Le royaume – Emmanuel Carrère

carrereTitre : Le royaume
Auteur : Emmanuel Carrère
Éditeur : P.O.L.
Nombre de pages : 640
Date de parution : septembre 2014

Auteur :
Né à Paris, le 9 décembre 1957. Emmanuel Carrère a reçu pour ce livre le Prix Littéraire  Le Monde et a été élu Meilleur Livre de l’année pour le magazine Lire.

Quatrième de couverture :
A un moment de ma vie, j’ai été chrétien. Cela a duré trois ans, c’est passé.
Affaire classée alors? Il faut qu’elle ne le soit pas tout à fait pour que, vingt ans plus tard, j’aie éprouvé le besoin d’y revenir.
Ces chemins du Nouveau Testament que j’ai autrefois parcourus en croyant, je les parcours aujourd’hui – en romancier? en historien?
Disons en enquêteur.

Mon avis :
A plusieurs titres, Le royaume était le roman que j’attendais le plus dans cette rentrée littéraire 2014. Premièrement, parce que j’aime la façon dont l’auteur conduit ses enquêtes historiques en y insérant son propre parcours et deuxièmement parce que la quatrième de couverture m’a fortement interpellée. Croire, c’est douter. Et Emmanuel Carrère me promettait ici d’éclairer par son expérience personnelle mon propre questionnement.
L’auteur confirme une fois de plus ce besoin de personnaliser son enquête par sa propre expérience, d’éclairer l’Histoire avec des perspectives actuelles. Ici certains anachronismes, certaines comparaisons avec des faits contemporains
permettent de désacraliser l’enseignement souvent ésotérique de la Bible. Emmanuel Carrère a une volonté de rendre humains des êtres qui nous paraissent souvent comme des dieux, des figures mythologiques.
Pourtant, sous cette ironie moderne, le travail d’historien ne peut nous échapper.
 » J’ai refait pour mon compte ce que font depuis bientôt deux mille ans tous les historiens du christianisme: lire les lettres de Paul  et les Actes, les croiser, recouper ce qu’on peut recouper avec de maigres sources non chrétiennes. »
Tout d’abord, l’auteur nous raconte comment en 1990, il est devenu croyant. Suite à une dépression, inspiré par une marraine chrétienne puis pas Hervé, plutôt bouddhiste, l’auteur se tourne vers la religion et la psychanalyse. Mais la religion n’est pas qu’une réponse à l’angoisse et la pratiquer de manière aussi frénétique ne  redonne pas  « la musique en soi qui fait danser la vie. » De manière aussi spontanée qu’il entre en religion comme on attrape une maladie, il en sort trois ans après. J’avoue ne pas reconnaître ici une vraie croyance mais plutôt un essai hasardeux pour retrouver un goût de vivre.
Pourtant, indéniablement, cette période l’a hanté pour qu’il revienne vingt ans plus tard sur une enquête des débuts du christianisme.
Avec de nombreuses sources ( la Bible de Jérusalem, la traduction œcuménique de la Bible, le livre Q, La vie de Jésus écrit par Renan, un historien ancien séminariste, les épîtres, les Actes des apôtres, le Nouveau testament…), Carrère reconstitue le parcours de Paul, transformé lors d’une rencontre avec Jésus sur la route de Damas, homme ambigu qui ne supporte pas que l’on écoute quelqu’un d’autre que lui, mais renié par les vrais disciples de Jérusalem. Puis la vision de Luc, médecin non juif, possédant de grands talents de romanciers, écrivant ainsi sa version à partir de son expérience avec Paul, les paroles de Jésus que lui a confiées Philippe (livre Q), le récit de Marc et le récit de Flavius Josephe, émissaire de l’empereur Titus qui a détruit Jérusalem.
Toutes ces parties sur Paul, l’enquête et Luc sont assez denses et parfois laborieuses même si elles sont activées par l’esprit ironique et moderne de Carrère. Mais, chacun y trouvera nécessairement des enseignements.
 » J’ai appris beaucoup de choses en l’écrivant, celui qui le lira en apprendra beaucoup aussi, et ces choses lui donneront à réfléchir. »
Si je connaissais l’essentiel des Ecritures ( souvenirs de cathéchisme), j’ai apprécié d’en apprendre davantage sur certains points nébuleux et surtout de comprendre  l’histoire d’Israël (destruction du Temple par les Romains, la création de la Palestine…).
«  Il n’y a dans l’histoire des hommes aucun autre exemple d’un peuple qui a persévéré dans son existence de peuple, si longtemps, en étant privé de territoire et de pouvoir temporel. »
Finalement, après tout de même une lecture laborieuse, j’aime la fin qui montre qu’Emmanuel Carrère a enfin  » entrevu ce que c’est que le Royaume. » Être croyant n’est-il pas simplement  comme Jean Vanier, créateur des communautés de l’Arche, nous le propose de s’aimer les uns les autres. Tout comme Jésus aurait laver les pieds de ses apôtres pour leur montrer qu’il ne leur était pas supérieur, chacun doit pouvoir laver les pieds d’autrui et se réjouir du sourire des plus faibles enfin reconnus.
 » Affaire classée, alors? » Personnellement, il me semble qu’ Emmanuel Carrère est resté fidèle au jeune croyant qu’il était.

Merci à Nathalie et Kincaid pour cette lecture commune. Rosemonde fera paraître sa chronique un peu plus tard mais je la remercie d’ores et déjà de nous avoir accompagnées.

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15 réflexions sur “Le royaume – Emmanuel Carrère

  1. Je viens de lire « un roman russe »,Ceci est mon troisième voyage avec l’auteur, et probablement le dernier. Il écrit très bien, conduit son récit avec brio, mais je n’aime pas sa façon de se mettre en avant.

    • C’est une particularité qu’on apprécie ou pas et qui partage ainsi le lectorat. Personnellement, je trouve que cela allège en général ses sujets qui sont souvent assez rudes.

  2. On a eu sensiblement les mêmes impressions pour cette lecture…cependant, j’ai eu plus du mal avec les scènes de réflexion et d’introspection de l’auteur ! Merci pour cette LC !

  3. Je n’ai jamais eu l’occasion de découvrir l’écriture de cet auteur même si j’en entends énormément de bien… Le sujet de celui-ci m’inquiète un peu, du coup, je pense que je tenterais d’abord un autre roman de l’auteur :p

  4. Pingback: Challenge 1 pavé par mois : livres lus en avril 2015 | des livres, des livres !

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