Du nouveau dans ma bibliothèque (42)

Plaisirs d’automne avec tricot, cinéma, série TV et lectures, bien évidemment.

J’ai découvert Margaret Atwood avec La servante écarlate, que je regarde maintenant en série télé. Tout doucement car je vais détester attendre un an pour découvrir la suite. Même si il y a souvent des longueurs, le réalisateur de la série ( épaulé, je suppose par Margaret Atwood) interprète habilement tous les non-dits du roman. Il va tout de même falloir beaucoup d’imagination pour tenir plusieurs saisons. Mais je ne doute pas des pouvoirs de ce milieu.

Tout cela, pour justifier que j’avais très envie de continuer avec l’auteur d’où l’arrivée de ces deux romans.

    

Et je continue avec « le portrait d’une femme banale devenue une héroïne tragique » dans ce court roman de l’italienne Natalia Ginzburg, C’est ainsi que cela s’est passé.

Et pour tout vous dire, je ne regrette pas d’être allée voir cette semaine au cinéma, Au revoir là-haut, l’adaptation d’Albert Dupontel du roman de Pierre Lemaitre, Prix Goncourt 2013. D’un très bon roman, Albert Dupontel fait un film d’une grande richesse, avec de la fantaisie, pléthore de sentiments et beaucoup d’esthétisme.

 

Bonne semaine et bonnes lectures

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Rentrée littéraire janvier 2018

4321, c’est parti…

Quelque chose me dit que les piles à lire vont repartir à la hausse. Comme d’habitude, la rentrée littéraire de janvier me met en joie. Surtout, côté Littérature étrangère, où j’attends avec impatience mes auteurs préférés : Louise Erdrich, Herta Müller, Paul Auster, Jens-Christian Gröndhal, Elsa Osario, José-Carlos Somoza, Sébastian Barry, Siri Hustvedt.

Ne boudons pas quelques auteurs français comme Régis Jauffret, Gaëlle Josse, Emilie de Turckheim, Pierre Assouline, Catherine Cusset, Pierre Lemaitre..

Passons de suite à la liste (non exhaustive mais la plus complète possible) que vous attendez tous. Elle est encore à enrichir, notamment avec les Éditions Stock, JC Lattès et Flammarion.

Actes Sud :
Massacre des innocents de Marc Biancarelli
Les oiseaux morts de l’Amérique de Christian Garcin
La rose de Saragosse de Raphaël Jerusalmy
La minette de Sikirida de Rachid El-Daïf
Benedict de Cécile Ladjali

Un océan, deux mers, trois continents
de Wielfried N’Sondé
Clientèle de Cécile Reyboz
Conversation avec le torrent de Henry Bauchau
Cette maudite race humaine de Mark Twain
4321 de Paul Auster
Croatoan de José-Carlos Somoza
L’homme qui est tombé dans l’oubli de Mia Ajvide
Sur la rive du fleuve des parfums de Robert Olen Butler
Le troisième temple de Yishaï Sarid
Débâcle de Lize Spit
ADN de Yrsa Sigurdardottir
Milena ou le plus beau fémur du monde de Jorge Zepeda Patterson
Dans la vallée décharnée de Tom Bouman
Les assassins de la route du nord de Anila Wilms
Les cercueils de zinc de Svetlana Alexievitch (essai)
Les mirages de la certitude de Siri Hustvedt (essai)

Albin Michel:
Lumière noire de Lisa Gardner
Laisse tomber les filles de Gérard de Cortanze
Souviens-toi de ton avenir de Anne Dufourmantelle
Couleurs de l’incendie de Pierre Lemaitre
Caractériel de Denis Tillinac
Community de Estelle Nollet
La vespasienne de Sébastien Rutes
La rose de Louise Erdrich
Certains souvenirs de Judith Hermann ( nouvelles)
L’infinie patience des oiseaux de David Malouf
Céleste et Sagan, pour l’amour de Proust de Jean-Claude Lamy (essai)
Avec le corps qu’elle a de Christine Orban
Le cirque de la solitude de Nadia Galy
La cité des femmes de Stefan Liberski
La poubelle des merveilles de Sergueï
Lettre à une trop jeune morte de Roger Bichelberger
Un peu, beaucoup, à la folie de Liane Moriarty
L’honneur du samouraï de David Kirk
Un mari idéal de Leah McLaren
De l’autre côté des montagnes de Kevin Canty
Le livre contre la mort de Elias canetti
L’été circulaire de Marion Brunet
Darknet de Marc Charuel

