Bilan de mars et Programme d’avril 2020

Chaque lecteur pensait que le confinement serait propice à la diminution des piles à lire. Mais il y a comme une  culpabilité à se divertir, et surtout une obsession mentale qui empêche toute concentration. Comment ne pas penser à la détresse des familles de malades, aux engagements, à la fatigue et au découragement des soignants, aux risques pris par tous ceux qui continuent de travailler pour assurer notre bien-être.

Toutefois, parce qu’il faut toujours continuer, parce que l’on peut avoir l’orgueil de penser que cet article divertira pendant cinq minutes les lecteurs confinés, je tente de garder un rythme habituel. Avec Ce que l’on ne peut confier à sa coiffeuse, un recueil de nouvelles d’Agata Tomazic, une auteure slovène, j’entame ma neuvième lecture du mois.

Comme je n’arrive toujours pas à lire en numérique, ma Pile à Lire sera tout de même légèrement en baisse car je n’ai acquis aucune nouveauté depuis le 17 mars.

Ce mois-ci, j’ai lu deux romans indiens afin de compenser l’annulation du Salon du Livre, deux belles découvertes.

 

Des romans plutôt faciles à lire, qui divertissent, font voyager ou découvrir des personnages ou des lieux reposants.

       

 

Les articles les plus consultés en mars sur mon blog sont :

1 – Rentrée Littéraire Janvier-Février 2020

2 – Nos espérances de Anna Hope

3 – Quand je te frappe de Meena Kandasamy

 

Pour ce nouveau mois de confinement, je prévois d’avancer sur mes prochaines lectures communes.

 

Puis continuer quelques parutions de mars et romans des précédentes rentrées littéraires

       

 

Riposte – David Albertyn

Titre : Riposte
Auteur : David Albertyn
Littérature canadienne
Titre original : Undercard
Traducteur : Karine Lalechère
Editeur : Harper Collins
Nombre de pages : 288
Date de parution : 11 mars 2020

Las Vegas, il est 12 heures 34 minutes, Antoine Deco, boxeur latino classé dans le top 15 mondial, se concentre. Ce soir, il va affronter Kolya Konystin, un joueur particulièrement brutal classé parmi les cinq meilleurs mondiaux. Qu’est-ce qui lui donne le courage d’affronter cette brute que tout boxeur évite?

Quelques instants plus tard, Tyron Shaw, retrouve sa tante Trudy et sa fille Tara. Ex-marine, il vient de quitter l’armée, la tête toujours hantée de ses combats en Irak. Chacun lui donne les nouvelles de ses amis, Antoine, Keenan et Naomi.

Keenan, policier comme son père connaît une mauvaise passe. Traduit en justice pour avoir tué un jeune noir lors d’une interpellation, il travaille désormais pour le service de sécurité du Reef, salle de casino où aura lieu le match de boxe. La police, la  communauté noire et même sa femme, Naomi le rejettent et l’accusent.

Quinze ans plus tôt, Tyron, Keenan, Antoine et Naomi, la seule fille du groupe dont chacun était amoureux s’entraînaient ensemble. Seul Antoine a continué la boxe. La mort violente de son père, un assassinat dont il fut témoin,  lui donne la rage de se battre. Une rage exacerbée lorsque les parents de Tyron, deux activistes noirs qui l’avaient recueilli meurent à leur tour de manière brutale. Si les parents de Keenan hébergent Tyron, ils ne veulent pas s’occuper d’Antoine, adolescent rebelle. Livré à lui-même, Antoine vit dans la rue, s’associe à un gang et fera même de la prison. Aujourd’hui, c’est l’heure de la vengeance.

Pendant ces vingt-quatre heures sous haute tension, David Albertyn ménage son suspense en nous dévoilant au fil de l’eau mais chrono en main ce qui s’est réellement passé autour des morts du père d’Antoine et des parents de Tyron. Naomi, Keenan et Tyron se retrouvent involontairement au coeur de la vengeance d’Antoine dans ce milieu des casinos où milliardaires s’octroient tous les droits, protégés par des flics corrompus.

