Americanah – Chimamanda Ngozi Adichie

adichieTitre : Americanah
Auteur : Chimamanda Ngozi Adichie
Littérature nigérienne
Titre original : Americanah
Traducteur : Anne Damour
Éditeur: Gallimard, Folio
Nombre de pages : 685
Date de parution : janvier 2015, Folio, 15 avril 2016

Chimamanda Ngozi Adichie est une femme noire nigérienne issue d’une famille igbo de classe moyenne qui a fait ses études à Philadelphie. Peut-être devons-nous nous arrêter là pour la ressemblance avec son personnage, Ifemelu. Même si toutes deux ont un réel talent pour l’écriture, celle qui mélange harmonieusement une belle histoire d’amour et une vision acérée de la société.

Ifemelu quitte le Nigéria pour continuer ses études à Philadelphie. Elle laisse dans son sillage son premier amour, Obinze,  » le seul être avec lequel elle n’avait jamais ressenti le besoin d’expliquer qui elle était. »
 » Je ne me sentais pas noire. Je ne suis devenue noire qu’en arrivant en Amérique. »
Après des mois de galère pour trouver un petit job à Philadelphie, des mois d’adaptation à un autre mode de vie, Ifemelu connaît le succès grâce à un blog sur la race ( Observations diverses sur les Noirs américains (ceux qu’on appelait jadis les nègres) par une Noire non-américaine). Elle y dénonce sans complexe les problèmes de race aux États-Unis, ce pays des « conflits intérieurs. »
En Amérique, les gens sont classés par leur classe sociale, leur idéologie, leur région et leur race. Au plus haut de l’échelle sont les WASP, au plus bas, les Noirs Américains.
Contrairement a Obinze, exilé à Londres, Ifemelu vit une vie plutôt agréable, aimée de Curt, jeune homme blanc riche et prévenant puis de Blaine, un Noir américain professeur à Yale.
Elle semble pourtant constamment en marge de sa vie américaine.
L’auteur a-t-elle souhaité que le lecteur vive cette ambiguïté ou l’ai-je ressenti en tant que française?
Ces trois phrases résument la complexité des problèmes de race:
 » La véritable tragédie d’Emmett Till, lui avait-il dit un jour, n’était pas qu’un enfant noir avait été assassiné pour avoir sifflé une adulte blanche, c’était que des Noirs s’étaient demandé : mais pourquoi a-t-il sifflé? »
 » Pourquoi faut-il que nous parlions de race? …C’est exactement le privilège des Blancs, que vous puissiez faire cette réflexion. »
 » La race n’existe pas réellement pour vous parce qu’elle n’a jamais été une barrière
. »

La partie consacré à l’exil d’Obinze à Londres m’a sans aucun doute davantage touchée. Peut-être en raison de l’écho avec l’actualité des nombreux demandeurs d’asile. Obinze n’a pas fui son pays à cause de la faim ou la guerre mais parce que celui-ci ne lui offrait aucun choix d’avenir.
Expulsé d’un pays qui ne voulait pas de lui comme  » une chose privée de respiration et d’esprit« , Obinze aura la chance de travailler à Lagos pour un riche entrepreneur spécialisé dans le rachat d’immeubles et de faire fortune en son pays. Pour Obinze devenu riche, l’Amérique n’est plus un rêve.
Après treize années passées aux États-Unis, Ifemelu rentre au Nigeria, avec l’espoir de retrouver Obinze, pourtant marié et père d’une petite fille.
 » En descendant de l’avion à Lagos, j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire. »
Là, elle retrouve un pays en évolution au niveau de l’équipement en téléphones portables mais avec des jeunes femmes toujours obnubilées par la question du mariage.
Comme Tante Uju des années plus tôt, beaucoup de femmes se font entretenir par de riches nigériens déjà mariés.
 » On n’épouse pas l’homme que l’on aime. On épouse l’homme qui peut vous entretenir le plus confortablement. »