Éditions de l’Antilope :
Donne-moi encore cinq minutes de Yonatan Berg
Les aventures de l’infortunée marrane Juan de Figueras de Jean-Pierre Gattégno

L’Archipel :
Le chat qui a tout vu de Sam Gasson
Lettres de sang de James Patterson
Dark web de Dean Koontz
Golem, le tueur de Londres de Peter Ackroyd
Bob Dylan et le rôdeur de minuit de Michel Embareck
Après les ténèbres de Martine Delomme
D’amour et de cendres de Jacques Mazeau
Le destin de Cassandra de Anna Jacobs
Étoiles dans le ciel du sud de Elizabeth Haran

L’Arpenteur:
L’inversion du Gulf Stream de Fabrice Chêne
Les orphées de Eric Metzger

François Bourin :
Camisole-moi de Martine Roffinella

Les Escales :
La grande roue de Diane Peylin
Le cas singulier de Benjamin T. de Catherine Rolland
La fêlure de Kate McNaughton
L’âge de raison de Jami Attenberg
Le goût sucré de Beat Teresa Hanka

Finitude :
Pactum salis d’Olivier Bourdeaut

Fayard :
Millenium blues de Faïza Guene
Le réconfort de Pierre Daymé
Celui qui disait non de Adeline Baldacchino
Don Quichotte, autoportrait chevaleresque de Eric Pessan
La mort de Fernand Ochsé de Benoît Duteurtre
Sainte-Croix-les-Vaches de Vincent Ravalec
Celle qui racontait des histoires d’amour de Friedrich Christian Delius
Les flamboyantes de Robin Wasserman

Gallimard:
Retour à Sefarad de Pierre Assouline
L’année de l’éducation sentimentale de Dominique Barberis
Le figurant de Didier Blonde
Vie de David Hockney de Catherine Cusset
L’enfant perdue de Elena Ferrante
L’oubli de Philippe Forest
Le syndrome de Garcin de Jérôme Garcin
Fugitive parce que reine de  Violaine Huisman
Microfictions 2018 de Régis Jauffret
La vie princière de Marc Pauhel
Géographie de l’adultère de Agnès Riva
Le ministère du bonheur suprême de Arundhati Roy
Maudit soit l’espoir de BurhanSônmez
Le cœur content de Nanoucha  Van Moerkerkenland
Les amants polyglottes de Lina Wolff
Pleasantville de Attica Locke
Ma zad de jean-Bernard Pouy
Un jeune homme en colère de Salim Bachi
La punition de Tahar Ben Jelloun
Les Mange-pas-cher de Thomas Bernhard
Enfin le royaume de François Cheng
Histoire d’un assassin de Marie Ferranti
Marcher à Kerguelen de François Garde (Mémoires)
Le temps de la fête et des roses de Alberto Garleni
La nuit et des poussières de Jean-Baptiste Gendarme
Quelle n’est pas ma joie de Jens-Christian Gröndahl
La fin d’où nous partons de Megan Hunter
Les oiseaux sans tête de Hedwige Jeanmart
Éducation tropicale de Thibault Lefeuvre
La route de la mer de Philippe Le Guillou
L’été de la haine de David Means
Pauvre chanson et autres poèmes de Marie Modiano (poésie)
Enfin le royaume de François Cheng (poésie)
Tous les chats sautent à leur façon de Herta Müller
Et moi, je vis toujours de Jean d’Ormesson
La bibliothèque verte de Benjamin Pitchal
Jake de Bryan Reardon
Le retour de Gustav Flötberg de Catherine Vigourt
Plus jamais seul de Caryl Ferey
Couples de John Updike
La danse sacrale de Alejo Carpentier

