps après ma mort, s’élever des plantations, se répandre dans la nuit comme une bénédiction, jusqu’à ce que je devienne l’éternel hymne à la fête que j’ai toujours voulu être. »

Moins puissant que La dernière nuit du Raïs, on retrouve ici un Yasmina Khadra plus romanesque mais toujours aussi percutant.

rl2016

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25 réflexions sur “Dieu n’habite pas La Havane – Yasmina Khadra

  1. Lorsque j’ai rencontré l’auteur, je lui ai demandé par quel roman commencer son oeuvre. Il m’a dit: lisez « l’attentat », si vous n’aimez pas, arrêtez vous là! C’est ce que j’ai fait! (Je n’ai pas détesté, mais ça ne m’a pas emballé).

    • Interessant mais est-ce un bon conseil? Tu me diras oui puisqu’il vient de l’auteur. Mais je trouve qu’avec toujours un style impeccable, l’auteur sait varier avec plus ou moins de romanesque.
      L’attentat est dans la veine très engagée. Ce que le jour doit à la nuit est beaucoup plus romanesque. Tu dois pouvoir trouver un roman qui te conviendra. En tout cas, c’est un excellent conteur qui, souvent, nous ouvre les yeux sur d’autres cultures.

      • J’avais be1ucoup aimé la première partie du roman, mais la seconde m’avait ennuyé. Je trouvais que çà tournait en rond. Par contre, je me souviens que c’était bien écrit !
        Lequel me conseilles-tu pour lui donner une autre chance! Attention ce sera la dernière ! 😉

      • Lourde responsabilité. Je propose La dernière nuit du raïs. Parce que tu risques de trouver des longueurs et du trop romanesque dans Ce que le jour doit à la nuit.

  2. Conquise par l’écriture de Yasmina Khadra, j’ai hâte de me procurer « Dieu n’habite pas La Havane ». Je trouve qu’il y a toujours chez cet auteur une part de douceur (à part peut-être dans « La dernière nuit du Raïs ») malgré des thèmes peu enclins à la joie.

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