Mois après mois, les escapades littéraires

Nous sommes tous en manque de voyages mais nous avons cet avantage, en tant que lecteurs, de connaître d’autres formes d’évasions. En attendant de pouvoir reprendre un avion ou un train, prenons un livre et voyageons au fil des mois avec ces blogueurs qui nous proposent de passer un mois ailleurs.

J’ai participé en février au Challenge de l’Amérique du sud et en mars au Mois de l’Europe de l’est.

Si beaucoup connaissent le mois anglais ou le mois américain, personnellement je cherche souvent les autres challenges de ce type. J’essaie donc de faire un petit calendrier qui, je l’espère vous sera aussi utile.

En février chez Inganmic et Goran

En mars chez Patrice, Eva et Goran

En avril chez Anne et Tina

En avril chez Myloubook et Hidelle

En mai chez Martine

En mai chez Sharon ( à confirmer pour 2021)

En juin chez Myloubook

En septembre chez Plaisirs à cultiver

En novembre chez Mon coin lecture.

En décembre chez Pativore

Amérique, Asie, Europe…je n’ai rien trouvé sur la littérature africaine. Pourquoi pas un mois africain en octobre?

Si vous avez connaissance d’autres challenges de ce type, n’hésitez pas à ajouter un petit commentaire.

Serge – Yasmina Reza

Titre : Serge

Auteur : Yasmina Reza

Editeur : Flammarion

Nombre de pages : 240

Date de parution : 6 janvier 2021

Fresque familiale racontée par Jean, le cadet de la famille Popper. Une famille comme beaucoup d’autres avec ses joies et ses peines, sa fraternité et ses rivalités. Peut-être un peu plus marquée par ses racines juives.

On n’a jamais pensé qu’on devait s’embarrasser de l’histoire familiale. D’un autre côté, mes parents eux-mêmes n’imposaient-ils pas le silence sans le dire? Toutes ces histoires dépassées, qui les voulait?

Edgar Popper, le père, peut-être. Lui seul était un passionné d’Israël, accusant même parfois sa femme , Marta, juive hongroise, d’antisémitisme parce qu’elle ne vouait pas la même passion au pays.

Marta tenait avant tout à sa famille. Anne, dite Nana, est la fille aînée. Si belle et pleine de promesses, ses frères la voient aujourd’hui diminuée par sa mésalliance avec Ramos, un ouvrier gauchiste espagnol. Mais n’a-t-elle pas réussi mieux que Serge, cet égocentrique qui se vante de belles relations mais ne peut construire un couple durable. Ou même que Jean, le narrateur, incapable de se mettre en couple malgré son attachement à Luc, le fils de son ex-compagne, un petit garçon attachant, timide et différent.

Joséphine, la fille de Serge et de sa première femme, réunit la fratrie pour un voyage à Auschwitz, un devoir de mémoire sur la tombe de la famille hongroise maternelle.

Ils étaient morts parce que juifs, ils avaient connu le sort funeste d’un peuple dont nous portions l’héritage et dans un monde ivre du mot mémoire il paraissait déraisonnable de s’en laver les mains.

Comment se comporter sur ce lieu empreint d’histoire, de souffrance, de mort? La juxtaposition de « vacanciers » en shorts colorés prenant des photos sur les lieux paraît malsaine. Tout ça pour le souvenir, mais cela empêchera-t-il d’autres massacres? L’actualité ne semble pas aller dans ce sens.

Nana et Joséphine sont émues, elles veulent tout voir, tout supporter. Serge attend dehors, boude, à jamais soutenu par son frère soumis. Alors les rancoeurs explosent. Nana, exacerbée par les constantes moqueries de ses frères au sujet de son mari étranger, n’épargne pas Serge. Suite à une altercation entre Serge et le fils de Nana, cette dernière soulage son coeur en assénant à ses frères, et surtout à Serge tout ce qu’elle pense d’eux. Ce sont des moments forts du livre.

Le récit de Jean sur le temps présent autour des errements de Serge, de la vieillesse de leur oncle Maurice, de ce voyage à Auschwitz est entrecoupé de souvenirs qui éclairent le destin de cette famille. Yasmina Reza réussit un roman nostalgique et plein d’humour autour du lourd passé d’une famille juive. J’ai beaucoup aimé certains personnages secondaires comme le petit Luc ou le vieux Maurice. Ils sont tous deux très touchants, l’un dans sa fragilité et l’autre dans sa fin de vie supportée à coup de champagne et d’autres choses qu’il ne soupçonne pas.