Grasset :
Une vie sans fin de Frédéric Beigbeder
Quand Dieu apprenait le dessin de Patrick Rambaud
Tyrannie de Richard Malka
Rouler plus vite que la mort de Philippe Brunel

 

Héloïse d’Ormesson:
L’enlèvement des Sabines de Emilie de Turchkeim
Et mon luth constellé de Ariane Schréder
Quatre lettres d’amour de Niall Williams
Le divan rouge de Catherine Briat
Le café des petits miracles de Nicolas Barreau

 

 

 

 

JC Lattès :
Les loyautés de Delphine de Vigan

Éditions Joëlle Losfeld:
Des jours sans fin de Sebastian Barry
Les biffins de Marc Villard

Métailié :
Il n’en revint que trois de Gudbergur Bergsson
Né un mardi de Elnathan John
Double fond de Elsa Osario
492 de Klester Calvacanti
Urgences et sentiments de Kristoff Magnusson
Le temps  des hyènes de Carlo Lucarelli

 

 

Éditions de Minuit :
Faire mouche de Vincent Almendros
C’est moi de Marion Guillot
Nous sommes tous la pègre de Jean-François Hamel
Un savoir gai de William Marx

Éditions Noir sur Blanc :
Dans la baie fauve de Sara Baume
Une longue impatience de Gaëlle Josse
Félix Austria de Sfia Andrukhovych
Krivoklat de Jacek Dehnel

 

 

Éditions de l’Olivier :
Encore heureux de Yves Pagès
Janvier de Julien Bouissoux
L’étang de Clair-Louise Bennett
Palabres de John Berger
De A à X de John Berger
La journée de la vierge de Julie Marx
Des jours d’une stupéfiante clarté de Aharon Appelfeld
Phénomènes naturels de Jonathan Franzen

Picquier :
Ma très chère grande sœur de Ji-Young Cong
Ranger, une pratique zen de Shumnyo Masuno
Quand le Chine achète le monde de Pierre-Antoine Donnet (essai)
Les carnets d’un peintre chinois de Yongyu Huong ( beaux- livres)
La porte de Daisuke Inoue ( manga)

PLON :
Les nuits indomptables de Hicham Nazzal (premier roman)
Ceux d’ici de Jonathan Dee
Tuez-les tous mais pas ici de Pierre Poucharet
Corruption ordinaire de Christophe Gavat
L’académie des âmes abîmées de Thierry Cohen

Éditions du Rouergue :
Un funambule d’Alexandre Seurat
Cirque mort de Gilles Sebban
Les héroïnes de cinéma sont plus courageuses que moi  de Guillaume Guéraud
Rien à voir avec l’amour de Claire Gallen
Par les rafales de Valentine Imhof

Seuil :
Les vacances du petit renard de Arthur Cahn
Falaise des fous de Patrick Grainville
La belle n’a pas sommeil de Eric Holder
Et vous avez eu beau temps dePhilippe Delerm
Un arbre en mai de Jean-Christophe Bailly
Passé inaperçu de Gabrielle Schaff
En camping car de Ivan Jablonka
Bicyclettres de Jean-Acier Danès
Peut-être ou la nuit de dimanche de Jacques Roubaud
Je veux brûler tout mon temps de François Jonquet
Le sang et le pardon de Nadeem Aslam
Dans la grande violence de la joie de Chanelle Benz
La revenue de Donatella Di Pietrantonio
Les adieux de Brodie de Gordon Ferris
Hauts-fonds de Dov Lynch
Chien blanc et balançoire de MoYan
Le stade de Wimbledon de Daniele Del Giudice ( réédition)
Examen de mon père de Jorge Volpi
Scalp de Cyril Herry
Offshore de Petros Markaris
Le Caire, toile de fond de Parker Bilal

