Les derniers jours de Smokey Nelson – Catherine Mavrikakis

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Titre : Les derniers jours de Smokey Nelson
Auteur : Catherine Mavrikakis
Éditeur : Sabine wespieser
Nombre de pages : 336
Date de parution : septembre 2012

Auteur :
Catherine Mavrikakis est née à Chicago en 1961, d’un père grec et d’une mère française. Elle enseigne la littérature à l’Université de Montréal. Ses livres précédents, romans et essais, ont été publiés au Québec.

Présentation de l’éditeur :
Dans ce grand livre choral, quatre voix alternent pour évoquer celui dont l’exécution est prévue le 15 août 2008 au pénitencier de Charlestown.
Sydney Blanchard est noir comme Smokey Nelson. Des années auparavant, il a été arrêté par erreur et a purgé une peine de prison avant que le vrai coupable soit identifié : sa longue imprécation commence à Seattle, sur la tombe de Jimi Hendrix.
Pearl Watanabe a découvert la scène du crime dans le motel des environs d’Atlanta où elle travaillait alors. Elle est repartie vivre à Honolulu après le drame. En vacances chez sa fille alors que tous les médias ne parlent que de l’imminence de l’exécution, elle est rattrapée par le cauchemar qui la hante depuis un clair matin d’octobre 1989.
Ray Ryan, lui, se prépare à quitter son domaine des montagnes de Géorgie pour aller assister à la mort programmée. Il écoute la voix de Dieu, qui dans un prêche ininterrompu l’enjoint à trouver l’apaisement dans la vengeance : c’est sa fille qui a été assassinée avec son mari et ses deux enfants.
Auteur du quadruple meurtre, Smokey Nelson voit se dérouler ses toutes dernières heures avant l’injection mortelle.
Depuis près de vingt ans, ces quatre figures d’une Amérique en perdition sont hantées par le même et abominable souvenir. Sans cesse ramenées à leur passé, elles deviennent comme autant d’incarnations d’une société abandonnée à elle-même que Catherine Mavrikakis scrute avec une formidable acuité.

Mon avis :
La force et l’originalité du roman de Catherine Mavrikakis résident dans la construction en un roman polyphonique varié. Quatre voix s’expriment autour d’un même évènement. Smokey Nelson, auteur d’un meurtre affreux d’une famille complète, mère, père et deux jeunes enfants dans un hôtel d’Atlanta va être exécuté après 19 ans d’emprisonnement.
C’est Sydney Blanchard qui entame ce récit en discutant avec sa chienne Betsy. Sydney est né le jour de la mort de Jimi Hendrix. Enfant, on le disait habité d’un fantôme. Il fut le premier accusé de la tuerie d’Atlanta avant que Smokey soit arrêté. Son discours est violent, agressif pendant tout son voyage qui le ramène à La Nouvelle Orléans.
Pearl Watanabe est née de père japonais et de mère américaine. Elle travaillait dans l’hôtel où Smokey a commis son meurtre. Elle a bavardé et même badiné avec le meurtrier ce jour-là. Elle vit à Hawaï mais revient justement voir sa fille dans le Sud des Etats-Unis au moment où Smokey va être condamné à mort. Son récit et celui de Tamara, sa fille sont beaucoup plus construits et agréables. Même si sa fille tente de lui cacher l’évènement pour que Pearl ne revive pas ce jour maudit du meurtre, la rencontre est inévitable. Pourquoi Smokey l’a -t-il épargnée ce jour-là ?
 » Elle aurait voulu dire que les humains sont faits de moments, que le bien et le mal ne sont pas inséparables et qu’il y avait en ce garçon une véritable bonté que son père Watanabe et sa mère avaient appris à Pearl à reconnaître chez les autres. »
Puis vient le tour de Ray, le père de Sam, la femme qui a été tuée sauvagement avec ses deux enfants et son mari. C’est en fait Dieu qui parle à son fils Ray. Mais ce Dieu est violent, raciste, sexiste. C’est dans une Géorgie très croyante que Ray fut élevée. Une religion qui n’accepte pas le suicide de son père, qui relègue la femme à son rôle de servante et qui accuse les Noirs et les homosexuels. Une fois de plus, le discours est violent, fanatique bien que Ray se pose certaines questions sur le sens de cette dégénérescence.
Après plusieurs chapitres alternés sur chaque voix, Smokey Nelson s’exprime sur la vie en prison, le déroulement de cette dernière journée du condamné. Il évoque de manière très calme le soutien de sa sœur, son procès, sa sérénité face à la mort imminente.
Ce roman m’a un peu étonnée. J’ai apprécié la construction, le lien sur la chronicité des évènements, la vision d’une Amérique ( le Sud ) un peu rétrograde, encore très empreinte d’une  religion coercitive  et de racisme alors qu’Obama sera prochainement président.
Je regrette que l’auteur n’ait pas abordé davantage le point de vue de Smokey. J’aurais aimé en savoir davantage sur ses états d’âme. Pourquoi a-t-il commis ce crime sauvage, pourquoi a-t-il épargné Pearl ?
L’auteur démontre dans cette construction qu’au-delà des victimes, toutes les personnes directement concernées par un tel drame se trouvent gravement perturbées au point que la mort semble une douce consolation.

 » La mort a quelque chose de terrifiant, mais aussi de délicieusement maternel. »

J’ai lu ce roman en tant que jurée du biblioblog

rentrée 2012  plume

10 réflexions sur “Les derniers jours de Smokey Nelson – Catherine Mavrikakis

  1. J’ai beaucoup aimé ce roman. C’est amusant, je n’ai jamais pensé, tout au long de ma lecture, que je voulais en savoir plus sur les motivations de ce crime… J’ai tellement apprécié ces différentes voix, et leur écriture si différente… l’accent sincère qui s’en dégage…

    • Il me semble que c’est le genre de certains personnages (Sydney et Ray) qui m’a influencée. Mais c’est effectivement tout l’art de l’auteur de savoir manier des personnalités différentes et de faire émerger chez le lecteur des affections. C’est un livre que j’ai aimé pour son originalité de construction, cette façon de mettre en scène des personnages autour d’un même évènement et bien sûr la qualité de l’écriture mais il me manquait effectivement quelque chose pour entrer plus profondément dans l’histoire.

  2. Elle a fait exprès justement, de ne surtout pas donner la raison de cet acte. l’important est de ne pas ressentir d’empathie pour le personnage, on doit rester un peu distant. Ce qui importe c’est surtout la conséquence que ce geste peut avoir sur les autres. J’ai trouvé que c’était de la grande littérature.

    • La construction montre bien l’objectif de l’auteur et je comprends sa volonté de ne pas s’intéresser à l’acte en lui-même. La conséquence sur les autres est aussi importante et tragique mais il m’a manqué quelque chose.

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