Kinderzimmer – Valentine Goby

gobyTitre : Kinderzimer
Auteur : Valentine Goby
Éditeur : Actes Sud
Nombre de pages : 224
Date de parution : août 2013

Auteur :
Valentine Goby est née en 1974. Elle est notamment l’auteur de L’Échappée (Gallimard, 2007), Qui touche à mon corps je le tue (Gallimard, 2008), Des corps en silence (Gallimard, 2010) et Banquises (Albin Michel, 2011). Elle écrit également pour la jeunesse. Kinderzimmer (Actes Sud, 2013) est son huitième roman.

Présentation de l’éditeur :
Je vais te faire embaucher au Betrieb. La couture, c’est mieux pour toi. Le rythme est soutenu mais tu es assise. D’accord ?
– Je ne sais pas.
– Si tu dis oui c’est notre enfant. Le tien et le mien. Et je te laisserai pas.
Mila se retourne :
– Pourquoi tu fais ça ? Qu’est-ce que tu veux ?
– La même chose que toi. Une raison de vivre.”
En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de quarante mille femmes. Sur ce lieu de destruction se trouve comme une anomalie, une impossibilité : la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres. Dans cet effroyable présent une jeune femme survit, elle donne la vie, la perpétue malgré tout.
Un roman virtuose écrit dans un présent permanent, quand l’Histoire n’a pas encore eu lieu, et qui rend compte du poids de l’ignorance dans nos trajectoires individuelles.

Mon avis :
Tout comme moi, vous avez sûrement lu beaucoup de récits sur la déportation et la vie dans les camps. Et sur ce sujet, le livre de Primo Lévi, Si c’est un homme, fait référence en tant que devoir de mémoire.
Valentine Goby nous raconte si c’est une femme, qui plus est, enceinte. Mila a été déportée en janvier 1944 comme détenue politique. Quand elle raconte son histoire devant une classe de lycéens, elle dit  » nous marchions vers Ravensbrück ». Mais elle ne pouvait pas connaître ce nom en se dirigeant vers cet enfer.
Aux côtés de sa cousine Lisette, elle va vivre ou plutôt survivre au milieu des blocks surpeuplés de françaises, polonaises, tchèques, russes de tous âges, faisant face aux poux, aux rats, à la dysenterie, au typhus, aux cadavres entassés dans le Waschraum, résistant debout dans le froid à l’Appell dès 3h30 du matin.
Et pourtant, pour tenir, il faut trouver une raison de vivre. Pourquoi pas ce bébé qu’elle va partager avec Teresa et les autres ou les pensées de chacune sur une vie ailleurs, avant, dehors.
«  Le vamp est une régression vers le rien, le néant, tout est à réapprendre, tout est à oublier. »
Valentine Goby, bien plus qu’un témoignage historique largement raconté, décrit cette vision personnelle « pour inventer ce qui a disparu à jamais : l’instant présent »  . Ce sont des phrases courtes, violentes qui claquent comme des coups de fouet, c’est un rythme percutant qui mêle désespoir et rage.
Kinderzimmer a cet accent de vérité, de réalisme, cette émotion poignante d’une femme qui lutte pour survivre. Même si il sera longtemps difficile pour Mila de  raconter, de reprendre une vie normale, de quitter ce rythme infernal de soumission et de déshumanisation, elle se souvient de petites choses qui font son histoire, d’une branche de lilas, premier signe de vie en mai 1945.

Un magnifique roman qui entre dans mes coups de cœur de la Rentrée Littéraire. Je vais aussi à chaque occasion possible lire les anciens romans de cette auteure.