Et puis, malgré les inévitables disputes, le sens de la famille l’emporte.

Fantômes – Christian Kiefer

Titre : Fantômes

Auteur : Christian Kiefer

Littérature américaine

Titre original : Phantoms

Traducteur : Marina Boraso

Editeur : Albin Michel

Nombre de pages : 288

Date de parution : 3 mars 2021

Hiroshima, le lieu où s’est amorcé le désastre est le point d’ancrage du roman de Christian Kiefer. Cet événement fut la cause de l’ostracisme de la population japonaise installée depuis des décennies à Placer County, petite ville de Virginie et sûrement le départ de conflits répétés entre les Etats-Unis et l’Asie, et notamment l’engagement du narrateur, John Frazier, au Vietnam.

Le récit commence par le retour de Ray Takahashi à Placer County. Il vient de passer plusieurs années en Europe dans les forces alliées pendant la seconde guerre mondiale. En frappant à la porte des Wilson, les amis de ses parents, il se fait rejeter et maltraiter.

Ce premier chapitre est raconté par John, un écrivain en herbe et fut publié en tant que nouvelle dans l’Esquire en 1969. Après son retour du Vietnam, hanté par les horreurs de la guerre qu’il tente d’enfouir sous l’alcool et la drogue, cette histoire refait surface quand sa tante, Evelyn Wilson apparaît à la station-service où il a trouvé un emploi. Evelyn lui demande de l’accompagner à San José chez Kim Takahashi, la mère de Ray qu’elle n’a pas vue depuis vingt-sept ans.

Toute l’histoire de Ray, de ses parents venus du Japon, de leur amitié avec les Wilson, de la déportation des familles japonaises au comp de Tule Lake va alors se dévoiler au fil des rencontres de John avec les fantômes du passé. Tant ceux de Placer County que de la guerre du Vietnam.

Supporter ce que l’on ne peut maîtriser

Dans cette devise, appelée  » gaman » au Japon et évoquée par Kim Takahashi, John se reconnaît. Tout comme elle, forcée à quitter le Japon pour un mariage arrangé, à s’accommoder de la misère du camp, John et son ami Chiggers n’ont-ils pas eux aussi souffert avec patience dans l’enfer vietnamien.

Les drames couvent sous ce récit. Les cauchemars hantent les anciens soldats mais aussi les habitants de Placer County, victimes collatérales des combats entre deux peuples .

C’est sous une très belle narration tout en rondeur et fluidité que Christian Kiefer aborde cet aspect peu connu de l’histoire des immigrés japonais parqués dans des camps suite à l’attaque d’Hiroshima. La peur des américains a supplanté l’amitié entre familles voisines et la reconnaissance de l’engagement des jeunes japonais pendant la seconde guerre mondiale. Mais l’auteur donne aussi davantage d’envergure à son sujet en installant une intrigue romanesque avec un drame familial poignant et en élargissant aux conséquences psychologiques de toute guerre sur les soldats comme John ou Chiggers.

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme – Stefan Zweig

Titre : Vingt-quatre de la vie d’une femme

Auteur : Stefan Zweig

Littérature autrichienne

Titre original : Vierundzwanzig stunden aus dem leben einer fra

Traducteur : Françoise Wuilmart

Editeur : Pavillons poche Robert Laffont

Nombre de pages : 144

Date de parution : 21 janvier2021

Les romans de Stefan Zweig sont généralement assez courts, proches de la longue nouvelle mais ils sont toujours particulièrement intenses. Notamment parce que ses personnages sont des passionnés. Sous la plume de Stefan Zweig, nous vivons leur flamme dans les moindres expressions.

Dans une pension de famille de Monte Carlo, au début du XXe siècle, plusieurs pensionnaires se gaussent du comportement d’Henriette, une femme mûre, mariée, partie sur un coup de tête avec son amant, un jeune homme français. Seul le narrateur défend Henriette. Mrs C., une anglaise de soixante-sept ans s’en étonne.

Si je vous ai bien compris, vous croyez donc que Mme Henriette, qu’une femme puisse être précipitée innocemment dans une aventure inopinée, autrement dit qu’il y a donc des actes qu’une femme aurait jugés impossibles une heure auparavant, et dont elle ne saurait être tenue responsable?

Mrs C. Voit alors en ce jeune homme le confident qui pourra entendre sa confession sans la juger et comprendre ces vingt-quatre heures de sa vie qui la hantent depuis vingt-cinq ans.

