La fête de l’insignifiance – Milan Kundera

kunderaTitre : La fête de l’insignifiance
Auteur : Milan Kundera
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages : 144
Date de parution : 3 avril 2014

Auteur :
Milan Kundera, né le 1er avril 1929 à Brno (Moravie), est un écrivain français originaire de Tchécoslovaquie. Ayant émigré en France en 1975, il a obtenu la nationalité française en juillet 1981. Il a écrit ses premiers livres en tchèque, mais utilise désormais le français.
Il a reçu le prix Médicis étranger en 1973 pour La vie est ailleurs, le prix Jérusalem en 1985, le prix Aujourd’hui en 1993 pour Les Testaments trahis, le prix Herder en 2000, le grand prix de littérature de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre en 2001, le prix mondial Cino Del Duca en 2009 et le prix de la BnF en 2012. Son nom a été plusieurs fois cité sur les listes du Prix Nobel de littérature. Son œuvre est traduite dans une trentaine de langues.

Présentation de l’éditeur :
Jeter une lumière sur les problèmes les plus sérieux et en même temps ne pas prononcer une seule phrase sérieuse, être fasciné par la réalité du monde contemporain et en même temps éviter tout réalisme, voilà La fête de l’insignifiance. Celui qui connaît les livres précédents de Kundera sait que l’envie d’incorporer dans un roman une part de «non-sérieux» n’est nullement inattendue chez lui. Dans L’Immortalité, Goethe et Hemingway se promènent ensemble pendant plusieurs chapitres, bavardent et s’amusent. Et dans La Lenteur, Véra, la femme de l’auteur, dit à son mari : «Tu m’as souvent dit vouloir écrire un jour un roman où aucun mot ne serait sérieux… je te préviens : fais attention : tes ennemis t’attendent.» Or, au lieu de faire attention, Kundera réalise enfin pleinement son vieux rêve esthétique dans ce roman qu’on peut ainsi voir comme un résumé surprenant de toute son œuvre. Drôle de résumé. Drôle d’épilogue. Drôle de rire inspiré par notre époque qui est comique parce qu’elle a perdu tout sens de l’humour. Que peut-on encore dire? Rien. Lisez!

Mon avis :
Pas de fil romanesque dans ce court roman de Milan Kundera mais une succession de discussions entre plusieurs personnages apparemment d’une grande légèreté mais en proie à des questions existentielles.
Alain se pose la question du pouvoir érotique du nombril. Il fut abandonné très jeune par sa mère qui ne voulait pas d’enfant, ne voulait pas créer de succession à ce lien du cordon ombilical. Il en garde un sentiment de culpabilité qui le range dans le clan de ceux qui s’excusent pour tout.
Ramon, lui, rêve de voir une exposition de Chagall mais, chaque fois, rebuté par l’attente, préfère se promener dans le Jardin du Luxembourg. « Il aimait le succès tout en ayant peur de susciter l’envie. »
D’Ardelo vient de savoir qu’il échappe au cancer. Il est plutôt un snob narcissique qui a besoin de se valoriser dans l’œil des autres.
Et puis, il y a Charles, organisateur de cocktails qui a pris à son service Caliban, un acteur chômeur. Ce dernier joue avec la mystification en se créant une langue étrangère.
« Le plaisir de la mystification devait vous protéger. Cela a d’ailleurs été notre stratégie à tous. Nous avons compris depuis longtemps qu’il n’était plus possible de renverser ce monde, ni de le modeler, ni d’arrêter sa malheureuse course en avant. Il n’y avait qu’une seule résistance possible : ne pas la prendre au sérieux. »
Car, la seule façon d’aborder ce monde est bien de ne pas le prendre au sérieux. Il faut garder une bonne dose de bonne humeur pour observer et rire de la bêtise des hommes.
Et c’est l’insignifiance qui est la clé de la bonne humeur.
 » L’insignifiance, mon ami, c’est l’essence de l’existence. Elle est avec nous partout et toujours. Elle est présente même là où personne ne veut la voir : dans les horreurs, dans les luttes sanglantes, dans les pires malheurs. Cela exige souvent du courage pour la reconnaître dans des conditions aussi dramatiques et pour l’appeler par son nom… Elle est la clé de la sagesse, elle est la clé de la bonne humeur. »
Et Kundera qui aime mélanger les époques, nous montre aussi comment Staline pouvait blaguer et s’apitoyer devant ce pauvre Kalinine,  » seul homme russe qui a lutté contre un problème humain« , retenir son urine à cause d’une prostate malade.
Sur cent quarante pages, où j’ai eu du mal à cerner ces personnages un peu cocasses, il y a effectivement sous un aspect de grande légèreté des réflexions effleurées sur l’ humain.