Éditions de La Table Ronde :
Le bon cœur de Michel Bernard
Dans les angles morts de Elizabeth Brundage
Un hiver au Vésinet de François Bott
Midwinter de Fiona Melrose

Le Tripode :
Trio pour un monde égaré de Marie Redonnet
Le fleuve sans rives de Juan José Saer
Et filii de Patrick Da Silva

Éditions Verticales:
Bettie Book de Frédéric Ciriez
Poétique de l’emploi de Noemi Lefebvre
Dans l’eau je suis chez moi de Aliona Gloukhova
Mort d’un cheval dans les bras de sa mère de Jane Sautière (nouvelles)

Sabine Wespieser :
Tristan de Clarence Boulay
Douces déroutes de Yanick Lahens
Mangées (Une histoire de mères lyonnaises) de Catherine Simon

Zulma:
Les rois d’Islande de Einar Mar Gudmundsson
Cette nuit de Joachim Schnerf
Evangelia de David Toscana

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gabriële – Anne et Claire Berest

Titre : Gabriële
Auteur : Anne et Claire Berest
Éditeur : Stock
Nombre de pages : 450
Date de parution : 23 août 2017

Avec ce livre, Anne et Claire Berest souhaitent réhabiliter leur arrière-grand-mère qu’elles n’ont pas connue.
Parce que cette femme à l’intelligence rare a sacrifié sa vie, sa carrière prometteuse de compositrice pour la carrière de son mari, Francis Picabia.
 » Cette femme déplace des montagnes pour les autres, mais il lui manque la force de pousser une porte pour elle-même. »

Son amour inconditionnel pour le peintre avant-gardiste, avide de reconnaissance, frôlant la mort pour se sentir vivant, la pousse à l’abnégation et même parfois à la compromission.
Car, elle aussi, ne se sent vivante que dans l’action, délaissant trop souvent  ses enfants, dont on n’entend plus parler dans le récit sitôt leur naissance.

Au-delà du récit d’une passion réciproque, parfois destructrice, ce document nous plonge dans le Paris bohème, dans le milieu artistique du début du XXe siècle. Nous découvrons les débuts controversés de l’art non figuratif, des peintres comme Marcel Duchamp ou des écrivains comme Guillaume Apollinaire. Milieu foisonnant, intellectuel, vivant, enivrant et opiacé. Ici « la banalité et l’ordinaire n’existent pas. »
Escapades dans le Jura, terre de stabilité pour Gabriële, dans le Midi, en Espagne, à Berlin ou plus largement à New York où les mentalités sont plus réceptives à l’Art moderne.
Gabriële est une femme extraordinaire, étonnamment moderne pour l’époque. Son abnégation pour un homme enfant est d’autant plus  intéressante. Elle rêvait de liberté et s’enferme sous l’emprise d’un homme caractériel. Toute la complexité féminine.

Nous sommes donc en présence d’un document foisonnant parfaitement documenté, rythmé par les cycles enjoués puis dépressifs de Picabia. On frise parfois l’anecdotique. Je me suis de temps en temps lassée des inconstances répétitives de Picabia. Fort heureusement, sans jamais être invasives, les sœurs Berest viennent parfois confier leurs états d’âme sur cette femme qu’on leur a cachée.

 

Paris-Austerlitz – Rafael Chirbes

Titre : Paris-Austerlitz
Auteur : Rafael Chirbes
Littérature espagnole
Titre original : Paris- Austerlitz
Traducteur : Denise Laroutis
Éditeur : Rivages
Nombre de pages : 180
Date de parution : 4 octobre 2017

Ce corps décharné sur un lit d’hôpital est celui de Michel, un ouvrier cinquantenaire, fils de paysan, alcoolique et homosexuel. Son ancien amant, le narrateur ne reconnaît plus ce corps robuste qu’il a aimé.
Séparés depuis quelques temps, il ne peut répondre au besoin d’accompagnement de Michel. Les souvenirs l’assaillent, plaçant le jeune homme en pleine confusion des sentiments.