Riposte est une lecture distrayante grâce à un scénario plutôt bien ficelé et des personnages sympathiques. Mon seul bémol serait peut-être sur le style qui laisse une place importante aux dialogues parfois un peu primaires.

Un premier roman sportif et prometteur pour cet écrivain né à Durban, en 1983. A suivre

 

L’école du ciel – Elisabeth Barillé

Titre : L’école du ciel
Auteur : Elisabeth Barillé
Editeur : Grasset
Nombre de pages : 234
Date de parution : 11 mars 2020

«  De lieux en lieux, d’êtres en êtres, de moments en moments, nous sommes guidés. »

Il est peut-être des lieux pour lesquels nous sommes prédestinés. Elisabeth et Daniel, avocat, vivent à Paris. Depuis les attentats, l’insécurité remet en question les charmes de la capitale.

Daniel, passionné par la peinture de Nicolas de Staël, suit ses traces en espérant y trouver un refuge pour ses vieux jours. Elisabeth, elle aussi, ressent le besoin de quelque chose de durable, une maison avec un jardin où enraciner ce qui lui survivra. Les recherches en Si ile tournent court quand le couple apprend que les permis de construire ne tiennent pas compte des dangers des zones sismiques.

C’est une opportunité professionnelle qui guide Daniel dans la région de Marseille. Elisabeth se souvient d’un petit village où son cousin avait déménagé, trouvé ses repères mais aussi la mort au sommet de Lure.

« Jean-François m’avait attirée jusque chez lui, Jean-François me  dévoilait la beauté qui l’avait saisi et sauvé, il me la dévoilait pour me l’offrir

Le couple trouve la maison de leur rêve dans un village adossé aux collines. Une maison face au ciel, celle où Aimée Castain, une bergère, est devenue peintre. Daniel tombe amoureux de ses tableaux.

La procession à Notre-Dame des Anges. 1978

L’auteur mêle sa quête intime d’un lieu, de l’oeuvre de cette artiste méconnue avec le récit de la vie de la bergère.

Aimée était une enfant sensible, ingénieuse, attirée par la nature et ses bienfaits.

« Ta véritable école reste l’université des collines. Et ton savoir, l’émerveillement

Mariée à un paysan, mère de plusieurs enfants, Aimée peine à se résoudre à cette vie de ménagère. Elle a du caractère. C’est en regardant son voisin, peintre issu des Beaux-arts de Paris, qu’elle commence à dessiner sur des tuiles puis sur des tableaux. Repérée par Serge Fioro, elle fait sa première exposition à Roussillon en 1979.

La construction entremêlée du roman peut dérouter. L’auteur a un double objectif. D’une part, nous faire découvrir une artiste peu connue, un parcours singulier. D’autre part, mener sa quête personnelle, partager son itinéraire pour se débarrasser du superflu et retrouver l’essentiel dans une vie enfin choisie au plus près de la nature, un endroit où l’on peut enraciner une trace de son passage sur terre.

J’ai particulièrement aimé le style lyrique, la découverte de ce peintre naïf. J’aime aussi cette idée de rencontre providentielle, de cheminement vers un lieu auquel on est prédestiné. En cours de lecture, j’ai d’ailleurs pensé au roman de Stefan Hertmans, Le coeur converti auquel j’avais toutefois peu adhéré. Bien plus ancré dans l’histoire d’une région, il laissait aussi la part belle au pensées intimes de l’auteur.

 

 

 

La science de l’esquive – Nicolas Maleski

Titre : La science de l’esquive
Auteur : Nicolas Maleski
Editeur : Harper Collins
Nombre de pages : 224
Date de parution : 8 janvier 2020

 

Que nous cache Kamel Wozniak? Le mystère plane sur l’ensemble du roman.

