Berlinoise – Wilfied N’Sonde

n'sondeTitre : Berlinoise
Auteur : Wilfried N’Sondé
Éditeur : Actes Sud
Nombre de pages : 176
Date de parution : 7 janvier 2015

Auteur :
Wilfried N’Sondé est musicien, il vit à Berlin. Il est l’auteur de trois romans chez Actes Sud : le très remarqué Le Cœur des enfants léopards (2007, prix des Cinq Continents de la francophonie et prix Senghor de la création littéraire ; Babel n° 1001), Le Silence des esprits (2010) et Fleur de béton (2012).

Présentation de l’éditeur :
30 décembre 1989. Stan et Pascal arrivent à Berlin pour y passer le réveillon. Au pied du mur, que Berlinois et visiteurs sont occupés à détruire dans la liesse générale, ils rencontrent une fille à la peau brune et aux yeux vairons, Maya, qui subjugue immédiatement Stan. Déjà installés tous deux dans des vies grises malgré leur âge, Stan et Pascal sont conquis par la ferveur d’un peuple vivant une formidable réconciliation nationale. Ils décident de rester dans cette ville où tout paraît possible.
Texte solaire et sensuel, Berlinoise est un hymne au désordre, à la poésie des corps, à l’ardeur et à la candeur, dans lequel Maya la femme et Berlin la ville sont comme deux incarnations jumelles de l’utopie. Porté par un air de blues qui raconterait l’apprentissage de la désillusion, ce roman d’une éducation politique et sentimentale compose tout à la fois une déclaration d’amour et une lettre d’adieu à la folle jeunesse.

Mon avis :
Wilfried N’Sonde nous propulse cette fois dans le Berlin des années 90. Et le récit commence par une rencontre le 30 décembre 1989 au pied du mur qui tombe sous les coups de marteau d’une jeunesse enfin libérée.
Stan et Pascal ont quitté leur quotidien banal français pour participer à cet événement. Ce serait peut-être l’occasion de vivre de leur musique.
Maya, jeune allemande de l’Est à la peau sombre et aux cheveux de jais de ses origines cubaines, solaire et libérée les aborde au pied du mur.
Le moment est symbolique et le coup de foudre entre Maya et Stan est immédiat.
 » Elle n’avait eu que quelques jours pour réinventer sa vie, passer d’un monde à un autre en enjambant le mur, alors elle revenait sur les ruines pour replonger dans l’ambiance de la révolution pacifique. »
Maya brûle ses ailes aux lumières et aux rythmes de la nouvelle Berlin mais elle garde au fond d’elle une peur ancestrale et elle se retrouve vite écartelée entre la nouvelle profusion des biens et l’apparition d’une individualité excessive de ce nouveau monde capitaliste.
Maya liberté, Maya éblouissante, Maya amazone mais Maya chagrin, Maya révoltée. Maya est à l’image de Berlin.
 » Sa peinture, elle voulait qu’elle soit un art de combat, de dénonciation de l’arbitraire, un hommage à la mémoire des souffrances avant l’oubli. »
Et de plus en plus, elle perd la mesure avec la montée du néo-nazisme. Chaque assassinat d’étrangers par les skinheads la touche personnellement.
 » Maya peinait, malmenée entre la couleur de sa peau qui la marginalisait sans qu’elle comprenne bien pourquoi, la pénible adaptation aux dus réalités de la vie dans le capitalisme, et moi qui ne me rendais pas compte de rien et fuyais la confrontation. »
C’est sur les lieux d’un assassinat que Stan, Pascal et Clémentine joueront leur meilleure musique, opposant la musique à la violence, déclarant leur plus belle chanson d’amour à Berlin et Maya.

Wilfried N’Sonde m’avait intéressée et émue avec sa vision de la vie dans les cités parisiennes ( Fleur de béton), il revient ici avec un thème tout aussi social et humain, axé aussi sur la désillusion de la jeunesse. Son style est d’une grande richesse, alternant des phrases longues sensuelles et rythmées, des phrases réalistes et fortes.
Mon regret est de sentir l’obsession de Stan ( et de l’auteur) à revenir en boucle sur ses échanges passionnés avec une Maya qui s’alanguit puis se révolte à chaque fois. Les thèmes semblent revenir en boucle sans déboucher vraiment sur le drame que l’on sent poindre, sur l’intensité, la profondeur attendues.
Il n’en reste pas moins que c’est un roman superbement bien écrit sur des passions extrêmes, celles d’un couple et d’un peuple.
Un auteur que je recommande.

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10 réflexions sur “Berlinoise – Wilfied N’Sonde

  1. C’est surtout le rythme de l’écriture de Wilfreid N’Sondé qui m’intéresse, ce slam qui résonne tant qu’on a parfois envie de lire à haute voix.
    Ce dernier roman nous sort de la sempiternelle grisaille des banlieues, et nous embarque avec ces 3 personnages écorchés dans la ville de Berlin après la chute. Croisement des sensations et des réactions face à cette révolution qui ne tourne pas qu’au meilleur.
    J’avais aimé la sensualité de l’auteur, mais je trouve que dans ce livre, il revient un peu trop dessus, au risque que le lecteur se dise qu’il insiste un peu trop.
    4e roman que je lis de cet auteur, j’aimerais que Wilfreid nous propose un jour un roman optimiste, sous des cieux rayonnants, cela nous changerait de ses personnages en rupture.
    Il n’en reste pas moins que parmi les auteurs contemporains que je lis (et chronique), il fait partie de ceux que j’aime vraiment.

    • On aimerait souvent lire nos auteurs préférés dans d’autres registres mais c’est aussi l’univers qui nous fait aimer l’auteur.
      Je n’ai lu que Fleur de béton et Berlinoise mais j’en lirais volontiers d’autres.
      Merci pour ton commentaire.

      • Disons que l’auteur pourrait s’exposer plus, se remettre en question en cassant cette image. le monde n’est pas fait que de béton, d’écorchés, qu’ils vivent à Berlin ou à Paris. Et j’ai trouvé que cette fois-ci, il insistait un peu trop sur les scènes d’amour.
        Plus on aime, plus on en veut… c’est sûrement ça ! Ce que je ne voudrais pas, c’est qu’il tombe dans le piège de la facilité de répéter les mêmes schémas.
        Mais, comme je l’ai dit, il fait partie des auteurs que je n’hésite pas à conseiller à ceux qui aiment l’écriture qui a du style, de la musicalité et de la force de caractère.

  2. Pingback: « Berlinoise  Wilfried N’Sondé | «Suspends ton vol

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