Une illusion d’optique – Louise Penny

Titre : Une illusion d’optique
Auteur : Louise Penny
Littérature canadienne
Traducteur: Claire Chabalier et Louise Chabalier
Titre original : A trick of the light
Éditeur: Actes Sud
Nombre de pages : 430
Date de parution : novembre 2016

Clara Morrow connaît enfin la reconnaissance de sa peinture en faisant sa première exposition solo au Musée d’Art contemporain de Montréal. L’inspecteur-chef Gamache qui a mené une enquête dans le village de Clara l’année précédente y est convié ainsi que de nombreux peintres, galeristes, marchands d’œuvres d’art et amis.
Le lendemain de l’exposition et du barbecue organisé aux Three Pines, le corps sans vie de Lilian Dyson est retrouvé dans le jardin de Clara.
Lilian était l’amie d’enfance de Clara. Devenue critique d’art pour le journal La Presse, elle a vertement critiqué la peinture de son amie comme celle d’ailleurs de nombreux peintres. Lilian a une très mauvaise réputation dans le village et le milieu de l’art, elle a tué de nombreuses vocations avec ses critiques vénéneuses.
Parmi les invités de l’exposition, chacun avait une raison de vouloir sa mort. Même Clara qui reconnaît qu’en mourant chez elle, Lilian a réussi une fois de plus de lui gâcher son triomphe.
Un jeton des Alcooliques Anonymes trouvé sur les lieux du crime étend l’enquête auprès de membres de cette association à laquelle Lilian appartenait. Curieusement, dans cet environnement, chacun la décrit comme une personne aimable et repentante.
Les gens peuvent-ils ainsi changer? C’est la question fondamentale à laquelle les enquêteurs devront répondre!
«  la plupart des gens grandissent, évoluent mais ne deviennent pas des personnes complètement différentes. »
Si le scénario est superbement maîtrisé et qu’il est impossible de trouver le coupable avant le dénouement, le thème de fond m’a largement plus intéressée que l’enquête.
Connaissez-vous la comptine anglaise Humpty Dumpty? Ce personnage de fiction qui ressemble à un œuf tombe d’un mur et personne ne peut recoller les morceaux.
Ce roman est une collection de personnages qui sont en train de se noyer pour diverses raisons, parviendront-ils à se sauver?
Gamache et Beauvoir, son adjoint, les premiers. Pris dans un assaut où quatre policiers ont perdu la vie six mois plus tôt, les deux hommes visionnent en boucle la video de l’attaque mise en ligne.
Les artistes sont des « personnes sensibles, souvent égocentriques et mal adaptées à la vie en société. »
Bien évidemment, les membres des Alcooliques Anonymes ont leur lot de souffrances et cherchent la rédemption.  » L’alcoolique est comme un ouragan qui ravage la vie des autres sur son passage. »
L’inspecteur-chef Gamache est un enquêteur humain qui conduit le lecteur vers le coeur des personnages.
 » L’inspecteur-chef Gamache était, de nature, un explorateur. Il n’était jamais plus heureux que lorsqu’il repoussait les limites, explorait les territoires intérieurs, des endroits que les personnes elles-mêmes n’avaient jamais explorés, jamais examinés. Probablement parce qu’ils étaient trop effrayants. »

Je découvrais avec ce roman l’univers de Louise Penny. Cette enquête policière fut un agréable moment de lecture mais comme souvent, pour moi, avec ce style de romans noirs, le plaisir ne va pas au-delà du moment de lecture.

Je remercie Lecteurs.com pour cette agréable découverte.

Du nouveau dans ma bibliothèque ( 12)

Cette semaine, je continue ma découverte des peuples avec Les Ateliers Henry DougierLes jeunes chinois de Edgar Dasor

J’ai aussi reçu un roman dans le cadre d’une Masse Critique spéciale avec Babelio. Un roman qui devrait balayer les angoisses du vieillissement, Un clafoutis aux tomates cerises de Véronique de Bure

Et enfin, pour la sélection du prochain coup de cœur mensuel des lectrices de  Femina, La plume de Virginie Roels.

Sans oublier la nouvelle revue America, publiée par François Busnel et Le 1.

Bonne semaine et bonnes lectures.

Olivier -Jérôme Garcin

Titre : Olivier
Auteur : Jérôme Garcin
Éditeur: Gallimard
Nombre de pages : 158
Date de parution : 2011, version poche en Folio, août 2012

 » J’avais tant attendu pour faire le récit de ce que j’avais toujours gardé pour moi. Et cela venait enfin, comme viennent d’irrépressibles larmes. »

Olivier, le frère jumeau de Jérôme Garcin a perdu la vie, fauché par une voiture en Juillet 1962. Il n’avait pas encore six ans. Depuis, Jérôme fête seul son anniversaire avec un constant sentiment de perte et de culpabilité.
La mort d’un enfant est un scandale, la perte d’un être cher est insurmontable, la séparation de son jumeau est un traumatisme.
Le sort s’acharne parfois sur les familles. Le père de Jérôme se tue lors d’une chute de cheval, il n’avait que quarante cinq ans.
«  Je suis escorté par deux ombres qui se ressemblent. »
A cinquante trois ans, l’auteur se sent prêt à engager une conversation avec son frère. Se souvenir de cette courte période où ils parlaient ce langage codé des jumeaux, et évoquer sa vie d’adulte sans ce frère qui fut son double, son équilibre.
 » Ce texte que je t’écris, poste restante, entrecoupé de longs silences, de rêveries inutiles, de questions en suspens, de sourires invisibles, d’émotions bien camouflées... » est certes une expression du deuil de cet autre part de lui-même mais c’est aussi une plongée dans ce qui le sauve.
C’est pour moi la richesse du livre et la part fragile de l’homme en laquelle je me reconnais.