Ancien boxeur, homme mystérieux, il débarque dans un petit village du sud de la France. Tout comme il esquivait les coups de son adversaire, il fuit son passé, vient se terrer dans ce village, étape avant un potentiel départ en Tanzanie.

Mais en s’installant dans la maison de Richard Villersexel, Kamel ne se doute pas qu’il va échapper à la tranquillité et devenir le point d’intérêt d’habitants en manque de nouvelles têtes.

En sauvant le jeune Kevin de la noyade, Kamel attire les regards. En plus de son propriétaire envahissant, homme hypocondriaque, déboussolé suite à son divorce, Kamel attire l’attention de Soraya Brahimi, officier de gendarmerie. Venue l’interroger sur le sauvetage de Kevin, Soraya se lie d’amitié avec cet homme qui, comme elle, a grandi dans les mauvaises banlieues.

Cet homme tatoué, mystérieux attire les amitiés.

« Sous le roc, on sent qu’il y a une personnalité d’hypersensible

Il participe au projet de Kevin et ses amis, ces jeunes ruraux, « petits terroristes agraires », prêts à tout pour financer leur rêve.

Il tombe amoureux de Laure, sa voisine mariée, peintre mystérieuse, méfiante et solitaire, elle aussi, spécialiste des mélanges des genres. Autant de rencontres qui l’attachent à ce village, qui, peut-être le ramènera sur la trajectoire qu’il voulait fuir.

Nicolas Maleski privilégie l’écriture, l’ambiance à l’histoire. Le suspense est garanti par cette ombre qui plane sur le passé du boxeur. Ses nouvelles rencontres et activités le placent en situation de risque. Mais cette menace reste au second plan grâce à la nature humaine du personnage. Les relations sociales, les échanges humains créent du lien, de l’affect. Le personnage de Kamel Wozniak, amical et juste assez ténébreux, séduit aussi le lecteur.

 

Nos espérances – Anna Hope

Titre : Nos espérances
Auteur : Anna Hope
Littérature britannique
Titre original : Expectation
Traducteur : Elodie Leplat
Editeur : Gallimard
Nombre de pages : 357
Date de parution : 12 mars 2020

Hannah, Cate et Lissa, trentenaires, se connaissent depuis toujours. Nous faisons leur connaissance à un moment charnière de leur vie d’adulte. Si la jeunesse est le temps des rêves, des idéaux, la maturité oblige à composer avec la réalité.

Hannah a un bon boulot, elle est sous directrice d’une grosse ONG mondiale. Mariée à Nathan, maître de conférence, elle mène une vie aisée. Pourtant, il lui manque quelque chose, un enfant. Après plusieurs essais ratés, elle se lance dans une nouvelle aventure de fécondation in vitro.

Cate, elle, a la chance d’être mère d’un petit garçon. Enfin, pour elle, cela semble plutôt une épreuve. Son mari, Sam travaille comme second dans un restaurant et elle gère seule les journées et les nuits difficiles.

Lissa n’a ni enfant, ni métier. Après quelques petits rôles, la trentenaire est contrainte de poser nue pour des écoles de dessin ou de passer des castings pour des publicités.

Entre flash-backs et galères du quotidien, Anna Hope dissèque les rouages de l’amitié de ces trois personnages. Se connaissant depuis l’enfance, elles ont ont vécu ensemble de bons moments, se sont épaulées devant les épreuves. Petit à petit, nous découvrons leurs failles, leurs regrets éclairant ainsi leurs comportements actuels.

Portraits de femmes modernes découvrant que la vie n’est pas toujours celle dont elles rêvaient. Des filles libres et insouciantes, opposées aux idées de leurs parents qui pourraient, une fois adultes,  accepter ce que le destin impose au grand regret de leurs mères. Après la jeunesse, on fait des compromis.

« Bon Dieu, on est allées changer le monde pour vous. Pour nos filles.  Et qu’est-ce que vous en avez fait? »

Après La salle de bal qui mêlait romantisme et Histoire, Nos espérances manque pour moi d’un contexte structurant. Si j’ai aimé passer quelques temps avec Hannah, Cate et Lissa, leurs déboires ne m’ont pas spécialement touchée.

