Changer le sens des rivières – Murielle Magellan

Titre : Changer le sens des rivières
Auteur : Murielle Magellan
Éditeur : Julliard
Nombre de pages : 240
Date de parution : 3 janvier 2019

 

Marie, vingt-trois ans, titulaire d’un bac pro chaudronnerie, est serveuse dans une brasserie du Havre. depuis le départ de sa sœur, elle s’occupe de son père, hypocondriaque en proie à des bouffées délirantes avec l’aide de Mado, une aide à domicile voisine. Avec toutes ses charges financières, elle ne peut pas faire de folie.

Quand elle rencontre Alexandre, graphiste rêvant de devenir réalisateur de cinéma, c’est un peu comme un rayon de soleil dans une vie bien monotone. Elle en tombe folle amoureuse mais le jeune homme, quoique attiré par son physique, devient vite réticent quand il perçoit l’inculture de Marie.
Sans nouvelles de lui, la jeune femme l’attend un soir au pied de son appartement. Excédée par son attitude, elle le frappe violemment.

Pour cet acte démesuré, Marie est jugée et elle écope une amende et six mois de prison avec sursis.

 » Ce sermon la renvoie à tout ce qu’elle n’a pas eu : une voix ferme pour la guider, à laquelle elle aurait pu s’opposer, auprès de laquelle elle aurait pu se construire, peut-être. »

Incapable de payer son amende, Marie sollicite le juge Doutremont qui lui propose de travailler pour lui comme chauffeur en compensation d’un prêt d’argent.

Au fil des instants passés ensemble dans la voiture de Marie, les deux personnages vont apprendre à se connaître. Elle pourrait être l’enfant qu’il n’a pas eu, elle sera son point d’orgue. Marie trouve une présence qui la guide sur le chemin de la connaissance.

 » S’interroger sur son propre courage de changer les choses. »

Une belle rencontre qui prouve que chacun a besoin de l’autre quelque soit son âge, son milieu, surtout dans ce monde où les carnassiers n’hésitent pas à écraser les tendres cabossés.

Ce roman au scénario assez classique et attendu, au dénouement un peu sentimental ne correspond pas vraiment à mes préférences de lectures. Il me manque ce besoin de découverte, cette profondeur de contexte qui piquent mon intérêt de lecteur.

 

Manifesto – Léonor de Recondo

Titre : Manifesto
Auteur : Léonor de Recondo
Éditeur : Sabine Wespieser
Nombre de pages : 192
Date de parution : janvier 2019

 

En cette nuit du 24 au 25 mars 2015, Léonor et sa mère Cécile sont au chevet de Félix. Le sculpteur, père de Léonor, quatre-vingt ans, agonise en silence.

Si il ne communique pas avec les siens, son esprit revient vers un paysage du Sud, près de l’arbre de Gernika, « l’âme basque » et entretient une ultime conversation avec Ernest Hemingway, Ernesto, qu’il n’a pourtant rencontré qu’en de brèves occasions.

En alternance de cet échange entre deux grands hommes marqués par le fascisme, Léonor convoque les souvenirs de son père. Sa jeunesse en exil dans les Landes puis à Hendaye, dans cette maison avec ses parents et Martha, l’amante d’Ernesto. Je replonge ainsi avec plaisir dans un précédent roman, Rêves oubliés.

Depuis, la mort  poursuit Félix avec la disparition de sa première femme puis de ses trois enfants. Des plaies profondes qu’il ne peut comprendre mais avec lesquelles il doit vivre. Peut-être grâce à Léonor pour laquelle il construit un violon.

Dans ces deux parties, il y a une présence très forte de la nature, de la mort et de la création.

 » La mort dans cette nature si belle. »

C’est aussi ce qui émane du récit de Léonor de  Recondo. malgré la mort imminente du père, il règne un climat de douceur, d’amour, de beauté.
Dans cette famille, la création est importante. Elle reste peut-être le seul territoire auquel l’exilé du fascisme qui ne se sent ni espagnol ni français appartient.
«  L’art se mêle à la nature, à l’amour, à l’enfance, il s’y mêle parfois à s’y méprendre. »

Un récit intime, un hommage au père qui rappelle aussi l’histoire de l’Europe avec la première guerre à laquelle Hemingway a participé en Italie et la guerre d’Espagne. Encore un excellent roman de cette auteure musicienne qui sait chaque fois nous emporter dans son monde artistique.