Tout comme cette femme qui voulait se noyer et s’est vu sauvée par un inopportun. Qu’est ce c’est que cette défense des droits de l’homme alors que l’on ne peut même pas se suicider ou empêcher de mettre au monde un enfant quand on le décide.
 » Les droits que peut avoir un homme ne concernent que des futilités pour lesquelles il n’y a aucune raison de se battre ou d’écrire de fameuses Déclarations. »
 » Quel plaisir de ne pas s’occuper de ce qui se passe en haut, quel plaisir d’être présent ici-bas. »
 » Ils sont prêts à aller n’importe où, à faire n’importe quoi, seulement pour tuer le temps dont ils ne savent que faire. »

Il faut peut-être avoir quatre-vingt-cinq ans et ce recul nécessaire sur la vie pour écrire un tel roman avec autant de fantaisie, d’impression de désinvolture sous-tendue de réflexions sur la condition humaine. Et surtout avoir la notoriété de Milan Kundera pour être encensé par la presse littéraire.
Si ce livre clôt l’œuvre de l’auteur, je suis tout de même plus attirée par de précédents ouvrages.

 

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24 réflexions sur “La fête de l’insignifiance – Milan Kundera

  1. Hum… Bon…je suis un peu déçue ou est-ce le fait de te sentir déçue ? 😉 J’ai encore plus de vingt ans devant moi pour l’apprécier dans tout son message ! 🙂 Et il m’en faut lire de lui que je n’ai pas encore lus…

    • J’aurais peut-être dû relire un autre roman de Kundera avant. Je dois avoir L’immortalité et Le livre du rire et de l’oubli dans ma bibliothèque. Il est vrai que j’ai sauté sur ce bouquin parce que c’était un évènement presque inattendu. Il est toujours mauvais d’avoir trop d’attente. Et puis, je ne suis peut-être pas assez « littéraire » pour tout apprécier. Je vais guetter les autres avis de lecteurs.

      • Je les ai moi aussi ces deux là ainsi que L’insoutenable légèreté de l’être (livre culte de ma jeunesse) ! Je ne sais pas ce que tu appelles « littéraire », je pense que quand on lit de tout sans difficultés particulières, nous sommes « littéraires » !!! 😀 Mais voilà, on attend beaucoup de Kundera alors qu’il a peut-être déjà tout dit, la dérision est un peu sa marque de fabrique, alors à suivre… J’essaierai de me le procurer et je te dirai ce que j’en ai pensé (mais pas tout de suite, hélas) !

      • Je suis curieuse d’avoir des avis de lecteurs.
        Quand je dis ne pas être littéraire, je veux dire que je ne suis pas prof de français comme beaucoup de lecteurs/blogueurs et que je n’ai pas fait de prépa littéraire mais scientifique.

    • L’insoutenable légèreté de l’être est un roman. Pour moi, c’est plus facile à lire. Et c’est un très bon roman, que j’ai lu il y a très longtemps mais qui me laisse encore certaines scènes en mémoire. Tu vas l’aimer….mais c’est peut-être parce que j’avais ça en mémoire que ce court roman un peu philosophique m’a légèrement déçue. Maintenant c’est la fête de l’insignifiance et tout l’art est d’en faire une philosophie.

    • Bien sûr, il faut le lire (fais moi signe si besoin). Et je suis curieuse d’avoir ton avis. Depuis la fin de ma lecture, j’y repense… Bien sûr, c’est une bonne philosophie surtout à partir d’un certain âge mais si elle allège notre vision de la vie, résout-elle les problèmes humains?

  2. Ah mince… J’avoue que je n’ai lu que « La plaisanterie » de cet auteur qui m’a beaucoup plu et donné envie d’en lire d’autres de cet auteur. Je vais donc me plonger dans d’autres livres de lui avant de me plonger dans celui-ci…

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