Mrs C., anglicane de riche famille, a fait un beau mariage. Malheureusement elle fut veuve à quarante ans. Ses enfants devenus grands n’avaient plus besoin d’elle. Pour rompre son ennui, elle s’accordait quelque fois un séjour à Monte Carlo pour le plaisir d’observer les joueurs des casinos, lieux appréciés de son défunt mari. Passionné de chiromancie, il lui avait appris à observer les mains des joueurs. C’est ainsi qu’elle s’est laissée prendre au charme d’un jeune homme en train de perdre tout son argent. Des mains qui tremblent, se soulèvent et se cabrent. La description de cette rencontre visuelle sur plusieurs pages est absolument remarquable.

Ruiné, le jeune joueur s’enfuit. Mrs C. devine qu’il est prêt à commettre l’irréparable. Elle le suit, hésite à l’aborder mais sait qu’elle doit le sauver. En quelques instants, sous le masque expressif de ce beau jeune homme, cette femme respectable oublie tous ses principes.

Si la veille, quelqu’un avait insinué que moi, femme au passé irréprochable, imposant à son entourage le strict et digne respect de valeurs conventionnelles, j’aurais cette entrevue familière avec un jeune homme totalement inconnu, à peine plus âgé que mon fils et qui avait volé des pendentifs de perles…je l’aurais pris pour un fou. Or pas un instant je ne fus choquée de son récit car il racontait tout cela avec un tel naturel et une telle passion que ses agissements semblaient être l’effet plutôt d’une fièvre, d’une maladie, que d’une offense à la morale.

Mais peut-on sauver un addict aux jeux?

Anglicane, Mrs C. n’a jamais pu confesser ces vingt-quatre heures à quiconque. Seule la vieillesse peut aider à avoir moins peur de son passé et une oreille attentive, indulgente, compréhensive est le meilleur moyen de se délester du poids de ce que l’on vit comme une faute.

Stefan Zweig a l’art de faire des ses personnages ordinaires des figures inoubliables tant il parvient à nous faire ressentir leurs passions, leurs sentiments. Quelle précision, quelle force dans le style. C’est toujours un grand plaisir de lire ou relire cet auteur.

Enragé contre la mort de la lumière – Futhi Ntshingila

Titre : Enragé contre la mort de la lumière

Auteur : Futhi Ntshingila

Littérature sud-africaine

Traducteur : Estelle Flory

Editeur : Belleville

Nombre de pages : 196

Date de parution : 5 février 2021

Zola aurait pu être heureuse si le destin n’avait brisé ses rêves d’enfance. Courant aussi vite qu’un pur-sang, elle était une étoile montante de Hope School dans la vallée des Mille Collines. Quand elle tombe amoureuse de Sporo, elle ne se doute pas que sa vie prend un tournant décisif. Enceinte, elle peut tout de même compter sur l’amour de sa mère et le soutien de son fiancé. Mais quand Sporo disparaît suit à un accident, son père la renie. Zola trouve refuge chez sa tante dans un shebeen de Mkhumbane près de Durban.

Là, elle rencontre Sipho, un avocat volage de trente-six ans qui la sort du shebeen avec sa fille Mvelo. Lorsque six ans plus tard, l’avocat rencontre Nonceba, avocate afro-américaine, Zola et Mvelo vont s’installer dans un bidonville.

La mère et la fille connaissent alors la misère, attendant parfois le lundi pour se nourrir du reste des poubelles de la ville. Les jeunes filles craignent la dangerosité des oncles qui approchent les mères célibataires. Pour toute protection, elles subissent des tests de grossesse réguliers organisés pour les adolescentes dans les écoles. Mvelo n’échappe pas à la règle, elle est violée par un révérend de passage. Sa vie devient un concentré de ce qui peut arriver aux femmes noires de Durban.

Le roman commence à la mort de Zola, atteinte du sida. Mvelo est la narratrice. C’est avec elle que nous allons découvrir l’histoire de sa mère. Comprendre comment elles sont arrivées à ce point de misère, lot commun de nombreuses femmes à une période où le sida fait des ravages. La rumeur court qu’un homme atteint du sida peut guérir en couchant avec une vierge. Mvelo se retrouve seule pour accoucher. Elle abandonne son enfant sur le seuil d’une maison bourgeoise, seul moyen de lui laisser une chance dans la vie.