Jérôme Garcin trouve sa respiration dans la littérature (  » pénétrer seul dans un livre, l’habiter, y vivre une autre vie, respirer un air nouveau… »). Certains auteurs ou personnages politiques touchés par le deuil ou la gémellité l’interpellent particulièrement : Philippe Forest, Michel Tournier, Jacqueline de Romilly, Lech Kaczynski.

Se perdre dans la campagne, celle de sa jeunesse à Bruay-sur-Seine ou Saint-Laurent-sur-mer ou faire de longues ballades à cheval, animal avec lequel on fait corps comme avec avec son double sont des sources d’apaisement.

Et enfin « ma famille est mon unique refuge, mon socle, ma caverne platonicienne. » Sa femme, Anne-Marie Philippe, elle aussi touchée par la mort de son père ( l’acteur Gérard Philippe) est sa force vitale. Tournée vers le futur, forte, douée pour la parole, elle lui  » a épargné cette maladie, dont on peut mourir, le mutisme et sa boule de secrets amalgamés qui grossit avec les années et finit par étouffer. »

Jérôme Garcin se livre avec beaucoup de sincérité et de sensibilité élargissant un travail de deuil à un enrichissement personnel et universel avec ses propres recherches, ses sources de réconfort et de vie. Il y a une telle empathie lorsqu’il parle des autres, notamment sa femme ou Colette, sa nounou que l’on perçoit la douceur, le besoin de chaleur, de repères chez un homme particulièrement touché. Une touchante confession.

 » Chaque expérience de deuil est unique, irréductible, en apparence incomparable, et pourtant, dès qu’elle est couchée sur le papier, elle devient universelle, chacun de nous peut s’y reconnaître. »

Retrouvez l’avis de Joëlle qui m’a accompagnée pour cette lecture.

 

Attachement féroce – Vivian Gornick

Titre : Attachement féroce
Auteur : Vivian Gornick
Littérature américaine
Traducteur: Laëtitia Devaux
Titre original : Fierce attachments
Éditeur: Rivages
Nombre de pages : 224
Date de parution : février 2017

Voici la première publication française d’un texte écrit en 1987 par une illustre bjournaliste américaine et essayiste féministe, Vivian Gornick
Attachement féroce alterne le présent avec les déambulations dans les rues de New York d’une mère et sa fille et le passé qui nous donne à comprendre les raisons d’un attachement aussi puissant et destructeur entre les deux femmes.
Vivian est née dans le Bronx et a vécu avec ses parents dans les années 30 dans un immeuble peuplé d’immigrés juifs et italiens. La description des lieux est assez évocatrice avec de petits appartements, des voisins particuliers et surtout cette cour centrale si pittoresque où entrent le soleil et les cancans de l’immeuble.
La mère, immigrée russe est une femme à l’esprit développé, dit-elle qui voue une adoration à son mari. Son bonheur en ménage la surclassait.
«  Certes, ma mère avait un statut particulier dans l’immeuble à cause de son anglais sans accent et de ses manières affirmées, mais aussi grâce à sa position de femme heureuse en ménage. »
Elle idéalise son mariage, elle a renoncé au travail pour plaire à son mari. Le jour où il décède, son univers s’effondre. Elle n’ a que quarante-six ans et elle est dévastée. Après les crises d’hystéries spectaculaires, elle s’allonge inerte des journées complètes sur son canapé.
 » Pleurer papa devint son activité, son identité, son rôle. »
La fille, dix neuf ans, la regarde pensivement. Pourquoi sa mère refuse-t-elle de vivre? N’aime-t-elle donc pas ses enfants pour les ignorer enfermée dans son malheur?
«  Elle ne comprend pas ce qui me détruit. Elle ignore que je prends son angoisse sur moi, que je suis dévastée par sa dépression. »
Comment une fille peut-elle se construire? L’amour est-il indispensable au bonheur ou est-il la promesse d’une douleur liée à la perte?
Lorsque la fille quitte la maison, elle se marie avec un artiste peintre. L’incommunicabilité provoque rapidement une tension oppressante. Plus tard, elle vivra une aventure pendant six ans avec un homme marié, solaire, de vingt ans son aîné. Cette lutte érotique entre le féminisme et le gauchisme sera aussi vouée à l’échec.
 » On devint, la mère et moi, des femmes conditionnées par la perte, troublées par la lassitude, liées par la pitié et la colère. »

