Un monde flamboyant de Siri Hustvedt

hustvedtTitre : Un monde flamboyant
Auteur : Siri Hustvedt
Littérature américaine
Traducteur : Christine Leboeuf
Éditeur : Actes Sud
Nombre de pages : 416
Date de parution : 3 septembre 2014

Auteur :
Siri Hustvedt est née en 1955 dans le  Minnesota. Son père est un américain d’origine norvégienne et sa mère est norvégienne. Poétesse, essayiste et romancière, toute son oeuvre est traduite en France et publiée chez Actes Sud. Elle vit actuellement à Brooklyn.

Présentation de l’éditeur :
Méconnue de son vivant, une artiste new-yorkaise, Harriet Burden, fait, après sa disparition, l’objet d’une étude universitaire en forme d’enquête qui, menée auprès de ceux qui l’ont côtoyée, dessine le parcours d’une femme aussi puissante que complexe n’ayant cessé, sa vie durant, de souffrir du déni dont son œuvre a été victime.
Épouse irréprochable d’un célèbre galeriste régnant en maître sur la scène artistique de New York, mère aimante de deux enfants, “Harry” a traversé la vie de ses contemporains avec élégance et panache, déguisant en normalité triomphante son profond exil intérieur au sein d’une société qui s’est consciencieusement employée à la réduire au statut de “femme de” et d’artiste confidentielle.
La mort brutale de son mari signe, pour Harriet, un retour aussi tardif qu’impérieux à une vocation trop longtemps muselée qu’elle choisit de libérer en recourant, à deux reprises, à une mystification destinée à prouver le bien-fondé de ses soupçons quant au sexisme du monde de l’art. Mais l’éclatant succès de l’entreprise l’incite alors à signer témérairement un pacte avec le diable en la personne d’un troisième “partenaire” masculin, artiste renommé, dont le jeu pervers va lui porter le coup de grâce.
Gravitant de masques en masques et sur un mode choral autour de la formidable création romanesque que constitue le personnage de Harriet Burden, Un monde flamboyant s’impose comme une fiction vertigineuse où s’incarnent les enjeux de la représentation du monde en tant que réinvention permanente des infinis langages du désir.

Mon avis :
 » N’étions-nous qu’une seule personne ou en étions-nous plusieurs, Acteurs et écrivains n’inventaient-ils pas des personnages pour gagner leur vie. D’où sortaient ces personnages ? »

Harriet Burden, artiste américaine plasticienne, vit mal les critiques mitigées sur son œuvre, la non-reconnaissance des collectionneurs. Mal dans son corps trop grand (elle mesure 1mètre 98), presque masculin, elle souffre de n’être que la femme du riche collectionneur Félix Lord.
Le monde de l’art est particulièrement sexiste et bon nombre de femmes se sont travesties pour faire entendre leur voix.
A la mort de Félix, Harry se sent encore plus furieuse et perdue, même si elle connaissait les frasques de son mari bisexuel.
Avec la fortune de son mari, elle s’installe à Brooklyn, héberge des artistes paumés, puis décide de valoriser son art sous des masques, des prêtes-noms.
 » Je voulais voir dans quelle mesure mon art serait reçu différemment en fonction de la personnalité de chacun des masques. »
Ainsi, elle serait l’auteur cachée de l’Histoire de l’art occidental d’Anton Tish, de  Chambres de suffocation d’Eldridge et de Au-dessous de Rune.
 » Elle avait voulu un récipient mâle à remplir d’art. » Les expositions de ces artistes furent des succès mais Harry ne saura jamais si c’est parce qu’elle avait adopté une personnalité masculine ou si le succès est lié à l’artiste, même si c’est un homme inconnu ou un métisse homosexuel.
Si ls collaborations avec Anton et Eldridge se sont bien passées, il en va tout autrement avec Rune, un ancien ami de Félix qui cherche à s’approprier le succès. Harry devra écrire des chroniques sous le nom de pseudonyme pour tenter de reprendre la main sur son travail.
Femme, intellectuelle, elle voulait à la fois trouver ce qu’elle était vraiment et jouer une ruse à ces « types prétentieux du monde de l’art capable de faire ou de défaire les réputations. »

Le récit de Siri Hustvedt, autre femme américaine, intellectuelle sous la coupe d’un mari célèbre plus médiatisé, se veut comme l’œuvre de Burden, complexe et intrigant.
Non seulement, le roman est un mélange de plusieurs témoignages ( extraits des carnets de Burden, interviews des proches, témoignages des artistes prête-noms et de leur famille) mais il regorge aussi de références littéraires et artistiques.

