Les corps de Lola – Julie Gouazé

GouazéTitre : Les corps de Lola
Auteur : Julie Gouazé
Éditeur : Belfond
Nombre de pages : 128
Date de parution : 18 août 2016

Dans un style intimiste et percutant, Julie Gouazé exprime la complexité d’un être, d’une femme plus particulièrement, tiraillée entre ses désirs primaires et son comportement sage du quotidien.
«  Les deux Lola enfermées dans un même corps. »
Lola Rouge est flamboyante, aguichante, elle se laisse guider par son compagnon vers tous les jeux sexuels parce qu’  » un corps sans désir est un corps qui se meurt de l’intérieur. »
Lola bleue est pudique en sous-vêtements de coton, elle dit « oui parce qu’il fallait dire oui ». Elle peine à dire les mots justes et préfèrent  » avaler des couleuvres pour éviter le conflit qui blesse et laisse des traces. »

Julie Gouazé illustre le conflit entre le désir inavouable tapi au plus profond de soi qui parfois émerge de sa caverne où la morale l’a relégué, et la contrainte sociale qui définit « la marge de l’interdit, de la morale. La marge du politiquement correct et du sexuellement admissible » .
Alors,  » la clef ce sont les mots. » Si Lola peine à les dire à son compagnon, elle les fait descendre au plus profond d’elle-même dans la caverne où elle emmure « son double, sa moitié, sa salope. »

Tantôt «  Lola Rouge transforme le glauque en poésie. » Tantôt Lola Bleue rêve de romantisme, se questionne sur ce désir qui ne dure pas.  » Le vrai défi de la vie, c’est de continuer à aimer ce que l’on connaît.« 

J’ai beaucoup aimé la force de ce texte qui illustre la poignante complexité de l’être humain. Si Julie Gouazé décline ici la dualité féminine, la démonstration pourrait aussi bien s’appliquer aux différentes facettes d’un homme pris entre ses pulsions et son rôle social. La conscience joue alors le rôle d’arbitre et la fusion des corps passe par l’introspection et les mots.

J’avais lu quelques bonnes critiques du premier roman de Julie Gouazé, Louise. Et je ne regrette pas d’avoir découvert ses mots avec Les corps de Lola.

L’avis de Cultur’elle.

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13 réflexions sur “Les corps de Lola – Julie Gouazé

    • Bonsoir, Lu ce texte cet après-midi. Curieux comme d’une lecture à l’autre, l’avis peut diverger. Votre note est belle, et je partage à 100% votre phrase : « qui illustre la poignante complexité de l’être humain ». Mais je n’ai pas du tout eu votre sensation de lecture ! Et surtout, Lola n’est pas représentative du désir et des comportements féminins, OUF et HEUREUSEMENT ! Et non, je ne partage pas l’avis de l’auteur, quand elle dit que tous les hommes rêvent d’une parfaite salope en bas résille et à la chatte entièrement épilée ! Arrêtons avec ça, tous les hommes ne rêvent pas d’emmener leur copine en gang bang attifée de bas résille et compagnie ! Arrêtons ce délire, c’est faux ! il reste des hommes qui ont envie d’être amoureux, aussi, et qui savent allier sensualité, sexualité et vie de famille, sans contraindre les femmes aux pires scènes hard en les ramenant à un statut pire que « salope », pour reprendre le mot utilisé ! Non, tous les hommes ne disent pas, comme celui de Lola en lui mettant une « main au cul » (je cite) : « Bouge ta croupe, ma salope », « fais ta pute » (je cite encore!).
      Ce livre m’a horripilée, dans le côté sordide de l’effacement de la personnalité de Lola : elle n’a aucune volonté ! On a envie de la secouer ! Lola déteste, Lola ne veut plus recommencer, Lola dit non, stop, le corps de Lola hurle non… mais elle se tait, se laisse fouetter et compagnie. A force de se taire, Lola devient d’une cruauté presque douloureuse pour le lecteur (à propos de son mec : « Dans les rêves de Lola, il n’est pas là, son haleine n’a pas ces relents de trottoirs mouillés par la pluie et la fiente d’oiseau » – sympa !), et à force de ne pas dire ses désirs et de subir ceux de son mec, Lola en vient à se haïr elle-même (« Il y a quelque chose de gangrené dans la blonde Lola. Ca pue les égouts et les rats »). Pour moi c’est un livre sordide, et l’histoire : une part de Lola est rouge et aime franchir la limite, même si pourtant Lola déteste et pleure, ce n’était pas crédible, et même risible ! Rien du côté « Lola aime » ne m’a convaincue : l’auteur dit timidement et sans conviction qu’elle aime franchir la ligne, c’est pour ça qu’elle se laisse faire même si elle pleure, déteste, « voudrait de l’amour sans fessée » !
      A noter qu’on a toute la panoplie du hard : au début scène de gang bang les yeux bandés, son mec ramène une autre fille pour lui faire l’amour devant LOla, oblige Lola à faire l’amour avec elle, Lola se fait fouetter, Lola fouette son mec recouvrant une autre femme, et puis le club échangiste, pour finir ! Mais jamais ce n’est vulgaire, il n’y a pas de cru. Le sordide est dans le rapport d’effacement de Lola / égoïsme de son mec, pas dans les descriptions sexuelles.
      Pour moi, on est à côté, le livre sonne très faux. Pourtant le thème de la survivance de l’opposition maman / putain dans la société est intéressant, j’avais noté ce livre en tete de mes envies de lecture. Mais en choisissant une femme sans volonté, l’auteur a choisi un angle incompréhensible pour porter la réflexion, parce qu’on tombe dans le cas particulier très très particulier. C’est mon avis !

      • Les avis sont les bienvenus, surtout quand ils sont aussi constructifs. Certes, Lola est un cas particulier et ne traduit pas le comportement féminin. D’ailleurs, je ne me suis pas arrêtée à cette dualité salope/mère. J’ai surtout vu dans ce texte une illustration de la dualité entre conscient et inconscient, essence et contrainte de la société. Peut-être parce que j’ai été amenée à reprendre ces notions avec ma fille l’an dernier en terminale.

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