On ne voyait que le bonheur – Grégoire Delacourt

delacourtTitre : On ne voyait que le bonheur
Auteur : Grégoire Delacourt
Éditeur : J.C. Lattès
Nombre de pages : 360
Date de parution : 20 août 2014

Auteur :
Né à Valenciennes en 1960. Après le succès mondial de La liste de mes envies et de La première chose qu’on regarde, Grégoire Delacourt signe sans doute son roman le plus fort, le plus personnel, sur la violence de nos vies et aussi sur le pardon.

Présentation de l’éditeur :
« Une vie, et j’étais bien placé pour le savoir, vaut entre trente et quarante mille euros.
Une vie ; le col enfin à dix centimètres, le souffle court, la naissance, le sang, les larmes, la joie, la douleur, le premier bain, les premières dents, les premiers pas ; les mots nouveaux, la chute de vélo, l’appareil dentaire, la peur du tétanos, les blagues, les cousins, les vacances, les potes, les filles, les trahisons, le bien qu’on fait, l’envie de changer le monde.
Entre trente et quarante mille euros si vous vous faites écraser.
Vingt, vingt-cinq mille si vous êtes un enfant.
Un peu plus de cent mille si vous êtes dans un avion qui vous écrabouille avec deux cent vingt-sept autres vies.
Combien valurent les nôtres ? »
À force d’estimer, d’indemniser la vie des autres, un assureur va s’intéresser à la valeur de la sienne et nous emmener dans les territoires les plus intimes de notre humanité.Construit en forme de triptyque, On ne voyait que le bonheur se déroule dans le nord de la France, puis sur la côte ouest du Mexique. Le dernier tableau s’affranchit de la géographie et nous plonge dans le monde dangereux de l’adolescence, qui abrite pourtant les plus grandes promesses.

Mon avis :
Que vaut le prix d’une vie? Antoine est bien placé pour le savoir puisqu’il est expert pour une compagnie d’assurance et a pour mission de calculer au plus juste les indemnités des sinistrés.
Malgré la lâcheté et la faiblesse héritées de son père, il n’y a pas de place pour la gentillesse dans son métier. Sauf, peut-être une seule fois, par compassion pour une douleur similaire à la sienne, ce qui lui vaudra un licenciement immédiat. Une sentence qui m’a paru abusive après quinze ans d’excellents services.
Ce pauvre Antoine, persuadé d’être rejeté et abandonné de tous ceux qui l’entourent, ne parvient pas à m’émouvoir.
Je conçois que l’absence d’une mère, la perte d’un être cher, le manque de tendresse lors de l’enfance puis la trahison d’une femme, la perte d’un emploi, l’exclusion de la société peuvent pousser à l’extrême.  » on grandit de traviole »
Bien sûr, régulièrement, les informations nous rappellent que pour épargner leur famille, certains désespérés l’anéantissent.
Seulement, la simplicité du langage, parfois la légèreté des expressions, le tempérament d’Antoine ne coïncident pas pour moi avec la gravité du sujet. Vouloir se suicider en avalant sa merde aux toilettes puis se débattre pour ne pas se noyer. Rejeter la faute sur un père taiseux, une femme volage, invoquer un refus de laisser continuer une génération de faibles. Aucune excuse n’est acceptable.
Je ne suis pas parvenue à ressentir le désespoir profond, la folie, la détresse chez Antoine qui puissent m’amener à entrevoir ses actes.
Le cheminement de l’adolescente en seconde partie du livre me semble mieux amené mais il se noie dans une fin un peu irréelle qui ne me convainc pas.
Chez Grégoire Delacourt, il y a une grande simplicité et une légèreté d’écriture qui cachent souvent une belle tendresse pour ses personnages. Il est alors difficile d’en faire des monstres.
 » Cette nuit-là, j’avais voulu retourner là-bas au monde de l’enfance, des illusions qui ne blessent pas, du sang qui n’est encore qu’une couleur, pas une douleur. »

Coïncidence : Je retrouve trace d’évènements lus récemment dans d’autres livres.  L’auteur parle de l’enlèvement de l’enfant de Lindbergh (Dernières nouvelles du martin-pêcheur de Bernard Chambaz) et de la mort du SDF voleur de bière battu à mort par 4 vigiles ( Ce que j’appelle oubli de Laurent Mauvignier).
Ces coïncidences arrivent fréquemment, je vais essayer de les noter dorénavant.

rentrée

27 réflexions sur “On ne voyait que le bonheur – Grégoire Delacourt

  1. Ah, de mon côté et comme il le dit lui aussi, il y a des actes désespérés qui sont des demandes d’amour … et manger sa merde, oui, pour moi c’en est un … Et pour avoir vu des ados en pleine détresse, oui le manque d’amour fait de sacrées cicatrices à vie. De là à expliquer l’acte du roman, c’est à voir … Mais c’est aussi cela qu’il a voulu montrer aussi.

    • Je n’ai fort heureusement pas cette expérience de manque d’amour dans mon histoire et mon environnement. Ce qui, sûrement, me rend moins sensible. Je comprends ce qu’a voulu montrer l’auteur. Seulement, je ne l’ai pas ressenti. Est-ce à cause de mon environnement ou de l’écriture? Je ne saurais le dire.
      Mais il est certain que notre vie influe sur notre perception d’un livre. Et c’est bien pourquoi chacun ressent des choses différentes à la lecture ce qui ne remet aucunement en cause le talent de l’auteur.

    • Je n’ai pas lu L’écrivain de la famille. J’ai commencé avec La liste de mes envies, que j’avais apprécié pour sa simplicité et l’ambiance des gens du Nord. Mais cela reste assez superficiel

    • J’ai oublié de noter sur ma chronique du roman de Clara Dupont-Monod que la soeur d’Alienor s’appelle Pétronille, lien de lecture avec le roman lu précédemment d’Amélie Nothomb.
      Marrant ces coïncidences de lecture.
      Je vais noter ça de suite.

  2. Trappenard en a dit le plus grand mal. Il ne me tente pas du tout (mais j’aime bien tes réflexions sur les coïncidences, ça m’amuse aussi dans mes lectures).

    • J’ai vu Augustin Trappenard le jour où il a parlé ( en bien) du roman de Reinhardt. Et ce jour-là, les autres faisaient allusion au livre qu’il avait descendu la veille. J’ai cherché partout quel titre il avait pu descendre et tu me donnes aujourd’hui la solution. Et bien, une fois de plus, je suis en phase avec Augustin…

  3. Pingback: On ne voyait que le bonheur, de Grégoire Delacourt | Cultur'elle

  4. Je suis complètement d’accord avec toi, notamment à propos du licenciement d’Antoine ou de la fin. Ce livre n’a pas non plus réussi à me toucher, mais je crois que je suis un peu moins sévère que toi, je dois bien avouer que je n’ai pas passé une lecture désagréable même si je n’ai pas trouvé ce livre très enrichissant.

  5. Je n’ai lu que ce ouvrage là de lui alors peut-être serais-je déçue par d’autre mais pour le coup j’ai dévoré ce livre d’une traite, je n’arrivais pas non plus à éprouver de l’affection pour le personnage mais pourtant j’étais à fond dans son histoire, le pourquoi il voulait faire en finir, mettre un terme à tout ça… Bref au final j’ai aimé ce livre mais je n’irais pas jusqu’à dire que c’est LA révélation x) contrairement à d’autres avis moi il m’a touché quelques parts, du moins sa détresse…

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