Histoire de la violence – Edouard Louis

LouisTitre : Histoire de la violence
Auteur : Edouard Louis
Editeur : Seuil
Nombre de pages : 231
Date de parution : 7 janvier 2016

 
Edouard Louis revient avec son personnage ( un peu autobiographique) d’Eddy Bellegueule ( En finir avec Eddy Bellegueule, Seuil, 2104) et ses origines picardes.
C’est en partie Clara, la soeur d’Eddy qui raconte à son mari, le récit de cette nuit de Noël et de ses conséquences, fidèle à ce que lui en a dit son frère un an après les faits. Eddy, lui, écoute derrière la porte, se remémore, ajoute ses réflexions avec le recul, enrichit avec son ressenti, ses connaissances du personnage de Reda.
La nuit de Noël, rentrant chez lui après un réveillon passé avec ses amis, Didier et Geoffroy, il se fait accoster par Reda, un kabyle d’environ trente ans. Hésitant puis attiré, il le laisse monter chez lui. Ils font l’amour, discutent, parlent de leur enfance. Au moment de se séparer, Reda se sent insulter et devient agressif.
 » La haine n’a pas besoin d’individus particuliers pour exister mais uniquement des foyers pour se réincarner.  »
Reda, fils d’immigré doit donner à sa famille le sens d’une vie sacrifiée. Son père a fui pour sauver le passé. Même si cela était trop tard pour lui, il donnait une chance au fils qu’il aurait. Eddy n’a-t-il pas fui aussi sa famille picarde pour s’élever par les études à Paris.
Mais personne n’est dupe. Reda ou Eddy se mentent à eux mêmes et mentent à leur entourage. Le pouvoir, la fierté, la honte poussent au mensonge.
Pourquoi Eddy ne parvient-il pas à fuir une situation dangereuse auprès de Reda?  » comme si la violence première de la situation était d’abolir l’extérieur, de condamner à exister à l’intérieur des limites qu’elle trace. »
Les sentiments sont particulièrement bien analysés et notamment aussi, celui de savoir si il faut porter plainte ou non. Peur de la vengeance, de l’humiliation, de devoir sans cesse répéter une histoire douloureuse.
«  pourquoi est-ce que les perdants doivent en plus porter le témoignage de la perte, pourquoi est-ce qu’ils doivent en plus répéter la perte jusqu’à l’épuisement. »
Edouard Louis donne une densité, une réalité à son personnage, en inscrivant ses pensées en plusieurs temps ( celui des faits, celui de l’écoute du récit de sa soeur, celui de l’après). J’ai vécu son malaise face aux mensonges à lui-même, face au désoeuvrement après les faits. Comment reprendre une vie normale avec des journées longues et vides, passées à craindre, à nier la réalité, à haïr les autres.
Un peu déroutée au départ par l’expression lourde de Clara ou par les différents niveaux de récit, par le côté un peu sordide de la situation, par la sensation de reprendre l’environnement du roman précédent, j’ai finalement apprécié les récits qui donnent une dimension aux personnages, notamment la filiation de Reda, l’analyse des réactions pendant et après cet nuit de Noël traumatisante, l’approche sensible des différences ( racisme, homosexualité, clivage Paris/ Province).

Loin d’être un coup de coeur et une belle histoire, Edouard Louis propose une approche intéressante des circonstances et des conséquences d’une agression violente.
Pour un prochain roman, j’aimerais toutefois que l’auteur se libère de son passé et mette son talent d’écrivain sur une fiction novatrice.

Nota : En 2016, afin d’éviter les répétitions de biographies et les redites entre quatrième de couverture et avis, les paragraphes Auteur et Présentation de l’éditeur sont supprimés. Par contre, en cliquant sur la couverture du livre, vous serez transférés sur la page du livre sur le site de l’éditeur.

Challenge-Rentrée-littéraire-janvier-2016-150x134

Publicités

28 réflexions sur “Histoire de la violence – Edouard Louis

  1. Arf autant ce bouquin ne m’attire absolument pas (pas du tout apprécié le précédent qui m’a mis beaucoup trop mal à l’aise), autant ta chronique est attractive!
    Je pense que je finirai par le lire… mais je ne sais pas encore quand! Ca ne sera pas dans les priorités c’est certain

  2. J’ai un souvenir très marquant de son passage pour son premier livre à LGL. Il avait une telle aisance dans la parole, franchement, j’avais été fascinée.

  3. C’est un des textes que j’attends avec le plus d’impatience pour cette rentrée d’hiver ! En finir avec Eddy Bellegueule avait été un sacré choc, même s’il était difficile de parler de coup de coeur – cela semble être à peu près la même chose ici.

  4. Ayant été marquée par « En finir avec Eddy Bellegueule » je le lirai sans aucun doute, même si la thématique finalement assez glauque n’est pas ce qui m’attire habituellement…

  5. Je n’ai pas réussi à lire Eddy Bellegueule, j’ai abandonné très vite, à cause de l’écriture je crois… Alors, je ne tenterai pas celui-ci… malgré ton très bel article, parfaitement argumenté.

    • On retrouve dans celui-ci l’expression picarde lorsque la soeur s’exprime. Mais ce n’est pas la majorité du texte. L’auteur est assez controversé, je ne comprends pas pourquoi. Mais je comprends que son univers et son style puissent déplaire.

    • Oui c’est pour cela que j’aimerais que l’auteur change d’univers. Il a beaucoup de talent mais son contexte semble heurter de nombreux lecteurs. En tout cas, ses romans ne passent jamais inaperçus dans la presse.

  6. Pingback: Histoire de la violence - Edouard Louis | Micmélo LittéraireMicmélo Littéraire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s