Du nouveau dans ma bibliothèque (3/19)


Troisième semaine et les nouveautés de la rentrée Littéraire continuent à grossir ma pile à lire. Trois titres parus cette semaine et le roman de Corinne Royer paru début janvier.

 

Plaisir de retrouver Antoine Choplin qui nous entraîne au Chili.

Autre voyage avec un auteur écossais

Et enfin, un premier roman d’une dramaturge allemande.

Bonne semaine et bonnes lectures.

La transparence du temps – Leonardo Padura

Titre : La transparence du temps
Auteur : Leonardo Padura
Littérature cubaine
Titre original : La transparencia del tiempo
Traducteur : Elena Zayas
Éditeur : Métailié
Nombre de pages : 448
Date de parution : 10 janvier 2019

Avec Les brumes du passé, j’ai découvert et aimé le personnage de Mario Conde, cet ancien flic « hétérodoxe et fantasque, allergique aux armes et à la violence qui lisait trop, prétendait écrire et disait fonctionner en suivant ses coups de cœur, ses préjugés et ses prémonitions. »

Mario Conde a quitté la police en soutien à un chef écarté. Depuis il vivote en vendant de vieux livres d’art récupérés dans les vieilles demeures désertées et en enquêtant comme privé pour des amis. Car pour Conde, l’amitié est essentielle. Dès qu’il a un peu d’argent, c’est pour partager rhum et petits plats avec sa bande d’amis.

Avec Hérétiques, j’ai aimé l’alliance de l’Histoire et du quotidien de Conde avec ce regard inquiet sur la société cubaine. je retrouve ici avec La transparence du temps exactement la même construction. Évidemment, je perds un peu en découverte mais je ne me lasse pas de l’empathie de Conde ni des prouesses de Leonardo Padura qui sait si bien m’embarquer dans ses histoires et dans l’Histoire.

Conde va bientôt fêter ses soixante ans.  » L’évidence d’un nombre couperet, dont même la sonorité était effrayante. »
La Havane commence à entrouvrir ses portes et Conejo, un des meilleurs amis de Conde pense à s’exiler à Miami auprès de sa fille. Deux évènements qui perdurent beaucoup Mario Conde.
heureusement, Bobby, un ancien ami de lycée l’appelle pour enquêter sur la disparition d’une statue en bois, une vierge noire, volée par Raydel, son jeune amant. Une belle occupation et une promesse de dollars pour l’enquêteur vieillissant.

Quelle valeur peut avoir cette statue ramenée d’Espagne par l’homme qui avait épousé la grand-mère de Bobby?  A-t-elle des pouvoirs miraculeux? En tout cas, cette vierge noire semble très convoitée par les marchands d’art de Cuba et sa disparition entraîne plusieurs meurtres violents.

Leonardo Padura alterne le récit de l’enquête de Conde avec les péripéties au fil  du temps ( de nos jours au XIIe siècle) d’un certain Antoni Barral, un être historique et atemporel qui protège la statue depuis les conquêtes des Templiers en terre sainte jusqu’à la guerre d’Espagne.
Une fois de plus, l’auteur nous entraîne sans relâche sur les traces d’une relique religieuse, nous plonge au cœur d’une enquête complexe dans La Havane coupée en deux entre les quartiers riches et les zones misérables.

Suspense, histoire passionnante au cœur d’un pays fracturé par des années de dictature où l’amitié inébranlable de Conde pour ses proches illumine le récit malgré l’inquiétude de cette génération au pouvoir d’achat de plus en plus incertain.