 

Du nouveau dans ma bibliothèque (12/20)

Reçus avant les mesures de confinement, voici les deux nouveaux titres qui rejoignent mes étagères cette semaine. Tout d’abord le premier roman d’une jeune bretonne, Lucie Brémeault.

 

Puis, Décalcomanies, dix-sept fragments de l’enfance moscovite et de la vie en Occident d’ Elena Balzamo.

Bonne semaine et bonnes lectures CHEZ VOUS. Prenez soin de VOUS et des AUTRES

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La sagesse du koala – Will Jelbert

Titre : La sagesse du koala
Auteur : Will Jelbert
Littérature américaine
Titre original : The happiness animal
Traducteur : Françoise Fortoul
Editeur : Editions de la Martinière
Nombre de pages : 256
Date de parution : 9 janvier 2020

Will Jelbert a connu une période difficile, une descente aux enfers suite à son divorce. Alcoolique, un accident quasi-mortel a nécessité reconstruction physique et mentale.

En 2001, un livre de Paul Dubois, L’éducation de soi-même, faisant référence à la philosophie de Senèque, lui a fait ressentir le besoin d’écrire La sagesse du koala. C’est une méthode actuelle destinée à muscler son bonheur.

« Tout est affaire d’apprentissage. Le bonheur s’acquiert de la même façon que la force musculaire. »

Pour illustrer son discours, Will Jelbert choisit cinq animaux totem, leur attribuant des qualités mentales à conquérir. La sincérité du chien, la gentillesse du dauphin, la tolérance et la curiosité du pingouin, la conscience du koala et le courage du lion.

Sur le fond, rien de révolutionnaire pour moi. Être soi-même, honnête avec les autres et soi. Éprouver de la gratitude, du respect, de l compassion. Être tolérant. Tolérer la peur, la douleur, les événements extérieurs et surtout, une fois de plus, se tolérer soi-même. Faire preuve de modération.

J’y ai appris tout de même quelques petites choses comme le rôle différent de la narine droite ou gauche, par exemple. Et j’ai apprécié les citations, notamment de Senèque et Osho, un gourou indien.

Par contre, sur la forme, je trouve ce livre très pratique. Chaque chapitre développe la théorie de l’auteur. Elle est entrecoupée de propositions d’exercices sous forme de mise en situation ou de questionnaire. Des encadrés viennent élargir la vision de l’auteur en amusant avec une définition ou un éclairage externe. Un résumé finit chaque chapitre avec les conseils de l’auteur. La forme est ainsi aérée, esthétique et pratique. Ce livre ne nécessite pas une lecture continue mais se veut un cahier d’apprentissage sur lequel on peut revenir en cas de besoin.

En ces temps de confinement, le lecteur ne peut s’empêcher d’interpréter en fonction d’un filtre particulier et personnel. J’avoue  qu’il est particulièrement difficile d’appliquer ces théories, notamment d’assumer ses peurs.

« Les contacts physiques font augmenter la quantité d’hémoglobine présente dans le sang, d’où un meilleur apport d’oxygène au coeur et au cerveau, un système immunitaire performant et, cerise sur le gâteau, un risque moindre de dépression. Selon plusieurs études, huit embrassades par jour sont gages de stabilité mentale tandis que douze favorisent le développement psychique

Les câlins et bisous vont nous manquer. Pour compenser, suivons un autre conseil de ce livre, sachons exprimer notre gratitude ( la gratitude, paramètre du bonheur) envers les soignants. Gagnons l’euphorie de l’aidant, à distance bien évidemment, en prenant des nouvelles des uns et des autres et surtout en respectant les consignes de confinement afin d’aider les soignants et de sortir au plus vite de cette situation. Prenez soin de vous!

Je remercie Les Editions de la Martinière et Babelio pour l’attribution de ce livre lors de l’opération Masse critique non fiction.