Le jeune peintre semble bien ingrat de reprocher aujourd’hui au mourant tout ce qu’il a aimé. La simplicité d’un homme élevé à la campagne, la fêlure de celui qui a souffert de la disparition d’un père, de la brutalité d’un beau-père, le rejet d’une famille et la perte d’une jeunesse passée avec un homme plus vieux que lui. Il fut pourtant bien généreux d’accueillir le jeune peintre espagnol jeté à la rue. Mais les passions deviennent parfois étouffante.
«  Je me suis mis à voir en Michel un être captif qui prétendait m’enfermer avec lui dans une cage. »

Le narrateur rêve de liberté et de lumière pour préparer sa première exposition. Issu d’un milieu aisé, il ne se contente pas de son métier de dessinateur sous payé, des fins de mois difficiles . Il veut un avenir et, à trente ans, il ne peut se contenter du train-train sans objectifs de Michel.

Paris-Austerlitz est le récit d’une passion, d’une rencontre de deux êtres que tout oppose mais qui se rejoignent par l’exclusion qu’ils ont vécue. L’auteur tente d’expliquer les évènements qui ont stigmatisé leurs différences, qui ont délité cet amour.
Si le narrateur me révolte par sa lâcheté face à la maladie de son ancien amant, il parvient aussi à convaincre sur la confusion de ses sentiments.
«  Je voulais qu’il continue à être en moi, mais, en même temps, me tenir hors de sa portée. »

Un roman d’amour tourmenté qui peut parfois mettre mal à l’aise face à l’attitude du narrateur mais qui met en évidence toute la complexité du sentiment amoureux dans un contexte difficile. Ce dernier livre de Rafael Chirbes avant sa mort me donne envie de découvrir d’autres textes de cet auteur espagnol largement primé en son pays.

Ör – Audur Ava Olafsdottir

Titre : Ör
Auteur : Audur Ava Olafsdottir
Littérature islandaise
Titre original: ör
Traducteur : Catherine Eyjólfsson
Editeur : Zulma
Nombre de pages : 240
Date de parution : 5 Octobre 2017

Audur Ava Olafsdottir a conquis la France avec Rosa candida. Les auteurs nordiques mettent dans leurs romans ce que nous cherchons de plus en plus, la simplicité, la bienveillance, cet attachement aux belles choses de notre environnement. On nous parle de hygge mais lire un roman de cette auteure islandaise est le comble du hygge tant il nous fait du bien.
Chez Audur Ava Olafsdottir, les personnages ont souvent des cicatrices ( Ör en islandais), un je ne sais quoi de sombritude, peut-être lié aux difficiles conditions de vie dans les sphères nordiques. Mais, comme dit la chanson, ils ont dans le coeur une petite lumière qui ne demande qu’à éclore, un altruisme naturel.
Jónas Ebeneser est un personnage « olafsdottirien » ( avec un nom aussi compliqué, il fallait oser). Quarante-neuf ans, divorcé, n’ayant pas touché un corps de femme depuis plus de huit ans, une mère atteinte d’alzheimer obnubilée par les guerres, Jónas touche le fond en apprenant que sa fille de vingt-six ans n’est pas de lui. Il veut en finir avec la vie…mais ne veut pas choquer ses proches. Partir loin dans une zone de guerre serait le meilleur moyen. Il réserve une chambre à l’hôtel Silence et part, pratiquement sans bagage mais avec sa caisse à outils. Une perceuse sera bien utile pour fixer le crochet au plafond pour se pendre.
«  Toute souffrance est unique et différente, on ne saurait les comparer entre elles. Le bonheur, en revanche, est le même pour tous… »
Notre homme candide, aveuglé par son propre malheur peine à voir la désolation de ce pays, la détresse du couple de frère et soeur, gérants de l’hôtel en perdition.
«  Comment dire à cette jeune femme qui a eu tant de mal à survivre avec son petit garçon et son frère cadet sous des pluies de bombes – dans un pays où le lit des rivières est baigné de sang et où des pelotons d’exécution il y a quelques semaines encore coloraient l’eau de rouge- que j’ai fait tout ce chemin pour me supprimer. »

Avec beaucoup de simplicité, de candeur et d’humour, l’auteure fait de cette rencontre une thérapie. Certes, on ne peut pas recoller un monde en miettes. Mais la force et le courage de certains face à l’adversité forcent à reconsidérer le tableau noir de certains privilégiés, et les aident à trouver les sentier sinueux qui mène vers la lumière.