Tour d’horizon – Kathleen Jamie

Titre : Tour d’horizon
Auteur : Kathleen Jamie
Littérature écossaise
Titre original : Sightlines
Traducteur : Ghislain Bareau
Éditeur : La Baconnière
Nombre de pages : 214
Date de parution : 11 janvier 2019

 

Tour d’horizon est un recueil de treize nouvelles évoquant les rencontres de l’auteur avec la nature sauvage.
Avec sa narratrice, Kathleen Jamie nous entraîne vers les aurores boréales, les squelettes de baleines, les colonies de fous de Bassan, les déplacements des groupes d’orques.
Du gigantisme des baleines à l’infiniment petit des cellules, nous la suivons dans les musées, les laboratoires, les sites archéologiques et surtout sur les îles désertées ( Noss, Saint-Kilda, Rona, Ile de Lewis, les Orcades…) où la nature prend toute sa place.

 » Tout se passe sous nos yeux, et tout ce que tu as à faire, ma grande, c’est ouvrir tes mirettes. »

La défense de l’environnement et les inquiétudes du monde moderne sont présents en filigranes dans les récits de cette mère de deux adolescents.

«  Si nous sommes en crise,c’est parce que nous avons perdu notre capacité à voir le monde naturel,ou à lui trouver du sens. »

Comme dans le musée de Bergen où la narratrice observe des squelettes de baleines, il y a dans ce recueil « une atmosphère métaphysique, si vous voulez, qui invite à la méditation, sur le rapport qu’entretient l’humanité avec les autres créatures, leur souffrance et notre rapacité, et l’étrange beauté de leurs formes. »

Contrairement au récit d’Amy Liptrot, L’écart, ce recueil se concente sur  la contemplation et à la mise en évidence des conséquences des actions humaines.C’est un très beau voyage et une réflexion sur l’environnement, mais il manque peut-être un peu d’ancrage personnel et romanesque pour capter entièrement l’intérêt du lecteur.

Un recueil à lire tranquillement, à reposer et à reprendre pour bénéficier des bienfaits de ses voyages apaisants et vivifiants.

Le rituel des dunes – Jean-Marie Blas de Roblès

Titre : Le rituel des dunes
Auteur : Jean-Marie Blas de Roblès
Éditeur : Zulma
Nombre de pages : 288
Date de parution : 3 janvier 2019

Lire Jean-Marie Blas de Roblès, c’est accepter de partir à l’aventure. Avec lui, les histoires engendrent d’autres récits, toujours plus picaresques les uns que les autres.
Dans Le rituel des dunes, il y a trois niveaux. Le point de départ se situe à  Macao; Roetgen, sur la terrasse d’un hôtel sirote du vinho verde servi par un employé chinois originaire de Tientsin. Dans la menace d’un cyclone passant dans la mer de Chine, Roetgen poursuit l’écriture d’un texte commencé deux an plus tôt à Tientsin.

Sa vie dans cette ville à l’Institut de langues est le seconde narration du roman. Roetgen y travaille avec un expert américain et celui-ci lui présente Beverly. Il aura une aventure sulfureuse avec cette dernière rythmée par les histoires, que tel Shéhérazade,  Roetgen lui raconte. Des histoires nocturnes qui constituent le troisième plan du roman. Dans cet enchevêtrement, l’auteur laisse sciemment une large part de reconstruction au lecteur. On y suit le scénario d’un polar où Hugo, un jeune allemand se trouve confronté à plusieurs meurtres et voit resurgir  le passé de ses parents ou l’histoire de de « con de Lafitte » qui se laisse enfermer dans la Cité Interdite. Ces récits ne semblent avoir aucun autre intérêt que d’ajouter une dose d’exotisme à la relation entre Roetgen et Beverly.
Jusqu’au moment où leur relation devient explosive en raison de la démence de l’américaine.

Mis à part le plaisir de suivre des histoires rocambolesques, je n’ai pas vraiment été séduite par ce récit. Il reste pourtant dans ce roman un aspect qui m’a particulièrement intéressée (peut-être à cause d’un récent voyage en Chine), c’est cette vision du pays. Tant par ses légendes, ses lieux, ses coutumes, ses règles de vie.
Le plaisir de lecture de ce roman se situe pour moi non pas dans les histoires mais dans tout ce qui tourne autour. L’auteur nous fait pleinement profiter de son analyse perspicace du pays.