Animal du coeur – Herta Müller

mullerTitre : Animal du coeur
Auteur : Herta Müller
Editeur : Gallimard
Nombre de pages : 231
Date de parution : mars 2012

Auteur :
Herta Müller, est née en 1953 à Nitzkydorf, Roumanie, au sein de la minorité germanophone, elle vit en Allemagne depuis 1987.
Elle est l’auteur de plusieurs romans, récits et essais, et son oeuvre fut couronnée par d’innombrables prix littéraires dont le plus prestigieux, le Prix Nobel de Littérature, en 2009. D’elle, les Éditions Gallimard ont déjà publié L’homme est un grand faisan sur terre (Folio n° 2173) et La bascule du souffle (Du monde entier, 2010).

Présentation de l’éditeur :
« Un père, au jardin, désherbe l’été. Debout près de la bordure, une enfant se dit : mon père en sait long sur la vie. Car le père place sa mauvaise conscience dans les plantes les plus nulles et les arrache. Juste avant, l’enfant a souhaité que les plantes les plus nulles échappent à la binette et survivent à l’été. Mais elles ne peuvent pas s’enfuir, parce qu’elles doivent attendre l’automne pour avoir des plumes blanches. Alors seulement, elles apprendront à voler. »
Lola a quitté sa province pour échapper à la misère et faire ses études à Timisoara. Un jour, on la retrouve pendue dans son placard. À cette mort misérable s’ajoute son exclusion infamante, à titre posthume, du Parti communiste. La narratrice, ancienne camarade de chambre de Lola, ne croit pas à la thèse du suicide, pas plus qu’Edgar, Kurt et Georg. Mais l’amitié qui se noue entre elle et les trois garçons, puis avec Tereza, est menacée cette société qui broie l’individu et tous ceux qui s’y opposent.
Animal du cœur dépeint le régime de terreur de Ceausescu et ses conséquences sur de très jeunes vies. L’auteur y interroge la capacité de l’homme à résister à toute normalisation et à sauver son
humanité profonde. Ce roman est écrit dans la langue d’une richesse poétique inouïe qui fait la singularité du puissant style de Herta Müller.

Mon avis :
« Se taire, c’est déplaire, dit Edgar; et parler, c’est se ridiculiser. »
Le roman commence et finit  par cette phrase. Herta Müller, née dans la région souabe de la Roumanie (minorité germanophone), a vécu cette oppression de la dictature de Ceausescu. Ce roman est paru en 1994 en Allemagne et vient juste d’être édité en France. On y trouve une part de la vie de l’auteur puisque la narratrice est issue de la même région, elle est aussi fille d’un ancien soldat SS et elle est traductrice dans une usine roumaine.
C’est le roman d’une amitié entre la narratrice et trois jeunes garçons, Edgar, Kurt et Georg, réunis par le suicide de la camarade de chambrée de la narratrice. Ces jeunes vivent sous la peur constante d’être interpellés, poussés au suicide ou envoyés au cimetière. Ils voudraient témoigner de toutes ces morts suspectes, du mauvais traitement des prisonniers. Pour eux, c’est une perpétuelle méfiance, un harcèlement constant.
 » On sentait le dictateur et ses gardes qui planaient au- dessus de tous les secrets des projets de fuite, on les sentait à l’affût, en train d’inspirer la peur. »
Chaque lettre doit être codée et renfermer un cheveu témoin.
 » Nous restions dépendants les uns des autres. les lettres contenant un cheveu n’avaient servi qu’à lire la peur de l’un dans l’écriture de l’autre. »
Les fouilles de domicile, les interrogatoires sont permanents. Il n’y a que deux issues possibles, le suicide ou la fuite qui conduit très souvent à la mort.
Le roman est difficile car l’auteur utilise elle- même des codes de langage. Elle réinvente une langue où la mort est un sac, la noix, une tumeur. Des phrases et des mots viennent rythmer constamment le récit, on retrouve de manière récurrente les coiffeurs et les couturières, les moutons en fer-blanc (sidérurgie), les melons de bois (transformation du bois), les buveurs de sang(abattoirs).
Dans ce récit viennent aussi se mêler les souvenirs de l’enfant face à son père, les folies des grand-parents.
Sens cachés, métaphores, incursions compliquent la lecture du roman mais l’atmosphère est ainsi créée et le dénouement est particulièrement intense et émouvant.
Et l’animal de notre cœur, lui-aussi se met à remuer en nous.

Je remercie les Éditions Gallimard pour la découverte de ce roman.

 

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