L’humour et l’intrigue en forme d’illustration psychologique font de Ör un roman plus simple dans le style des récits de E.E. Schmitt ou Paolo Coelho. Mais, je le dis souvent, à propos des romans d’Amélie Nothomb, une si belle simplicité n’est pas facile à écrire! Et j’adore le style d’Audur Ava Olafsdottir.

Curieusement, j’ai retrouvé dans ce roman la citation d’Elizabeth Bishop qui donne son titre au très beau roman d’Alice Zeniter.
«  Il n’est pas difficile de maîtriser l’art de perdre. Parce que tant de choses semblent enclines à être perdues. »

Elizabeth Bishop semble être une bonne inspiration pour les romans de cette rentrée.

Balzac et la petite tailleuse chinoise en BD

Titre : Balzac et la petite tailleuse chinoise
D’après le roman de Dai Sijie
Auteur : Freddy Nadolny Poustochkine
Editeur : Futuropolis
Nombre de pages : 320
Date de parution : 12 octobre 2017

 


Mon intérêt pour les romans graphiques, adaptations de mes meilleures lectures va grandissant. J’aime retrouver mes romans cultes sous le biais d’un autre regard. Ma bibliothèque commence ainsi à s’étoffer avec Le soleil des Scorta, L’étranger, La forêt des renards pendus, La délicatesse, Exarcheia, Soie, et dorénavant Balzac et la petite tailleuse chinoise.

Premier roman de l’auteur franco-chinois Dai Sijie, paru chez Gallimard en 2000, Balzac et la petite tailleuse chinoise évoque la période de la révolution culturelle en Chine.  Deux adolescents, fils de médecin et dentiste se retrouvent dans la province de Sichuan comme ouvriers miniers dans la montagne. Dans cet environnement difficile deux découvertes vont changer leur vie. Tout d’abord, une valise de livres interdits leur permet de découvrir la littérature française. Puis la rencontre de la fille du tailleur du village voisin leur inspire leurs premiers sentiments amoureux. Avec l’oeuvre de Balzac, Luo entreprend d’éduquer la petite tailleuse chinoise, sous le regard jaloux de Ma.

J’ai beaucoup aimé l’originalité de la disposition des dessins.  Refusant la rigueur des cases, les images prennent toute leur valeur avec des personnages aux traits expressifs et des couleurs représentatives des ambiances du lieu ( le noir de la mine, l’ocre des paysages, le gris de l’ambiance et parfois le rouge du sang).

 

Poustochkine parle aussi avec ses dessins. Le rythme se trouve dans la progression. Plusieurs silhouettes sans traits sur le visage puis soudain, un visage en gros plan avec une expression. Ou des dessins en rafale qui montre l’urgence ou la rigueur des conditions de vie.

 

  

En restant fidèle au scénario du roman, en respectant tous ses points forts et moments clés, l’illustrateur livre la réelle ambiance du livre. Mais, face à la densité du récit de Dai Sijie, cette adaptation m’a semblé assez réductrice. Les textes sont très courts, parfois inexistants sur plusieurs planches et  ce sont essentiellement des dialogues. Des bulles de contextes auraient peut-être renseigné le lecteur qui ne connaît pas l’oeuvre originale.

Ce roman graphique peut donc être une première approche ou un regard nostalgique sur un roman culte devenu aussi un film réalisé par l’auteur et sorti en salles en 2002.  Mais, seul, il ne peut égaler l’importance du livre. C’est toutefois une très belle réalisation graphique.