Chimamanda Ngozi Adichie construit un roman équilibré avec une belle histoire d’amour mais riche de la vision sociale de trois pays, le Nigéria, les États-Unis et l’Angleterre. Cette auteure diserte nous entraîne parfois dans des scènes de moindre importance ( discussions chez le coiffeur, dîners entre amis…) qui, certes agrémentent la lecture tout en mettant en évidence un fait de société mais qui ralentissent le rythme du récit. La période américaine m’a paru longue et moins captivante ( sauf la période de l’élection d’Obama, un événement majeur par rapport au sujet du blog d’Ifemelu) au détriment de l’expérience d’Obinze ( le personnage a une plus grande sensibilité selon mes critères) à Londres et des retrouvailles dans un Nigéria qui m’intéressait aussi davantage.
«  nous appartenons au tiers-monde et sommes par conséquent tournés vers l’avenir, nous aimons ce qui est nouveau, parce que le meilleur est encore devant nous, tandis que pour les occidentaux le meilleur appartient au passé et c’est pourquoi ils ont le culte du passé. »

En conclusion, je suis peut-être moins enthousiaste que les nombreux lecteurs qui ont encensé ce roman. Ifemelu était peut-être un peu trop « autodestructrice » à mon goût. Obinze a davantage ouvert mon esprit sur les climats londonien et nigérien. Je n’hésiterai pas à lire un autre roman de l’auteur.

 

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34 réflexions sur “Americanah – Chimamanda Ngozi Adichie

  1. J’ai aimé ce roman, y compris les conversations chez le coiffeur, et peut-être même font-elles partie de ce que j’ai le plus apprécié. On comprend grâce à elles l’importance de la coiffure des femmes noires qui doivent se lisser les cheveux comme pour montrer qu’elles sont « civilisées », adaptées à l’Occident. Je n’avais jamais réfléchi avant au fait que Michelle Obama n’aurait pas eu une telle influence si elle avait gardé ses cheveux crépus…

    • Personnellement, je ne suis pas certaine que Michelle Obama aurait eu moins de succès avec sa coiffure naturelle. C’est pour cela que j’ai eu du mal à me projeter dans cette partie américaine.

      • Je ne sais plus si je l’ai lu dans le livre, ou bien si j’ai entendu une interview de Chimamanda Ngozi Adichie où elle le disait. J’imagine que la chevelure a effectivement une grande importance. Elle même se coiffe à l’africaine, elle est d’ailleurs très belle.

      • Oui c’est dans ce livre qu’elle parle de la coiffure de Michelle Obama. Et c’est vrai qu’Adichie est très classe mais perso j’aime beaucoup le naturel des coiffures afro.

      • J’ai assez peu apprécié l’obsession capillaire. Un peu trop présente pour moi. Sans doute cela avait son importance pour l’auteur…..une importance qui m’a échappé.

      • Je pense que c’est effectivement important.
        Ensuite, il n’y a pas que ça. Je pense que tu aurais davantage aimé la partie avec Obinze en Angleterre et la partie finale au Nigeria même si le style reste tout de même assez lent et bavard en permanence.

  2. Comme toi, je ne partage pas l’enthousiasme général sur ce livre. Certaines longueurs ont vraiment gâché mon plaisir.
    J’ai découvert avec ce roman l’importance de la coiffure pour les femmes noires, je ne l’avais jamais imaginé avant…

  3. J’ai eu le même ressenti que toi à sa lecture. Pour moi le message fort qui s’en dégage n’avait pas besoin d’autant de pages. L’auteure m’a plus d’une fois « perdue » dans tous ces détails qui n’apportent pas tant que cela à l’histoire. Et tout comme toi j’ai davantage été touchée par Obinze.

  4. Eh bien…Je l’ai acheté en poche il y a peu, j’ai commencé, et arrêté ( en me disant que je le lirai plus tard ) . pas accrochée, et il est long, ce livre…Je verrai, cet hiver peut-être. Trop long, donc ? Mmmm, déjà vécu ça avec en particulier « Le chardonneret » qui m’avait bien bien énervée ( 300 très belles pages au début, et du long long long et sans intérêt après )

  5. J’ai tout aimé dans ce livre ! Depuis j’ai lu son tout premier roman ( pas de billet) car j’avais été déçue ( un goût de déjà lu et pas cette écriture affirmée)

    • C’est L’hibiscus pourpre son premier roman?
      C’est marrant parce que plusieurs lecteurs me disent qu’il est mieux que celui-ci…
      Il doit donc être assez différent pour que certains lecteurs soient attirés par l’un et d’autres par le second.
      Reste à me faire ma propre opinion.

  6. Pingback: Chimamanda Ngozi Adichie, Americanah (août 2016) [2013] – Femmes de lettres

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