Futhi Ntshingila mêle les destins des différents personnages. Zola en est le centre. Mais nous découvrons aussi le chemin de vie de Nonceba, métisse, élevée par sa grand-mère aux Etats-Unis puis revenue en Afrique sur les traces d’un père qu’elle n’a pas connu.

Curieusement, le monde est petit. Les liens du passé resurgissent au secours du présent. C’est peut-être mon seul bémol sur cette histoire touchante qui montre combien la vie est difficile pour les africaines.

Parfois, ils éprouvaient un sentiment d’impuissance face au chaos de ces vies humaines confrontées chaque jour à la survie quotidienne.

La mer noire dans les grands lacs – Annie Lulu

Titre : La mer noire dans les grands lacs

Auteur : Annie Lulu

Editeur : Julliard

Nombre de pages : 224

Date de parution : 21 janvier 2021

La narratrice, enceinte, raconte à son futur fils comment elle a échoué là, au bord du lac Kivu. Née à Iasi en Roumanie, Nili Makasi a été élevée par sa mère, Elena Abramovici. Jeune et belle étudiante, celle-ci a vécu une brève histoire d’amour avec Makasi Notembe, un étudiant congolais invité à venir apprendre le communisme en Roumanie puis reparti en son pays après la révolution de 1990. Elena, professeure à l’université de Bucarest a élevée sa fille en la mettant en garde contre les hommes.

Ma mère m’a contrainte à faire des études, pour me racheter d’avoir fait irruption dans sa vie, aussi par peur que je finisse sur le trottoir. Elle a dû fermement réfléchir à ce qu’elle allait faire de moi et penser que la moins mauvaise solution était encore que je lui ressemble le plus possible.

La mère ne parle jamais de son passé à sa fille et devient même violente quand l’enfant l’interroge sur son père. Elle a eu honte de sa fille métisse pendant toute l’enfance de celle-ci et lui a caché les lettres que son père lui a adressées.

Nili fait donc de hautes études car il faut un cerveau bien fait « quand on est une femme gâtée par le malheur d’être bien faite. ». Elle part à Paris pour son doctorat. Sa première histoire d’amour est un échec. Elle mesure combien il est hasardeux de ne s’estimer que dans le regard de l’autre. Surtout quand cet homme n’a aucun respect pour les femmes. Désormais son unique objectif est de retrouver son père.

Lorsqu’elle retrouve trace de sa grand-mère paternelle, elle part la rejoindre à Kinshasa. Sa meilleure amie vient de se suicider, les seules nouvelles de sa mère sont des injonctions à finir sa thèse, plus rien ne la retient dans ce monde pourri.

Au Congo, elle découvre sa famille mais aussi la guerre et la violence. Elle prend conscience des ravages de la colonisation.

L’étranger des pays qu’on dit riches – moi je les appelle le monde pourri, ou bien les pays pauvres parce que c’est vrai qu’ils n’ont absolument rien, pas de sucre, de café, de cacao, d’huile, d’or, d’argent, de pierres précieuses, pas de fer, acier, zinc, aluminium, caoutchouc pour leurs voitures, leurs trains, leurs avions, pas de pétrole pour le plastique ni de gaz pour se chauffer, et c’est pour ça qu’ils nous dépouillent- ,va t’apporter quoi que ce soit d’utile pour arpenter les sentes courbes entre les mornes verts de notre terre volcanique.

En allant à Goma, chez son oncle pour récupérer les lettres de son père, elle va commencer à participer à des manifestations pour la paix avec sa cousine. Les manifestants réclament le départ du président et la tenue de nouvelles élections. Le répression est violente, les manifestants arrêtés sont torturés. Nili est emportée dans un combat brutal mais aussi dans le respect d’une famille et des ancêtres. Des valeurs qu’elle veut inculquer à son fils.

J’ai beaucoup aimé le ton de cette confession. Annie Lulu écrit avec force et passion mais c’est aussi tendre et poétique puisque la narratrice s’adresse à son enfant à naître. De la Roumanie à l’Afrique, l’auteure inscrit cette quête des origines dans la grande histoire mondiale. Mais c’est surtout le parcours d’une jeune femme intelligente, marquée par son éducation, en recherche de tendresse affective, d’une famille, d’un pays. Un très bon premier roman.

Bilan de mars et Programme d’avril 2021

Voici un mois de mars qui finit sous un soleil d’été. Dommage qu’il faille encore que certains soient confinés et de sortir masqués! Heureusement qu’il y a la lecture pour voyager et se distraire. En mars, j’ai beaucoup voyagé, un peu en Europe de l’est pour mon challenge mais aussi au Vietnam, à Point-à-pitre, aux Etats-Unis, en Afrique du sud …Je suis aussi allée au spectacle, au théâtre Antoine avec Edouard Baer. Tout cela en 12 livres.