La vie dans le Bronx, les liens affectifs de la mère juive, dépossédée de sa seule raison d’être, marquent certainement le destin de ces deux femmes. Pourtant, cela ne m’a pas semblé suffisant pour créer un tel lien destructeur. Je suis donc restée perplexe devant la complexité de cette relation mère/fille, embourbée dans leur univers.  Je peux toutefois reconnaître le talent de l’auteur à faire passer les sentiments. J’ai perçu cette lourdeur du lien, cette sensation de ne pouvoir ou vouloir en sortir.
Si quelques personnages secondaires comme Nettie, une voisine ukrainienne ou Joe, le compagnon marié de la fille parviennent à donner un éclat de vie, les deux femmes se referment vite sur leur lien exclusif. Il y a chez ces deux femmes comme une volonté de souffrir, de mener leur attachement jusqu’à la mort.
L’auteur reste sur le niveau descriptif, me laissant la difficulté ( qui est aussi la richesse) de l’analyse. Mais c’est alors le genre de lecture qui ne me comble pas sur l’instant, d’autant que l’atmosphère est assez pesante. Mais qui peut se révéler dans les jours qui viennent une source de réflexion sur le couple, le bonheur, la nécessité de « rompre le cordon » ou de faire son deuil pour permettre aux enfants comme aux parents de vivre pleinement sa vie.

Je suis donc moins convaincue que la Presse ou d’autres lecteurs. Mais vous teouverez facilement des avis plus enthousiastes, notamment celui  des Libraires du Grenier

Du nouveau dans ma bibliothèque (11)

Partagés par Le duel de Joseph Conrad, sont arrivés cette semaine dans ma bibliothèque un roman américain et un roman français:

Les marches de l’Amérique de Lance Weller.  Quel plaisir de retrouver cet auteur qui m’avait procuré un bon moment de lecture avec Wilderness.

Une femme sans écriture de Saber Mansouri qui sera, je l’espère une belle découverte d’auteur.

Bonne semaine et bonnes lectures

La part des flammes – Gaëlle Nohant

Titre : La part des flammes
Auteur : Gaëlle Nohant
Éditeur: Le livre de Poche
Nombre de pages : 545
Date de parution : mars 2016, Heloïse d’Ormesson en mars 2015

Gaëlle Nohant s’empare d’un fait divers du XIXe siècle, l’incendie du Bazar de la Charité pour créer une fiction autour de trois femmes et peindre avec talent la société de l’époque.
Dans cette société foncièrement inégalitaire, les nobles ne sont pas les plus heureux.
 » Dans ce monde, il n’est pas de bonheur possible. Le croire est une illusion. » dit Sophie d’Alençon, duchesse et sœur de l’impératrice d’Autriche. Déçue par son couple, ne pouvant vivre un amour perdu, la duchesse prend d’énormes risques pour sauver les malheureux atteints de tuberculose.
Elle trouve en Violaine de Raezal, une jeune veuve cherchant à se faire accepter par la noblesse, une fêlure semblable à la sienne et l’invite dans ses bonnes œuvres et notamment sur son stand très couru au Bazar de la Charité.
Être admise au Bazar de la Charité était un souhait de Violaine afin d’entrer dans le sérail de l’aristocratie. Mais la Marquise de Fontenilles, une noble au cœur dur, l’en avait éconduit.
La jeune Constance d’Estingel, élevée durement par ses parents puis chez les Dominicaines, se retrouve sur le même stand. S’engager en ce domaine lui permet de renouer avec la foi, et de s’éloigner de son amour pour Laszlo renié à la demande de son guide spirituel, la mère dominicaine.
Le jour où le nonce apostolique vient bénir le Bazar, un incendie lié aux premiers essais du cinématographe se déclare, brûlant vives une centaine de personnes, essentiellement des femmes de la haute société.
Les rescapées sont marquées dans leur chair et leur âme.
 » Et Amélie, qui savait à quelle vitesse la valeur sociale d’une femme chute dès lors que son physique est atteint, sentit ses paroles de réconfort mourir sur ses lèvres. »
Mais une amitié scellée par la providence se noue entre Violaine, Constance et l’américaine Mary Holgart, amie de Sophie d’Alençon.
Avec ce récit tragique où les femmes se débattent entre leurs pressions régissant leurs amours, leur dévotion à la religion qui les pousse à aider les pauvres, les bassesses des nobles bornés, Gaëlle Nohant balaye aussi les débuts du cinématographe ou de l’aliéniste, le journalisme, la défense de l’honneur.
Avec un style qui se déploie aisément au profit d’une intrigue et de la description bien documentée d’un fait historique, Gaëlle Nohant ferre ses lecteurs. Souvent annoncé comme un coup de cœur pour de nombreux lecteurs, ce roman sera pour moi une agréable lecture mais insuffisamment marquée pour sortir d’une grande et belle histoire romanesque. Ce qui est déjà un atout.

Retrouvez l’avis d’Eimelle qui a eu la gentillesse de m’accompagner pour cette lecture.