Tout ce que j’aimais – Siri Hustvedt

hustvedtTitre : Tout ce que j’aimais
Auteur : Siri Hustvedt
Littérature américaine
Titre original : What I loved
Traducteur : Christine Le Boeuf
Éditeur : Actes Sud
Nombre de pages : 456
Date de parution : 2003, Babel 2005

Auteur :
Née en 1955, Siri Hustvedt vit à Brooklyn.
En France, toute son œuvre est publiée par Actes Sud. Elle est l’auteur entre autres, de Elégie pour un Américain (2008), La Femme qui tremble (2010, essai), Un été sans les hommes (2011) et Vivre, penser, regarder (2013, essai).
Présentation de l’éditeur :
Au milieu des années 1970, à New York, deux couples d’artistes ont partagé les rêves de liberté de l’époque, ils ont fait de l’art et de la création le ciment d’une amitié qu’ils voulaient éternelle et, quand ils ont fondé leur famille, se sont installés dans des appartements voisins. Rien n’a pu les préparer aux coups du destin qui vont les frapper et infléchir radicalement le cours de leurs vies…
Siri Hustvedt convie ici à un voyage à travers les régions inquiétantes de l’âme : bouleversant, ambigu, vertigineux, Tout ce que j’aimais est le roman d’une génération coupable d’innocence qui se retrouve, vingt ans plus tard, au bout de son beau rêve.

Mon avis :
 » Une histoire que nous racontons sur nous-mêmes ne peut être racontée qu’au passé. Elle se déroule à l’envers à partir du lieu où nous nous trouvons, non plus acteurs dans l’histoire mais spectateurs qui ont choisi de parler. Notre trace est parfois marquée de cailloux, comme ceux que Hänsel et Gretel avaient d’abord semés derrière eux. D’autre fois, la poste a disparu car les oiseaux sont venus manger toutes les miettes au lever du soleil. L’histoire survole les blancs, les comble en rattachant les propositions à l’aide de « et » ou de  » et alors ». C’est ce que j’ai fait au long de ces pages afin de rester sur un chemin que je sais interrompu par de légers creux et plusieurs trous profonds. L’écriture est un moyen de remonter la piste de a faim, et la faim n’est pas autre chose qu’un vide. »

Léo retrouve les lettres de Violet et Bill, point de départ de la mémoire, du récit de sa vie avec Erica et de celle de son meilleur ami Bill avec Lucille puis Violet.
Ils sont deux couples d’intellectuels, avec chacun un fils du même âge. Matt est le fils de Léo et Erica, Mark, celui de Bill et Lucille. Ils habitent le même immeuble, passent leurs vacances ensemble, et sont très liés.
Chacun a un passé difficile lié à leurs origines mais se construisent un présent grâce à leur talent d’artistes.
 » Nous sommes tous, je le suppose, les produits des joies et des peines de nos parents. Leurs émotions sont inscrites en nous, tout autant que les caractères provenant de leurs gènes. »
Matt, entouré de l’amour de Léo et Erica, est un enfant créatif aimant le dessin et le base-ball. Mark,  » Peter Pan exilé du Never Land« , marqué par le divorce de ses parents, mal aimé de Lucille qui manque de capacité à communiquer avec autrui, délaissé par Bill qui passe son temps dans son atelier à la réalisation de son art, est un enfant plus instable.
Contrairement à un tableau qui éternise une situation au présent, les deux couples doivent faire face aux tristes événements du destin, maintenant en permanence leur amitié. Chacun est toujours présent pour apaiser les peines de l’autre.
 » Sans Bill, je me serais desséché complètement, le vent m’aurait emporté. »
Si le début du récit, fidèle à l’érudition artistique de l’auteur, a difficilement capté mon intérêt, je me suis ensuite complètement immergée dans la vie de ces personnages. Puissance du romanesque, suspense des trajectoires de vie, psychologie des personnages et notamment complexité de la personnalité de Mark, cet adolescent en mal de reconnaissance m’ont plongée dans l’univers de Léo. Cet homme, né dans une famille marquée par la mort, comblé par son métier, sa famille et ses relations, s’accroche à des objets, « muses de la mémoire« , et survit en apportant son amitié et son soutien à ceux qu’il aime.
Siri Husvedt écrit à la fois un roman sur l’art en décrivant avec force de détails les tableaux ou créations de Bill, le rôle des critiques d’art, le travail des écrivains, la source de la création mais aussi un récit psychologique qui analyse les failles de l’adolescence, le comportement de chacun face à la perte, la force de l’amitié, la parentalité.

Une fois de plus, Siri Hustvedt, réserve au creux de son univers de prédilection parfois difficile à appréhender, une histoire sensible, profonde qui accroche et ravit le lecteur.

Je remercie Nathalie de m’avoir accompagnée pour la lecture de ce roman.

New Pal 2015 orsec romancières

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30 réflexions sur “Tout ce que j’aimais – Siri Hustvedt

  1. J’avais beaucoup aimé cette lecture qui, pourtant, n’avait pas été facile. Comme tu le dis, Siri Hustevdt est très érudite et il est parfois difficile de la suivre, mais c’est tellement enrichissant !

  2. Joli billet, merci encore pour cette LC sans quoi je pense que le bouquin serait encore resté un certain temps dans ma bibliothèque. Même si mes sentiments sont partagés, je suis heureuse d’avoir fait cette découverte.

  3. Je crois que c’est d’abord les propos sur l’art qui m’avaient accroché. Je trouve admirable de réussir à imaginer l’oeuvre complète et cohérente d’un artiste sur plusieurs décennies sans que ça ait l’air chiqué ou déjà vu.
    Enfin quel que soit le point de départ, j’avais adoré aussi !

    • Elle a ses détracteurs qui lui reprochent son côté érudit mais une fois habituée à cet univers d’artistes intellectuels, j’ apprécie vraiment ses histoires et ses personnages. Tout est précis, avec des analyses psychologiques, des descriptions pointues.
      Il faut tenter…peut-être avec Un été sans les hommes.

  4. J’aime beaucoup la femme et le couple qu’elle forme avec Paul Auster mais je m’étais quelque peu ennuyée avec « Un été sans les hommes » hormis quelques passages qui relevaient le reste… On m’a vivement conseillé de lire celui-ci pour me réconcilier avec elle et je lui laisserai une seconde chance ! 😉 Ce que tu en dis me conforte dans cette idée…

  5. Un roman inoubliable, je l’ai dévoré , il m’a même fait pleurer…Cette femme est si intelligente érudite et sensible.!!
    Une histoire magnifique, une lecture très abordable !
    Je recommande !!!!

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