Les articles les plus consultés sur mon blog en mars sont :

1 – Florida d’Olivier Bourdeaut

2 – Douze palais de mémoire d’Anna Moï

3 – Les sept mariages d’Edgar et de Ludmilla de Jean-Christophe Rufin

En avril, j’ai repéré quelques nouveautés mais je vais surtout essayer de lire certains romans de mes étagères, finir ma première ligne de mon challenge Petit Bac ( la catégorie Voyage me pose un problème, je n’ai trouvé dans ma PAL que Voyager de Russel Banks).

Je tente une petite présélection.

Frères d’âme – Edgar Morin et Pierre Rabhi

Titre : Frères d’âme

Auteurs : Edgar Morin, Pierre Rabhi, Denis Lafay

Editeur : L’aube

Nombre de pages : 176

Date de parution : 21 janvier 2021

A l’issue du premier confinement, Denis Lafay organise une rencontre entre Edgar Morin, 99 ans, sociologue et Pierre Rabhi, 82 ans, agro-écologiste. Suivre l’entretien de ces deux sages qui défendent ce que nous avons de plus précieux sur terre est à la fois angoissant parce que je me demande si nous ne sommes pas allés trop loin et si le progrès est réversible et rassurant parce qu’il nous laisse croire à la force de la solidarité, de la jeunesse et de l’amour.

Leur constat de la situation actuelle, gouvernée par le profit, la mondialisation, le capitalisme numérique avec l’enrichissement des GAFAM est assez sombre. La pandémie n’est que l’amplificateur des symptômes de l’époque moderne.

Cette épreuve pandémique, c’est nous qui l’avons provoquée. Elle nous remet à notre place : celle de la responsabilité et même de la culpabilité. 

Elle démontre notre vulnérabilité mais elle n’est pas la seule démonstration de l’échec de nos comportements.

Toutes les onze secondes un enfant de moins de cinq ans meurt de faim. 

Peut-elle être un évènement déclencheur pour l’évolution de nos mentalités ?

Certes nous assistons à des démonstrations de solidarité et les gouvernements n’ont-ils pas fait le choix de la survie des plus fragiles aux dépens de l’économie?

Mais on constate aussi que la PDG de Pfizer en profite pour surfer sur le cours de son action, que la Turquie tente d’étendre son hégémonie sur la Méditerranée ou que Bolsonaro soutient les ravageurs de forêts.

Edgar Morin et Pierre Rabhi dressent un constat sombre de notre époque. Mais ils proposent aussi des pistes optimistes grâce au renouveau des valeurs. Premièrement réapprendre le beau pour respecter la nature.

La Terre n’appartient pas à l’homme, l’homme appartient à la Terre. 

Il faut apprendre aux enfants à admirer, à avoir le regard poétique.

Nous perdons notre capacité à contempler, à admirer, et ce dépérissement nous détourne de nos responsabilités, de nos devoirs à l’égard de la nature. 

Eduquons nos enfants avec moins d’écrans et davantage de nature. Inscrivons l’écologie au programme scolaire. Aménageons des jardins, des espaces avec des animaux dans les écoles.

Toutefois, reporter les actions à la génération future risque d’être trop tardif. Il faut aussi conscientiser les adultes. L’acheteur a un pouvoir à exercer.

30 à 40% de la production des sociétés dites avancées n’est composé que de superflu. 

Bien évidemment, il faut aussi introduire davantage d’éthique dans la politique, l’économie. Stopper la cacophonie des valeurs et revisiter la démocratie.

Amour, solidarité, intelligence, responsabilité, juste équilibre du « je » et du « nous ». Des évidences qui ne peuvent fonctionner qu’avec l’engagement de tous.

Douce utopie?

On ne peut pas concevoir l’avenir sans envisager l’utopie. dit Albert Jacquard, biologiste généticien, ingénieur et essayiste français ( 1925-2013)

Un livre à mettre entre toutes les mains de nos politiques. Mais sans attendre leur mouvement, rappelons-nous que notre bien commun qu’est la Terre est l’affaire de tous.

Le sûr n’est jamais certain, l’improbable n’est jamais impossible. 

Je remercie Babelio et les Editions de l’aube pour cette lecture particulièrement éclairante.

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