Extrait :
«  À Ravensbrück, l’Allemagne n’aura jamais perdu. Alors d’accord, ce que disent la chorale en cinq langues du dimanche, les chants des jours de fête, les figurines de Noël en mie de pain valant dix jours de survie; ce que dit le poème appris par coeur et récité un soir aux camarades, le petit poème d’enfance papillon fleurs des champs qu’on refuse d’oublier; ce que dit la pitié d’une femme SS pour un oiseau blessé;ce que dit le concert d’ongles joué pour Georgette; ce que disent les mouchoirs ajourés dans le noir, les bouts de charbon volés, les chapelets bricolés dans les rebuts de Siemens; ce que dit la femme sculptant un motif dans sa gamelle en bois juste pour faire joli, et celle qui vole tes chaussures posées sur le bord du lavabo; ce que disent les aiguilles cassées à l’entrejambe des pantalons des soldats assemblés au Betrieb; … ce que dit le corps de Teresa collé au corps de Mila, son souffle dans le cou de Mila toutes les nuits; ce que disent les barbelés électriques déserts à l’extérieur, nulle viande séchés sur les fils depuis des mois; ce que dit l’Allemande qui frappent les mains des femmes qui se grattent; ce que disent les recettes de cuisine cent fois lancées pour rien dans l’air, le col rond et blanc qu’une prisonnière a cousu avec l’ourlet de sa robe, qui lui vaut vingt-cinq coups de bâton…., ce que ça dit, tout cela, c’est que même à Ravensbrück, l’Allemagne n’a pas gagné, n’aura jamais gagné complètement. »

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40 réflexions sur “Kinderzimmer – Valentine Goby

    • Je viens de lire dans le dernier magazine Lire que ce roman était soit un coup de coeur soit une version qui utilise trop la corde sensible et donc déplaît. Ce sera un peu comme le roman de Frédérique Martin l’an dernier ( Le vase où meurt cette verveine).Les avis seront donc partagés. Certes le sujet prête à l’émotion mais elle y est très maîtrisée et aucunement « surdosée »
      Moi, je fus vraiment sensible à cette lecture.

  1. L’auteur, oui, j’aime beaucoup ceux que j’ai déjà lus d’elle, mais le sujet ne m’attire vraiment pas. J’ai l’impression d’en avoir soupé des camps de concentration, et des histoires d’enfant, j’ai souvent du mal…

    • C’est un peu ce que je dis en début de chronique, un sujet très courant en littérature dont on a l’impression de tout connaître. Mais, c’est très bien traité et je ne regrette pas d’en avoir lu un enième.

  2. Je l’ai achevé aujourd’hui, j’ai tout autant aimé que toi, j’ai été profondément touchée par ce roman.
    Une intensité, des mots très durs, mais à la fois très juste pour raconter l’innommable.
    Ce qui m’a frappé aussi, c’est la fin quand on se rend compte que sa famille ne se rend pas compte de ce qu’elle a vécu, comme Primo Levi qui disait qu’on ne le croyait pas quand il racontait aux gens ce qu’il avait vécu.

    • Tous les commentaires sur mon blog vont dans le même sens. J’en suis très contente. L’auteur explique bien effectivement cette difficulté de raconter, de sortir de ce monde clos et de reprendre une vie normale.

  3. Pingback: "Kinderzimmer", de Valentine Goby | Le jardin de Natiora

  4. Pingback: « Kinderzimmer , Valentine GOBY | «Sur mes brizées

  5. Valentine Goby nous a fait l’immense honneur de venir nous parler de ce livre coup de poing lors d’une rencontre du club de lecture dont je fais partie (tu connais le blog de la créatrice de ce club c’est chapitre onze! il y a l’article de cette rencontre dessus). Un livre vraiment à lire et une auteure vraiment passionnante et passionnée et d’une grande gentillesse! j’ai hâte de lire d’autres livres d’elle.

  6. Un livre qui traîne dans ma PAL depuis près de 2 ans et que je viens juste de terminer. Un magnifique récit, une écriture percutante. Beaucoup d’émotion et de retenue pudique également. Beaucoup de respect et un magnifique hommage aux femmes dont l’histoire a nourri ce récit. La découverte d’une auteure également, qu’il me tarde de retrouver.

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