La peau de l’ours – Joy Sorman

sormanTitre : La peau de l’ours
Auteur : Joy Sorman
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages : 160
Date de parution : 21 août 2014

Auteur :
Joy Sorman, née à Paris en 1973, est une femme de lettres française. Ancienne professeur de philosophie elle est également chroniqueuse de télévision et animatrice radio.
Elle a reçu le Prix de Flore en 2005 pour  son premier livre Boys, Boys, Boys

Présentation de l’éditeur :
Le narrateur, hybride monstrueux né de l’accouplement d’une femme avec un ours, raconte sa vie malheureuse. Ayant progressivement abandonné tout trait humain pour prendre l’apparence d’une bête, il est vendu à un montreur d’ours puis à un organisateur de combats d’animaux, traverse l’océan pour intégrer la ménagerie d’un cirque où il se lie avec d’autres créatures extraordinaires, avant de faire une rencontre décisive dans la fosse d’un zoo.
Ce roman en forme de conte, qui explore l’inquiétante frontière entre humanité et bestialité, nous convie à un singulier voyage dans la peau d’un ours. Une manière de dérégler nos sens et de porter un regard neuf et troublant sur le monde des hommes.

Mon avis :
Déjà à l’issue de ma lecture de Comme une bête, j’étais restée dans une grande incertitude pour rédiger ma chronique. Joy Sorman reste pour moi une ambiguïté. Je me délecte de son style mais je reste en marge de ses histoires.

Avec force de descriptions, de détails, l’écriture de l’auteur met mon imagination en effervescence. Je vois de belles scènes ( celle de la tempête en pleine mer ou la jungle acoustique du zoo sont superbes) et surtout je ressens tant d’émotions.

Le narrateur est ici un ours, né de l’union de Suzanne, la plus belle fille du village et de l’ours sauvage qui l’avait enlevée. Vendu à un montreur d’ours, il sera ensuite vendu plusieurs fois, subira des voyages par mer, train ou roulottes souvent très meurtriers pour la race animale. De cirque en zoo, notre ours va connaître toutes les asservissements réservés par les humains aux animaux.  » Les hommes ne nous laisseront donc jamais en paix. »
Seules les femmes conscientes de son origine, trouvent de l’intérêt à cet animal qui fut autrefois le roi des animaux avant d’être détrôné par le lion. Elles savent écouter son silence, son épaisse fourrure les réconforte.
 » Voilà ce que j’ai découvert, que les femmes ont depuis longtemps abdiqué tout savoir définitif, qu’elles connaissent le silence et la relégation, ce pourquoi elles me suivent, légères et intrépides, dans un monde obscur, et se délectent de ma simple présence. »
Les conditions de vie des animaux au zoo sont peut-être les plus difficiles à vivre. Dans ce décor factice d’arbres peints, avec pour seul compagnon un rat errant, notre ours déprime. L’écureuil perd la raison, le singe se suicide.

Ce conte montre à merveille toute l’humanité des animaux et la bestialité des hommes.
 » Les hommes aigris, mécontents du monde dans lequel ils sont nés et qui tracassent les bêtes désarmées pour se soulager » alors que l’ours ressent des émotions, sent son cœur battre fortement dans sa poitrine.  » Assis en tailleur dans ma cage, je regarde ailleurs, mon cou pivotant dans une torsion exagérée, je tâche de me tenir à distance de toute émotion alors que mon cœur bat à m’en fendre la poitrine- c’est ma perspective de l’inconnu, mais l’inconnu est-ce cet homme ou l’océan? »

Ce récit se lit comme un beau chant triste, une fable sur l’attrait de la monstruosité, une réflexion sur la bestialité humaine et l’humanité animale.
Mais finalement, au-delà de la perfection de l’écriture, je reste un peu en attente sur l’histoire.

«  Toi l’ours tu es tout ce que nous avons abandonné, tu es notre parent perdu dans les plis des siècles, nous ne sommes que ta version détériorée et ton ultime descendance... »

rentrée

 

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22 réflexions sur “La peau de l’ours – Joy Sorman

  1. Tout à fait pareil! Je trouve qu’elle a des talents de conteuse exceptionnels et son écriture et son style m’impressionnent, mais je reste un peu en marge de l’histoire. J’aurais presque tendance à prendre son livre comme un essai sur l’humanité et la bestialité, et non comme un roman. Mais je trouve quand même sa réflexion et son travail brillants.

  2. Je suis une grande fan, mais je comprends très bien ce que tu dis. Je me demande d’ailleurs si ce n’est pas ce qu’elle veut, que le lecteur apprécie, mais reste à la marge …

  3. Ce que tu écris sur la réussite et les bémols peuvent s’appliquer à son roman précédent. Elle a par contre un talent indéniable pour manier la langue.

  4. Je comprends tes bémols – à l’origine, Sorman est plutôt essayiste, pas romancière. Cela dit je trouve qu’elle a fait cette fois un vrai roman, avec une belle construction, ce qui manquait un peu à Comme un bête, plus sec. C’est un de mes coups de coeur de la rentrée.

    • Je ne dirais pas que le fond est pauvre. Mais c’est davantage un essai philosophique ou une illustration sur la bestialité et l’humanité.
      Mais il est vrai que je lis souvent de petits romans superbement écrits mais dont l’intrigue se résume à peu de choses.
      Plaisir de la lecture des mots, de sentir les émotions.
      Par contre, un roman dense et bien écrit me reste davantage en mémoire.

  5. Une belle écriture mais un premier livre pour moi de cette auteure qui ne m’a pas convaincu. Peu probable que j’en lise d’autre pour l’instant ! Cependant l’histoire vaut le coup pour son originalité, cela change un peu malgré tout de ce que je lis souvent !

  6. Je suis du même avis, j’ai été très déçue en vérité car j’avais énormément aimé Comme une bête et je m’attendais à quelque chose d’aussi bien et au final je suis restée sur ma faim… Elle écrit bien mais là, l’histoire n’a aucun sens pour moi… je n’y ai pas trouvé le moindre engouement…

    • Une très belle écriture et un univers particulier. Je continuerai à la lire car je suis certaine qu’un jour le sujet sera en phase avec mes affinités et ce sera un superbe moment de lecture.

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