L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir – Rosa Montero

monteroTitre : L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir
Auteur : Rosa Montero
Littérature hispanique
Traducteur : Myriam Chirousse
Éditeur : Métailié
Nombre de pages : 180
Date de parution : 22 janvier 2015

Auteur :
Rosa Montero est née à Madrid et a étudié la psychologie et le journalisme. Elle travaille depuis 1976 au journal El Pais, dont elle a dirigé le supplément hebdomadaire avant d’y tenir une chronique. Elle a remporté différents prix littéraires et publié de nombreux romans, des essais et des biographies.

Présentation de l’éditeur :
Chargée d’écrire une préface pour l’extraordinaire journal que Marie Curie a tenu après la mort de Pierre Curie, Rosa Montero s’est vue prise dans un tourbillon de mots. Au fil de son récit du parcours extraordinaire et largement méconnu de cette femme hors normes, elle construit un livre à mi-chemin entre les souvenirs personnels et la mémoire collective, entre l’analyse de notre époque et l’évocation intime. Elle nous parle du dépassement de la douleur, de la perte de l’homme aimé qu’elle vient elle-même de vivre, du deuil, de la reconstruction de soi, des relations entre les hommes et les femmes, de la splendeur du sexe, de la bonne mort et de la belle vie, de la science et de l’ignorance, de la force salvatrice de la littérature et de la sagesse de ceux qui apprennent à jouir de l’existence avec plénitude et légèreté. Vivant, libre, original, ce texte étonnant, plein de souvenirs, d’anecdotes et d’amitiés nous plonge dans le plaisir primaire qu’apporte une bonne histoire. Un récit sincère, émouvant, captivant dès ses premières pages. Le lecteur sent, comme toujours avec la vraie littérature, qu’il a été écrit pour lui.   « Rosa Montero aime le risque (…) et elle risque tout pour que nous nous remettions à croire dans les relations entre le langage et la réalité, dans le pouvoir des mots. » Enrique Vila-Matas

Mon avis :
 » Je suis une grande de fan de biographies : ce sont des cartes de navigation de l’existence qui nous préviennent des écueils et des bancs de sable qui nous attendent. »
Par contre, Rosa Montero n’aime pas les écrire. A la mort de son mari Pablo, après vingt et un ans de vie commune, elle a besoin de faire quelque chose avec sa peine afin que cela ne la détruise pas mais sans vraiment parler de sa vie intime. Lorsque son amie Elena Ramirez lui fait parvenir le journal écrit par Marie Curie pendant l’année qui suit la mort de Pierre, elle comprend le biais à utiliser.
«  analyser votre propre vie comme si vous étiez en train de parler de celle de quelqu’un d’autre. »
Toutefois, la vie de Marie Curie prend une large place dans ce récit. Comment ne pas être intrigué par ce personnage, « 
pionnière absolue« , à la mine si revêche mais au cœur bouillonnant?
Rosa Montero part de ce moment tragique dans la vie de Marie Curie qui est l’accident mortel de Pierre pour faire le lien avec sa propre douleur mais elle va au-delà, en nous rappelant la jeunesse, la vie, le travail, les recherches de Marie Curie.
Cette femme a dû se battre contre son milieu ( refoulée par la famille de Casimir, son premier amour à cause de sa condition), contre le machisme du milieu scientifique de l’époque, contre le froid et la faim à son arrivée à Paris, contre les instances qui leur refusent les crédits pour un laboratoire ou les places de professeurs qui leur permettraient de financer leurs recherches, contre la société qui lui reprochera son succès et sa liaison avec Paul Langevin, contre la maladie liée à l’exposition au radium.
Mais dans ses lettres à Pierre, elle garde une poésie, une beauté, une volonté à invoquer les moments simples de bonheur car il était l’homme de sa vie, celui qu’elle protégeait de manière maternelle. Elle parvenait à tirer de sa douleur l’éclat du beau.
 » la littérature fait de nous une partie du tout et, dans le tout, la douleur individuelle semble faire un peu moins mal. »
 » l’art parvient à transformer cette douleur laide et sale en quelque chose de beau. Je raconte et je partage une nuit déchirante et, en le faisant, j’arrache des étincelles de lumière à l’obscurité. »
Au détour des événements de la vie et des réactions de Marie Curie, Rosa Montero analyse et se livre avec parfois de beaux moments sur le souvenir de l’autre et des remarques plus communes sur le couple ou le sexisme.
L’auteur mêle le romanesque de la vie de Marie Curie et le style plus brut de l’essai avec des réflexions personnelles ( » Ah, coquine : finalement, notre bûcheuse aimait les beaux garçons. ») et des thèmes répertoriés par des hashtags (#Place de la femme, #Culpabilité, #Ambition….)
Ce livre ne doit pas être uniquement choisi pour la biographie de Marie Curie (il y en a sûrement de bien plus complètes et meilleures) mais pour l’effet miroir de deux peines. L’époque actuelle renonce aux rites funéraires, tend à cacher la mort. Rosa Montero veut en faire quelque chose, et c’est le pourquoi de ce livre.
«  La moelle des livres se trouve au coin des mots. Le plus important des bons romans s’amasse dans les ellipses, dans l’air qui circule entre les personnages, dans les petites phrases. C’est pour ça, je crois, que je ne peux rien dire de plus sur Pablo : sa place est au centre du silence. »

 

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10 réflexions sur “L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir – Rosa Montero

    • J’ai aimé parce que c’est très bien écrit, que le biais utilisé pour confier son propre état d’esprit suite au deuil de son mari est subtil, que j’ai appris des choses sur Marie Curie.
      Par contre, le récit se rapproche davantage de l’essai que du roman ce qui bride largement l’émotion. L’auteur utilise des références assez classiques sur le couple, la place de la femme (#) avec même une citation de l’humoriste Arthur ( qui n’est pas franchement une référence littéraire mais sûrement reflète la doxa)
      Je te remercie pour ton commentaire qui permet de préciser mon avis.

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