Les brumes de l’apparence – Frédérique Deghelt

degheltTitre : Les brumes de l’apparence
Auteur : Frédérique Deghelt
Éditeur : Actes Sud
Nombre de pages : 368
Date de parution : mars 2014

Auteur :
Voyageuse infatigable avec Paris pour port d’attache, Frédérique Deghelt est écrivain, journaliste et réalisatrice de télévision. Elle est l’auteur de La vie d’une autre (2008) et La grand-mère de Jade (2009), La nonne et le brigand (2011).

Présentation de l’éditeur :
Quand un notaire de province lui annonce qu’elle hérite d’une masure au milieu de nulle part dans l’isolement d’une forêt, décidée dans l’instant à s’en débarrasser, Gabrielle (parisienne, quarante ans) s’élance sur les routes de France pour rejoindre l’inattendu lieu-dit, signer sans état d’âme actes de propriété et autres mandats de mise en vente, agir avec rigueur et efficacité.
Un paysage, un enchevêtrement d’arbres et de ronces à l’abandon, où se trouve blottie depuis des décennies une maison dont une seule pièce demeure à l’abri du ciel, dix hectares alentour, traversés par le bruissement d’une rivière et d’une nature dévorante. Tel est le territoire que découvre Gabrielle, insensible à la beauté étrange, voire menaçante, des lieux, après des heures de route.
Contrainte de passer la nuit sur place, isolée, sans réseau téléphonique, Gabrielle s’endort sans avoir peur. Mais son sommeil est peuplé de rêves, d’odeurs de fleurs blanches et de présences.
Dans les jours qui suivent, toutes sortes de circonstances vont l’obliger à admettre ce qu’elle refuse de croire : certains lieux, certaines personnes peuvent entretenir avec l’au-delà une relation particulière. Gabrielle en fait désormais partie : elle se découvre médium.
De livre en livre, Frédérique Deghelt interroge notre désir d’une autre vie, explore les énigmes de notre perception, dévoile ce qui en nous soudain libère le passage entre la rationalité et l’autre rive.
Un roman jubilatoire, profond et inquiétant.

Mon avis :
 » Croyez-vous que moi, qui réalise des événements très concrets, qui vis à Paris avec un chirurgien esthétique dans l’univers le plus matériel qui soit, moi qui ne crois pas en Dieu, exècre l’astrologie, les voyants et autres fariboles ésotériques…Croyez-vous que j’étais préparée à ça? A hériter de cette malédiction, de ce don, comme d’autres l’appellent? « 

Le monde n’est pas forcément limité à ce que l’on vit tous les jours. Une vie parfois mécanique où l’on devient une image de ce que les autres attendent de nous, un fantôme inconnu et triste pour la plupart de ceux que l’on croise dans les transports en commun, peut cacher la vérité. Certes, l’impression de réussite est là avec une famille, des amis, un travail enrichissant, une vie intense branchée sur la communication.
Mais, si la vie nous impose autre chose, une plongée en pleine nature, la rencontre de gens vivant ou pensant autrement, un autre rythme de vie, l’esprit ne peut s’empêcher de comparer.
Pourquoi se sent-on apaisé auprès d’une onde claire, attiré par une végétation sauvage, amusé par la gentillesse gratuite d’inconnus, intéressé par une famille jusqu’alors méconnue? Les sensations du corps sont si fortes que l’esprit s’ouvre autrement.
C’est peut-être ce qui arrive à Gabrielle, parisienne, fille et femme de scientifique, cartésienne, hostile à la nature, avec des « problèmes de riches » lorsqu’elle se retrouve sur la propriété dont elle vient d’hériter dans un petit village du centre de la France.
 » Il faut éprouver pour comprendre » et ce qui attend Gabrielle, à la limite du fantastique, va ébranler ses certitudes à tout jamais.
 » Dans l’absolu, vous pouvez décider d’oublier que vous avez ouvert une porte et qu’il existe quelque chose derrière. Mais vous ne pourrez jamais décider que vous ne savez pas que cette porte existe. »
Si ce que vit Gabrielle reste pour moi du domaine du fantastique ( tant que je ne l’ai pas éprouvé, je ne peux pas le comprendre), j’ai beaucoup apprécié le style et les pistes de réflexion de l’auteur.
L’écriture de Frédérique Deghelt est riche de sensations, tantôt musicale et poétique, tantôt précise et presque scientifique. L’empathie de l’auteur se retrouve dans son récit.
Quelque soient mes croyances, mon inaptitude à appréhender les phénomènes paranormaux, il n’en reste pas moins de très bonnes réflexions sur le sens de la vie, sur son rapport à autrui, sur la potentialité de ce que nous ne savons pas encore expliquer.
J’ai été récemment assez fascinée par la démonstration de Luc Besson dans son film Lucy. On retrouve ici de nombreuses analogies : la capacité de notre cerveau, la possibilité d’un espace dans une autre dimension du temps, la possible connexions de cellules à des vitesses supérieures à celle de la lumière.
 » La religion n’existe pas, mais tout ce qu’elle transmet est vrai parce que les hommes en ont besoin un jour pour laisser parler tranquillement leurs âmes sans être dérangés par leur corps. »
Frédérique Deghelt est non seulement une excellente romancière mais elle est aussi une perfectionniste qui nous fait profiter de ses recherches sur le domaine et de sa vision éclairée.

Je remercie Nathalie qui m’a proposé de lire ce roman en commun. Retrouvez son avis ici.

New Pal 2015 orsec

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27 réflexions sur “Les brumes de l’apparence – Frédérique Deghelt

    • Je le compare parce que les deux me font réfléchir sur ce que l’on n’appréhende pas aujourd’hui. Que ce soient les pouvoirs du cerveau, l’espace temps, la mediumnité.
      Par contre, l’approche est foncièrement différente. Besson l’insère dans un film d’action ( parfois violent avec des espèces de yakusa) avec une approche scientifique. Frédérique Deghelt est beaucoup plus douce et réaliste en accentuant sur le côté fermé des citadins intellectuels et l’ouverture d’esprit face à des phénomènes paranormaux.
      J’espère ne pas troubler les lecteurs avec mon rapprochement.

    • J’avais ce livre depuis la rencontre signature avec l’auteur vers mars 2014. Son discours m’avait beaucoup intéressée même si je suis sceptique face à ces phénomènes. Frédérique Deghelt est une auteure très sympathique.

    • Merci. Magique, peut-être. Que ce soit à cause de ces phénomènes ou d’autre chose, le plus intéressant est sûrement cette remise en cause. Gabrielle passe d’une vie de parisienne aisée, heureuse aussi à une autre perception.

  1. Voilà je viens de rentrer et de publier l’article. Je vois que nous sommes sur la même longueur d’ondes. A très vite. Je pense que la suivante est pour le 21/03 « Quand j’étais Jane Eyre »

  2. Le thème du roman me tente bien même si je n’ai pas apprécié à sa juste valeur La grand-mère de Jade… En fait, ce qui me fait fléchir c’est tout ce qui tu dis du style de l’auteur. Alors pourquoi pas ?

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