Toutefois,  Siri Hustvedt parvient sous cette complexité et cette érudition à façonner un personnage humain. Fille unique d’un père professeur et d’une mère juive, elle a très vite ressenti la soumission de sa mère sous le joug d’un mari dominant. Elle s’est ensuite reconnue dans son propre couple en cette femme soumise.
Le besoin de vengeance est donc un état profond chez cette artiste qui s’est toujours reconnue en Margaret Cavendish, duchesse de Newcastle ( 1623-1673).
 » Il y a du travesti partout chez Cavendish. Comment, sinon, une lady pourrait-elle galoper dans le monde? Comment, sinon, pourrait-elle se faire entendre? »
Et la dernière œuvre d’ Harry sera Le monde flamboyant, une « femme-maison » en mémoire de la duchesse.

Ce roman n’est pas facile d’accès mais il est riche de plusieurs visons intéressantes. On y trouve bien évidemment le monde de l’art avec son hypocrisie, son extravagance, le questionnement des artistes sur la valeur, la nature de leur art.
 » Les grecs savaient que le masque, au théâtre,  n’était pas un déguisement mais le moyen d’une révélation. »
Lui est fortement lié par le sexisme de ce monde, le rôle de la femme.
 » Pendant des années, me dit Harry, Félix l’avait interrompue en pleine phrase, et elle s’était tue. »
Dépression, folie, questionnement d’identité nous font aussi aborder le rôle de la psychanalyse.
En intellectuelle américaine, l’auteur évoque brièvement la société américaine, son confort matérialiste bousculé par  l’attentat du 11 septembre.
 » Les humains sont les seuls animaux qui tuent pour des idées. »
Le récit sur la fin de vie, la maladie est finalement remarquable et touchant.
 » L’enfer, c’est ici, maintenant, et son nom est médecine. »

Le récit mélange habilement l’aspect documentaire, le côté enquête pour comprendre le rôle de Rune, les récits romanesques qui nous font découvrir la vie de plusieurs personnages et constitue ainsi un roman complet et passionnant.

Je finis par deux extraits à méditer :

 » N’est-il pas étrange que nous ne sachions pas qui nous sommes? Je veux dire que nous en savons si peu sur nous-même, c’est choquant. Nous nous racontons une histoire et nous y croyons tout du long, et puis il s’avère que ce n’est pas la bonne histoire, ce qui signifie que nous avons vécu une vie qui n’est pas la bonne. »

 » Nul ne savoure plus la vengeance que la femme, a écrit Juvénal. La vengeance est le plus grand ravissement des femmes, a écrit Sir Thomas Browne. Douce est la vengeance, surtout pour les femmes, a écrit Lord Byron. Et moi : je me demande pourquoi, les mecs, je me demande pourquoi. »

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25 réflexions sur “Un monde flamboyant de Siri Hustvedt

  1. « un roman pas facile d’accès »…. c’est hélas ce que je crains depuis le début, n’ayant jamais pu trouver la clé de  » Elégie pour un américain ». Et dire que j’aurais déjà du lire ce livre pour le 15/09 ….. Bref, je ne suis pas pressée de m’y mettre; quand la pile 2014 sera vide?

    • Ce qui me paraît difficile d’accès ou ce qui peut rebuter le lecteur est d’une part lié à la vaste culture littéraire et artistique de l’auteur et d’autre part à la construction. Par exemple, les chapitres d’Ethan sont assez étranges.

  2. Je pense que je me laisserai tenter par ce roman… à un moment opportun, avec l’esprit libre ! Il doit y avoir quelque chose de Siri Hustvedt dans le personnage d’Harriet, ne serait-ce que la taille. Quoique Siri ne doive pas atteindre 1m98, elle se remarque tout de même, elle est très grande et très mince ! (je l’ai croisée à Lyon pour les Assises Internationales du Roman)

    • Merci. Je dois dire que j’ai la chance de tomber sur des genres très différents.
      J’ai fini le roman d’Olivia Rosenthal qui lui aussi demande concentration et là, je suis en train de lire celui de Blas de Roblès qui m’a surpris par sa cocasserie mais qui lui aussi, en fin de lecture, me semble dévoiler tout son intérêt.

  3. Une auteure que j’ai déjà beaucoup lu et que j’adore… Alors forcément, il m’attire, il est d’ailleurs mon choix pour les match price minister… Si je ne le reçois pas une petite visite dans ma librairie s’imposera ;0) Je rajoute ton lien dans vos billets tentateurs :0)

  4. je viens de le commencer. je savais qu’il était ardu, donc je m’accroche car on apprend beaucoup de choses, la culture de l’auteur sur le plan de l’art et de la philosophie est immense et je me sens très limitée dans ces domaines.
    en fait, il faudrait le lire tranquillement, à petites doses. Enfin, on va voir…

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